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Full text of "Histoire de l'abbaye de Micy-Saint-Mesmin lez-Oréans, 502-1790, son influence religieuse et sociale d'après les archives et les documents originaux; pièces justificatives et gravures, avec une lettre de Mgr Touchet"

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University  of  Ottawa 


http://www.archive.org/details/histoiredelabbayOOjaro 


À 


/ 


ABBAYE 


/ 


DE 


MICY-SAINT-MESMIN 

LEZ-ORLÉANS 

(502-1790) 


DU   MÊME  AUTEUR  : 


Histoire  de  l'Abbaye  de  Fontaine-Jean,  ordre  de  Citeaux,  au 
diocèse  d'Orléans,  avec  pièces  justificatives  et  gravures.  —  Un 
volume  g-rand  in-8o  de  400  pages,  1894,  cli^z  H.  Herlnison, 
éditeur.  {Épuisé). 

Ouvrage  couronné  par  le  Conseil   général  du   Loiret.  —  (Prix 
Robiehon  1H99). 


Histoire  dune  Abbaye  à  travers  les  siècles,  Fcrrières-cn-Gdtinais, 
ordre  de  Saint-Benoît,  d'après  les  documents  inédits,  avec  une 
lettre  de  M^r  Touchet,  et  une  préface  de  M.  Georges  Goyau.  — 
Un  volume  grand  in-S*^,  de  xxxiv-5i3  pages,  1901.  chez  H.  lîer- 
luison,  éditeur. 

Ouvrage  couronné  par  le  Conseil  général  du  Loiret,  en  manus- 
crit. —  (Prix  Robiehon  iSc/)). 


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I  *    ^ 


Ruines  de  l'Abbaye  de  Micy-Saint-Mcsmin.  d\iprcs  Dci-frrches,  1764, 


HISTOIRE    DE   L'ABBAYE 


DE 


MICY-SAINT-MESMIN 

LEZ-ORLÉANS 

(502-  I  7QO) 

Son  influence  religieuse  et  sociale 

d'après   les   archives  et   1  es   documents   originaux 

PIÈCES  JUSTIFICATIVES    ET   GRAVURES 

AVEC 

Une  Lettre  de  Ms»'  TOUCHET,  Évêque  d'Orléans 

PAR 

L'Abbé  Eugène  JAROSSAY 

Docteur  en  Théologie 

Premier  aumônier  de  Sainl-Euverte 

Membre  de  la  Société  Historique  et  Archéologique  du  Gâtinais 

de  l'Académie  de  Sainte-Croix,  etc. 


Ouvrage  couronné  par  la  Société  Archéologique  et  Historique 
de  V Orléanais  {Premier  Prix  quinquennal  içoo) 


ORLEANS 

M.    MARRON,    LIHRAIRE-ÉDITLIUR 

17,    Rue    Jeannc-d'Arc,    17 


1902 


H  y 


SA  GRANDEUR  MONSEIGNEUR  TOUCHET 


ÉvÉQUE  d'Orléans. 


Hommage  de  respectueuse  reconnaissance. 
E.J. 


REF   DE  S.  S.  LÉON  XIII,  PAPE 


^ 


Dilecto  filio 
Eugenio  JAROSSAY,  sacerdoti, 
Aiireliam. 
LÉO  P.  P.  XIH. 


ci'j»  A  Noire  cher  fils 

\  Eugène  JAROSSAY,  prélre, 

\  à  Orléans. 

\  LÉON  XIII,  Pape. 


:lccte  Fili,  salutem  et  Apostolicam 
îdictionem. 

^rna  voiumina  abs  te  accepimus, 
us  tu,  sagaci  diuturnoque  studio, 
)nam  complexus  es  trium  cœnobiorura, 
,  magno  circumstanlium  regionum 
),  in  Aurelianeasi  ac  Senonensi  diœ- 
5US,  elapsis  seculis,  floruerunt. 

)latum  raunus  gratum  Nobis  accidisse 
itemur.  Eo  autem  pluris  perfectum  a 
)pus  facimus,  quod,  opportune  ad 
)oruin  necessitatem.  veterum  monu- 
torum  lestimonio,  religiosarum  fami- 
m  quanta  fueril  utilitas,  ac  porro 
•a  sit,  manifestet. 

antlati  laboris  prœmium  benevolen- 
Nostram  habeto.  Eiu<  autem  pignus 
ipostolica  benedictio,  quam  auspicem 
arum  gratiarum  tibi  peramanter  in 
ino  impertinius. 

tum  Roma,*  apud  S.  l*etrum,  die 
[I  januarii,  anno  MC.MIII,  pontifuatùs 
ri  vicesimo  quinto. 

Li:0  P.  V.  XIII. 


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s 

4 


Cher  Fils,  salut  et  Bénédiction  apo  - 
tolique. 

isous  avons  reçu  de  vous  trois  volumes, 
dans  le«quel?,  avec  autant  de  sagacité  que 
de  persévérance,  vous  avez  largement 
exposé  l'h'stoire  de  trois  monastères,  des 
diocèses  d'Orléans  et  de  Sens,  qui  fleu- 
rirent dans  les  siècles  passés,  pour  le 
grand  bien  des  régions  environnantes. 

Nous  vous  assurons  que  l'offrande  de 
ces  livres  Nous  a  été  agréable.  Mais  Nous 
attachons  d'autant  plus  de  prix  à  votre 
(Tcuvre,  que,  avec  une  grande  opportunité 
pour  le  besoin  des  temps  présents,  elle 
montre  jusqu'à  l'évidence,  daprès  le  témoi- 
gnage des  documents  anciens,  combien 
lut  considérable  l'utilité  des  Institutions 
religieuses,  et  combien  par  conséquent 
elle  doit  l'être  encore  dans  l'avenir. 

Recevez  l'assurance  de  Notre  paternelle 
bienveillance;  en  récompense  de  votre 
travail  consciencieusement  approfondi. 
Qu'elle  ait  pour  gage  la  Bénédiction 
apostolique,  que  Nous  vous  accordons 
très  affectueusement,  en  Notrc-Seigneur, 
comme  promesse  et  garantie  des  grâces 
divines. 

Donné  à  Rome,  près  Saint-Pierre,  le 
.3i  janvier  i<a^,  la  vingt-cinquième  année 
de  Notre  Pontificat. 

LLON    Mil.   iMic 


LETTRE  DE  MONSEIGNEUR  TOUCHET 


EVECHE 
D'ORLÉANS  La  Chapelle-Saint-Mesmin,  le  9  Juin  1902. 


Mon  Cher  Ami. 


Vous  nous  offrez  donc  un  troisième  volume  d'histoire 
diocésaine. 

Après  «  P  Abbaye  de  Fontaine -Jean  »,  ce  fut 
«  V Abbaye  de  Ferrières  »  ;  après  «  V Abbaye  de  Fer- 
rières  »,  cest  «  V Abbaye  de  'Micy  ». 

Nos  Sociétés  savantes  locales  ont  fait  bon  accueil  à 
tous  xos  livres.  Elles  en  ont  apprécié  Vimpartialité 
élevée,  la  documentation,  le  style  clair,  facile,  ferme. 
Un  savant  allemand  les  présentait  récemiîient  aux 
érudits  de  son  pays  comme  des  modèles  à  imiter. 

Je  me  garderai  de  vouloir  rien  ajouter  à  ces  témoi- 
gnages autorisés.  Très  brièvement  donc,  mais  très 
cordialement,  je  vous  dirai  que  je  vous  remercie  et 
vous  félicite. 

le  vous  remercie  f  parce  que  vos  travaux  font  mieux 
connaître  un  passé  qui  ne  fut  pas  sans  gloire  pour 
r Eglise  ;  je  vous  félicite,  parce  que  vos  courageux 
efforts  ont  obtenu  le  succès  dont  ils  étaient  dignes. 

Croyez,  mon  cher  Ami,  à  mes  dévoués  sentiments. 

f  STANISLAS, 

Evoque  d'Orléans. 


INTRODUCTION 


Une  noble  ville,  comme  celle  d'Orléans,  ne  peut  demeurer 
indifférente  à  aucune  de  ses  gloires.  Elle  recueille  avec  un 
soin  pieux  tout  ce  qui  a  tenu  une  place  honorable  dans  son 
existence  à  travers  les  siècles.  Elle  dresse  sur  ses  places 
publiques  les  statues  de  ses  hommes  illustres;  elle  protège 
contre  la  destruction  les  monuments  élevés  dans  son  sein  ; 
elle  recherche  et  inscrit  au  livre  de  ses  annales  l'histoire 
des  grandes  Institutions  créées  par  nos  devanciers,  afin  de 
conserver  au  temps  présent,  et  de  transmettre  aux  âges 
futurs,  cet  honneur  du  passé,  qui  forme  une  partie  essentielle 
de  la  vie  morale  du  pays. 

L'abbaye  de  Micy-Saint-Mesmin,  située  à  deux  lieues  d'Or- 
léans, sur  la  rive  du  beau  fleuve  de  Loire,  a  réellement 
appartenu  à  notre  ville  ;  elle  a  partagé  toutes  ses  destinées  ; 
elle  a  souffert  de  ses  douleurs,  et  s'est  associée  à  tous  ses 
triomphes.  Pendant  de  longs  siècles,  elle  a  vécu  sous  la  sur- 
veillance et  la  bienveillante  protection  de  ses  évêques,  dont 
plusieurs  furent  ses  abbés  titulaires,  tandis  que  d'autres 
voulurent  être  inhumés  dans  son  église.  Les  meilleures 
familles  de  la  cité  orléanaise  envoyèrent  longtemps  leurs 
fils  à  son  école,  s'y  former  à  la  science  et  à  la  vertu.  Enfin  le 
monastère  de  Micy  eut  toujours,  dans  l'enceinte  de  nos  murs, 
comme  un  second  lui-même,  son  Alleu,  appelé  le  Petit- 
Saint-Mesmin,  où  ses  religieux  se  réfugiaient  en  temps  d'in- 
vasion, où  logeaient  ses  novices  suivant  les  cours  de  notre 
Université,  et  qui  fit  constamment  tout  à  la  fois  partie  de  la 
ville  et  de  l'abbaye. 

Depuis  cent  ans,  cette  antique  et  glorieuse  Institution  a 
cessé  d'exister.  Ses  derniers  religieux  ont  été  dispersés,  et 
ses  édifices  abattus.  Les  ruines  même  ont  péri  ! 

Chose  triste  à  dire  :  son  histoire  n'a  jamais  été  écrite. 
Cependant  que  de  leçons,  et  quelles  leçons,  la  vie  de  ces 
moines  inconnus  ne  pout-elle  pas  donner  à  notre  siècle,  pas- 
dionné  pour  l'ôtudo  des  grandeurs  disparues  ! 


II 


I 


L'abbaye  de  Micy  a  vécu  prés  de  treize  cents  ans.  Fondée 
par  Clovis,  notre  premier  roi  chrétien,  puis  détruite  et  rebâtie 
de  siècles  en  siècles,  elle  fut  constamment  un  des  foyers  les 
plus  ardents  de  la  vie  monastique  en  France. 

On  rencontre  encore  des  gens,  imbus  des  préjugés  du  siècle 
dernier,  qui  demandent  :  «  A  quoi  sert  un  monastère?  cest 
chose  inutile»,  disent-ils.  Combien  ils  se  trompent!  Un 
monastère  est  un  centre  de  vertus,  une  source  intarissable 
de  dévouement  ;  c'est,  au  milieu  d'une  société  troublée  par 
les  passions,  un  asile  où  l'âme  se  recueille  loin  des  vains 
bruits  du  monde,  se  fortiiie  dans  l'obéissance,  se  transligure 
dans  l'humilité,  et,  morte  à  elle-même,  embrasée  du  seul 
amour  de  Dieu,  répand  autour  d'elle  cette  bonne  odeur  de 
Jésus-Christ,  qui  sollicite  les  hommes  à  la  perfection. 

Il  y  a  sur  la  terre  des  êtres  que  tourmente  sans  cesse  une 
irrésistible  passion  :  la  passion  du  «livin.  Sortis  des  mains 
d'un  Dieu  infini,  ils  aspirent  de  toutes  leurs  forces  à  briser 
les  liens  qui  les  attachent  à  la  matière,  pour  échapper  aux 
choses  terrestres  et  s'élancer  vers  les  régions  supérieures  où 
ils  s'uniront  à  lui  seul.  Tandis  que  le  savant,  qui  veut  aussi 
ne  vivre  que  par  la  pensée,  fixe  son  esprit  dans  les  sciences 
avec  une  vive  intensité,  ces  âmes  mystiques  montent  jusqu'à 
Dieu,  étudient  sa  nature,  adorent  ses  perfections  infinies;  et 
bientôt,  comme  prises  d'une  ivresse  mystérieuse,  s'anéan- 
tissent dans  l'extase  d'une  ardente  contemplation.  Dans 
cette  sphère  élevée,  elles  vivent  presque  de  la  vie  des  pures 
intellij^^encfts,  plus  admirables  en  quelque  sorte,  puisqu'elles 
ont  à  vaincre  les  résistances  d'un  corps  qui  les  appesantit  et 
tend  continuellement  à  les  rabaisser. 

Peut-il  rien  y  avoir  de  plus  glorieux  pour  notre  nature,  et 
de  plus  digne  d'elle?  Le  monde  a-t-il  jamais  olTert  un  plus 
beau  spectacle  que  la  réunion  de  ces  hommes,  dont  la  vie 
Angélique  n'avait  plus  rien  de  sensuel  ;  dont  les  Ames, 
comme  affranchies  des  nécessités  du  corps,  planaient  dans 
une  atmosphère  surnaturelle,  pour  de  là  monter  jusqu'à 
Dieu?  Tels  furent  longtemps  les  moines  de  Micy,  dont  les 
vertus  cachées  ioi-bas  ont  donné  tant  d'élus  au  ciel.  Poussés 
par  un  invincible  désir,  ils  quittaient  leur  ville  ou  leurcam- 


pagne,  leur  palais,  leur  siège  de  magistrat,  leur  couiptoir  de 
marchand,  ou  leur  humble  chaumière  de  paysan  ;  iis  s'en- 
fonçaient dans  la  solitude  ;  et  bientôt,  attirés  par  la  renom- 
mée de  Micy,  ils  venaient  s'abriter  dans  ses  cloîtres.  Là 
oublieux  de  tout  le  reste,  ils  épanchaient  leur  cœur  en  de' 
ferventes  adorations,  avec  un  tel  amour  que  le  feu  divin, 
dont  ils  étaient  embrasés,  transformait  leur  èlre  et  se  tra- 
hissait par  le  radieux  éclat  de  leur  visage. 

En  même  temps,  ils  priaient  sans  cesse.  Soit  seuls,  soit 
réunis,  et  de  jour  et  de  nuit,  dans  leur'  église  abbatiale,  ils 
faisaient  monter  vers  Dieu  une  louange  éternelle  et  une 
supplication  ininterrompue,  perpétuée  par  des  chœurs  qui 
répondaient  à  d'autres  chœurs.  C'était  comme  une  lyre  mer- 
veilleuse et  inlassable,  dont  les  sons  charmaient  Thumanité 
et  calmaient  ses  douleurs.  Quand  la  société  était  menacée, 
ou  avait  quelque  grande  grâce  à  obtenir,  les  moines  priaient 
avec  plus  de  ferveur  ;  leur  prière  devenait  le  rempart  des 
cités,  la  forteresse  contre  laquelle  se  brisait  la  rage  des 
ennemis,  et,  pour  tous,  le  gage  de  la  paix  et  du  bonheur. 

La  méditation  contemplative,  unie  à  la  prière  monastique, 
n'était  donc  pas  autre  cliose  que  le  plus  noJ)le  exercice  de 
rinlelligence  et  la  plus  féconde  pratique  de  la  charité. 

II 

Vivre  ainsi,  c'était  déjà  remplir  une  tâche  magnifique, 
digne  de  l'admiration  et  de  toute  la  reconnaissance  des 
peuples.  Cependant  on  trouve  encore  quelque  chose  de  plus 
méritoire,  quelque  chose  qui  touche  les  dernières  limites  de 
la  perfection  accessible  aux  hommes,  l'incomparable  honneur 
des  moines  de  Micy  :  c'est  le  sacrifice  d'eux-mêmes  dans  l'ex- 
piation volontaire  par  la  souffrance. 

L'idée  de  sacrifice  fut,  dans  tous  les  temps,  inséparable  de 
celle  de  mérite  et  de  vertu.  Elle  prend  son  origine-  à  la  nais- 
sance même  de  l'humanité,  qui,  ayant  offensé  son  Créateur 
dès  son  berceau,  a  toujours  éprouvé  une  soif  inextinguible 
d'expiation,  tant  pour  la  faute  primitive  que  pour  toul<3: 
celles  qui  l'ont  suivie.  L'immolation  d'un  Dieu  crucifié  u 
consacré  ce  sentiment.  Depuis  lors,  il  n'y  eut  plus  de  vraie 
grandeur,  ni  de  mérite  réel  que  dans  la  voie  du  sang,  de  la 
soult'rance  et  des  épreuves.    La  douleur  et  l'amour  ont  fait 


I\ 

ici-bas  une  éternelle  alliance.  C'est  lu  lui  univ6i"selle,  obéie 
par  les  religieux  avec  une  indomptable  persévérance.  Pour 
devenir  semblables  au  divin  Rédempteur,  pour  expier  les 
crimes  du  monde,  ils  se  condamnent  à  des  privations  conti- 
nuelles, et  parfois  à  d'effrayantes  austérités.  Mais  ce  cruci- 
fiement de  leur  âme  et  de  leur  chair  est  volontaire  ;  et  dans 
cet  holocauste  librement  consenti,  ils  goûtent  un  charme 
ineffable  qui  vient  en  adoucir  l'amertume. 

(Test  ce  besoin  d'expiation  qui  a  porté  tant  d'hommes  vers 
les  monastères.  Ils  trouvaient  dans  la  vie  pénitente  qu'on  y 
mène  l'offrande  d'un  grand  et  continuel  sacrifice,  agréable  à 
Dieu,  utile  à  leurs  semblables,  sacrifice  qui  se  prolongeait 
autant  que  leur  existence,  et  s'achevait  lorsque,  couchés.sur 
la  cendre  et  le  cilice,  ils  rendaient  leur  dernier  soupir,  comme 
la  dernière  flamme  qui  consume  la  victime. 

On  le  comprend  sans  peine,  cesTimes,  éprisesd'un  si  violent 
amour  de  rexi)iation,  ne  peuvent  pas  vivre  dans  la  compagnie 
ordinaire  des  hommes.  Il  leur  faut  une  retraite  spéciale,  où 
dans  le  recueillement,  le  silence  et  la  paix,  elles  puissent  se 
livrer  sans  obstacle  au  sublime  attrait  qui  les  sollicite.  Elles 
la  cherchent  jusqu'à  ce  qu'elles  l'aient  trouvée  ;  et,  quand 
une  fois  elles  y  sont  parvenues,  elles  s'y  réfugient,  pour  s'y 
adonner  à  toute  la  ferveur  d'une  prière  (jui  va  jusqu'à  l'ex- 
tase, et  à  des  macérations  qui  vont  jusqu'au  criiciiiement  de 
leur  corps. 

Micy  fut,  pendant  des  siècles  et  des  siècles,  un  de  ces  asiles 
mystérieux  où  se  cacha  la  vie  mortifiée  des  religieux.  Depuis 
Euspice  et  Mesmin,  quittant  leur  ville  de  Verdun  pour  venir 
s'y  ensevelir  tout  vivants,  depuis  les  trente  saints  qui  s'y 
formèrent  à  leurs  leçons  et  à  leurs  exemples,  jusqu'à  Robert, 
mort  au  milieu  d'une  vision  extatique,  et  Chrétien,  et  Lau- 
rent, et  Francon,  et  Laumer,  et  combien  d'autres  f  des  mil- 
liers de  moines,  sortisdetous  les  rangs  de  la  nation,  prêtres, 
nobles  et  roturiers,  vinrent  s'y  retirer,  pour  suivre  l'appel 
de  leur  vocation.  Qu'ils  y  étaient  beauxàcontempler  !  Quand, 
me  transportant  au  milieu  d'eux  par  la  pensée,  jo  vois  ces 
vies  d'oraison  et  de  sacrifice,  ces  sens  morts,  ces  visages 
défaits,  mais  si  aimables  et  si  arilents,  ces  corps  épuisés  ]»ar 
les  pénitences,  qui  semblent  n'avoir  qu'un  souffle,  et  qui 
trouvent  <les  forces  pour  passer  les  nuits  en  adoration  et  les 
jours  en  ilo  rudes  travaux,  toute  ma  nature  frémit,  les  larmes 


viennent  à  mes  yeux,  et  j'admire  en  silence  une  des  plus 
grandes  victoires  qui  aient  jamais  honoré  l'humanité. 

Du  sein  de  ce  sanctuaire,  l'âme  des  religieux  s'élançait 
vers  un  idéal  supérieur,  où  elle  s'épanouissait  sans  entraves 
dans  l'exercice  des  plus  hautes  vertus,  avec  la  certitude  de 
la  béatitude  future.  La  règle  de  saint  Benoit,  code  le  plus 
parfait  qui  ait  jamais  existé  de  la  vie  monastique,  les  diri- 
geait dans  les  deux  pratiques  qui  en  constituent  l'essence 
même,  la  prière  perpétuelle,  montant  sans  cesse  vers  le  ciel 
en  une  irrésistible  supplication  adressée  à  Dieu  au  nom  du 
genre  humain  tout  entier,  et  Veœpiation  douloureuse,  qui  se 
dévoue  à  payer  la  dette  des  coupables  par  l'acceptation  volon- 
taire des  souffrances  imméritées,  pour  offrir  à  la  justice 
divine  une  satisfaction  suffisante. 

N'est-ce  pas  là  que  se  trouve  la  gloire  suprême  des  moines 
de  Micy,  et  leur  utilité  première,  dans  cette  double  mission, 
prier  et  souffrir,  librement  acceptée,  et  remplie  avec  amour? 

III 

Le  souci  de  leur  sanctification  personnelle  ne  faisait  point 
méconnaître  à  ces  hommes  les  intérêts  des  autres  hommes, 
leurs  frères.  Leur  piété  s'est  toujours  montrée  secourable  à 
leurs  semblables.  Il  s'est  trouvé  que  ces  moines  contempla- 
tifs et  pénitents,  appelés  de  «  pieux  oisifs  »  par  la  grossière 
ignorance  des  impies,  incapables  de  rien  comprendre  à  la 
sublimité  de  leur  vocation,  ont  été  les  plus  puissants  bien- 
faiteurs de  l'humanité  dans  l'ordre  des  choses  temporelles. 

Micy  fut  longtemps  un  centre  de  lumière  et  d'énergique 
action  sociale,  d'où  partaient  sans  cesse  des  explorateurs 
d'un  nouveau  genre  qui,  poussés  par  l'esprit  de  Dieu,  s'en 
allaient  dans  les  solitudes  delà  Reauce,  du  Maine  et  du  pays 
charlrain,  allumer  de  nouveaux  foyers,  d'où  rayonnaient  sur 
les  populations  encore  païennes  et  ignorantes  la  foi  et  la 
civilisation.  Quand  les  rois  mérovingiens  et  les  empereurs 
carolingiens  leur  donnaient,  en  échange  de  prières,  un 
domaine,  le  plus  souvent  inculte  et  sauvage,  dans  les  plaines 
sablonneuses  de  la  Sologne  ou  les  fourrés  impénélraJjles  du 
Perche,  les  abbés  envoyaient  «juelques-uns  de  leurs  religieux 
s'y  établir,  sous  la  conduite  d'un  prieur.  Ils  bâtissaient 
l'abord  une  église,  une  chapelle  ou  un  simple  oratoire,  près 


VI 

desquels  s'élevaient  en  même  temps  une  Celle  ou  un  prieuré, 
avec  les  logis  nécessaires  à  l'exploitation  agricole.  Bientôt, 
on  voyait  s'assembler  autour  de  ce  centre  les  gens  du  voisi- 
nage, jusque-là  dispersés  et  dans  un  état  de  demi-barbarie. 
Ce  fut  l'origine  de  la  plupart  des  bourgs  et  villages  de  la 
région  orléanaise.  du  côté  de  l'occident.  Les  habitants  des 
campagnes  s'y  fixaient  d'autant  plus  volontiers  qu'ils  trou- 
vaient là.  sous  une  direction  éclairée  et  bienveillante,  un 
travail  rémunérateur,  une  vie  exempte  de  vexations,  avec 
une  sécurité  vainement  cherchée  ailleurs.  C'était  un  véritalde 
bienfait  social. 

Les  travaux  de  la  culture  n'absorbaient  pas  seuls  lactiviiL' 
des  religieux  de  Saint-Mesmin.  Ils  s'intéressaient  aussi  gran- 
dement aux  œuvres  d'intelligence.  L'école  qui  exista  long- 
temps dans  leur  monastère,  sans  avoir  atteint  la  célébrité 
de  celles  de  Saint-Benoît  et  de  Ferrière5-en-(iAtinais,  ne  fut 
pas  moins  utile.  Il  suffit  de  lire  les  ouvrages  du  Moine 
anonyme,  do  Bertold  et  de  Letald,  tous  trois  biographes  de 
leur  saint  fondateur,  et  instruits  à  cette  école,  pour  recon- 
naître jusqu'à  quel  degré  de  perfection  y  était  porté  l'ensei- 
gnement littéraire.  Les  élèves  venaient  du  pays  environnant; 
Orléans  lui  en  fournit  le  plus  nombreux  contingent,  jusqu'à 
l'ouverture  de  son  Université.  Le  travail  patient  de  ses 
moines  a  sauvé  de  l'oubli,  dans  des  manuscri:s  toujours 
admirés,  les  œuvres  des  grands  écrivains,  sacrés  et  profanes. 
Si  les  catastrophes  qu'elle  a  subies,  au  cours  de  sa  durée, 
n'avaient  pas  détruit  entièrement  la  riche  collection  de  ces 
précieuses  cojues,  nous  aurions  de  ce  chef  des  trésors  d'une 
valeur  inestimable. 

Ainsi  Micy  exerça,  au  sein  de  la  France  naissante,  et 
pendant  de  longs  siècles,  une  triple  action,  unissant  aux 
pieux  exercices  de  la  vie  claustrale  et  à  la  culture  des  belles 
let'.res,  le  défrichement  et  l'exploitation  des  terres  impro- 
ductives. Elle  fut  vraiment  une  de  ces  grandes  Institutions 
monastiques  auxquelles  la  patrie  doit,  avec  sa  foi  si  féconde 
en  œuvres,  sa  civilisation,  ses  richesses  agricoles,  sa  haute 
réputation  littéraire,  et  cette  aménité  de  mœurs,  cette  dis- 
tinction, qui  ont  fait  de  la  race  farouche  des  Francs,  mêlés 
après  la  conquête  aux  rudes  Gaulois,  la  plus  polie  et  la  plus 
aimable,  comme  la  plus  glorieuse  nation  du  monde. 


Vît 

IV 

Mais  que  d'épreuves  ont  traversé  cette  longue  existence  ! 
L'abbaye  de  Saint-^Iesmin  vit  fondre  sur  elle  les  plus 
effroyables  catastrophes  qu'ait  jamais  subies  aucune  insti- 
tution humaine.  Tour  à  tour  envahie  par  les  leudes  avides 
de  C'harles-Martel,  pillée  et  incendiée  par  les  Xorthmans, 
dévastée  par  les  Anglais  acharnés  contre  notre  nationalité, 
et  ruinée  par  les  Huguenots,  les  plus  cruels  ennemis  des 
moines,  chaque  fois  elle  parut  anéantie  pour  toujours,  et 
toujours  elle  se  releva  avec  une  indomptable  vitalité.  Noire 
Loire  elle-même,  si  belle,  mais  si  capricieuse  dans  son  cours, 
lui  apporta  sa  part  de  désastres  par  ses  débordements  si  fré- 
quents sur  son  territoire.  Puis,  conséquence  inévitable,  les 
moines  dispersés,  appauvris  et  sans  asile,  tombèrent  dans  le 
relâchement.  La  Gommende  dévora  leurs  biens,  et  le 
monastère,  épuisé  par  tant  de  secousses,  s'affaissa  dans  un 
lent  amoindrissement,  jusqu'au  jour  où  la  Révolution  lui 
donna  le  dernier  coup  et  le  supprima  définitivement. 

Elle  a  néanmoins  rempli  une  glorieuse  et  utile  carrière, 
cette  abbaye  aujourd'hui  disparue,  héroïque  cité,  sans  cesse 
battue  par  les  tempêtes  séculaires,  dont  les  murailles  tant 
de  fois  renversées  étaient  aussitôt  rebâties;  où  les  défenseurs, 
à  mesure  qu'ils  tombaient,  étaient  aussitôt  remplacés;  où 
tous,  appuyés  sur  Tabnégation  personnelle  et  sur  le  dévoue- 
ment au  prochain,  comme  sur  un  double  levier,  ont  soulevé 
le  monde  et  l'ont  porté  jusque  sur  les  hauteurs  de  la  foi,  de 
la  science  et  du  véritable  progrés. 

Passionné  pour  la  gloire  de  mon  pays,  j'ai  voulu  lui 
révéler  cette  grandeur  qui  n'est  plus,  et  qui  lui  appartient 
tout  entière;  j'ai  voulu  Finstruire  et  Tédifier  en  le  rendant 
témoin  des  courtes  joies  et  des  longues  épreuves,  des  luttes 
généreuses  et  des  admirables  vertus  de  ces  moines  mécon- 
nus, enfants  d'Orléans  pour  la  plupart.  On  y  lira  aussi  le 
récit  de  leurs  défaillances;  car  cet  écrit  n'est  pas  un  pané- 
gyrique, mais  un  exposé  fidèle  en  toutes  ses  parties.  N'est-ce 
pasla  première  loi  de  l'historien  de  n'oser  rien  taire  de  vrai, 
comme  aussi  de  n'oser  rien  dire  <le  faux?  On  pourra  ainsi 
les  juger  avec  une  stricte  impartialité,  et  se  convaincre  que 
ces  religieux  ont  été  les  plus  belles  Ames  de  la  terr^,  les  plus 
pures,  les  plus  fortes  et  les  plus  dévouées  que  l'humanité  ait 


vin 


produites;  mais  que  cependant  ils  étaient  des  hommes,  non 
des  anges;  et  que  s'ils  sont  tombés  parfois,  ils  ont  pratiqué 
assez  de  vertus  pour  mériter  le  pardon  de  quelques  fautes. 


Quant  à  la  réalisation  de  ce  dessein,  elle  présentait  de 
telles  difficultés,  qu'elles  ont  paru  longtemps  insurmontables. 
Elles  étaient  ardues  à  ce  point  que  jusqu'ici  aucun  écrivain 
ne  l'a  entreprise:  car  il  n'existe  encore  aucune  Histoire,  com- 
plète, méthodique  et  appuyée  sur  les  seuls  documents  authen- 
tique^;,  de  l'abbaye  de  Sainl-Mesmin.  Y  a-t-il  eu  témérité  de 
ma  part  à  l'essayer?  L'avenir  le  dira.  Je  puis  seulement 
affirmer  qu'après  l'avoir  préparée  par  de  longues  recherches 
et  des  études  approfondies,  j'y  ai  mis  tous  mes  soins,  tout  le 
temps  dont  je  pouvais  disposer,  ma  plus  intense  application, 
toute  mon  âme. 

Après  que  l'abbaye  de  Saint-Mesmin  eut  été  supprimée, 
comme  tous  les  établissements  monastiques  de  France,  par 
l'Assemblée  constituante,  ses  bâtiments  furent  démolis,  ses 
pierres  vendues  par  une  spéculation  mercantile,  et  ses  der- 
niers débris  brûlés  dans  les  fours  à  chaux  des  environs.  Il 
n'en  reste  plus  rien. 

La  destruction  des  documents  écrits,  bulles"pnpales.  chartes 
des  rois,  cartulaires,  archives,  bibliothèque,  livres  et  papiers 
de  tout  genre,  ne  fut  guère  moins  complète.  Presque  tout  a 
péri  dans  la  longue  série  des  désastres  éprouvés  par  le  mo- 
nastère. Ce  qui  avait  échappé  aux  Northmnns  fut  pillé  par 
les  Anglais:  et  les  révolutionnaires  firent  des  feux  de  joie, 
en  1793,  de  ce  que  les  moines  avaient  arraché  aux  Huguenots, 
en  15G-2. 

Aussi  est-il  resté  peu  de  choses,  pour  former  la  tiaiiie  de 
cette  histoire.  Il  a  fallu  chercher  dans  les  annalistes  Orléa- 
nais ce  qu'ils  ont  écrit  surMicy,  feuilleter  les  grands  ouvrages 
monastiques  du  xviiie  siècle,  secouer  la  poussière  des  vieux 
papiers  enfouis  dans  les  dépôts  publics,  archives  et  biblio- 
thèques, recueillir  enfin  de  tous  côtés  ce  qui  a  trait  à  iTotre 
al»baye,  afin  d'en  reconstituer  la  physionomie  sincère  et 
vivante.  Ce  fut  l'œuvre  d'une  longue  patience. 

Dos  écrivains  Orléanais,  nos  contemporains,  MM.  les  abbés 
Rocher,  <le  ïorquat  et  Gochard,  membres  de  nos  Sociétés 


IX 

savantes,  ont  fait  quelques  notices  sur  Saint-Mesmin.  Ces 
opuscules,  peu  étendus  et  composés  pour  des  circonstances 
spéciales,  n'embrassent  qu'une  période  limitée  de  la  vie  de 
notre  monastère,  et  n'ont,  malgré  leur  intérêt,  aucune  pré- 
tention à  en  présenter  l'histoire  intégrale. 

L'ouvrage  moderne  le  plus  considérable  sur  notre  sujet 
est  un  Mémoire  sur  Vahbaye  de  Saint-Mesmin  de  Mici, 
par  M.  Vergnaud-Romagnési  (Orléans,  1842,  petit  in-8o  de 
76  pages.)  L'auteur  de  ce  ^lémoire,  comme  d'ailleurs  la  plu- 
part des  écrivains  laïques  qui  ont  composé  des  monographies 
sur  les  monastères,  semble  n'avoir  aucune  idée  de  ce  qu'était 
un  pareil  établissement.  Il  n'y  voit  qu'une  sorte  de  colonie 
pénitentiaire  et  agricole,  des  chefs  appelés  abbés,  des  muta- 
tions de  biens,  des  faits  plus  ou  moins  tragiques  qui  s'y 
passent.  Mais  ces  choses  essentielles,  la  prière,  l'expiation 
volontaire,  la  pratique  des  vertus  claustrales,  la  vocation, 
en  un  mot,  lui  échappent  entièrement.  Vouloir  écrire  l'his- 
toire d'une  abbaye  sans  tenir  compte  de  ce  facteur  surna- 
tarel,  c'est  faire  fausse  route  et  défigurer  son  sujet.  Outre  ce 
grave  défaut,  cet  ouvrage,  écrit  dans  l'esprit  voltairien  du 
dernier  siècle,  est  rédigé  avec  un  parti-pris  de  dénigrement 
systémati(:[ue  contre  les  moines,  qu'il  montre  sous  le  jour  le 
plus  contraire  à  la  vérité.  Il  abonde  d'ailleurs  en  inexacti- 
tudes, en  interprétations  fautives  des  textes  latins,  et  en 
erreurs  de  chronologie.  Ce  n'est  pas  une  histoire  ;  c'est  un 
pamphlet. 

A  Paris,  les  Archives  nationales  possèdent  fort  peu  de 
choses  :  quelques  décisions  du  Bureau  de  l'ancienne  Agence 
du  clergé,  et  des  arrêts  inscrits  aux  regish*es  du  Parlement. 
Les  riches  coUeclions  de  la  Bibliothèque  Nationale,  dans 
la  section  des  manuscrits  latins,  renferment  la  notice  sur 
Micy  de  dom  Claude  Estiennot,  dans  les  quarante-cinq  vo- 
lumes réunis  par  ce  savant  Bénédictin,  pour  l'histoire  de  son 
Ordre.  Il  y  a  aussi  un  extrait  du  CarLulaire,  contenant  la 
copie  d'une  cinquantaine  de  chartes  relatives  aux  prieurés 
de  Saint-Sigismond  en  Beauce,  et  de  Saint-Jean  de  la  Mothe, 
près  le  Mans.  Le  reste  est  peu  de  chose. 

A  Orléans,  les  Archives  départementales  ont  recueilli  ce 
qui  restait  des  papiers  de  Saint-Mesmin,  échappés  au  pillage 
de  1793.  A  part  quelques  titres  originaux  de  médiocre  impor- 
tance, ce  fonds  no  comprend  guère  que  des  actes  concernant 


lesalTaiie«-  i-mporelles  des  Feuillants,  durant  les  deux  derniers 
siècles  de  l'abbaye,  des  liasses  de  baux,  ventes,  transactions 
de  toute  sorte,  des  pièces  de  procédure,  deux  registres  capi- 
tulaires  dépareillés,  le  tout  utile  à  consulter,  mais  sans  grand 
intérêt  historique. 

C'est  la  Bibliothèque  municipale  d'Orléans  qui  a  fourni  au 
chercheur  le  plus  riche  butin.  Dans  les  manuscrits  des  écri- 
vains Orléanais,  La  Saussaye,  le  chanoine  Hubert,  Polluche, 
Dubois,  il  a  recueilli  des  listes  d'abbés,  quelques  notices 
intéressantes  et  des  copies  prises  sur  d'anciens  actes  origi- 
naux. Doni  Verninac,  le  plus  étendu  de  tous,  lui  a  donné, 
avec  une  courte  analyse  du  Cartulaire  d'Adam,  des  rensei- 
gnements sur  plusieurs  abbés  ;  et  dom  Jean  de  Saint-Martin, 
dans  son  Promptuarium,  de  précieuses  indications  sur  les 
saints  sortis  de  Micy  et  les  faits  qui  s'y  sont  accomplis. 

Après  avoir  consulté  les  grjinds  recueils  bénédictins  du 
xviiie  siècle,  la  Gallia  Christiatui,  le  Spicilegium  de 
Luc  d'Achéry,  les  Annales  de  Mabillon.  et  quelques  autres, 
il  ne  restait  plus  qu'à  visiter  le  lieu  même  où  s'éleva  le 
monastère  fondé  par  saint  Mesinin,  la  crypte  et  la  grotte  du 
dragon,  où  reposèrent  ses  restes.  C'est  ce  qui  a  été  fait  avec 
une  attentive  sollicitude.  Xous  avons  tout  examiné,  tout 
interrogé,  et  partout  nous  nous  sommes  efforcé  d'évoquer 
l'image  des  actes  dont  ils  ont  été  les  témoins. 

VI 

A  force  de  recherches,  nous  avons  réuni  un  faisceau  con- 
sidérable de  faits,  d'enseignements  et  de  pensées.  En  grou- 
pant dans  un  ordre  logique  les  témoignages  recueillis  çà  et 
là,  en  les  couqiarant,  en  les  confrontant  les  uns  avec  les 
autres,  il  a  été  possible  de  renouer  la  chaîne  séculaire  qui 
les  relie  et  en  forme  un  tout  homogène.  Grâce  enfin  à  une 
lente  élaboration  de  ces  éléments  divers,  vivifiés  par  la 
réflexion  do  l'esprit,  nous  avons  pu  faire  jaillir  à  nos  yeux, 
dans  une  large  synthèse,  la  claire  vision  de  ce  que  fut  réelle- 
mont  l'antique  abbaye  de  Micy. 

(Ju«'l(iues  détails  manqueront  sans  doute.  Mais  ces  études 
consciencieuses,  continuées  pendant  plusieurs  années,  sans 
autre  guide  que  l'amour  supérieur  de  la  vérité,  ont  permis 
de  reconstituer  la  physionomie  exacte    du   monastère  orléa- 


xt 

nais,  dans  le  milieu  où  il  a  vécu,  à  chaque  si»  cle,  en  n'em- 
ployant à  ce  travail  que  des  documents  auth'entiques  puisés, 
autant  qu'il  a  été  possible,  aux  sources  originales.  Il  n'y  a 
aucun  fait  avancé  dans  ce  livre  qui  ne  repose  sur  un  texte 
précis,  presque  toujours  indiqué  en  note.  Nous  avons  placé 
à  la  fin  les  pièces  justificatives  les  plus  importantes,  soit 
parce  que  beaucoup  sont  inédites  ou  peu  connues,  soit  parce 
qu'elles  forment  comme  l'appui  et  le  complément  nécessaire 
de  notre  récit.  Elles  remplaceront,  dans  une  certaine  mesure, 
le  CartuJaire,  jusqu'ici  introuvable.  Enfin,  quelques  gra- 
vures, empruntées  aux  rares  souvenirs  de  Micy  encore  exis- 
tants, éclaireront  le  texte  de  cette  Histoire  et  le  rendront  plus 
agréable. 

L'abbaye  de  Saint-Mesmin  parcourut,  durant  sa  longue 
existence,  trois  périodes  successives  et  bien  distinctes.  Elles 
ont  naturellement  servi  de  division  à  la  matière  de  notre 
ouvrage. 

La  première,  celle  d-es  Cénobites,  va  de  Tan  502  à  780.  Ces 
moines  paraissent  avoir  mené  la  vie  ascétique  des  anciens 
Pères  du  désert,  en  Orient.  Dans  leurs  dernières  années,  des 
causes  diverses  les  conduisirent  au  relâchement.  L'évèque 
Théodulfe  rendit  au  monastère  une  ferveur  nouvelle  par 
l'introduction  de  la  Règle  de  saint  Benoit. 

La  seconde  période,  celle  des  Bénédictins,  de  780  à  1608, 
fut  la  plus  longue,  la  plus  féconde,  et  aussi  la  plus  éprouvée» 
en  raison  même  de  sa  durée.  A  la  fin,  une  décadence  pro- 
fonde ayant  succédé  à  leur  pieuse  régularité,  le  cardinal  de 
la  Rochefoucault  leur  substitua  un  nouvel  Ordre,  alors  dans 
toute  l'ardeur  de  sa  récente  réformation. 

Le  troisième  période,  celle  des  Feuillants,  de  1608  à  1700, 
prolonge-i  cette  laboiieuse  carrière  jusqu'au  jour  où  Micy 
succomba  sous  les  coups  des  décrets  de  l'Assemblée  consti- 
tuante, pour  ne  plus  se  relever. 

Cette  histoire  est  donc  conçue  d'après  l'ordre  chronologique, 
le  mieux  approprié  à  sa  nature,  et  divisée  en  chapitres,  où, 
autour  de  quelques  faits  saillants,  se  groupent  les  faits  secon- 
daires et  les  conséquences.  Nous  assistons  à  la  naissance  de 
noire  monastère  ;  nous  le  suivons  dans  chacune  de  ses 
périodes,  téuioins  de  son  action  sociale  et  religieuse;  et  nous 
voyons  évoluer  autour  de  lui  les  per^ormes  qui  ont  môle  leur 
vie  à  la  sienne  et  coopéré  à  son  œuvre  providentielle.  Nous 


XII 

assistons  enfin  aux  pratiques  journalières  de  ses  moines,  à 
leurs  travaux,  à  leurs  épreuves,  à  leurs  chutes  aussi,  et  aux 
réformes  qui  en  furent  la  solennelle  expiation. 

Ainsi  qu'il  est  indispensable  de  le  faire  dans  lliistoire  d'une 
institution  essentiellement  relig:ieuse,  nous  avons  donné  une 
large  part  au  côté  spirituel  ;  mais  nous  avons  eu  soin  égale- 
ment de  faire  ressortir  le  rôle  utilitaire  et  civilisateur,  rempli 
par  les  religieux  de  Micy  dans  l'Oiléanais  et  les  provinces  envi- 
ronnantes, leur  apostolat,  leur  charité  et  leur  influence  mora- 
lisatrice. C'est  une  vérité  incontestable:  le  témoignage  de 
tous  les  siècles  est  là  pour  la  confirmer. 


VII 


On  voit  parfois  dans  les  déserts  de  Tlnde  et  du  Brésil,  ou 
parmi  les  sables  brûlants  de  l'Afrique,  le  mineur  creuser  de 
profondes  galeries  au  sein  de  la  terre.  Son  labeur  opiniâtre 
poursuit  la  recherche  des  trésors  enfouis  loin  des  yeux  des 
hommes.  Souvent  sa  tâche  est  difficile  ;  mais  il  la  continue 
sans  cesse,  jusqu'à  ce  que  sa  pioche  obstinée  ait  amené  à  la 
lumière  la  pépite  d'or  ardemment  convoitée,  ou  le  pur  dia- 
mant, qui  fera  la  fortune  du  reste  de  ses  jours. 

Ainsi  ai-je  travaillé,  humble  artisan  d'une  gloire  qui  m'est 
chère.  J'ai  essayé  de  tirer  des  obscures  entrailles  du  passé  la 
précieuse  mémoire  d'une  grande  Institution,  maintenant 
presque  inconnue,  mais  qui  fut  longtemps  l'iionneur  de  la 
France,  et  d'élever  un  monument,  tant  modeste  soit-il,  à  la 
vérité,  au' mérite,  à  la  sainteté  de  ces  hommes  d'un  autre  âge, 
nos  frères  et  nos  modèles.  J'ai  espéré  enfin  faire  revivre  le 
souvenir  de  leurs  actions,  pour  accroître  le  patrimoine  histo- 
rique et  religieux  de  mon  pays,  et  aussi  pour  proposer  à 
l'imitation  de  mes  contemporains  ces  admirables  vertus  qui 
honorent  l'humanité,  autant  qu'elles  glorifient  Dieu. 


-fC-X^^^~9*~ 


PREMIÈRE  PÉRIODE 


LES   CENOBITES 


CHAPITRE  PREMIER. 

FONDATION  DE   l'aBBAYE  DE  MIGY.   GRANDES  DONATIONS    DU 

ROI     CLOVIS.     DEUX     FAUX    DIPLOMES.    TRAVAUX     ET 

VERTUS    DE    SAINT  EUSPIGE    ET    DE    SAINT  MESMIN,     PREMIERS 
ABBÉS. 

(502-520) 

L'orig-ine  de  l'abbaye  de  Micy-Saint-Mesmin  remonte 
aux  premiers  temps  de  notre  histoire  nationale.  Une 
tradition  constante,  transmise  de  siècle  en  siècle,  en 
attribue  la  fondation  à  Clovis^  premier  roi  chrétien 
de  France. 

Yoici  dans  quelles  circonstances  ce  prince  fut 
amené  à  créer,  auprès  d'Orléans,  ce  puissant  foyer 
d'iniluence  religieuse  et  civilisatrice,  que  devint  le 
nouveau  monastère. 

Les  Allemands,  quoique  vaincus  sur  le  glorieux 
champ  de  bataille  de  Tolbiac,  n'en  avaient  pas  moins 
continué  d'exciter  des  lioubles  dans  les  provinces 
soumises  à  leur  vainqueur.  Les  habitants  de  Verdun^ 
gagnés  par  leurs  intrigues,  s'étaient  révoltés.  Aussi- 


tùljClovis  marcha  contre  la  ville  rebelle  à  la  tète  de 
son  armée  ;  il  la  réduisit  promptement  à  la  dernière 
extrémité,  menaçant,  pour  la  châtier,  de  tout  y  mettre 
à  feu  et  à  san^.  Kn  présence  d'un  si  gi'and  péi'il,  les 
assiégés  renoncèreni  à  la  lutte  :  ils  envoyèrent  vers 
le  roi  un  vénérable  vieillard,  Euspice,  archiprètre  de 
leur  é«^lise,  (jui  implora  sa  clémence  pour  la  ville 
coupable,  mais  repentie,  (^lovis  pardonna;  et,  séduit 
par  la  veitu  du  pieux  médiateur,  lui  demanda  de  le 
suivre  et  de  demeurer  attaché  à  sa  personne,  comme 
conseiller  et  coniFue  ami  (1). 

iùispice  y  consentit;  accompagné  île  son  neveu 
Maximin,  il  vécut  (juelque  temps  de  la  vie  errante  et 
agitée  du  roi  conquérant. 

Vers  Tannée  o()8,  ('^lovis  était  arrivé  à  Orléans. 
Euspice,  chargé  de  nombreuses  années  et  désireux 
de  (inir  ses  jours  dans  le  recueillement  de  la  soli- 
tude, pria  le  roi  de  lui  donner  un  lieu  de  retraite  où 
il  put  suivre  1  attrait  de  sa  vocation.  Celui-ci  accéda 
volontiers  à  son  désir,  et  lui  laissa  la  liberté  de 
choisir  l'emplacement  qui  lui  conviendiait,  s'eng-a- 
geant  par  avance  à  confirmer  son  choix.  Sur  le  con- 
seil d'Eusèbe,  alors  évéque  d'Orléans,  Euspice,  après 
plusieurs  recherches,  s'arrêta  dans  un  endroit  appelé 
Mict/y  à  deux  lieues  au  couchant  d'Orléans,  dans  la 
pres(ju*ile  formée  par  la  jonction  de  la  Loire  et  du 
Loiret. 

(1)  Vita  S(nicti  Ma.rifnini,  ah  anclore  (uwnumo  pcran- 
tiquo,  apud  Acta  Sanctoruni  Ordiiiis  S.  IJenedicli,  t.  I, 
p.  583. 


—  3  — 

C'était  un  domaine  relevant  de  la  couronne,  que 
les  souverains  s'étaient  jadis  réservé,  pour  s'y  livrer 
au  plaisir  de  la  chasse  et  de  la  pèche.  Mais  il  avait 
été  délaissé,  et  on  n'y  voyait  plus,  à  l'époque  oii 
Euspice  arriva,  que  les  ruines  de  la  villa  jadis  occu- 
pée par  l'intendant  royal  (1).  Sa  situatioLi  le  rendait 
éminemment  propre  au  projet  du  pieux  vieillard; 
n  car,  dit  un  des  cénobites  qui  y  vécut,  ce  coin  de 
terre  convient  si  bien  à  une  Institution  monastique, 
qu'il  semble  que  la  Providence  Tait  spécialement 
disposé  à  cette  fin.  En  effets  il  est  baigné  de  chaque 
côté  par  la  Loire  et  le  Loiret,  dont  les  eaux  forment 
aux  serviteurs  de  Dieu  une  retraite  interdite  aux 
regards  des  indiscrets  et  aux  pas  des  importuns  ; 
c'est  comme  une  île  fertile,  quoique  de  médiocre 
étendue;  elle  produit  en  abondance  le  blé  et  un  vin 
généreux;  en  un  mot,  ce  sol  procure  des  biens  nom- 
breux, qu'augmentent  encore  les  navires  venant  des 
rivages  lointains  de  la  mer  (2j.  » 

Euspice  demanda  donc  le  territoire  de  Micy.  Le  roi 
des  Francs  le  lui  concéda  aussitôt,  pour  qu'il  y  fondât 
un  monastère,  sous  le  bienveillant  patronag-e  de  l'évè- 
que  d'Orléans.  Mais  comme  ce  lieu,  assez  restreint, 
ne  paraissait  pas  suffisant  pour  pourvoir  à  Tentretien 
d'une  communauté  destinée  à  prendre  une  grande 
importance,  Clovis  y  ajouta  deux  autres  domaines, 
celui  de  Chaing-y,   fertile  en  vigues  et  en  blé.   sur  la 

ii)  Liber  Miraculoriun  sancll  Maœimhii,  auctore  Letal- 
do,  apud  Acta  Sanctorum  Onlinis  S.  Benedicti,  t.  I,  p.  509. 
(2)  Anonymus,  Vita  sancli  Marcimini,  t.  I,  p.  ô.S4. 


—  4  — 

rive  droite  de  la  Loire,  et  celui  de  Ligny,  couvert 
d'épaisses  forêts,  dans  la  Sologne.  En  outre,  comme 
le  séjour  à  la  campagne  n'offrait  pas  toujours  une 
entière  sécurité,  et  que  Micy  se  trouvait  menacé, 
tantôt  par  les  inondations  désastreuses  de  la  Loire, 
tantôt  pai'  les  invasions  et  les  guerres  continuelles 
de  ces  temps  troublés,  le  roi  lui  donna  encore  un 
terrain  situé  dans  la  ville  même  d'Orléans,  contigu  à 
son  enceinte,  pour  servir  d'asile  en  cas  de  danger  (1). 
Cette  retraite  fut  dès  lors  appelée  V Alleu  de  Saint- 
Mesmin,  des  mois all-od  de  la  loi  salique,  qui  dési- 
gnent une  possession  exempte  de  toute  charge  ou 
redevance  publi(|ue.  Les  moines  y  établirent  une 
maison  de  refuge  avec  une  petite  église,  une  cour  et 
un  jardin.  Maintes  fois  ils  furent  heureux  de  s'v 
abriter,  quand  leur  couvent  de  Micy  fut  impuissant  à 
les  sauver  des  grands  dangers  où  il  faillit  périr. 

Enfin  le  roi  ajouta  à  ces  donations  le  droit  de 
salage,  ou  droit  de  percevoii-  une  mesure  de  sel  sur 
chaque  bateau  chargé  de  cette  substance  passant  en 
Loire,  le  droit  de  pêche,  des  privilèges  et  des  immu- 
nités de  toute  sorte. 

Telle  fut  à  l'origine  l'œuvre  de  Clovis  ;  car  plus 
tard,  quand  Micy  aura  pris  son  essor  et  acquis  un 
grand  développement,  nous  le  verrons  augmenter 
ces  biens  de  nouvelles  et  magnifiques  propriétés.  En 
agissant  ainsi,  ce  prince  se  montra  politique  éclairé 
autant  que  souverain  soucieux  des  iiitérèts  religieux 

(1)  Diplôme  de  Louis  le  Débonnaire,  de  S30;  pièce 
jublificative  IX. 


-—    .) 


de  son  peuple.  Il  était  persuadé  de  la  haute  intluence 
que  la  religion  pouvait  exercer  sur  les  populations 
nouvellement  conquises,  et  sur  ses  soldats  vain- 
queurs, pour  dompter  l'activité  belliqueuse  des  uns, 
et  maintenir  sous  le  joug  le  caractère  indépendant 
des  autres.  C'est  dans  cet  esprit  qu'il  avait  déjà 
fondé  les  monastères  de  Saint- Pierre  et  Saint-Paul, 
qui  fut  plus  tard  Sainte-Genevièv-e  à  Paris,  de  Saint- 
Pierre  et  Saint-Paul  de  Chartres,  en  Beauce,  et  de 
Saint-Pierre  et  Saint-Paul  de  Ferrières,  dans  le  Gàti- 
nais.  En  créant  celui  de  Micy,  sur  le  coude  de  la 
Loire,  entre  les  provinces  septentrionales  qu'il  possé- 
dait depuis  son  avènement  au  trône  des  Francs,  et 
les  vastes  contrées  méridionales  qu'il  convoitait,  il  en 
faisait  comme  le  centre  de  sa  domination.  D'autre 
part,  ce  roi,  instruit  par  les  évèques,  n'ignorait  pas 
combien  l'action  des  moines,  animés  d'une  foi  ar- 
dente, lui  serait  d'un  puissant  secours,  en  convertis- 
sant au  Christianisme  et.  par  là  môme,  en  attachant 
à  sa  couronne,  ces  populalions  à  demi-barbares,  où 
se  trouvaient  mêlés  des  Visigoths  imbus  de  l'Aiia- 
nisme,  des  Francs  encore  payens,  et  même  de  vieux 
Gaulois  pratiquant  au   fond    des  sombres   forets    les 


rites  sanglants  du  druidisme, 


La  suite  de  cette  histoire  montrera  combien  furent 
sages  et  habiles  les  prévisions  de  ce  grand  roi.  Micy 
devint  bientôt  un  foyer  de  science  et  de  vertu  dont 
le  rayonnement  resplendit  au  loin  dans  les  provinces 
du  centre  de   la  France,   pour  les  civiliser  et  les  mo- 


raliser,  taii(iis  (ju'il  s'y  foi'ina  une  pléiade  de  saints 
(jiii  sont  l'éternel  honneur  de  notre  pays. 

Plusieurs  historiens  attrihuent  à  Clovis  deux  diplô- 
mes (ju'il  aurait  donnés,  à  l'occasion  de  la  fondation 
du  monastère  de  Micy,  afin  d'en  déterminer  les 
conditions. 

Le  premier  de  ces  diph'wiies,  qui  ne  porte  aucune 
indication  de  lien  ni  (h'  date,  a  été  reproduit  par 
lainiahsle  Orléanais  La  Saussaye.  pour  la  première 
fois  (1).  Lui-même  ne  l'a  connu  (|ue  par  une  copie 
faite  au  xvi''  siècle  (1^)82),  sur  un  cartulaire  du  xm" 
(1257),  (|iii  a  disparu.  Aussi  doute-t-il  de  son 
authenticité. 

Le  savant  chanoine  Ilulxrl.  auhe  historien  Orléa- 
nais, est  plus  sévèrr  :  il  le  rejette  formellement 
comme  apocrv[)he  ;  «  car,  dit-il,  le  texte  de  ce 
diplùme  (juOn  voit  dans  plusieurs  manuscrits,  diffère 
en  chacun  d'eux  de  celui  du  preiuier  (jui  a  dû  servir 
(roiiiiinal  :  \v  slvle  en  est  hai'hare  ;  la  donation  du 
h'rrifoiie  de  Micy  y  est  faite  en  commun  à  Luspice 
et  à  ALiximiu,  tandis  (jue  l'auteur  de  la  vie  manus- 
ci'ite  de  c(;  dernier  saint  dit  (pielle  fut  faite  à  lui 
seul  :  enfin,  dans  ce  diplùnn',  on  nonune  une  lon<^ue 
suite  de  diij;;nitaires  auxquels  le  roi  l'adresse,  évèques, 
ahhés,  comtes,  missi.  vice-missi,  vidâmes,  vicaires, 
percepleurs.  centeniers,  etc.  dette  énumération 
re|)résenl('  un  système  social  et  administratif  hien 
plus  avancé  que  celui  qui  existait  du  temps  de  Clovis  ; 

(I)  L\  S\r>.sAvi^,  Annales  Ecclesiœ  Aurelitincnsis,hh(ir 
lil,  ii.;i,  1..!»;. 


il  se  rapporte  plutôt  à  celui  de  Charlemagne,  sous 
lequel  furent  créés  et  mis  en  exercice  les  missi  domi- 
nici  (1)  ». 

Après  le  chanoine  Hubert,  les  diplomatistes  Bré- 
quigny  et  Pardessus  ont  démontré  méthodiquement 
la  fausseté  de  cet  acte  (2). 

Néanmoins^  si  sa  forme  ne  peut  pas  être  regardée 
comme  authentique,  rien  ne  s'oppose  à  ce  qu'on 
accorde  une  certaine  autorité  au  fond  même,  ce  qui 
est  accepté  par  tous  les  historiens.  Les  anciens  moines 
de  Micy,  ayant  perdu  leurs  titres  originaux  dans  les 
désastres  que  subit  leur  monastère,  particulièrement 
en  840,  purent  reconstituer  de  mémoire,  ou  d'après 
certaines  données  traditionnelles,  les  documents 
perdus,  dont  la  possession  les  intéressait  le  plus. 
Ainsi  fut  rétabli  cet  acte  de  donation,  que  l'abbé 
Adam  inséra  plus  tard  dans  son  Cartidaire  en  J257. 

Le  second  diplôme  de  fondation,  aussi  attribué  à 
Clovis,  diffère  entièrement  du  premier.  Il  eut  une 
célébrité  plus  grande.  Présenté  comme  pièce  auto- 
risée, dans  un  procès  soutenu  en  1662,  par  les  Feuil- 
lants de  Micy,  il  fut  déclaré  sincère.  Mabillon  l'a  pro- 
clamé authentique  (3)  ;  et  Chateaubriand,  Iiistorien 
plus  éloquent  que  diplomatiste  expérimenté,  a  dit 
qu'il  était  le  seul  diplôme  royal  de  Clovis   intégrale- 

(1)  Bibliothèque  d'Orléans,   Manuscrit  43G',  du   ciianoine 
Hubert. 

(2)  Brequigny,  Dipùonifita,  1701,  l.  I,  n»  v.        I'audiossus 
niplomala,  184.';,  t.  \.  n"  iaviii. 

(3)  l)(i  va  (liplotndOaK  cliap.  ii,  u"  1. 


—  s  — 

nieiil  aiitlieiitique,  sur  los  six  cju'on  lui  attribuait, 
ajoutant,  après  avoir  cité  les  paroles  qui  le  ter- 
minent, fiat  ego  volui^  «  voilà  le  maître  ;  un  évèque 
interprète  traduit  ses  ordres;  voilà  la  France  dans 
toute  sa  simplicité  salique  1  (1)  ». 

Cependant,  cet  acte  est  un  faux,  et  le  nom  du 
faussaire  est  connu. 

Il  lui  trouvé,  avec  huit  pièces  semblables,  dans  les 
papiers  de  Jérôme  Viguier,  après  sa  mort,  et  inséré 
par  son  ami,  le  savant  bénédictin  Luc  d'Acliéry,  dans 
son  Spicilège  (2). 

Viguier,  fils  d'un  ministre  protestant,  était  né  à 
Blois.  11  fut  bailli  de  Beaugency,  et  se  lia  d'amitié 
avec  de  l'Aubespine,  évéque  d  Orléans,  ()ui  le  con- 
vertit au  catholicisme.  Les  savants  du  xyu*^  siècle,  qui 
appréciaient  son  savoir  historique  et  aussi  son  admi- 
rable talent  pour  découvrir  les  anciens  manuscrits, 
accueillirent  cette  trouvaille  avec  un  empressement 
d'aulant  j)lus  grand  que  ce  document  constituait  une 
vraie  nouveauté  pour  les  paléographes. 

Mais  de  nos  jours,  Julien  Havet.  dans  une  étude 
magistrale,  a  démontré  jusqu'à  Tévidenco  la  fausseté 
de  ce  diplôme.  Armé  de  la  méthode  inllexible  (jue  la 
science  moderne  appliijue  à  de  pareils  sujets,  il  a  fait 
ressortir  les  impossibilités,  les  contradictions,  les 
anachronismes  qui  y  abondent,  et  conclut  en  prou- 
vant que  Viguier.   niort  en  1661,  l'avait  composé  de 

(1)  Chateaubriant,  Éludes  historiques. 

(2)  D.    Lrc    d'Achéry,    Spivilegium,    1661,   in-4o,  t.  IV. 

p.  m,\. 


-  9  - 

toutes  pièces,  d'après  la  vie  de  saint  Maximin,  écrite 
par  un  moine  anonyme  du  ix«  siècle,  vie  que  Thisto- 
rien  Du  Cliesne  venait  de  publier  pour  la  première 
fois,  en  1636  (1). 

On  ig-nore  d'où  Viguier  avait  tiré  ce  diplôme,  car 
sa  copie  ne  portait  pas  l'indication  de  la  provenance. 
Personne  ne  l'avait  connu  avant  lui  ;  son  original  n'a 
pas  été  trouvé  après  lui;  il  est  à  la  fois  le  premier  et 
le  dernier,  le  seul  qui  l'ait  vu.  Cette  circonstance  le 
rend  déjà  très  suspect. 

Si  ensuite  on  entre  dans  l'examen  intrinsèque  de 
ce  document,  on  constate  tout  d'abord  que  ses  for- 
mules n'étaient  pas  en  usage  à  l'époque  mérovin- 
gienne. Le  Roi  ne  s'adresse  pas  à  un  de  ses  agents, 
mais  au  vieillard  Euspice  :  il  le  tutoie  ;  enfin,  il  inter- 
pelle successivement,  dans  ce  même  acte,  quatre  per- 
sonnes différentes  :  Euspice,  Eusèbe,  évoque  d'Or- 
léans, puis  tous  les  évoques,  et  enfin  Euspice  et 
Maximin,  non  isolément,  mais  tous  deux  ensemble, 
autant  de  manières  contraires  aux  usages  de  la  diplo- 
matique de  tous  les  temps  et  de  tous  les  pays. 

Sans  vouloir  pousser  plus  loin  cette  étude,  on  peut 
se  demander  h  quel  mobile  a  obéi  Jérôme  Viguier  en 
inventant  ce  titre,  avec  plusieurs  autres.  Lui-même 
Ta  révélé  dans  un  de  ses  écrits,  où  il  exprime  l'espoir 
d'exciter  ainsi  les  applaudissements  et  la  gratitude  de 
ses  lecteurs.  En  composant  ces  faux  historiques,  il  a 

(i)  Julien  IIavet,  Bibliothèqiw  de  VKcole  des  Chm-tt^n, 
année  1885,  t.  XLVI,  p.  225. 


—    10  — 

donc    reclierclié    la    renommée    littéraire   qui  devait 
s'attacher  à  la  découverte  de  ces  textes  précieux  (1). 

Ouoi(ju'il  en  soit  de  ces  deux  diplômes,  il  existe 
assez  de  preuves  de  ce  que  Clovis  a  fait  en  faveur  de 
Micv,  pour  qu'on  ne  puisse  pas  lui  en  refuser  le  titre 
de  fondateur.  La  tradition  de  tous  les  siècles  qui  l'ont 
suivi,  les  actes  des  rois  ses  successeurs,  les  ouvrages 
écrits  dans  l'abbaye  même  et  au  dehors,  sont  una- 
nimes à  lui  en  donner  le  nom.  Jamais  une  négation 
sérieuse  n'a  été  apportée  contre  ce  fait  historique. 

Hertolil,  auteur  de  la  Vie  de  saint  Maximin,  qui 
composa  son  récit  au  conunencement  du  ix''  siècle, 
dit  formellement  qu'après  avoir  donné  Micy,  Chaingy 
et  Ligny  à  Maximin,  Clovis  lit  inscrire  la  teneur  de 
ces  donations  sur  un  diplôme,  aiin  que  le  souvenir  en 
demeurât  impérissable  (2). 

Euspice  et  Maximin.  riches  de  tant  de  biens,  se 
rendirent  aussitôt  à  Micy  afin  de  s'y  installer  sans 
délai.  Mais  il  faut  h'  dire,  si  l'emplacement  donné 
par  le  Koi  convenait  à  souhait  pour  l'établissement 
d'un  monastère,  il  s'en  fallait  «le  beaucoup  qu'il  fût 
immédiatement  en  état  d'être  habité  avec  profit  et 
sécurité. 

(1)  Bien  qu'il  ne  reste  plus  actuellement  aucun  doute  sur 
le  manque  d'authenticité  de  ces  deux  diplômes,  nous  les 
donnons  cependant  aux  pièces  justificatives  I  et  II,  tant  à 
cause  de  l'ancienneté  du  premier,  qu'à  cause  de  leur  célé- 
brité et  des  controverses  dont  tous  deux  ont  été  le  sujet. 

(2)  Mla  sancti  McuUmini.  auclore  Bertoldo,  tnonaco 
Miciacensi,  apud  Acta  Sanctorum  Ordinis  S.  Benedicti,  t.  I, 
p.  593. 


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-    13  — 

Ce  territoire,  quoique  très  fertile,  présentait  alors 
l'image  d'une  complèle  désolation.  Les  nombreuses 
invasions  des  Barbares,  qui  dans  ces  temps  calami- 
teux  dévastèrent  la  Gaule,  avaient  passé  tour  à  tour 
sur  cette  contrée,  et  tout  y  fut  saccag'é.  Ce  que  les 
Visigotbs  avaient  épargné^  les  Alains,  les  Huns,  les 
Francs  mêmes  le  détruisirent  ;  il  ne  resta  plus  que  de 
rares  habitants  réduits  à  la  famine,  au  milieu  des 
campagnes  qu'ils  étaient  impuissants  à  cultiver.  La 
grande  foret,  au  nord  de  la  Loire,  s'était  étendue  sur 
les  terres  abandonnées;  elle  arrivait  presque  jusque 
sur  les  rives  du  fleuve,  entre  Orléans  et  Beaugency. 
Celui-ci,  que  n'entretenait  plus  l'activité  des  mar- 
chands, coulait  péniblement  dans  son  lit  encombré 
d'îlots  sablonneux,  entre  deux  vais  dévastés.  Le 
Loiret,  dont  rien  ne  régularisait  le  cours,  errait  à 
l'aventure  au  milieu  de  prairies  périodiquement  inon- 
dées, laissant  après  chaque  débordement  des  rigoles 
bourbeuses,  des  marécages  d'où  s'élevaient  d'humides 
brouillards  imprégnés  de  miasmes  homicides  ;  il 
déplaçait  fréquemment  son  cours,  (ju^iucune  digue 
ne  retenait.  Un  plan  de  ce  qu'était  le  territoire  de 
Micy  au  vi'"  siècle,  tracé  d'après  des  données  aulbeii- 
ticfues,  nous  le  montre  divisé  en  ('in(j  i)ranches, 
qui  sillonnaient  c(»  qu'on  appelait  alors  le  Cnmpu^i 
7niciacetisls  ([). 

Quant   au    terrain    lui-même,    situé,    comme    nous 
l'avons  dit,  entre  les  (1(Mix  rivières,  à  une  d(Mni-licue 

(1      Voir    ci-contre    Jn    carlo    du    Ca?npif>i    miciafensis, 
au  vi«  siècle. 


—   14  — 

au-dessus  de  leur  confluent,  ce  n'était  qu'un  sol  impro- 
ductif, sablonneux,  couvert  de  saules  et  d'oseraies, 
011  il  ne  restait  nulle  trace  de  culture,  mais  seulement 
quel(|ues  ruines,  des  fonds  vaseux  et  d'impénétrables 
fourrés. 

L'aspect  de  ces  lieux  désolés  n'elfraya  pas  Euspice 
et  Maximiii.  Ils  s'établirent  au  milieu  des  débris  d'une 
ancienne  villa  qu  ils  v  trouvèrent  :  avec  l'aide  de 
quebjues  serfs,  ils  construisirent  des  cellules  faites  de 
brancbaj^^es  et  de  mottes  de  gazon,  pour  servir  d'abri 
aux  disciples  qui  les  avaient  accompagnés.  Puis  ils 
bâtirent  un  modeste  oratoire,  alin  d'y  accomplir  leurs 
exercices  religieux.  Grâce  à  Dieu,  ces  travaux  se 
firent  avec  une  promptitude  incroyable,  et  bientôt  les 
pieux  ermil«'s  purent  inviter  Tévéque  Eusèbe  à  venir 
consacrer  le  nouveau  sanctuaire.  Celui-ci  répondit 
avec  empressement  à  leur  appel  ;  il  vint  à  Micy 
accompagné  d'un  nombreux  clergé  et  dédia  la  cba- 
pelle  à  saint  l'^licini»'.  prcmirr  martvr,  au  milieu  des 
belles  cérémonies  dont  l'Eglise  calboliijue  a  toujours 
rebaussé  la  consécration  de  ses  temples.  Le  même 
jour,  le  vénérable  pontife  conféra  l'bonneur  du 
diaconat  à  Maximin  :  puis  il  rentra  dans  sa  ville 
épiscopale  (1). 

La  vie  pénitente  que  menèrent  dans  leur  retraite 
Euspice,  Maximin  et  leurs  [)renn'ers  compagnons 
répandit  de  tous  cotés  un  tel  parfum  de  sainteté,  cjue 
Micy.  fré(juenté  par  l;i  multitude  de  ceux  ijui  entraient 
et  de  ceux  (jui  sortaient,  parut  semblable  à  une  rucbe, 

(1)  Anonvmus,   Vidî  S.  Maxii?iini,  t.  I,  p.  58Ô. 


—  15  — 

les  uns  venant  voir  et  imiter  les  vertus  qu'on  y  pra- 
tiquait, les  autres  allant  les  rapporter  et  les  faire 
revivre  ailleurs  (1  ). 

Cependant  le  grand  âge  d'Kuspice  l'avertissait  de 
sa  fin  prochaine.  A  sa  prière,  Eusèbe  conféra  l'ordre 
de  la  prêtrise  à  son  neveu  Maximin.  avec  la  bénédic- 
tion qui  fait  les  abbés,  afin  qu^'il  put  gouverner  la 
communauté  naissante,  après  sa  mort.  Peu  de  mois 
plus  tard,  dans  l'année  olO,  au  10  juin,  jour  où  Ton 
célèbre  sa  fête,  le  saint  vieillard  s'endormit  paisible- 
ment dans  le  Seigneur.  L'évéque  Eusèbe  accourut 
à  Micy  présider  la  cérémonie  de  ses  funérailles.  D'un 
commun  accord,  on  résolut  d'unir  dans  une  même 
sépulture  les  restes  des  deux  grands  saints,  Aignan 
et  Euspice,  qui  à  un  demi-siècle  de  distance  avaient 
édifié  notre  contrée  par  leurs  vertus.  On  porta  donc 
à  Orléans  le  corps  de  l'abbé  de  Micy,  et  on  le  déposa 
aux  côtés  du  plus  illustre  pontife  de  notre  ville,  dans 
l'église  de  Saint-Pierre-aux-Bœufs,  devenue  depuis 
la  basilique  de  Saint-Aignan  {2). 

Eusèbe  retint  Maximin  quelques  jours  auprès  de 
lui,  afin  de  consoler  sa  douleur,  puis  il  lui  permit  de 
reprendre  le  chemin  de  son  monastère. 

C'est  sous  ia  direction  du  nouvel  abbé,  que  nous 
appellerons  désormais  Mesrnln,  avec  toute  la  popu- 
lation orléanaise  depuis  douze  siècles,  (jue  l'œuvre  de 
Micy  prit  son  entier  développement,  et  apparut  à  la 
France  étonnée  dans  tout  l'éclat  de  sa  splendeur. 

(1)  Bertold,  Yita  À'.  Ma.vi)nini,  t.  1,  \).  5'.)'i. 

'•2)  La  Saussaye,  Ann.  Eccl.  Aur.  lib.  111,  iv'4,  p.  DU. 


—   16  — 

La  tâche  était  garantie,  el  les  difficultés  immenses  ; 
car  si  beaucoup  de  choses  avaient  été  déjà  commen- 
cées, rien  n'était  achevé  :  il  fallait  tout  compléter, 
tout  organiser,  tout  munir  d'une  force  et  d'une  stabi- 
lité capables  de  résister  à  d'innombrables  causes  de 
destruction. 

Saint  Mesmin  se  mit  aussitôt  au  travail  avec  Tar- 
deur  de  son  ài;e  et  le  zèle  d'un  saint.  Mais  malgré 
tout  son  courage,  il  eût  été  impuissant  à  remplir 
une  mission  aussi  considérable,  s'il  n'eut  été  secondé 
par  de  nombreux  disciples,  pieux  et  vaillants  comme 
lui. 

A  cette  époque,  sous  riiitluence  de  causes  diverses, 
mais  irrésistibles,  il  se  manifesta  un  grand  mouve- 
ment vers  la  vie  religieuse.  Dos  hommes  de  toute 
condition,  depuis  les  esclaves  fugitifs  uu  rachetés, 
jusqu'aux  rejetons  des  familles  nobles,  princières 
même,  poussés  par  un  amour  invincible  de  la  per- 
fection évangélique  et  désireux  de  se  sanctilier  sous 
la  conduite  de  saint  Mesmin,  arrivèrent  en  foule  de 
tous  les  points  de  la  Gaule,  principalement  des  con- 
trées méridionales  qu'on  appelait  l'Aquitaine.  On  vit 
alors  le  spectacle  aussi  étrange  qu'édifiant  de  tous  ces 
hommes,  d'âge,  de  pays,  de  race  et  de  fortune  divers 
se  faire  les  compagnons  dociles  des  travaux  de  leur 
abbé,  en  même  lemps  (pie  les  émules  de  sa  sainteté. 
C'est  cette  sainteté  (|ui  ennoblit  leur  œuvre,  et  lui 
donna  une  immortelle  fécondité. 

Naturellement,  ce  fui  par  l'établissement  de  son 
monastère  que  saint  Mesmin  commença.   11  ne  faut 


—  17  — 

passe  faire,  d'un  couvent,  bâti  clans  ces  temps  reculés, 
l'idée  que  nous  en  donnent  les  grands  édifices  régu- 
liers, construits  selon  toutes  les  règles  de  Tarchitec- 
ture,  dans  les  derniers  siècles,  par  de  riches  commu- 
nautés. Tout  alors  était  agreste  et  empreint  d'une 
rude  simplicité. 

L'assainissement  du  sol  lut  le  premier  objet  de  la 
sollicitude  du  sage  abbé.  Aidé  de  ses  frères,  il  exbaussa 
d'abord  le  terrain,  afin  de  mettre  à  Tabri  des  inonda- 
tions le  monastère,  qui  fut  édifié  sur  une  sorte  de 
plateau  surélevé.  Celui-ci  se  composait  essentielle- 
ment, comme  tous  ceux  qui  furent  fondés  à  cette 
époque,  d'un  mur  à  peu  près  circulaire,  enclosant 
une  enceinte  d'environ  deux  arpents.  Ce  mur  dépas- 
sait, à  l'extérieur,  d'à  peu  près  deux  pieds^  la  taille 
d'un  homme,  afin  d'écarter  tout  dangei'  de  tentation, 
en  ne  laissant  aux  moines  d'échappée  de  vue  que  sur 
le  ciel  (1).  L'enceinte  renfermait  les  cellules  des 
cénobites,  semblables  à  des  cabanes  de  bergers,  et 
deux  grands  édifices.  L'un  était  l'église,  dédiée  à 
saint  Etienne;  l'autre  était  destiné  aux  exercices  de 
la  vie  commune.  Les  murailles  de  ces  édifices,  comme 
celles  de  la  clôture,  et  la  base  des  cellules,  étaient 
bâties  avec  des  pierres  enlevées  aux  ruines  de  la 
villa  romaine,  et  avec  de  la  boue  mélangée  d'un  peu 
de  chaux  ;  des  pièces  de  bois  non  façonnées  formaient 
les  toits,  supportant  une  couverture  faite  de  paille  et 
de  roseaux  desséchés.    Plus   tard   seulement,  on    se 

(1)  La  Lrancc  chrétienne,  chap.  TIf,  p.  32. 


—  18  — 

servit  «le  tuile,  et  on  donna   à   ces  constructions  un 
caracltTC  plus  architectural. 

Après  l'achèvement  de  ces  premiers  et  indispen- 
sables travaux,  saint  Mesmin  se  iiàta  d'endiguer  les 
deux  rives  intérieures  des  rivières  qui  entouraient  la 
langue  de  terre  où  le  monastère  s  élevait,  afin  de 
rejeter  au  dehors  la  masse  d'eau  des  inondations. 
Ensuite  on  déblaya  le  sol  :  les  broussailles,  saules  et 
loulfes  d'osiers  furent  arrachées  et  brûlées  ;  on  laboura 
profondément  la  terre  ameublie,  puis  on  l'ensemença 
de  seigle  et  de  blé . 

Les  mêmes  travaux  furent  exécutés  pour  le  vaste 
territoire  situé  sur  la  rive  droite  de  la  Loire,  à 
(^haingy,  (juavait  donné  le  roi  Clovis.  Abattant  les 
halliers  sauvages  <jui  savanraient  jusqu'aux  bords 
mêmes  du  lleuve,  saint  Mesmin  fit  reculer  la  forêt, 
dont  les  clairières  étaient  d'une  ad:nirable  fertilité. 
Les  bas-fonds  du  sol  furent  convertis  eu  prairies  ;  le 
plateau  supérieur  se  couvrit  de  céréales,  et,  sur  les 
coteaux  dominant  le<  eaux  lim[ndes  du  lleuve,  on  vit 
prospéier  de  riches  vignobles. 

Le  prévoyant  abbé  de  3ficy  fut  bientôt  assuré  que 
la  récolle  pourvoirait  largement  aux  besoins  de  sa 
communauté.  Le  grain,  une  fois  battu,  était  porté  à 
deux  moulins  établis  daiis  de  grands  bateaux  amarrés 
sur  le  Loiret  :  on  les  appelait  Dromcdan  (1).  11  en 
revenait  en  farine,  pour  être  converti  en  pain,  qui, 

(1)  Du  mot  celte  dromons,  long  bateau  fait  de  bois  de 
clitMiR.  (',»»  moulin  doit  t'tro  celui  appel»'"  inijourd'liui  Saint- 
Hamsun  . 


—   19  — 

avec  des  légumes  et  du  poisson,  composait  la  fru- 
gale nourriture  des  cénobites  ;  car  la  Règle  interdisait 
l'usage  de  la  viande.  Autour  du  cloître,  on  créa  des 
jardins  potagers,  et  aussi  des  vergers  d'arbres  frui- 
tiers (1). 

Le  roi  Clovis,  presqu'arrivé  au  terme  de  sa  glo- 
rieuse carrière,  avait  été  informé  du  développement 
acquis  par  le  monastère  de  Micy.  Avant  de  mourir, 
il  voulut  lui  accorder  une  dernière  marque  du  géné- 
reux intérêt  qu'il  lui  portait,  et  par  là  s'assurer  une 
large  part  dans  les  prières  de  ses  moines.  11  détacha 
du  domaine  royal  plusieurs  biens  qu'il  leur  donna  en 
pleine  propriété.  C  étaient,  dans  la  ville  d'Orléans, 
l'alleu  de  Mont-Berrit,  entre  l'église  de  Saint-Etienne 
et  celle  de  Notre-Dame  de  Bonne-Nouvelle;  sur  la 
rive  droite  du  Loiret,  tout  le  territoire  situé  depuis 
les  moulins  de  Dromédan,  jusqu'à  son  embouchure, 
en  face  de  Mareau  ;  au  delà  de  la  Loire,  la  villa  de 
Béraire,  dite  plus  tard  La  Chapelle- S aint-Mesmin, 
celles  de  Cerisay,  de  Mont-Patonr,  de  Fontaines,  de 
Chazelle,  de  Mont-Tédaud,  de  Marmagne,  avec  leurs 
églises  et  toutes  leurs  dépendances,  jusqu'à  la  petite 
rivière  du  KoUin,  qui  se  jette  dans  la  Loire;  en 
Sologne,  le  domaine  de  Vannes,  avec  son  église,  ses 
serfs,  ses  terres  cultivées  et  incultes,  et  la  forêt  de 
Tassignay;  l'église  de  Saint-lïilaire,  au  delà  du  Loiret; 
24  arpents  de  prairie,  près  de  Mareau;  4  arpents  de 
terres   labourables    dans    un    autre    lieu    appelé    les 

(1)  Anun\mls,   \Ha  sanrfl  M'i.ritnhii,  t.  1,  )>.  .>s't. 


—  -20  — 

Arènes  ;  et  enlin  8  arpents  de  vignes,  en  face  d'Or- 
Jr'aiis,  an  lieu  appelé  le  Porlereau  (1). 

(Jnaïui  Clovis  fut  mort,  et  que  son  royauFiie  eut  été 
partagé  entre  ses  enfants,  Clodoniir,  devenu  roi  d  Or- 
léans, aussi  généreux  envers  Micy  que  lavait  été  son 
père,  lui  donna  le  domaine  de  Pauliac,  près  de  Saint- 
Genoul,  dans  le  Berry.,  puis  celui  de  Saint- Martin, 
proche  du  pren)ior.  avec  leurs  éî^lises  et  toutes  leurs 
dépendances  (2). 

L'administration  de  ces  vastes  hicns  et  la  cons- 
truction du  monastère  n'empêchaient  pas  saint  Mes- 
min  de  se  livrer  avec  ferveur  aux  exercices  de  la  vie 
ascétique,  l^e  travail  n'était  pour  lui  que  le  moyen  de 
pourvoir  aux  nécessités  de  ses  frères,  de  jour  en  jour 
plus  nombreux.  Mais  le  but  principal  qu'il  s'était 
proposé,  en  se  retirant  dans  la  solitude,  c'était  de  s'y 
livier  en  paix  à  la  piièi(*  rt  aux  iiides  prali(jues  de 
la  pénitence.  11  irur  donnait  tout  le  tenips  (ju'il  pou- 
vait soustraire  à  ses  obligations  d'abbé.  Dans  ses 
courses  aux  domaines  dont  il  dirigeait  Texploilatioi:, 
il  s'arrêtait  parfois  au  pied  d'un  arbre;  ti)ut  en  se 
reposant  à  son  ombre,  il  occupait  son  àmtî  à  de 
pieuses  méditations.  D'autres  fois,  il  se  retirait  dans 
quebjue  grotte  creusée  par  la  nature  sous  la  berge 
de  la  Loire,  et  y  passait  plusieurs  jours,  loin  des 
siens,  seul  vu  jjrésence  de  Dieu,  vl  plongé  dans  la 
contemplation  des  vérités  éternelles. 

Eu  face  même  de  Micy,  à  Béraire,  dans  les  roches 

(1)  Diplôme  de  T.ouis  le  Débonnaire:  pièce  justificative  IX. 

(2)  Idem. 


o 


~3 
'J 

p 

'3 


—  23  — 

dominant  le  cours  paisible  de  la  Loire,  se  trouvait 
une  de  ces  cavernes,  large  et  profonde.  De  gros 
chênes  croissaient  au-dessus,  et  d'épaisses  broussailles 
en  masquaient  en  partie  l'entrée  (1).  Le  druidisme 
des  anciens  Gaulois,  chassé  des  villes  par  l'idolâtrie 
romaine,  puis  banni  du  sein  même  des  campagnes  par 
le  Christianisme,  s'y  était  retiré,  comme  dans  un  der- 
nier refuge  ;  de  temps  en  temps  quelques  adeptes 
venaient  encore,  au  milieu  des  ténèbres  de  la  nuit, 
célébrer  en  ce  lieu  ses  sanglants  mystères  [2). 

Les  chroniques  de  ce  temps  rapportent  quuu  hor- 
rible dragon  vivait  dans  cette  caverne;  il  était  le 
fléau  de  toute  la  contrée;  son  souille  empesté  cor- 
rompait Tair  et  donnait  la  mort  aux  hommes  et  aux 
animaux  (3j.  Saint  Mesmin  résolut  den  délivrer  le 
pays.  Il  traversa  la  Loire  et  entra  dans  la  grotte,  un 
tison  ardent  à  la  main.  11  en  frappa  le  monstre  qui 
expira  bientôt,  consumé  par  les  llammes  (4j. 

Evidemment,  c'est  là  un  récit  allégorique.  Les  uns 
ont  vu  dans  cette  caverne  un  des  repaires  du  culte 
druidique,  ou  des  derniers  restes  de  Tidolàtrie;  et, 
dans  saint  Mesmin  terrassant  le  dragon,  la  torche  à 
la  main,  Tapôtre  qui  dissipe  les  ténèbres  du  paga- 
nisme à  la  lumière  éclatante  de  l'Évangile.   Partout 

(1)  Voir  la  gravure,  Extérieur  de  la  Grotte  du  Drugorif 
au  Vi«  siècle,  d'après  la  reconstitution  «le  M.  H.  Chouppe. 

(2)  Pièce  justilicative  111.  Description  de  la  Grotte. 

(3)  Pièce  jubtilicative  1\  .  Le  Dragon,  d'après  Symphorien 
Guyon . 

(4)  Bertold,  Yita  suiicti  Maœi?nini,  t.  1,  p.  O'JG. 


—   24  — 

uîi  (Je  courageux  prédicateurs  de  la  foi  chrétienne 
ont  chassé  Terreur,  on  trouve  un  patron  vénéré  ter- 
rassant un  monstre  qui  désolait  le  pays.  Dans  les 
écrits  des  hagiographes,  nous  avons  compté  jusqu'à 
quarante-cinq  saints  et  trois  saintes,  avec  le  souvenir 
(hi  dragon  légendaire  (1). 

D'autres  prétendent  que  le  souflle  empesté  de  ce 
dragon,  (jui  décimait  hommes  et  troupeaux,  était 
réinanation  du  sol  marécageux  et  malsain,  dont  les 
miasmes  pestilentiels  engendraient  des  fièvres  perni- 
cieuses. Kn  assainissant  ces  terres  insalubres,  pour 
les  mettre  en  culture,  saint  Mesmin  tua  le  dragon  et 
sauva  de  nombreuses  existences. 

Les  deux  opinions  peuvent  éhe  soutenues.  La 
seconde  semble  plus  vraisemblable.  De  pareilles 
entreprises  ne  se  réalisent  pas  sans  faire  des  victimes. 
Plus  d'un  Trappiste,  imitateur  de  nos  anciens  moines, 
a  trouvé  la  mort  en  défrichant  le  désert  de  Staouéli, 
en  Algérie,  poui*  y  fonder  la  belle  colonie  monas- 
tique qu'on  y  admire  aujourd'hui.  Ainsi  se  trouve 
expliquée,  jusqu'à  un  certain  [joint,  la  mort  préma- 
turée de  rintrépide  abbé  de  Micy. 

Il  avait  d'ailleurs  bien  prévu  quels  dangers  ferait 
courir  à  la  santé  do  ses  frères  l'insalubrité  du  sol 
au  milieu  ducjuel  ils  travaillaient,  jusqu'au  jour  où 
ils  seraient  parvenus  à  l'assainir  entièrement.  C'est 
pour(juoi,  en  même  temps  (ju'il  bâtissait  les  murs 
de    son    monastère,    il    construisait    un    hospice    ou 

(1)  Pièce  justificative  V.  Liste  des  Saints  ayant  détruit 
un  dragon. 


—  25  — 

Maison-Dieu  pour  les  malades,  au  lieu  appelé  les 
Châtelliers,  sur  la  rive  gauche  du  Loiret.  Le  site 
était  très  prudemment  choisi,  car  il  était  aéré  et  très 
sain,  sur  le  sommet  du  coteau  qui  domine  le  Val  de 
Micy,  et  à  l'abri  des  plus  hautes  inondations.  Cet 
hospice  se  composait  d'une  chapelle,  dédiée  à  saint 
Etienne,  et  de  plusieurs  petits  logis.  Là  se  retiraient 
les  religieux  affaiblis  par  les  fièvres  paludéennes,  les 
malades  pauvres  de  la  contrée,  et  les  voyageurs  indi- 
gents (1). 

Grâce  à  Tesprit  d'ordre  qui  régnait  à  Micy,  et  à  la 
perfection  de  vie  qu'on  y  menait,  ce  monastère  avait 
pris  rapidement  un  mag-nifique  accroissement.  Saint 
Mesmin  voyait  chaque  jour  de  nouveaux  disciples 
accourir  se  rang-er  sous  sa  direction.  Beaucoup 
devinrent  des  saints,  inscrits  au  catalogue  de  l'Église . 
Nous  ne  pouvons  pas  les  nommerions;  citons  seu- 
lement les  plus  connus  d'entre  eux.  Ce  furent  : 
saint  Avit,  saint  Théodemir,  saint  Mesmin  le  Jeune, 
(ous  trois  Orléanais  ;  saints  Lubin^  Doulchard,  Lyé, 
Frombault,  Liphard,  Calais,  Viatre,Laumer,  Florent, 
et  les  trois  Léonard,  de  Vendôme,  de  Limoges  et  de 
Vandœuvre. 

Parmi  ces  religieux,  saint  Mesmin  en  distingua 
deux  qu'il  fit  ses  coopérateurs  dans  la  conduite  de 
sa  communauté  :  Avit  et  Calais.  Au  premier,  qui  joi- 
gnait l'activité  à  une  parfaite  intelligence  du  l)esoiii 
des  autres,  il  remit  l'administiation  temporelle  du 
monastère,  en  le  nommant  cel/erier  ou  économe.  Il 

(1)  Abbé  .T.-N.  Rocher,  Notice  sur  les  Chdlelliers,  p.  :{. 


—  56  — 

copfia  la  direction  spirituelle  de  sa  conscience  au 
second,  dont  Tàme  ardente  était  plus  disposée  à  la 
vie  contemplative.  Pour  compléter  le  régime  intérieur 
de  son  couvent,  il  choisit  Frombault  comme  aumô- 
nier, et  cliarg^ea  successivement  Doulchard  et  Viàtre 
de  remplir  les  fonctions  de  portier  (1).  Tous  ces 
hommes  furent  des  saints,  qui  manifestèrent  par  la 
perfection  de  leur  vie  Texcellence  de  la  direction  reçue 
à  Micy. 

C'est  que  le  soin  des  affaires  matérielles  n'amoin- 
drissait jamais  chez  saint  Mosmin  la  pensée  des 
choses  éternelles,  tant  pour  lui-même  que  pour  ses 
disciples.  Tandis  qu'il  fatiguait  leur  corps  aux  rudes 
travaux  agricoles,  il  élevait  sans  cesse  leur  âme  vers 
Dieu.  Ses  paroles,  ses  touchantes  exhortations  les 
ramenaient  sans  cesse  à  la  pensée  de  ses  perfections 
infinies,  afin  d'échauffer  de  plus  en  plus  leur  cœur 
d'un  généreux  amour. 

Il  agissait  avec  une  pareille  sollicitude  envers  U^s 
serfs  et  habitants  des  domaines  de  son  monastère; 
il  les  i^istruisait  dans  les  champs,  leur  apprenait  à 
prier  dans  leurs  églises,  et  partout  s'efforçait  d'adou- 
cir ces  natures  grossières,  en  ramenant  vers  le  vrai 
Dieu  leur  esprit  encore  imbu  des  superstitions  du 
paganisme. 

Prier  et  se  mortiliei-,  féconder  le  sol  au  prix  de 
mille  fatigues  et  sanctifier  ses  semblables  par  un  apos- 
tolat   incessant,  voilà    en   quoi  se  résume   la  vie   de 

(1)  Anonymus.  Viht  sn/icti  Ma:riiuin>,  t.  T.  p.  r>87. 


—  27  — 

saint  Mesmin,  admirablement  féconde  dans  ses  résul- 
tats, bien  que  courte  dans  sa  durée. 

Car,  on  le  comprend  sans  peine,  il  mourut  avant 
le  temps,  usé  par  les  austérités,  et  victime  de  son 
dévouement  Peu  après  qu'il  eut  achevé  ses  g-rands 
travaux  de  défrichement,  àMicyet  autour  de  Béraire, 
il  se  sentit  atteint  d'un  accès  de  fièvre,,  bénig-ne 
d'abord,  mais  qui  ne  tarda  pas  à  s'aggraver  et  à  deve- 
nir une  de  ces  fièvres  pernicieuses  auxquelles  sans 
doute  avaient  déjà  succombé  plusieurs  de  ses  compa- 
gnons. Dès  lors  il  ne  pensa  plus  qu'à  se  préparer  à 
mourir.  Il  assembla  une  dernière  fois  ses  frères 
autour  de  lui  ;  il  leur  dit  qu'il  allait  les  quitter  pour 
rejoindre  Euspice  ;  il  les  engagea  à  lui  donner  pour 
successeur  Avit,  retiré  alors  dans  une*  solitude,  à 
Mézières  ;  puis,  il  leur  demanda  de  déposer  son 
corps  dans  la  grotte  du  dragon,  afin  que  sa  mé- 
moire fût  plus  présente  aux  prières  de  ses  enfants. 
Les  religieux  le  lui  promirent  en  pleurant  (1).  Bien- 
tôt le  saint  abbé,  soutenu  par  les  mains  de  ses  frères, 
s'étendit  sur  son  lit,  et  rendit  doucement  son  âme 
au  Seigneur,  le  15  décembre  o20.  Il  atteignait  à 
peine  sa  cinquantième  année,  et  avait  gouverné  Micy 
dix  ans  seulement. 

Le  vieil  évéque  Eusèbe,  qui  avait  déjà  rendu  à 
Euspice  les  honneurs  de  la  sépulture,  vint  aussi  les 
rendre  à  son  neveu,  accompagné  de  ses  clercs.  Le 
convoi  funèbre  traversa  la  Loire  au  chant  des 
psaumes,   et  le   corps  de   saint  Mesmin    fui    déposé, 

(1)  Bertold,  Vitd  sancti  Maximini,  t.  I,  p.  090. 


—  28  — 

comme  il  l'avait  demandé,  dansla^ro^^c  du  dragon. 
Dieu  qui  l'avait  honoré  pendant  sa  vie  par  le  don  des 
miracles,  (jui,  à  sa  prière,  avait  sauvé  ses  moines  du 
naufrage,  rendu  la  vue  aux  aveugles,  et  multiplié  les 
vivres  en  faveur  d'Orléans  souffrant  de  la  famine. 
Dieu  lui  continua  ce  même  honneur,  après  sa  mort. 
Son  tombeau  devint  glorieux,  et  de  nombreux  pro- 
diges, qui  y  attirèrent  longtemps  la  foule  du  peuple, 
conservèrent  à  la  vénération  publique  son  nom  et  ses 
vertus. 

Mais  ce  qui  a  surtout  rendu  immortelle  la  mémoire 
de  saint  Mesmin.  ce  fut  l'œuvre  à  laquelle  il  sacrifia 
sa  vie,  la  fondation  et  l'organisation  du  monastère 
011,  pendant  plus  de  treize  siècles,  d'innombrables 
religieux,  émules  de  ses  exemples,  ont  fait  revivre  la 
gloire  de  son  nom,  et  se  sont  efforcés  de  marcher 
sur  ses  traces,  pour  le  lejoindre  au  sein  de  la  béati- 
tude éternelle. 


CHAPITRE  II. 

SAINT  AVIT,    SAINT  THÉODEMIR.  SAINT  MESMIN  LE  JEUNE,    ABBÉS. 

NOMBREUX    SAINTS   DE   MIC  Y.    LEURS    ÉMIGRATIONS   ET 

LEUR  ACTION  SOCIALE.  —  ROYALES  DONATIONS.  PROSPÉ- 
RITÉ DU  MONASTÈRE  ;  VIE  DES  MOINES.  —  LONGUE  DÉCA- 
DENCE. 

(520-780.) 

L'œuvre  fondée  par  saint  Mesmin  avait  atteint  une 
éclatante  prospérité  ;  il  suffisait  de  continuer  ce  qu'il 
avait  heureusement  commencé.  C'est  ce  que  fit 
saint  Avit,  son  successeur. 

Il  naquit  en  Aquitaine,  et  entra  jeune  encore  au 
monastère  de  Menât  (1  ).  sur  les  bords  de  la  Sioule, 
avec  Calais,  son  ami  d'enfance.  Quelques  années 
plus  tard,  tous  deux,  épris  du  désir  de  mener  la  vie 
contemplative  des  anachorètes,  sortirent  de  leur  cloître, 
et,  après  une  longue  marche,  arrivèrent  aux  portes 
de  Micy.  Ils  se  présentèrent  à  saint  Mesmin  qui  les 
admit  au  nombre  de  ses  disciples.  Il  confia  à  Avit  la 
charge  de  cellerier,  et  le  désigna  pour  son  successeur. 
Mais  déjà  celui-ci,  muni  de  la  permission  de  son  abbé, 
avait  quitté  Micy  avec  quelques  compagnons  et  s'était 
retiré  en  Sologne,  dans  un  lieu  isolé,  appelé  Mézières. 
Là,  imitateursdesrudespénitencesque  pratiquaient  les 
solitaires  de  l'Orient,  ils  n'avaient  qu'une  hutte  pour 
cellule,  la  terre  pour  lit,    des    racines    vl   des  fruits 

(1)  Ancienne  abbaye  bt'nédictine,  au  dioct'.se  de  Clermont. 


—  30  - 

saiivai^es  pour  nourriture.  Entourés  du  silence  solen 
nel  des  grands  bois,  ils  s'excitaient  à  la  perfection  par 
une  mutuelle  émulation.  Après  la  mort  de  saint  Mes- 
min,  les  moines  de  Micy,  obéissant  à  ses  dernières 
volontés,  avaient  élu  Avit  pour  lui  succéder.  Ils  le 
découvrirent  dans  sa  retraite,  et  lui  notifièrent  le 
clioix  de  ses  frères.  Avit,  bien  qu'à  re^^ret,  échangea 
les  austères  douceurs  de  la  vie  érémitique,  contre  les 
soucis  de  l'administration  d'une  grande  famille  mo- 
nacale. II  vint  donc  reprendre  l'œuvre  de  celui  qui 
avait  été  son  maître  et  son  ami.  Animé  du  même 
esprit,  il  suivit  ses  traces,  et  maintint  dans  son  cou- 
vent la  régularité  et  la  ferveur,  dont  il  donnait  le 
premier  l'exemple  (1). 

Le  nombre  de  ses  religieux  s'accroissait  chaque 
jour;  il  en  venait  do  toutes  les  provinces  de  la  Gaule; 
et,  chose  merveilleuse,  s'ils  ne  furent  pas  tous  des 
saints  canonisés,  il  y  eut  alors  dans  cette  communauté 
un  si  admirable  épanouissement  de  sainteté,  que 
jamais  on  n'en  vit  une  pareille  assemblée,  même  aux 
temps  les  plus  florissants  du  Christianisme.  Kn  eflfet, 
iMicy  inscrivit  dans  son  niniologue  (2)  particulier 
plus  de  trente  saints,  (|ui,  comme  le  remarque 
La  Saussaye,  vécurent  presque  tous  à  la  môme 
époque.  Sur  ce  nombre,  l'Eglise   en  a  admis  dans  son 

(1)  Letald,  Liber  Miraculorum  sancti  Maximini,  apud 
Acta  Sanct.  Oniin.  Hene.l,  t.  I,  p.  GOO. 

(2)  liivre  où  les  grands  monastères  inscrivaient,  avec  une 
courte  notice,  les  noms  de  leurs  religieux  morts  en  odeur  de 
sainteté,  et  dont  on  lisait  une  page  chaque  jour,  à  la  fin  du 
repas  de  la  Communauté. 


^  31  — 

calendrier  vingf-six,  qu'elle  honore  d'un  culte  public, 
et,  parmi  eux,  les  cinq  premiers  abbés. 

La  tradition  rapporte  que  Fempereur  Charles  le 
Chauve  fit  entrer  les  noms  de  vin^t-deux  de  ces 
saints  dans  une  pièce  de  vers,  d'une  rude  latinité, 
qu'il  adressa  à  Jonas,  évéque  d'Orléans  (1).  Ils  sont 
trop  à  la  gloire  de  notre  pays,  pour  que  nous  ne  les 
donnions  pas  ici,  dans  l'ordre  où  les  a  placés  le  ver- 
sificateur impérial. 

Ce  sont  :  saint  Mesmin  l'Ancien  et  saint  Mesmin  le 
Jeune,  saint  Euspice,  saint  Théodemir,  saint  Lubin, 
saint  Doulchard,  saint  Lyé,  saint  Agyle  ou  saint  Ay, 
saint  Fraimbault,  saint  Urbice,  saint  Sénard,  saint 
Avit,  saint  Amatre,  saint  Calais,  saint  Pavas,  saint 
Viatre,  les  deux  saints  Léonard,  saint  Constantien, 
saint  Rigomer,  saint  Laumer  et  saint  Liphard. 

Il  faut  ajouter  les  suivants,  qui  se  trouvent  dans 
les  ouvrages  de  Mabillon  et  dans  les  Bollandisles  : 
saint  Dié,  saint  Eusice,  saint  Almire,  saint  Ulphace, 
saint  Bomer,  saint  Alvée,  saint  Ernée,  saint  Front, 
saint  Gault  et  saint  Brice. 

Mabillon  fait  remarquer  que  saint  Ay,  saint  Lubin, 
saint  Laumer  et  saint  Constantien  ne  furent  pas  des 
moines  de  Micy  ;  mais  s'ils  n'y  vécurent  pas.  ils  en 
reçurent  les  leçons  et  en  observèrent  les  saintes  pra- 
tiques (2). 

La    Repaie  que    suivaient   tous  ces  cénobites  était 

(1)  Voir  pièce  justificative  VI.  Vers  de  Charles  le  Chauve. 

(2)  Mabillon,  Acta  Sanct.  Ordin.  Benedict.  Sœculiun  I, 
p.  581. 


—  32  - 

celle  des  ermites  de  l'Orient,  telle  que  robservaient 
les  disciples  de  saint  Antoine  ou  de  saint  Basile.  Elle 
n'était  guère  alors  qu'un  traité  plus  ou  moins  étendu 
d'ascétisme  religieux,  donnant  les  principes  de  la  vie 
parfaite,  plutôt  qu'un  code  de  législation  particulier 
pour  ce  genre  de  vie.  On  connaissait  déjà  cette  Règle 
dans  la  Gaule,  au  vi«  siècle,  soit  par  des  traditions, 
soit  dans  le  texte  original  (1  ).  Les  fondateurs  et  direc- 
teurs de  communautés,  tels  que  Cassien,  saint  Martin 
de  Tours,  et  autres,  l'avaient  modifiée  selon  les 
nécessités  du  temps,  du  lieu  et  des  circonstances  où 
vivaient  les  moines  de  l'Occident,  sans  en  changer  le 
fond.  Saint  Maur  n'avait  pas  encore  apporté  et  fait 
connaître  dans  la  Gaule  la  Règle  de  saint  Benoit  ;  et 
l'auteur  du  Livre  des  miracles  de  saint  Mesmin  dit 
expressément  que  cet  abbé  veilla  avec  grand  soin, 
tant  qu'il  vécut,  à  faire  suivre  à  ses  frères  la  disci- 
pline des  anciens  Pères  du  désert  (2). 

Comme  pratiques  générales,  la  pauvreté  volontaire, 
la  chasteté  absolue,  l'abstinence  et  la  pénitence,  le 
travail,  l'humilité  et  surtout  l'obéissance  formaient  la 
base  de  cette  Règle.  La  prière,  soit  particulière,  soit 
commune,  y  tenait  une  place  considérable.  Elle  assi- 
gnait plusieurs  heures,  au  moins  deux,  à  la  lecture  et 
à  la  méditation,  et  déterminait  avec  une  grande  pré- 
cision le  temps  qui  devait  être  donné  à  l'Office  divin, 
récité  ou  chanté  au  chœur,  avec  le  partage  des  heures 
canoniales,  comme  il  existe  encore  aujourd'hui. 

(1)  La  France  chrétienne,  chap.  III,  p.  40. 

(2)  Letald,  Liber  M  ira  cul  or  uni  y  t.  I,  p.  .lOO. 


—  33  — 

Quant  aux  prescriptions  plus  particulières  régle- 
mentant le  régime  intérieur,  la  durée  de  cet  Office  et 
celle  du  travail,  les  divers  emplois  de  la  maison,  et 
autres  choses  semblables,  c'était  l'usage  adopté  dès 
le  commencement  et  la  direction  de  l'abbé  qui  les 
déterminaient. 

Les  moines  de  Micy  pratiquaient  donc  exactement 
celte  Règle  qui,  ayant  été  adaptée  par  saint  Mesmin 
à  leurs  besoins  particuliers,  éleva  leur  communauté 
à  une  haute  perfection.  Ils  s'étaient  retirés  dans  la 
solitude,  pour  y  prier  et  s'y  mortifier,  loin  du  monde  ; 
mais  cette  solitude,  ils  la  cultivaient  pour  en  tirer 
leur  nourriture  et  remplir,  par  leurs  aumônes,  le 
devoir  sacré  de  la  charité  envers  les  nialheureux.  Ces 
cénobites  d'Occident  unissaient  ainsi,  dans  une  juste 
mesure,  l'ascétisme  de  l'Orient  à  la  vie  active  du 
travailleur  libre,  devenant  par  là  le  type  accompli  du 
religieux  parfait,  qui  se  sanctifie  lui-même  et  procure 
à  ses  semblables  d'inappréciables  bienfaits. 

Mais  il  entrait  dans  les  desseins  de  la  Providence 
que  le  monastère  de  Micy  répandît  autour  de  lui, 
dans  un  vaste  rayon,  au  centre  de  la  France^  les 
germes  de  régénération  religieuse  et  sociale  qui 
s'étaient  développés  dans  son  sein  avec  une  si  puis- 
sante vitalité.  C'est  pourquoi  elle  fit  naître  dans 
l'àme  de  ses  moines  une  soif  ardente  de  la  vie  con- 
templative, que  pouvait  seul  satisfaire  l'isolement 
absolu.  On  vit  donc,  à  plusieurs  reprises,  sortir 
de  Micy,  comme  d'une  ruche  où  se  pressent  des 
essaims    trop    nombreux,    des     colonies    d'hommes 


—  34  — 

qui,  poussés  par  Tesprit  de  Dieu,  s'en  allaient  cher- 
cher les  solitudes  let?  plus  profondes  de  la  Sologne, 
du  Perche,  du  Maine,  de  la  Beauce  et  du  pays  char- 
train,  pour  y  lixer  leur  demeure,  et  y  vivre  en  pré- 
sence de  Dieu,  dans  le  silence  et  la  prière  ininter- 
rompue. 

Là  encore,  leurs  vertus,  les  miracles  qui  éclataient 
sous  leurs  pas,  attirèrent  autour  deux,  et  hien  njal- 
gré  eux,  des  admirateurs,  bientôt  devenus  leurs  dis- 
ciples. Des  monastères  s'élevèrent  à  la  place  des 
cabanes  où  ils  s'étaient  retirés;  les  habitants  de  ces 
contrées,  dispersés  et  à-demi-barbares,  se  groupèrent 
autour  du  cloître  hospitalier,  où  ils  trouvaient  un 
abri  assuré,  du  travail,  des  secours  dans  la  maladie, 
le  pain  qui  nourrit  les  corps,  et  l'enseignement  reli- 
gieux qui  sauve  les  âmes.  On  compte  encore  aujour- 
d'hui quarante-quatre  localités,  villages,  bourgs  et 
villes,  qui  eurent  pour  berceau  la  cellule  d'un  moine 
de  Micy.  Parmi  elles,  vingt-neuf  ont  conservé  le  nom 
de  leur  saint  fondateur  (i). 

C'est  ainsi  que,  pendant  tout  le  vr  siècle,  des  céno- 
bites, comme  saint  Avit,  saint  Calais,  saint  Lyé,  saint 
Viatre,  saint  Liphard^  saint  Léonard,  saint  Front  et 
beaucoup  d'autres,  après  avoir  embrasé  leur  àme  au 
feu  sacré  dont  Micy  était  le  foyer,  allèrent  en 
répandre  au  loin  la  bienfaisante  chaleur.  Nous  ne 
pouvons  les  suivre  dans  leurs  émigrations.  (Ju'il  suf- 
lise  donc  de  savoir  que,    par  leurs  paroles,  par  leurs 

(1)  Voir  pièce  justilicative  VU,  villes,  bourgs  et  villages 
f oudés  par  des  moines  de  Micy . 


—  35  — 

prédications  ardentes,  par  leurs  saints  exemples,  par 
leur  inépuisable  charité,  par  leurs  miracles,  ils  ins- 
pirèrent aux  populations  de  nos  villes  et  de  nos  cam- 
pagnes ces  sentiments  de  foi,  cette  fidélité  aux 
devoirs  de  la  religion,  cet  amour  du  travail,  cette 
simplicité  de  mœurs  qui  furent,  dans  les  temps 
anciens,  Thonneur  de  nos  provinces,  et  dont  on 
retrouve  maintenant  encore  des  traces  profondes, 
malgré  le  changement  de  toutes  choses. 

Saint  Avit  gouvernait  son  monastère  avec  une 
autorité  toute  paternelle  ;  il  pratiquait  le  premier  les 
vertus  dont  il  recommandait  l'observance  à  ses  frères. 
Dieu  récompensa  ses  mérites  par  le  don  de  prophétie. 

Clodomir,  second  fils  de  Clovis  et  roi  d  Orléans, 
avait  déclaré  la  guerre  à  Sigismond,  roi  de  Bour- 
gogne. 11  l'avait  battu,  fait  prisonnier,  et  il  le  rete- 
nait, avec  sa  femme  et  ses  deux  jeunes  enfants,  pri- 
sonniers dans  son  camp  qu'il  avait  établi  près  de  la 
villa  de  Colmiers  (1),  à  cinq  lieues  d  Orléans.  Ayant 
été  informé  que  les  Burgondes  avaient  de  nouveau 
pris  les  armes,  il  résolut,  avant  de  marcher  contre 
eux,  de  se  défaire  de  ses  captifs.  Saint  Avit  l'apprit. 
Aussitôt  il  se  rendit  auprès  du  roi  pour  les  sauver. 
Comme  Clodomir  demeurait  sourd  à  sa  prière  ; 
«  Songe  à  Dieu,  lui  dit  le  pieux  abbé  ;  si  tu  fais  grâce 
de  la  vie  à  ces  infortunés,  Dieu  sera  avec  toi,  et  tu 
vaincras  de  nouveau.  Mais  si  tu  les  tues^,  toi  et  les  tiens. 


(1)  Aujourd'hui  Coulmiers,  commune  du  canton  deMeung 
(Loiret). 


-    36  — 

vous  subirez  le  même  sort  (1).  »  —  «  C'est  un  sot 
conseil,  répliqua  Clodomir,  de  dire  à  un  homme  qu'il 
laisse  son  ennemi  derrière  lui.  »  Il  fit  donc  massacrer 
Sigismond  et  sa  femme.  Leurs  cadavres  furent  jetés 
dans  un  puits  sur  lequel  s'éleva  plus  lard  une  église, 
dédiée  à  saint  Sigismond.  Elle  existe  encore,  entourée 
d'un  village  du  même  nom  (2).  et  le  puits  est  toujours 
le  but  d'un  pèlerinage  Mais  la  prédiction  d'Avit  ne 
tarda  pas  à  s'accomplir.  Clodomir  fut  vaincu  el  lue  à 
son  tour  ;  ses  enfants  furent  égorgés  et  non  royaume 
passa  dans  les  mains  de  Childebert,  son  frère. 

Cependant,  tout  en  dirigeant  ses  frères  avec  aulaiil 
de  zèle  que  de  pruderice,  saint  Avit  aspirait  de  plus 
en  plus  à  se  retirer  dans  la  solitude  poui*  y  atteindre 
la  perfection  de  la  vie  érémitique.  Il  fit  élire  un  abbé 
à  sa  place,  et  quitta  Micy  avec  quelques-uns  de  ses 
amis,  qui  bientôt  se  dispersèrent  de  divers  côtés, 
suivant  leur  attrait  particulier.  Pour  lui,  il  s'enfonça 
dans  le  désert  du  Perche,  alors  couvert  de  bois  épais, 
de  marais  et  de  tourbières.  Il  s'arrêta  au  lieu  appelé 
Piriac,  dans  le  pays  dunois.  non  loin  de  la  rivière  du 
Loir.  Il  s\  établit  un  ermitage,  où  il  se  livra  tout 
entier  aux  austérités  de  la  pénitence.  De  temps  en 
temps,  il  faisait  à  Micy  et  à  Orléans  quelques  voyages 
dont  son  historien  nous  a  conservé  le  souvenir  (^3), 
voyages  accompagnés  de   miracles  qui  augmentaient 

(1)  Grégoire  dk  Tours,  Histoire  des  Fi^ancs,  1.  III, 
chap.  VI. 

(2)  Saint-Sigismond,  commune  du  canton  de  Patay  (Loiret). 

(3)  Maiullon,  Acta  Sanct.  Ordin.  Bcned.  Seculum  I, 
p.  614. 


-     87  — 

la  vénération,  des  peuples  pour  lui.  Aussi,  quand  il 
mourut,  le  7  juin  530,  les  Orléanais  s'empressèrent 
d'aller  chercher  son  corps,  pour  l'inhumer  près  de 
leur  ville,  comme  il  Tavait  désiré  de  son  vivant.  Il  fut 
déposé  hors  des  murs,  sur  le  hord  delà  voie  parisie. 
Deux  ans  plus  tard,  le  roi  Childebert  fit  creuser  une 
crypte  pour  y  déposer  cette  sainte  relique,  et  bâtit 
au-dessus  une  église  qui  prit  pour  vocable  le  nom 
même  de  saint  A  vit  (1). 

En  quittant  Micy^  celui-ci  avait  fait  élire  en  sa  place 
Théodemir,  Franc  d'origine  et  doyen  de  la  cathédrale 
d'Orléans.  Il  avait  une  sœur  mariée  qui  devint 
aveugle  ;  il  la  présenta  à  saint  Mesniin,  afin  que  par 
sa  prière  et  l'imposition  des  mains,  il  obtînt  sa  gué- 
rison.  L'abbé  de  Micy  ne  refusa  pas  son  assistance  à 
Théodemir,  auquel  l'unissait  une  étroite  amitié  ;  il 
rendit  la  vue  à  sa  sœur  ({ui,  par  reconnaissance, 
donna  le  nom  de  son  bienfaiteur  à  deux  enfants  qu'elle 
eut  depuis  ;  ce  furent  sainte  Mesme  et  saint  Mesmin 
le  Jeune  (2j.  Peu  de  temps  après  ce  miracle,  Théo- 
demir sY'tait  démis  de  sa  charge  de  doyen  pour  se 
faire  moine  sous  la  conduite  de  son  saint  ami  ;  il 
l'assista  à  ses  derniers  moments  et  concourut  à  l'élec- 
tion d'Avitau  siège  abbatial  de  son  monastère.  Quand 
ce  dernier  l'eut  quitté,  lui-même  fut  choisi  pour  lui 
succéder,  en  .j23. 

(1)  L'église  n'existe  plus  ;  mais  la  crypte  do  saint  Avit  a 
été  retrouvée  de  nos  jours  et  entièrement  restaurée  ;  elle  se 
voit  sous  le  jardin  du  (Trand-Séminaii-e. 

(2)  Léïald,  Libev  Miraculorutn,  t.  I,  p.  <i92. 


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ni-r  ri     -  iiT  ànniBsr  nu  «uhîmb 


-   39   - 

ni  saint  Mesmin  avait  rendu  la  vue  miraculeuse- 
lent.  Il  se  nommait  aussi  Maximin  ou  Mesmin;  pour 
'  distinguer  du  premier  abbé  de  ce  nom,  on  l'appela 
lesmin  le  Jeune. 

Letald  nous  apprend  qu'il  était  né  à  Orléans,  et 
vait  été  tenu  sur  les  fonts  baptismaux  par  saint 
lesmin  l'Ancien  (1).  Tout  jeune  encore,  il  se  retira 
rès  de  son  oncle  à  Micy.  Il  sentit  bientôt  naître  en 
n  la  vocation  religieuse,  et  prit  Tbabit  monastique. 
iCS  anciens  historiens  nous  ont  laissé  peu  de  chose 
ir  sa  vie.  Il  la  passa  au  sein  d'une  tranquille  obscu- 
ité,  pratiquant,  dans  un  grand  degré  de  perfection, 
es  belles  vertus  religieuses  inconnues  du  monde, 
lais  récompensées  au  ciel  d'un  bonheur  sans  nn. 

Sainte  Mesnie,  sœur  de  saint  Mesmin  le  Jeune, 
écut,  à  ce  que  Pon  croit,  avec  sainte  Sichaire  et 
uelques  autres  pieuses  femmes,  dans  un  couvent 
fiti  sur  la  rive  gauche  du  Loiret,  à  Saint-Hilaire, 
^s-à-vis  de  Micy.  Un  ancien  manuscrit  de  ce  monas- 
îre,  et  La  Saussaye,  lui  donnent  le  titre  de  Vierge, 
<  placent  sa  fête  au  16  mai  (2).  Après  une  longue  vie 
pssée  dans  les  austérités  de  la  pénitence,  elle  rendit 
iintement  son  âme  à  Dieu.  Son  tombeau,  placé  dans 
I  crypte  de  Téglise  abbatiale,  devint  le  but  d'un  pèle- 
mage  très  fréquenté.  Les  malades  atteints  de  fièvres 
prnicieuses  allaient  prier  près  de  ses  restes  vénérés, 
(  s'éloignaient  rarement  sans  avoir  ressenti  les  effets 
0  sa  protection  (3). 

I)  Lktald,  Liber  Miraculoruin,  t.  I,  p.  001. 
-■il  La  Saussayk,  Annales,  lit).  III,  N.  1>,  p.  107. 
'))   M.   l'abbé  RoGHEH,   Notice  sur  Saint-Hiiaire-Saint- 
Msmin,  p.  23. 


-    40  — 

Cette  crypte,  seul  reste  de  Fabbaye  de  Micy, 
existe  encore.  On  y  montre  remplacement  occupé 
jadis  par  le  tombeau  de  la  sainte,  et,  au  milieu  d'un 
pilier  ôpais,  lu  niche  où  était  sa  statue.  Depuis  la 
destruction  du  monastère,  on  honore  la  mémoire  de 
sainte  Mesme  dans  l'église  paroissiale  de  Sainl- 
Hilaire.  où  les  pèlerins  trouvent  encore  un  autel 
consacré  sous  son  vocable. 

C'est  du  teinps  de  saint  Mi'smin  le  Jeune  queut 
lieu  la  conversion  d'un  notable  habitant  d'Orléans, 
nommé  Aavle.  dont  on  a  fait  Av.  Il  était  juire  et 
vicomte  pour  la  province,  alors  ijue  Villichaire  en 
était  comte.  Un  de  ses  serfs,  coupable  dune  faute 
grave,  s'était  enfui  de  sa  villa,  située  non  loin  de 
Béraire  ;  et.  craignant  un  châtiment  sévère,  avait 
cherché  un  asile  dans  la  grotte  du  dragon,  auprès 
du  tombeau  de  saint  Mesmin  l'Ancien.  Deux  esclaves, 
envoyés  par  le  vicomte  pour  le  tirer  de  ce  refuge,  ne 
purent  pas  y  pénétrer  :  une  force  surnaturelle  les  en 
repoussait.  Agyle  vint  alors  à  cheval,  l'épée  à  la 
maiii,  menayant  de  faire  un  terrible  exemple.  Mais 
lorsqu'il  arriva  auprès  de  la  grotte,  il  vit  son  cheval 
s'arrêter,  sans  <|ue  rien  put  le  faire  avancer.  Lui- 
même  se  sentit  frappé  de  paralysie  et  jeté  à  terre, 
brisé  par  la  soullrance.  Il  s  humilia  sous  la  main  qui 
le  châtiait,  confessa  sa  faute  d'avoir  voulu  violer  le 
droit  d'asile  attaché  au  tombeau  du  saint,  et  promit, 
s^'il  recouvrait  la  santé,  de  l)àtir  une  église  en  ce  lieu 
int'inc,  et  de  donner  son  esclave  à  Micy.  Sa  prière  fut 
exaucée  (1).  Agyle  guéri  tint  (idèlement  sa  promesse. 

(1)  Anonymus,  Yita  sancti  Mn,vitnini,  t.  I,  p.  5D0. 


—  41   — 

Il  Ot  construire,  au-dessus  de  la  grotte  du  dragon,  une 
chapelle  qu'il  dota  du  beau  domaine  qu'il  possédait  à 
Béraire.  Depuis  ce  temps,  le  bourg  qui  se  forma 
autour  de  cet  oratoire  a  pris  et  conservé  jusqu'à  nos 
jours  le  nom  de  la  Chapelle  Scdnt-Mesmin  (1). 

Non  content  d'avoir  si  magnifiquement  accompli 
son  vœu,  Ag vie  partagea  le  reste  de  ses  grands  biens 
entre  Téglise  d'Orléans  et  le  monastère  de  Micy. 
L'abbé  Mesmin  le  Jeune,  d'après  le  témoignage  de 
l'auteur  anonyme  de  la  vie  de  saint  Ay  (2),  profita  de 
cette  fortune  pour  faire  d'utiles  travaux  dans  son 
abbaye.  Il  consolida  et  agrandit  l'église  de  Saint- 
Etienne,  et  augmenta  les  bâtiments  destinés  à  l'usage 
des  moines. 

Quant  à  Agyle,  le  pieux  donateur,  il  vécut  si  sain- 
tement qu'il  mérita  d'être  mis  au  nombre  des  Bien- 
heureux: on  l'honore  encore  aujourd'hui  sous  le  nom 
de  saint  Ay.  Il  fit  un  long  pèlerinage  à  Rome  et  à 
Jérusalem;  puis  il  reviut  à  Orléans,  où  il  finit  ses 
jours.  Se  sentant  près  de  mourir,  il  appela  à  ses  cotés 
l'évèque  Austrenne  et  Mesmin,  son  ami.  Consolé  par 
leur  présence  et  fortifié  par  leurs  prières,  il  expira 
entre  leurs  bras.  Son  corps  fut  porté  dans  l'église 
d'une  villa  qu'il  possédait,  à  trois  lieues  d'Orléans, 

(1)  On  a  découvert,  au  mois  de  novembre  1856,  les  restes 
d'un  escalier  en  pierres,  contemporain  de  la  construction  de 
saint  Ay,  qui  p3rmettait  de  desconlre  du  chBur  de  cette 
éi^'lise  dans  la  grotte  m>me,  dev-enuo  comme  sa  crypte,  un 
lieu  d'asile,  et  le  but  d'un  p'ilerinaj^i  très  fréquenté  aussi 
longtemps  qu'y  demeurèrent  les  saintes  reliques. 

{l)  Vita  sancti  .^r/ijli,  auctore  anonyme. 


—  \'l  — 

sur  It*  ijorci  de  la  Loire,  et  enterré  avec  lioiineur  der- 
rière l'autel.  Autour  de  cette  église,  dédiée  à  la  Mère 
de  Dieu,  se  groupèrent  dans  la  suite  les  habitations 
qui  donnèrent  naissance  à  la  paroisse  et  au  bourg  de 
Saint' Ay  (1). 

Les  biens  que  donna  le  Bienheureux  Agyle  ne 
furent  pas  les  seuls  qui  enrichirent  Micy  durant  l'ab- 
batiat  de  saint  Mesmin  le  Jeune.  Dès  ses  premières 
années,  Clotaire  l'''.  roi  de  France  en  358,  lui  concéda 
en  pure  aumône  le  domaine  de  Yienne-en-Yal,  avec 
l'église,  la  forêt  et  toutes  les  terres  dépendantes, 
traversé  par  la  petite  rivière  la  Colla,  aujourd'hui  le 
Dhuit.  Le  môme  roi  ajouta  à  cette  première  donation 
celle  du  territoire  de  Yille-Marie,  avec  ses  dépen- 
dances et  la  foret  de  Tortfeuille,  qui  s'étendait  sur  une 
superficie  de  deux  lieues. 

Plus  tard,  vers  l'an  570,  le  roi  Chilpéric  remit 
également  aux  religieux  plusieurs  domaines  :  dans  la 
Ik'auce,  celui  de  Oimpuis  et  les  villas  de  Bilriac,  de 
Monlquichet,  de  Pirey,  de  Sanorme  et  de  Nuisement, 
avec  les  serfs  attachés  à  leur  culture;  sur  le  territoire 
d'Etampes.  les  deux  domaines  de  Gazelle  et  des  Châ- 
taigniers ;  et  enfin  dans  le  Beauvaisis,  un  autre 
domaine  avec  son  église  dédiée  à  saint  Mesmin,  pro- 
che de  la  [)aroisse  de  Senlis  (2). 

r^e  tein[)s  était  celui  de  la  plus  grande  prospérité 
de  notre    abbaye,  son  véritable   âge  d'or.  La  disci- 

(1)  Commune  du  canton  de  Meung  (Loiret). 
(2,  Diplôme  de    Louis  le  Débonnaire,    pièce   justiflcative 
IX. 


—   43  — 

pline  monastique  y  était  exactement  observée;  ses 
religieux  rivalisaient  de  ferveur  ;  les  rois  l'aimaient 
et  la  protégeaient;  ses  cinq  premiers  abbés  étaient 
des  saints,  et  d'autres  saints  nombreux  se  formaient 
à  leurs  leçons.  La  renommée  de  la  vie  parfaite  qu'on 
y  menait  attirait  sans  cesse  de  nouveaux  novices  ;  ses 
possessions  territoriales  étaient  immenses  ;  et  la  cul- 
ture perfectionnée  qu'on  leur  donnait  répandait  par- 
tout l'aisance,  en  même  temps  que  le  zèle  apostolique 
des  moines  instruisait  les  peuples. 

Rien  n'est  plus  touchant  et  plus  édifiant  que  le 
tableau  offert  alors  par  cette  communauté  de  fer- 
vents cénobites,  tel  que  nous  le  tracent  les  divers 
auteurs  de  la  vie  de  saint  Mesmin. 

Avant  le  jour,  en  toute  saison,  les  moines  se 
réunissent  à  l'ég-lise  de  Saint-Etienne,  autour  de 
laquelle  sont  groupées  leurs  cellules,  dans  l'enceinte 
formée  par  la  haute  muraille  qui  les  protège.  Après 
avoir  chanté  l'Office,  ils  assistent  à  la  messe  célébrée 
par  leur  abbé;  puis  ils  se  dispersent,  pour  remplir 
la  tâche  qui  leur  a  été  assignée.  Ici,  ils  bêchent  et 
arrosent  les  légumes  de  leur  jardin  ;  là,  ils  conduisent 
eux-mêmes  la  charrue.  Selon  la  saison,  les  uns 
fauchent  les  blés  et  forment  de  lourdes  gerbes,  ou 
recueillent  le  raisin  de  leurs  vignes,  pendant  que 
d'autres  conduisent  les  chariots  qui  portent  le  grain 
battu  à  leurs  moulins,  ou  bien  vont  au  pressoir  écra- 
ser les  grappes  vermeilles.  De  temps  en  temps,  on 
voit  des  barques  sillonner  le  fleuve  de  Loire  ou  la 
rivière    du    Loiret,    transportant   au    monastère    les 


—  u  — 

récoltes  de  Cliaingv,  de  Ligny  et  de  Mareau.  ou 
amenant  le  produit  de  la  pèche,  qui  est  la  grande 
i-essource  de  ces  hommes  vivant  dans  l'abstinence 
perpétuelle  de  la  viande. 

Tous  ces  travaux,  aussi  bien  ceux  des  champs  que 
ceux  qui  s'exécutent  dans  l'intérieur  du  cloître,  se 
l'ont  en  silence.  Au  milieu  du  jour  et  à  la  tombée  de 
la  nuil.  le  son  de  la  cloche  donne  un  signal;  aussitôt 
les  attelages  s'arrêtent,  la  faucille  tombe  à  terre,  les 
rames  pendent  inertes  au  long  des  barques,  et  c'est 
péclacle  digne  du  ciel  que  donnent  ces  travail- 
leurs agenouillés  en  terre  et  priant  immobiles. 

Ils  ne  sont  vêtus  (juc  d'une  tunique  de  laine  de  cou- 
leur sombre,  sur  laquelle  ils  jettent,  leur  ouvrage 
achevé,  une  coule  de  même  étoffe,  pour  se  rendre 
aux  exercices  du  chœur.  Ils  se  nourrissent  d'un  pain 
grossier,  de  poissons  et  de  quelques  légumes  arra- 
chés à  la  terre.  Leu!'s  ligures  sont  pâles  et  amaigries 
par  la  fatigue  :  mais  sur  leui's  visages  reluit  la  séré- 
nité de  Tamour  de  Dieu  ;  leui's  corps  paraissent 
exténués  et  comme  brisés,  mais  ils  sont  fortifiés  par 
lagràcèdu  Saint-Esprit  et  soutenus  par  les  espérances 
éternelles  (1). 

C'est  en  menant  cette  existence,  plutôt  angélicjue 
(|u"humaine,  (jue  les  cénobites  de  iMicy  ont,  en  moins 
de  cent  ans,  civilisé  h»  pays,  défriché  et  ferlilisé  de 
vastes  territoires.  ()[»posé  des  dij^ues  aux  déborde- 
ments de  la  L(jire,  canalisé  le  Loiret,  détruit  les 
deiiiicrs   restes  du   paganisme,   nourri    et  consolé  les 

(l)  Anonvmus,  Bkrtold,  I.ktald,  passim. 


—  45  — 

pauvres  serfs,  fondé  autour  de  leurs  églises  de  nom- 
breuses paroisses,  édifié  la  terre  par  la  pratique  de 
sublimes  vertus,  enfin  peuplé  le  ciel  de  plus  de  trente 
saints  canonisés. 

Parvenue  à  l'apogée  de  sa  gloire,  l'œuvre  fondée 
par  saint  Mesmin  ne  pouvait  plus  que  déchoir,  par 
la  force  de  la  loi  fatale  qui  pèse  sur  toutes  les  insti- 
tutions humaines,  même  les  meilleures. 

C'est  ce  qui  arriva  en  effet. 

Mais  l'abbé  Mesmin  le  Jeune,  dont  la  longue  admi- 
nistration de  plus  de  trente  ans  avait  été  si  féconde, 
ne  fut  pas  témoin  de  cette  déchéance.  Tout  fait  pré- 
sumer qu'il  mourut  peu  de  temps  après  saint  Ay, 
vers  la  fin  de  l'année  393.  Il  avait  aussi  demandé  à 
être  inhumé  dans  la  grotte  du  dragon.  On  accéda  à 
son  désir,  de  telle  sorte  que  saint  Mesmin  l'Ancien 
reposait  entre  saint  Théodemir  et  saint  Mesmin  le 
Jeune,  l'oncle  et  le  neveu,  tous  deux  ses  successeurs 
et  les  continuateurs  de  sa  mission. 

Mesmin  lo  Jeune,  comme  les  abbés  ses  devanciers, 
reçut  le  titre  de  saint;  ses  disciples  ont  placé  son 
image  sur  leurs  autels,  et  célébré  sa  mémoire  pen- 
dant de  longs  siècles. 

Ainsi  les  cinq  premiers  chefs  de  Micy  furent  hono- 
rés du  culte  que  l'Église  ne  ro[id  qu  à  ceux  do  ses 
enfants  qui  se  sont  distingués  par  une  sainteté  écla- 
tante. C'est  pour  siffnaler  à  tous  et  perpétuer  le  sou- 
venir d'une*  telle  iHustration  ([ih'  la  vicilh»  abbaye 
mérovingienne  a  placé  ciufj  étoiles  dans  ses  armoiries, 


—    46  — 

qui  sont  :  d'azur  au  sautoir  de  gueule  chargé  de 
cinq  étoiles  d'or  (J). 

Après  la  mort  de  saint  Mesmin  le  Jeune,  son 
nionastère,  si  florissant  jusque-là,  se  trouva  comme 
enveloppé  dans  une  ombre  épaisse,  qu'aucun  rayon 
n'a  percé  pour  parvenir  jusqu'à  nous.  Pendant  près 
de  deux  cents  ans,  nous  ne  connaissons  aucun  abbé, 
aucun  fait,  aucun  événement  que  ce  soit;  c'est  le 
silence  absolu  de  l'iiistoire. 

Que  pouvons-nous  augurer  d'une  pareille  situation, 
sinon  que  de  terribles  catastropbes  fondirent  sur  lui, 
et  l'ont  presqu'anéanti  !  Pendant  ces  deux  siècles,  il 
fut  plusieurs  fois  dévasté  et  d'avides  spoliateurs  en 
cli|issèrent  les  moines. 

Cependant  la  déchéance  de  Micy  ne  dut  pas  com- 
mencer immédiatement  après  la  mort  de  Mesmin  le 
Jeune,  ni  s'aggraver  jusqu'à  une  ruine  totale.  Bien 
que  nous  ne  sachions  rien  de  ce  qui  s'y  est  passé 
depuis  la  fin  du  vi''  siècle  jusqu'au  commencement 
du  ix*",  ce  monastère  dut  conserver  quelque  temps 
encore  ses  vertus  avec  l'estime  des  rois  de  France. 

Nous  en  trouvons  la  preuve  dans  les  grandes 
donations  (jue  lui  firent  plusieurs  rois  durant  ce 
temps,  sans  savoir  à  quels  abbés  ils  les  ont 
adressées. 

Dagobert  V\  qui  régna  de  628  à  638,  donna  aux 
moines  de  Micy  plusieurs  propriétés  importantes, 
dans  le  val  de  l;i  Ivoire,  le  domaine  de  Bruel.  aujour- 
d'hui nommé  Sai[il-l)enis-en-Val,  avec  l'église  dédiée 

(1)  Voir  la  planche  des  Armoiries  de  Micy. 


Armoiries  de  l'Abbave  de  Micy, 


—  49  — 

au  saint  martyr^  et  toutes  ses  dépendances,  masures, 
caves,  écuries,  ainsi  que  les  serfs,  les  prés  et  terres 
labourables  ;  dans  un  autre  lieu,  maintenant  inconnu, 
la  villa  de  Nemesme,  avec  sa  rivière,  ses  prairies, 
ses  champs  et  toutes  ses  appartenances. 

Environ  quarante  ans  plus  tard,  un  des  successeurs 
de  Dagobert,  Thierry  III,  qui  fut  roi  vers  670,  leur 
concéda  également  la  villa  de  Villermain,  proche  de 
la  Forèt-Longue,  au  nord  de  la  J^ire,  avec  son  église 
dédiée  à  saint  Mesmin  ;  puis,  dans  le  Dunois,  la 
Celle-de-Mont-Flétard,  avec  sa  rivière,  ses  moulins, 
sa  forêt,  ses  prairies,  ses  terres  cultivées  et  incultes, 
ses  pâturages,  ses  vignobles,  et  tous  ses  habitants, 
serfs  et  affranchis.  Ces  biens  avaient  appartenu  à 
Loup,  capitaine  très  cruel,  qui,  s'étant  révolté 
contre  son  souverain,  en  fut  dépouillé  en  faveur  de 
Micy  (1). 

Ces  donations  nous  sont  connues  par  le  diplôme  de 
Tempereur  Louis  le  Débonnaire,  de  836.(2). 

Malgré  ces  riches  acquisitions^  peut-être  même  à 
cause  d'elles,  la  ferveur  des  cénobites  commença  peu 
à  peu  à  diminuer;  la  régularité,  léguée  comme  un 
pieux  héritage  par  plusieurs  générations  de  saints,  se 
relâcha  de  jour  en  jour. 

L'historien  de  saint  3Iesmin  indi(jue,  pour  ce 
fâcheux  changement,  deux  causes,  dont  la  seconde  fut 
de  beaucoup  la  plus  grave  (3). 

(1)  Dareste,  Histoire  de  France,  t.  I,  p.  311. 

(2)  Diplôme  de  Louis  le  Débonnaire,  pièce  justificative  IX. 

(3)  Anoxymus,  Vita  sancti  Maximini,  t.  1,  p.  59u. 


—   M)  — 

D'aliorti  la  graiulo  fortune  tcrrilorialo  amena  lahoii- 
dance,  qui  est  la  mère  de  tous  les  vices  ;  celle-ci 
enj^^endra  le  d(\iroùt  des  privations  volontaires  ;  la 
mollesse  prit  la  place  des  austérités,  et  le  désir 
d'une  vie  sensuelle  succéda  à  Tamour  de  la  péni- 
tence. 

En  même  temps,  les  guerres  continuelles,  qui  déso- 
lèrent la  France  dans  ces  temps  malheureux,  aggra- 
vèrent cette  triste  situation.  Pendant  les  sanglantes 
discordes,  nées  de  la  rivalité  des  deux  reines  enne- 
mies, Frédégonde  et  Bruneliaut,  de  nombreuses  pro- 
vinces furent  dévastées  et  leurs  ahbaves  détruites. 
Micv  soullVit  beaucoup  durant  ces  luttes.  Les  alarmes 
continuelles,  les  surprises  à  main  armée  augmen- 
tèreEit  grandement  la  décadence  commeticée  par  le 
relàcliement. 

Au  milieu  du  désordre  général,  les  saintes  reliques 
renfermées  dans  la  grotte  du  dvcuion  ne  se  trou- 
vaient plus  eu  sûreté.  L'indifférence  avait  fait  oublier 
aux  populations  le  chemin  de  ce  lieu  jadis  célèbre 
partant  de  miracles;  les  bandes  de  pillards  armés, 
(jui  parcouraient  sans  cesse  le  pays,  pouvaient  ino[)i- 
nément  les  faire  disparaître  pour  toujours.  Ce  danger 
émut  Uî  zèle  du  vénérable  évéque,  nommé  Sigobert, 
(jui  gouvei'uait  alors  l'Eglise  d'Orléans.  Ce  pOLitife, 
aussi  distingué  par  son  illustre  naissance  que  par  sa 
piété  et  sa  grande  fortune,  se  concerta  avec  son 
clergé  et  son  peuple.  11  résolut  y\v  tiansporler  les 
corps  saints  «lans  sa  ville  épiscoj)ale.  A  cet  elfel,  il 
bâtit  une  éirlise  sur   nu  terrain  lui  appartenant,  hors 


des  murs,  mais  contigu  à  leur  enceinte,  et  tout  proche 
de  la  basilique  de  Saint-Aignan,  du  côté  de  l'occi- 
dent. Puis  ayant  obtenu  l'assentiment  du  roi 
Thierry  III,  il  enleva  de  leur  sépulture  les  restes  de 
saint  Mesmin  TAncien,  de  saint  Théodemir  et  de 
saint  Mesmin  le  Jeune.  Il  les  plaça  avec  honneur 
dans  le  nouvel  oratoire,  auquel  il  donna  le  nom  du 
fondateur  de  Micy.  C'était  vers  l'année  67o  (1). 

En  même  temps  Sigobert  voulut  pourvoir  ce  sanc- 
tuaire de  luminaire,  d'ornements  sacerdotaux  et  d'un 
clergé  suffisant  pour  y  faire  le  service  religieux. 
C'est  pourquoi  il  lui  donna  le  terrain  y  attenant,  et 
plusieurs  domaines  qui  lui  appartenaient,  dans  la 
Beauce,  à  Sennely,  à  Jargeau  et  à  Montelimenil. 
Quand  les  saintes  reliques  eurent  été  reportées  à 
Micy,  au  ix®  siècle,  tous  ces  biens,  avec  l'église,  ren- 
trèrent dans  le  patrimoine  du  monastère  (2). 

Depuis  ce  temps,  la  grotte  du  dragon,  privée  de 
son  précieux  trésor,  délaissée  des  pèlerins,  pillée  plus 
tard  par  les  Northmans,  devint  une  caverne  dont  les 
animaux,  les  herbes  et  les  broussailles  prirent  posses- 
sion. On  ne  se  fit  aucun  scrupule  de  la  fermer, 
lorsque  furent  construits,  sous  le  règne  de  Henri  lY 
et  l'administration  de  Sully,  les  talus  et  les  murs  de 
soutènement  qui  portent  le  chemin  de  halage  et  pro- 
tègent le  coteau  de  La  Chapelle-Saint-Mesmin  contre 
les  injures  de  la  Loire.  Il  était  donné  à  notre  époque 
d'ouvrir   à    nouveau    ce    lieu    sanctifié   pai-   tant    de 

(1)  Behtold,  Vita  sancti  Marhnini,  t.  I,  p.  507. 

(2)  Diplôme  de  Louis  le  Débonnaire,  pièce  justiticative  IX. 


—  0-2  — 

grands  souvenirs,  et  de  rendre  à  la  vénération  publique 
le  tombeau  de  saint  Mesmin  (1). 

La  destinée  du  monastère  de  Micy  ne  fut  pas  moins 
déplorable.  Envalii  à  maintes  reprises,  pillé,  à  peu 
près  abandonné,  il  n'offre  pendant  plus  de  cent  ans 
que  le  spectacle  dune  profonde  désolation. 

Cliarles  Martel  rétablit  un  peu  d'ordre,  en  triom- 
pbant  des  ennemis  qui  envabissaient  la  France  de 
toutes  parts.  Saxons,  Lombards,  Sarrazins.  etc.  Mais 
ses  guerres  incessanteslui  créaient  des  besoins  impé- 
rieux. Alin  de  s'attacber  et  de  récompenser  les  capi- 
taines qui  conduisaient  ses  soldats  à  la  victoire,  il 
leur  donnait  en  bénélices  les  biens  des  couvents,  sans 
s'inquiéter  de  ce  que  deviendraient  les  religieux,  leurs 
légitimes  possesseurs  (2). 

«  Alors,  dit  Fleury,  des  cliefs  de  guerre,  sans  autre 
droit  ni  formalité  que  la  concession  du  prince,  allaient 
se  lo"i'r  au  monastère  avec  leurs  femmes  et  leurs 
enfants,  leurs  serviteurs,  leurs  servantes,  leurs  cbe- 
vaux  et  leurs  cbiens,  consommant  la  plus  grande 
partie  des  revenus,  et  laissant  le  reste  à  quelques 
moines  qu'on  y  tolérait  pour  la  forme,  et  qui  se  relà- 
cbaient  de  plus  en  [dus  »  (^3). 

Plus  tiiid.  la  guerre  sans  trêve  ni  pitié  entre  Pépin 
le  Bref  et  Waïfre,  duc  d'Aquitaine,  qui  désola  le 
centre    de   l.i    l'^-ance  pendant  sept   années,    porta  le 

(1)  Lire  ù  l'épilogue  de  cette  histoire,  bi  découverte  de  la 
Grotte  du  Dragon,  en  1856. 

(2)  Dakkstk,  Histoire  de  France,  t.  I,  p.  3-29. 

(3)  Flecry.  h lUoire  ecclésiastique,  livre  XIJI.  \v>'i(\. 


—  53  — 

dernier  coup  à  Micy.  Situé  sur  les  liaiites  du  terri- 
toire où  combattaient  les  deux  rivaux,  il  fut  tour  à 
tour  envahi  par  les  troupes  de  chaque  parti.  Une 
soldatesque  brutale,  dont  la  licence  effrénée  ne  res- 
pectait pas  les  choses  les  plus  sacrées,  s'était  établie 
parmi  les  lieux'  claustraux:  non  contents  de  les 
souiller  de  leurs  impures  orgies,  ils  en  avaient  fait 
des  écuries  pour  leurs  chevaux,  et  des  chenils  pour 
leurs  chiens  (1). 

Une  partie  des  cénobites  s'étaient  réfug-iés  à  Or- 
léans, dans  leur  asile  de  TAUeu-Saint-Mesmin  ;  les 
autres,  dispersés,  errant  càetlà.  n'observant  plus  de 
règ"le,  et  n'obéissant  à  aucun  supérieur,  ne  conser- 
vaient plus  de  religieux  que  le  nom. 

Le  moment  semblait  proche  où  le  monastère  de 
Micy,  jadis  embaumé  par  la  prière  et  dont  les  cloîtres 
avaient  été  foulés  par  les  pieds  de  tant  de  saints, 
allait  disparaître  pour  toujours  dans  la  honte  et  dans 
les  ruines. 

Mais  les  travaux  de  tant  de  moines  fervents,  leurs 
sueurs  fécondes,  leurs  longues  expiations  ont  déposé 
dans  la  terre  de  Micv  une  semence  d'immortalité. 
Bientôt  notre  abbaye  se  relèvera  de  son  abaissement. 
Les  enfants  de  saint  Benoît  reprendront  l'œuvre  des 
cénobites  de  saint  Mesmin;  et,  avec  eux,  elle  com- 
mencera une  nouvelle  existence  de  prières,  d'études 
et  d'admirables  vertus. 

(1)  Letald,  Liber  Miraculoruui^  t.  I,  p.  <'<'l. 


DEUXIEME  PERIODE 


LES  BENEDICTINS 


CHAPITRE  lîï 

RÉFORMATIO>'    DE  MICY    PAR   THÉODULFE.    INTRODUCTION    DE 

LA  RÈGLE   BÉNÉDICTINE.  VISITE  DE  SAINT  BENOIT  d'aNIANE. 

DOxNATIONS    DE  CHARLEMAGNE     ET   DE    LOUIS    LE   PIEUX. 

(780-821.) 

Le  restaurateur  du  monastère  de  Micv  fut 
Tliéodulfe,  i'uu  des  plus  illustres  évèques  qui  aieut 
occupé  le  siège  épiscopal  d'Orléans. 

Charlemagne,  monté  sur  le  trône  après  Pépin  le 
Bref,  son  père,  réprnait  sur  l'Occident  presqu'entier. 
Il  avait  réuni  dans  la  magnifique  unité  d'uii  immense 
empire  les  divers  royaumes  de  la  domination  fraïKjue, 
tant  de  fois  morcelles  et  partag^és  entre  des  princes 
rivaux.  Il  avait  soumis  à  une  législation  uniforme 
tous  les  peuples  vaincus  par  son  épée.  Quand  il  eut 
rerii,  dans  Téglise  de  Saint-Pierre  de  Bome,  le  jour 
de  Noël  de  Tan  800,  lonction  sainte  et  la  couronn»' 
impériale  des  mains  du  [>a[>e  Léon  III,  sou  aulorilé 
pril,  d(î  ce  fait,  devant  les  nations,  une  soih'  dr  chmc- 
trie  divin. 


—  56  — 

Parvenu  au  plus  haut  sommet  de  la  puissance  où 
puisse  aspirer  le  génie  d'un  homme,  ce  prince  voulut 
organiser  et  civiliser  à  la  fois  ses  vastes  états;  il 
chercha  dans  la  religion  et  dans  la  science  l'appui 
indispensable  à  la  réussite  d'une  œuvre  si  grandiose. 
D'accord  avec  les  évoques,  il  suscita  dans  les  lettres, 
dans  les  sciences  et  dans  les  arts  une  véritable  renais- 
sance, qui  fut  passagère  sans  doute,  mais  bienfai- 
sante cependant,  puisqu'elle  sauva  d'un  oubli  complet 
les  antiques  traditions  littéraires. 

Mais  pour  atteindre  le  but  qu'il  se  proposait,  il  lui 
fallait  des  collaborateurs  actifs,  dévoués  et  intelli- 
gents, capables  de  comprendre  sa  ptMisée  et  de  la 
réaliser.  C'est  pourquoi  le  grand  empereur  s'était 
entouré  de  tous  les  hommes  distingués  par  leur 
savoir  et  par  leur  vertu  qu'il  avait  rencontrés  au 
cours  de  sa  carrière. 

Parmi  eux,  deux  surtout  brillent  au  premier  rang, 
qui  furent  ses  meilleurs  aides  dans  son  œuvre  de 
régénération.  Alcuin  et  Tbéoduife,  tons  deux  profon- 
dément it'iigieux,  les  plus  savants  de  leur  temps, 
théologiens,  philosophes,  poètes  et  habiles  écrivains. 
Charlemagne  appela  auprès  de  lui  ces  deux  hommes, 
Alcuin,  de  la  Grande-Bretagne  où  il  était  déjà  célèbre 
[)iir  l'étendue  de  sa  science;  Théodulfe,  de  la  Septi- 
manie  et  des  provinces  méridionales  de  la  Gaule,  où 
sa  jeunesse  s'était  formée  sous  ladireclion  de  maîtres 
pieux  et  instruits. 

Nous  n'avons  pas  ici  à  nous  occuper  d' Alcuin. 

Quant  à  Tliéodiilfo.  il  avait  été  élevé  au  monastère 


—  o7   — 

d'Aniane  (1),  sous  la  direction  de  son  célèbre  fonda- 
teur, saint  Benoît  d'Aniane.  Il  y  avait  acquis  la 
connaissance  de  toutes  les  sciences  qu'on  enseignait 
alors;  il  fut  à  la  fois  profondément  versé  dans  la 
théolog-ie,  g-racieux  littérateur,  orateur  éloquent, 
administrateur  habile,  par  dessus  tout  évèque  animé 
d'un  zèle  ardent  pour  le  salut  des  âmes  et  la  plus 
grande  gloire  de  Dieu,  un  des  pontifes  assurément  les 
plus  considérables  de  son  temps,  dont  l'existence  se  rat- 
tache à  tout  ce  qui  s'est  fait  de  grand  et  d'utile  dans 
son  siècle. 

Tel  était  Thomme  que  la  Providence  destinait  à 
rendre  à  Tantique  abbaye  de  Micy  sa  splendeur  pre- 
mière, en  y  faisant  revivre  l'édification  du  bon  exemple, 
la  grâce  de  la  prière,  l'amour  du  travail,  la  charité 
et  la  paix. 

Gharlemagne  n'avait  pas  tardé  à  distinguer  le 
mérite  de  Théodulfe.  Dès  l'année  786,  il  l'appela 
près  de  lui  pour  être  une  des  colonnes  de  l'édifice 
social  qu'il  voulait  restaurer  (2).  En  788,  il  le  nomma 
évèque  d'Orléans,  et  lui  remit  en  même  temps  l'admi- 
nistration de  tous  les  monastères  de  ce  diocèse,  de 
Fleury-Saint-Benoît,  de  Micy,  de  Saint-Aignan 
d'Orléans  et  de  Saint-Liphard,  de  Meung. 

Théodulfe  ne  fut  pas  un  abbé  régulier  do  Micy.  Il 
dit  lui-môme,  dans  l'article  vingtième  de  ses  Capitu- 
laires,  que  celte  abbaye,  comme  les  autres,  lui  avait 

(1)  Monastère  de  l'Ordre  de  Saint-Henoit.  au  diocèse  de 
Montpellier. 

(2)  D.  RivKT,  Histoire  de  la  Fra/icc  lillcnfire,  t.  IV,  p.  8. 


-   58  — 

été  confiée  afin  qn'il  la  gouvernât.  N'ayant  jamais 
fait  profession  de  vie  monastique,  il  en  fut  seule- 
ment abbé  bcnéficlaire,  nom  que  l'on  changea  plus 
tard  contre  celui  d'abbé  commendataire. 

Quoiqu'il  en  soit,  ce  grand  évêquose  montra  aussi- 
tôt à  la  hauteur  de  la  tache  qui  lui  était  confiée. 
Parmi  les  multiples  occupations  de  son  épiscopat, 
sa  sollicitude  fut  excitée  par  le  lamentable  état  de 
désordre  et  d'abandon  où  languissait  le  monastère  de 
Micy.  Il  en  fut  vivement  ému,  et  résolut  de  le  relever, 
en  y  introduisant  la  règle  de  saint  Benoît. 

Ce  qui  avait  beaucoup  contribué  à  la  décadence 
de  cette  communauté,  après  toutefois  les  guerres  qui 
y  avaient  a[)porté  si  souvent  le  pillage  et  la  ruine, 
c'était  Tabsence  d'une  Règle  uniformément  acceptée 
<lans  les  Institutions  de  même  genre,  précise,  capable 
de  maintenir  la  régularité  et  de  l'imposer  au  besoin, 
recommandable  par  la  perfection  de  ses  préceptes  et 
la  sainteté  de  son  auteur. 

Or,  cette  règle  existait  :  c'était  celle  de  saint  Benoît. 

Abbé.du  Mont-Gassin,  en  Italie,  celui  qu'on  ajus- 
tement a]>|)elé  le  patriarche  des  nioi7ies  d'Occident 
l'avait  écrite,  en  îj42,  pour  ses  religieux.  Elle  était 
rdMivi'c  d'un  homme  consommé  dans  la  perfection  de 
la  science  religieuse,  d'une  simplicité  et  d'une  préci- 
sion telles  qu'elle  parut  toujours  comme  le  code  com- 
plet destiné  à  sanctifier  l'Ordre  monastique  tout 
entier. 

Cette  Règle  n'avait   pas  été  admise  dans  tous  les 
monastères  aussitôt  après  que  saint  Benoît  l'eut  com- 


—  59  — 

posée.  Bien  que  son  disciple,  saint  Maur,  l'eût  appor- 
tée dans  la  Gaule  dès  Tannée  suivante,  beaucoup  de 
moines  ne  Fobservaient  pas  encore,  deux  et  trois 
siècles  plus  tard.  Son  introduction  fut  le  travail  lent 
et  progressif  dune  institution  qui  cherchait,  non  un 
développement  subit  et  précaire,  mais  les  conditions 
d'une  durée  séculaire. 

Théodulfe,  qui  connaissait  cette  Règle  pour  l'avoir 
vue  pratiquée  à  Aniane,  résolut  de  la  donner  à  son 
abbaye  de  Micy.  Il  lui  fallait  pour  cela  des  religieux 
habitués  à  la  suivre,  dont  la  vertu  éprouvée  fût 
assez  forte  pour  vaincre  tous  les  obstacles  inséparables 
d'une  pareille  entreprise.  Le  pieux  éveque  n'eut  pas 
de  peine  à  les  trouver. 

Il  y  avait  alors,  dans  le  midi  de  la  Gaule^,  au  lieu 
môme  où  il  avait  été  élevé,  un  homme  réputé  partout 
comme  le  plus  puissant  fondateur  et  réformateur  de 
monastères  qui  ait  encore  paru  dans  Téglise  :  c'était 
saint  Benoît.  D'abord  attaché  à  la  cour  des  souverains, 
Pépin  le  Bref  et  Charlemagne,  il  avait  quitté  les 
honneurs  pour  se  retirer  au  bord  d'un  petit  ruisseau, 
appelé  l'Aniane,  dont  il  prit  le  nom.  Il  y  bâtit  un 
pauvre  ermitage  oii  il  se  donna  tout  entier  à  la  con- 
templation et  à  la  pénitence.  Quelques  disciples  se 
joignirent  à  lui;  puis^  à  mesure  que  s'étendait  la 
renommée  de  ses  vertus,  leur  nombre  augmenta,  et 
il  se  vit  bientôt  à  la  tète  de  plus  d(;  300  moines  prati- 
quant, dans  la  plus  parfaite  régularité,  la  Règle  de 
saint  Benoît. 

Des   évèques,    des    princes,    des    seigneurs   lui    en 


—  m  — 

demandèrent  de  tous  eûtes  pour  relever  les  couvents 
bouinis  à  leur  autorilé.  11  fonda  de  nombreuses  mai- 
sons, en  réforma  un  ()lus  i^rand  nombre  encore,  et 
enfin  fut  nonuué  par  Louis  le  Débonnaire,  inspecteur 
des  ni'^nastèrcs  de  son  empire,  afin  d'étabhr  dans 
tous  la  pratique  de  la  Règ^le  bénédictine  et  de  mettre 
iin  à  la  diversité  des  observances. 

Tliéodulfe  ne  pouvait  pas  mieux  faire  que  de 
s'adresser  au  maître  de  sa  jeunesse  et  de  lui  demander 
quebpies  moines  de  son  choix  pour  les  établir  à  Micy. 
Saint  Henoît  d'Aniane,  sollicité  de  toute  part,  n'envoya 
d'aboi-d  (jue  deux  de  ses  disciples  C'était  trop  peu, 
malgré  toute -leur  vertu,  pour  un  si  grand  ouvragée. 
Tliéodulfe  écrivit  d<'  nouveau  au  saint  réformateur 
cette  lettre  élo(|ueule,  en  vers  latins,  conservée  dans 
s(îs  œuvres  : 

«  Pars,  o  ma  lettre,  pars  sans  tarder  vers  le  toit 
(jifliabite  le  bieidieureux  Ik'iioîl.  Poi'te-lui  tous  mes 
vœux  ;  dis-lui  toutes  les  prospérités  dont  Dieu  nous 
a  comblés.  Puis,  tu  lui  présenteras  nos  inille  actions 
de  grâce  pour  le  bienfait  que  nous  avons  reçu  de  lui. 
Demande-lui  de  mettre  le  comble  à  l'édilice  sacré 
dont  il  a  jeté  le  fondement.  Deux  moines  suffisaient 
[)()ur  })Oser  les  premières  assises:  maintenant  il  est 
temps  d'élevei'  le  monument  sur  cette  base  solide,  (^e 
(|ue  fut  au  Mont-Cassin  notre  pieux  frère  Benoît  , 
n  ville  d  (h'iéans,  le  nouveau  Henoît  le  sera  pour  ton 
sauetuaii'(i  vénéi'é.  (Test  avec  grande  raison  que  nos 
pères  on!  dcMiiié  le  nom  de  Micy  (J//c/rtCMm)  au  lieu 
où  reteutissaieiil  b'sdoux  { miiibus)  chœuv^  des  saints. 


—  61   - 

Mesmin  y  brilla  au  milieu  d'une  radieuse  couronne  de 
frères  qu'il  a  conduits  dans  le  ciel  étoile  ;  leurs  corps 
y  reposent  encore  dans  leurs  tombeaux,  tandis  que 
leurs  âmes  se  sont  envolées  dans  le  sein  d'Abraham. 
De  cruels  barbares,  hélas  !  ont  chassé  la  paix  de  ces 
demeures  et  les  ont  renversées;  mais  semblable  à 
l'oiseau  de  l'Orient  qui  renaît  de  ses  cendres,  Micy 
sort  de  ses  ruines  et  redresse  sa  tête  dans  les  airs. 
Va  donc,  ô  ma  lettre  ;  va  trouver  l'assemblée  des 
frères;  implore  humblement  leur  secours,  afin  que 
l'arbre  planté  au  milieu  de  nous  puisse  étendre  de 
toute  part  ses  rameaux  vigoureux  (1).  » 

Saint  Benoît  fut  gagné  par  cette  touchante  épître 
de  son  ami.  Il  envoya  à  Micy  douze  autres  moines, 
sous  la  conduite  d'un  supérieur,  qu'on  croit  élre 
Dructesinde,  nommé  dans  un  diplôme  de  Louis-le- 
Pieux,  de  814  (2). 

Quelques  historiens  ont  prétendu  que  saint  Benoît 
d'Aniane  avait  été  personnellement  abbé  de  Micy. 
Cette  opinion,  que  n'appuie  aucun  document,  est 
inadmissible.  Sans  doute,  chacun  des  monastères 
fondés  ou  restaurés  par  saint  Benoît  le  reconnaissait 
pour  père,  et  on  a  pu  dire  ainsi  qu'il  avait  eu  simul- 
tanément douze  abbayes  sous  sa  direclion.  Mais  cette 
expression  ne  doit  pas  s'entendre  au  sens  <riine 
pluralité  de  bénéfices,  interdite  par  les  canons  d»' 
l'Eglise.  Les  communauh''S  qu'il  dirigeait,  comme 
celle  de  Micy,  étaient  administrées  par  un   abbé  (jiii 

(1)  Theodiilfi  carmina,  lib.  H,  ctirmi'ii  8. 

(2)  Acta  Sanct.  Ordin.  liened.,  spciiliim  IV,  p.  205. 


—  62  — 

s^inspirait  de  ses  conseils  et  prenait  exemple  sur  ses 
vertus  (0- 

Théoduife  accueillit  les  disciples  de  son  ami  comme 
des  frères,  qu'il  voulut  installer  lui-même  dans  leur 
nouveau  séjour.  Grâce  à  son  influence,  il  put  chasser 
les  séculiers  qui  s\  étaient  établis  et  faire  rendre 
tous  les  biens  dont  ils  s'étaient  injustement  emparés. 
Lui-même  aug^menta  ces  biens  des  siens  propres,  qu'il 
leur  donna  (2).  Jl  ordoiina  de  réparer  les  bâtiments 
en  ruine,  releva  les  clôtures,  reconstruisit  presqu'en 
entier  Tancienne  église  de  Saint-Etienne,  et  n'épargna 
lien  pour  rendre  à  Micy  son  antique  splendeur. 

Un  pareil  résultat,  si  promptement  obtenu,  remplit 
de  joie  le  pieux  empereur  Cbarlemagne.  Afin  d'avoir 
part  aux  mérites  et  aux  prières  des  moines,  il  leur 
fit  plusieurs  donations.  Déjà,  quand  il  n'était  encore 
qu'associé  à  la  royauté  de  son  père,  Pépin-le-Bref.  il 
avait  donné  à  Micy,  conjointement  avec  lui,  plusieurs 
salines,  afin  (jue  les  frères  puissent  en  tirer  le  sel 
nécessaire  à  leur  usage,  et  l'apporter  par  bateaux 
jus(|UQ  chez  eux.  Elles  étaient  situées  dans  le  Poitou 
(jiii  s'étendait  alors  jusqu'à  l'Océan,  proche  du  port 
de  Yiti'aire,  non  loin  de  l'embouchure  d'une  rivière 
nommée,  dans  ce  temps,  Cannocus  (3).  Aux  salines, 
il  aval!  ;ijoulé  des  vignes,  des  terres,  des  prés  et 
toutes  leurs  dé{>endances.  Cette  donation  avait  été 
lait(»  à  Garatholène.  abbé  vers  770,  nommé  une  fois 

(i)   l>\HUAs,  Ilislulre  de  V Église,  tome  XVIII,  p.  207. 
yl)  bi:HTOLi>,  YHa  sancti  Md.citnmi,  t.  I,  p.  K.  'y9S. 
(U)  Probablomeiil  lu  Charente  ou  la  Sèvre  niortaise. 


—  63  ^ 

seulement,  dans  le  diplôme  de  Louis-le-Débonnaire, 
de  836  (i). 

Plus  tard,  Charlemag-ne  devenu  empereur  concéda 
à  Micy  le  domaine  des  Maniac,  dans  le  Limousin, 
avec  son  église,  sa  rivière  et  ses  moulins,  ses  terres 
cultivées  et  incultes,  ses  vignes,  ses  prés,  ses  bois, 
ses  pâturages,  ses  chemins,  ainsi  que  ses  serviteurs, 
serfs  et  affranchis  (2). 

Grâce  à  ce  concours  d'heureuses  circonstances, 
Micy  recouvra  bientôt  une  éclatante  prospérité.  Le 
monastère  et  son  territoire  prirent  un  aspect  riant  que 
décrit  ainsi  Bertold,  moine  contemporain  de  ces 
événements  : 

«  Ce  lieu,  peu  éloigné  d'Orléans,  entre  la  Loire  et 
le  Loiret,  offre  un  séjour  agréable  à  ses  habitants. 
Il  est  couvert  de  nombreux  bâtiments  élevés  par 
d'habiles  ouvriers;  on  y  voit  dans  une  harmonieuse 
disposition,  des  jardins  fertiles,  des  vignes  et  des 
massifs  d'arbres;  de  chaque  côté,  on  entend  le  doux 
murmure  des  eaux;  le  mouvement  des  nombreux 
bateaux  qui  montent  ou  descendent  le  fleuve,  ajoute 
encore  à  l'agrément  de  ce  lieu  (3).  » 

La  richesse  matérielle  était  peu  de  chose,  comparée 
à  la  réputation  que  donna  au  monastère  la  sainteté 
de  la  vie  menée  par  les  disciples  du  13.  Benoît.  On 
y  vit  bientôt  accourir  une  foule  de  novices,  désireux 
de  se  ranger  sous  leur  conduite  et  de  partager  leurs 

(1)  Bibliothèque  nationale,  :\r.  S.  lat.,  12739,  p.  217. 
.   (2)  Diplôme  de  Louis  le  Débonnaire,  pièce  justiticative  IX. 
(3)  Bertold,  Vita  sancti  Maximini,  t.  I,  p.  .">03. 


—  64  - 

.  travaux.  Tliéodulle  110111  pas  à  regretler  les  soucis 
(jMc  lui  avait  causés  son  entreprise;  il  eut  la  joie  de 
voir  Micv  effacer  par  ses  verlus  le  souvenir  des 
épreuves  passées,  et  donner  encore  des  saints  au 
ciel(l).  La  Règ-le  bénédictine,  là  comme  partout  ail- 
leurs, triomphait  de  la  barbarie  et  ramenait  la  civili- 
sation . 

Saint  Benoit  d'Aniane  vint  à  Micy  dans  un  de  ses 
nombreux  voyages,  nécessités  par  la  surveillance  des 
maisons  qu'il  avait  réformées,  vers  812.  Il  visita  ces 
lieux  oii  la  piété  florissait  comme  aux  siècles  passés, 
félicita  SOS  (ils  de  leur  ferveur  et  leur  prodiq^ua  ses 
conseils.  Il  s'assit  à  leur  table  et  voulut  parlao^er  leur 
repas;  mais  au  grand  regret  des  frères,  ils  n'avaient 
rien,  ce  jour-là,  pour  le  recevoir  convenablement.  Le 
saint  fit  alors  un  miracle  pour  suppléer  à  ce  que  leur 
pauvreté  ne  pouvait  pas  lui  servir.  Il  envoya  vers  le 
bord  de  la  Loire  riiii  d'entr'eux  (jui.  à  peine  arrivé, 
vit  près  du  rivage  une  très  belle  alose.  Il  la  prit  sans 
peine  et  l'apportii  au  couvent.  On  attribua  ce  prodige 
à  Tamabilité  de  saint  licnoît ,  désireux  d'épargner 
à  ses  enfants  la  confusion  que  leur  causait  une  trop 
grande  frugalité   dans  une  pareille  circonstance  (2). 

riiéodulfe  était  heureux  de  voir  ainsi  prospérer 
son  œuvre  de  prédilection.  11  favorisait  de  tout  son 
[>ouvoii-  la  bonne  volonté  des  moines:  chacun  des 
progrès  acconi|»lis    pour    le    relèvement    matériel    de 

(1)  Lktald,  Liber  ?niracnlonim,  t.  I.  p.  (Hil. 
r2)  Vita  .sancti  lienedicti  Anianensis,  apud  Acta  Sancl, 
Ord  .  nr,>p<l  ,  HPculum  IV.  p.  '207). 


—  65  — 

l'abbaye,  comme  pour  son  avancement  spirituel,  lui 
était  une  douce  récompense,  et  un  encouragement 
à  faire  encore  davantage.  Ce  prélat  était,  avec  Alcuin, 
Loup  de  Ferrières  et  un  petit  nombre  d'autres,  un  des 
hommes  les  plus  instruits  de  son  siècle.  Non  content 
de  posséder  la  science  pour  lui-même ,  il  voulait 
qu'elle  fût  libéralement  répandue  de  tous  cotés.  Déjà 
il  avait  splendidement  réorganisé  les  études  à  Fleury- 
Saint-Benoît.  Dans  une  mesure  moindre,  il  tenta  d'en 
faire  autant  à  Micy.  Sans  y  établir  de  grandes  écoles, 
il  en  fonda  une  pour  les  novices  et  les  religieux 
qu'il  désirait  voir  sortir  de  Tignorance,  possédant  la 
connaissance  des  sciences  alors  enseignées  et  capables 
de  comprendre  et  même  de  composer  de  savants 
écrits. 

Là  encore,  ses  efforts  ne  demeurèrent  pas  stériles. 
Les  moines  de  Micy,  stimulés  par  les  instances  de 
révèque,  étudièrent  la  littérature,  la  philosophie  et 
l'histoire.  Plusieurs  d'entre  eux  écrivirent  des  ouvrages 
importants,  malheureusement  perdus.  ïl  en  reste  un 
cependant,  de  cette  époque,  qui  sullit  pour  nous 
fixer  sur  les  résultats  obtenus  sous  Pimpulsion  donnée 
par  Théodulfe. 

C'est  une  Vie  de  saint  Mesniin  écrite  par  un  moine 
du  monastère  même  de  Micy,  qui,  par  humilité,  n'y 
a  pas  mis  son  nom.  Le  docte  Mabillon  pense  que  celte 
biographie  fut  composée  au  milieu  du  vu*'  siècle  (1). 
Mais  nous  croyons  que  cette  opinion  ne  peut  pas  être 
soutenue,  car  à  cette  épO(|ue,   vcis  U'iO,  Micy  avait 

(1)  D.  Mabillon,  Acta  Sanct.  Ord.  Bened.,  t.  I.  p.  rm. 


-    66  — 

déjà  élé  dévasti'  par  les  f^uerres  cjui  désolèreiil  si  long- 
temps le  centre  de  la  Gaule.  On  ne  connaît  aucun 
nom,  ni  d'abbé,  ni  de  moine,  ni  de  personnage 
quelconque  ayant  laissé  une  trace  au  milieu  de  ces 
jours  néfastes.  Au  contraire,  la  lecture  attentive  de 
de  cette  Vie  nous  incline  à  juger  qu'elle  est  un  fruit 
de  la  renaissance  littéraire  suscitée  par  Charlemagne 
au  commencement  du  ix^'  siècle.  Tous  les  caractères 
fournis  par  son  fond  et  par  sa  forme  la  rattachent 
au  temps  de  Tbéodulfe,  et  nous  permettent  de  con- 
jecturer (ju'elle  fut  écrite  sous  son  inspiration,  quand 
il  eut  rendu  à  Micy  la  prospérité  avec  Tamour  des 
belles-lettres. 

Le  style  de  cette  histoire  est  soigné,  élégant  mémo  ; 
on  la  prendrait  plutôt  pour  un  panégyrique  que  pour 
une  simple  narration  (1).  Il  y  a  de  la  justesse  dans  les 
pensées,  de  la  solidité  dans  les  raisoniiements,  de 
l'érudition  et  chi  bon  î^oùt,  (jui,  avec  la  correction  du 
style,  commencjaieni  à  [)rendre  la  place  de  formes 
incorrectes  et  barbares.  Kniin  on  y  trouve,  surtout 
dans  le  Piologue,  plusieurs  considérations  d'un  oidre 
élevé,  montrant  que  bi  [philosophie  était  cultivée  à 
Micy  au  ix'"  siècle.  «1  (jue  celte  abbaye  possédait  dès 
lors  des  moines  émules  de  Scot-Erigène  et  des  autres 
philosophes  (|ui  vécurent  vers  ce  même  temps  (2). 

Cependant,  Charlemagne,  chargé  de  gloire  et 
<ranné(\s.  avait  terminé  son  long  règne,  en  814.  Louis 

(1)  I).    llivKT,    Jlisloirr   de   la   F^'ance  [littéraire,  t.   III. 
p.  2('A\. 
(■-')  OzANAM.   Mfi-nrs  ihw  (icvmain'i.  i    H.  |»    'i«v.). 


—  67  — 

le  Débonnaire,  qui  lui  succéda,  jeune  encore,  se 
trouvait  en  Aquitaine,  lorsqu'il  apprit  la  mort  de  son 
père.  Il  partit  aussitôt  pour  aller  à  Aix-la-Chapelle, 
prendre  la  couronne  innpériale.  Il  passa  par  Orléans, 
Théodulfe  lui  fit  un  accueil  triomphal.  A  la  tète  d'un 
cortège  imposant,  il  le  conduisit  aux  principaux  sanc- 
tuaires de  sa  ville  épiscopale.  a  On  fit,  dit  l'historien 
de  cette  solennité,  une  station  dans  Téglise  de  TAUeu 
de  saint  Mesmin,  qui  reçut  l'empereur,  les  prélats, 
les  leudes,  les  comtes,  les  clercs,  les  moines  et  le 
peuple  (1)  ». 

PcH  après  cette  visite,  le  prince  accorda  aux  reli- 
gieux de  Micy  un  privilège  d'une  grande  importance. 
Voici  comment  s'exprime  le  diplôme  qu'il  donna  à 
cette  occasion  (2)  : 

«  Au  nom  de  Dieu,  notre  Seigneur  et  notre  Sau- 
veur, Louis,  empereur-auguste,   à   tous  les  évèques, 
abbés,  ducs,  comtes,  et  à  tous  nos  serviteurs  présents 
et  futurs,   faisons  savoir   que   Dructesinde,    abbé  de 
Micy,    et  tout  son   couvent,    nous    ont  prié  de  leur 
accorder,    pour  leurs    besoins,  trois  bateaux   sur   la 
Loire,  le  Cher,  la  Vienne,  la  Sarthe,    la  Mayenne,  le 
Loir  et  quelques  autres  rivières,  où  ils  sont  dans  la 
nécessité  de   passer,   sans  que  notre  fisc  put  exiger 
aucun  droit  ni  impôt  sur  ces  bateaux  et  leur  contenu. 
Pour  l'amour  de  Dieu,  et  l'honneur  de  saint  Mesmin, 
ainsi  que  par  bienveillance  envers  ce  monastère,  nous 
avons  accordé  ce  qu'ils  denifindaiont.   et  fait  dresser 

(i)  EuNOLD-NiGELLE,  De  rcbus  (/f'stis  Ludovici  /^«/,lili.  II. 
{■1}  Hiblif.t.  nation.,  M.  S.,  l-.it.  r)V>U. 


—  68  — 

cet  acte.  Donné  le  VI  des  Ides  de  Janvier  (8  janvier), 
de  la  première  année  du  règne  de  Louis,  sérénissime 
empereur,  en  notre  palais  d'Aix-la-Chapelle  (1).  » 

A  ce  privilège,  Louis  le  Pieux  ajouta  la  donation 
de  quelques  maisons  avoisinant  l'Alleu  de  saint  Mes- 
niin,  ce  qui  permit  aux  moines  de  l'agrandir  et  d'y 
établir  un  hospice  pour  leurs  frères  malades  ou 
infirmes  (2). 

Théodulfe  avait  été  un  des  hommes  les  plus  consi- 
dérés de  cette  époque,  et  un  des  prélats  les  plus 
recommandables  par  la  grandeur  des  œuvres  qu'il 
accomplit.  Les  évéques  avaient  recours  à  ses  lumières; 
les  souverains  l'appelaient  dans  leurs  conseils.  Char- 
lemagne  en  lit  un  de  ses  7nlssi  dominici^  et  voulut 
qu'il  apposât  sa  signature  sur  son  testament.  Après  la 
mort  de  ce  grand  empereui,,  il  eut  d'abord  toute  la 
confiance  de  son  fils  qui  le  chargea  de  missions  très 
honorables;  mais  plus  tard,  il  fut  accusé  de  compli- 
cité avec  les  ennemis  du  prince,  et  exilé  à  Angers. 
Son  innocence  ayant  été  reconnue,  il  allait  rentrer 
dans  sa  ville  épiscopale,  (juand  il  mourut,  empoi- 
sonné, dit-on,  par  ceux  qui  avaient  profité  de  sa  dis- 
grâce pour  s'em;^)aror  de  ses  biens  (3). 
.  Nous  avons  déjà  rappelé  les  titres  de  Théodulfe  à 
l'admiration    de    ses    contemporains    et    à    l'estime 

(1)  Voir  pièce   justiticative    Vlll  (Charte  pour  trois    ba- 
teaux.) 

(2)  Gallia  CiiuibTiANA,   Ecclesia  Aurélia nensis,  t.  NUI, 
p.  1520. 

(3j  Lktali),  Liber  un l'aculonon,  t.  I,  p.  ♦li^l. 


—  69  — 

méritée  de  la  postérité.  Dans  cette  histoire,  nous 
voulons  nous  souvenir  seulement  qu'il  a  été  le  res- 
taurateur de  notre  abbaye,  et  qu'on  y  établissant  la 
Règle  bénédictine,  il  lui  a  procuré  de  longs  siècles  de 
vertus  et  de  gloire. 


70  — 


CHAPITRE  IV 

ETAT  FLORISSA.NT  DE  MICY.    MOINES  ÉCRIVAINS.    TRANSLA- 
TION   DES  RELIQUES   DE    SAINT   MESMl.N.     C.RAND     DIPLÔME 

DE   LOUIS    LE   DEBONNAIRE.     JONAS.    ABBE     BENEFICIAIRE  I      ' 

IIERIC.    PIERRE   1^',    ABBÉS  REGULIERS. 

(821-865) 

Jonas,  élevé  sur  le  siège  épiscopal  d'Orléans,  après 
Théodulte,  vers  821,  fut  nommé  par  Louis  le  Débon- 
naire abbé  bénéiiciaire  de  Micy,  qu'il  g^ouverna  de 
8:^1  à  830.  Les  moines,  constitués  en  communauté 
régulière,  et  soucieux  de  leurs  immunités,  virent 
avec  peine  cette  nomination,  contraire  à  leur  Règle. 
Aussi,  eurent-ils  soin  de  consigner  dans  leurs  actes 
que  le  don  de  leur  abbaye,  fait  à  un  évèque  d'Orléans, 
ne  devait  pas  tirer  à  conséquence  pour  l'avenir,  et  ne 
lui  constituait  aucun  droit  à  la  direction  des  frères  (I). 

Jonas,  cependant,  se  montra  constamment  leur 
ami.  La  protection  «ju'il  buir  accorda,  autant  que  leur 
ferveur,  lit  jeter  à  leur  monastère  un  si  vif  éclat  qu'il 
surpassa  peut-être,  dans  ce  temps-là.  celui  dont  il 
avait  brillé  à  son  origine. 

Les  anciens  édifices,  construits  à  la  bâte  par  saint 
Mesmin  pour  ses  disciples,  n'existaient  plus  depuis 
longtemps.  Ceux  qui  les  avaient  remplacés,  négligés, 

(1)  Bibliothèque  d'Orléans,  M.  S.,  Promptuarium  Micia* 
censé,  Sextuin,  p.  49. 


souillés  et  dégradés  par  les  envahisseurs  profanes, 
n'offraient  plus  un  abri  convenable.  Théodulfe  avait 
entrepris  la  reconstruction  du  monastère  ;  mais  il 
n'avait  pas  pu  achever  une  si  grande  tâche.  Jonas  la 
continua.  Par  ses  soins,  des  cénacles  nombreux  et 
vastes  s'élevèrent  pour  la  commodité  des  moines. 
Cloître,  cellules,  salle  du  chapitre,  inflrmerie  pour  les 
malades,  et  hôtellerie  pour  les  voyageurs,  complé- 
tèrent ce  bel  ensemble.  L'église,  commencée  par  son 
prédécesseur,  sollicita  particulièrement  son  attention. 
11  la  fît  achever  sur  un  plan  grandiose,  et  l'orna  de 
toutes  les  décorations  en  usage  à  cette  époque  (1).  Du 
côté  de  l'Orient»  il  la  termina  par  un  sanctuaire  circu- 
laire, en  forme  de  large  tour,  imité  delà  somptueuse 
basilique  que  Théodulfe  avait  fait  construire  à  Ger- 
migny,  près  de  Fleury-Saint-Benoit  ;  il  le  surmonla 
d'une  coupole,  qu'il  fit  couvrir  de  feuilles  de  plomb, 
taillées  en  écailles  de  poisson  (2). 

On  vit,  dans  ce  temps,  un  nombre  considérable 
d'hommes,  attirés  par  la  grâce  divine,  quitter  le 
monde,  pour  embrasser  la  profession  religieuse  à 
Micy.  Il  en  venait  de  tout  âge  et  de  toute  condition. 
C'était  un  spectacle  édifiant  que  donnaient  les  nobles 
Francs,  coupant  leur  longue  chevelure,  et  les  chefs 
de  guerre,  déposant  leur  baudrier,  pour  y  accourir 
prendre  le  froc  et  recevoir  la  tonsure  monacale  (3). 

(1)  Le  chanoine   Hubert,    Bibl.  d'Orléans,    M.    S.,    430^, 
p.  159. 
[2]  Lktald,  Liber  mivncnloriim,  t.  T,  p.  001. 
(3)  Letald,  Liber  i/iirarulorutn,  t.  I.  |».  002. 


Leur  niultilude  et  la  sainteté  de  leur  vie  permit  de 
tirer  de  Micy  de  pieuses  colonies,  comme  au  temps 
de  saint  Mesmin,  et  de  les  envoyer  relever  d'autres 
maisons,  tombées  par  suite  des  guerres. 

Le  monastère  de  Corbion  (1),  fondé  sous  le  règne 
du  roi  Thierry,  avait  été  détruit  par  la  nialice  des 
hommes.  Les  religieux,  qui  y  demeuraient  depuis 
longtemps,  avaient  dispaïu.  et  il  ne  restait  rien  des 
bâtiments  nécessaires  à  la  vie  monastique.  Sous  le 
règne  de  Louis  le  Déhonnaiic.  il  fut  entièrement 
rebâti  par  des  hommes  vénérables,  appelés  par  cet 
empereur,  du  monastère  de  Saint-Mesmin,  situé  sur 
le  territoiie  Orléanais,  près  des  bords  de  la  Loire  (2). 

Dans  le  nombre  de  ceux  qui  demeuraient  au  cou- 
vent, il  y  avait  sans  doute  beaucoup  de  religieux 
simples  de  cœur,  peu  instruits  des  sciences  humaines, 
ne  sachant  (juc  labouiei"  la  teire  et  pratiquer  les 
macérations  de  la  pénitence  ;  mais  [)lusieurs  étaient 
très  savants.  Instruits  par  Texemple  de  Théodulfe  et 
de  Jouas,  et  lidèles  à  suivre  leurs  recommandations, 
ils  cultivaient  les  belles-lettres,  capables  d'écrire  des 
ouvrages  utiles,  et  les  écrivant  en  elfet. 

Cesl  du  lemps  de  révè(jue  Jouas  (|u  tni  n)oine  de 
iMicy.  nommé  lierlold,  composa  une  nouvelle  vie  de 
saint  Mesmin.  (pTil  lui  dédia,  dans  une  pièce  devers, 
assez   peu  poétiques,    (ju'il    inscrivit  en   tète  de  son 

(1)  CoRiuoN,  plus  tard  Saint-Lauïner,  monastère  bénédic- 
tin, au  diocèse  de  Blois. 

(2)  Actes  dit  Concile  de  Gevmiqny.  dp  'Si'i.aimd  Ann^Ues 
Ordin.  H.iT'd..  t.  I,  p.  ôlMj. 


—   73  — 

ouvrage.  Bertold  nous  apprend  lui-même  qu'il  puisa 
ce  qu'il  raconte  dans  des  documents  antérieurs,  pro- 
bablement dans  la  Vie  écrite  par  TAnonyme.  Il  ne 
l'indique  pas  ;  mais  on  en  retrouve  des  passages 
entiers  dans  son  récit.  Il  avait  étudié  la  littérature  et 
connaissait  l'antiquité;  son  style  est  assez  concis, 
mais  un  peu  dur,  pas  assez  clair  et  parfois  embar- 
rassé (1). 

Plusieurs  écrivains  vécurent  certainement  à  Micy 
en  même  temps  que  Bertold.  Les  uns,  dont  les 
ouvrages  existent  encore,  n'y  ont  pas  inscrit  leur 
nom  ;  les  autres  ont  laissé  leur  nom  ;  mais  leurs 
livres  ont  péri.  Ainsi  on  a  attribué  justement  à  des 
moines  de  cette  maison  les  Vies  de  quelques  saints 
qui  en  étaient  sortis.  Un  anonyme  de  Saint-Mesmin  a 
écrit  la  Vie  de  saint  Lubin,  cénobite  à  Micy,  puis 
évêque  de  Chartres  ;  un  autre,  celle  de  saint  Lipbard, 
abbé  de  Meung,  qui  se  trouve  dans  les  Actes  des 
Saints  bénédictins,  de  Mabillon(2).  Selon  toute  proba- 
bilité, des  religieux  du  même  lieu  furent  les  auteurs 
des  Vies  de  saint  Léonard,  de  Vendôme,  des  saints 
Avit,  Doulchard,  Lyé  etViatre.  aujourd'hui  perilues. 

A  coté  de  ces  moines  liistoriens,  d'autres  se  dis- 
tinguèrent par  des  ouvrages  de  genres  ditrérents  : 
leur  nom  nous  a  été  conservé,  sans  que  nous  con- 
naissions leurs  œuvres.  Letald  signale,  outre  hertold, 
Haymon  et  Sténégaud,  qu'il  appelle  hommes  illustres, 

(1)  D.  Rivet,  Histoire  littéraire  de  la  France,  (.  V. 
p.  7. 

(2)  Bibliot.  nation.,  D.  EsTif':N'N'.yr,  M.  S.,  WHÎ),  p.  l-.>7. 


—    t\ 


indiistrioLix.    joignant  une  grande   habileté   à  un  es- 
prit très  distingué  (1). 

Un  pareil  mouvement  vers  la  littérature  hagiogra- 
phique n'a  rien([ui  doive  surprendre.  Jouas  était  lui- 
même  un  évèque  très  lettré,  qui  écrivit  plusieurs 
traités  fort  estimés,  et  fut  en  relation  avec  les 
hommes  les  plus  instruits  de  son  temps.  Il  était  ami 
intime  de  Loup  Servat,  abbé  de  Ferrières,  le  plus  bel 
écrivain  d'alors,  auteur  de  plusieurs  vies  de  Saints, 
à  qui  il  envoyait  ses  ouvi-ages,  pour  qu'il  les  corri- 
geât. i)v  Fcirières.  sous  l'impulsion  de  son  abbé, 
était  un  centre  lumineux  tle  sciences,  d'où  sortaient 
de  nombreux  livres,  tant  originaux,  que  copiés  sur 
les  anciens  manuscrits  ;  son  rayonnement  rejaillit 
jus(jue  sur  Micy.  oii  Jouas  excitait  par  son  exemple, 
une  féconde  émulation  (2). 

Vers  l'année  H'I't^,  Tévéque  d'Orléans  avait  cessé 
d'être  supérieur  du  monastère  de  Micy,  saris  cesser 
de  lui  être  un  ami  l)ienveillant.  Avec  Fautorisation  de 
rKinpereur.  les  moines  avaient  élu  uu  abbé  régulier 
du  nom  (rnéric.  un  de  U*urs  frères,  qui  avait  contri- 
bué au  relèvement  d«^  l'abbaye  de  Corbion.  et  y  était 
resié. 

("était,  au  témoisrnaiJfe  de  Létald.  un  homme  de 
grande  naissance  oi  d  nue  \erlu  plus  grande  encore. 
Observateur  très  exact  de  la  règle  de  saint  Benoît,  il 
avait  gagné   par  son  mérite  l'amitié   des   rois  et  des 

(Il  Lf.tald.  Liber  Miraculontm.  t.  I,  p.  oU8. 
(2)  Consulter  [Histoire  de  VXbh'nje  de  Ferrières  en  Gdti- 
nnia,  «In  !n<"^ni(^  nuli^ur.  rhnp.  VII. 


/o   — 


princes,  qui  ne  refusaient  rien  à  sa  prière.  Il  maintint 
dans  sa  communauté  Tesprit  de  ferveur,  et  augmenta 
encore  sob  influence  (1). 

Cependant,  au  milieu  de  cette  splendeur,  une  peine 
profonde  affligeait  les  'uoines  et  leur  abbé  :  c'était  de 
se  voir  privés  du  corps  de  leur  vénéré  père,  saint 
Mesmin,  toujours  inhumé  dans  l'église  que  Sigobert 
lui  avait  bâtie  à  Orléans,  au  siècle  précédent.  Ils 
demandèrent  à  Jonas  de  le  leur  rendre,  afin  qu'il 
reposât  au  lieu  même  qu'il  avait  fondé,  et  où  il  avait 
achevé  sa  vie,  pour  la  plus  grande  édification  de  ses 
enfants.  L'évêque  trouva  leur  demande  légitime  et  y 
acquiesça  volontiers.  Mais  le  peuple  d'Orléans  refusa 
de  laisser  enlever  ces  saintes  reliques.  En  présence 
de  cette  opposition,  Héric  et  plusieurs  de  ses  moines, 
qui  jadis  avaient  occupé  un  rang  distingué  dans  le 
monde,  allèrent  trouver  TEmpereur  dans  son  palais, 
et  le  supplièrent  d'être  favorable  à  leur  dessein.  Louis 
le  Débonnaire,  non  seulement  leur  accorda  ce  qu'ils 
demandaient,  mais  encore  les  loua  de  leur  piété 
filiale.  Dès  lors  il  n'y  eut  plus  aucune  résistance. 

On  fit  avec  une  grande  solennité  la  translation  des 
restes  de  saint  Mesmin  l'Ancien,  ainsi  que  de  ceux 
de  ses  disciples  et  successeurs,  saint  Théodemir  et 
saint  Mesmin  le  Jeune,  déposés  près  de  lui.  L'arche- 
vêque de  Sens,  Jérémie,  métropolitain  de  Jonas,  avec 
un  grand  nombre  de  prélats,  d'abbés,  de  chanoines 
et  de  moines,  rehaussèrent  de   h'iir   présence   l'éclat 

(i)  Letald    Liber  Miraculorum,  t.  I,  p.  Cy02. 


-    76    - 

de  cette  cérémonie,  qui  eut  lieu  le  27  mai  834.  Des 
leudes  et  des  seigneurs  de  tout  ordre  se  firent  hon- 
neur de  porter  sur  leurs  épaules  un  si  précieux  far- 
deau, parmi  le  chant  des  hymnes  et  des  cantiques 
d'allégresse,  pour  le  placer  dans  l'église  abbatiale. 

Une  foule  immense  de  peuple,  d'hommes  et  de 
femmes,  surtout  de  malades  et  d'infirmes,  accompa- 
gna les  corps  saints  jusqu'à  Micy,  animés  d'une 
espérance  qui  ne  fut  pas  déçue.  Car  Dieu  montra, 
par  d'éclatants  miracles,  accomplis  dans  ce  lieu,  que 
c'était  là  véritablement  que  les  Bienheureux  devaient 
demeurer  (1). 

Depuis  ce  jour,  le  nom  de  saint  Mesmin  fut  ajouté 
à  celui  de  Micy;  le  monastère  Ta  conservé  jusqu'à  la 
fin  (le  son  existence. 

A  la  demande  de  Tévéque  d^^rléans,  Louis  le  Dé- 
bonnaire donna  deux  diplômes  en  faveur  des  moines 
de  saint  Mesmin. 

Dans  le  premier,  il  expose  que  Jonas,  d'accord  avec 
son  métropolitain,  Jérémie,  ayant  fait  une  constitu- 
tion pour  relever  le  mociastère  et  y  maintenir  la  dis- 
cipliiH'  établie  par  son  prédécesseur,  c'est-à-dire  la 
règle  de  saint  Beiioît,  ce  prélat  lui  demande  de  l'ap- 
prouver. Il  le  fait  volontiers,  et  confirme  la  posses- 
sion des  villas  de  Chazelles  et  des  Châtaigniers,  près 
d'l>lampes,  jadis  concédées  par  le  roi  Chilpéric  ;  il 
défend  à  qui  (jue  ce  soit  de  les  leur  enlever.  11  a  donné 
cet  acte,  pour  l'amour  de  Dieu,   alin  que  les   moines 

(1)  Anonymus,  Vita  sancti  Mcuvimini,  t.  I,  p.  591. 


—  77   — 

prient  pour  lui  et  pour  sa  famille,  à  Aix-la-Chapelle, 
le  XIII  des  Calendes  de  Mars  (20  février)  de  l'an- 
née 828  (i). 

Dans  le  second  diplôme^  de  beaucoup  plus  impor- 
tant (2j,  l'empereur  '<  fait  savoir  à  ses  fidèles  sujets 
et  aux  princes,  ses  futurs  successeurs,  que  Jonas, 
évèque  d'Orléans  et  Jérémie,  archevêque  de  Sens, 
sont  venus  en  sa  présence  solliciter  sa  bienveillance 
en  faveur  du  monastère  de  saint  Mesmin,  soumis  à 
l'autorité  royale,  qui  fut  jadis  fondé  en  l'honneur  de 
Dieu  et  du  premier  martyr,  saint  Etienne,  parClovis, 
roi  des  Francs,  puis  successiv^ement  agrandi  par  les 
autres  souverains.  Ayant  une  g-rande  aftection  pour 
ce  lieu  illustré  par  les  vertus  et  les  miracles  d'Eus- 
pice,  de  Mesmin,  d'Avit  et  de  beaucoup  d'autres, 
Jonas  désire  vivement  que  la  régularité  monastique 
V  soit  observée,  sans  que  rien  ni  personne  puisse  la 
troubler,  et  demande  un  privilège  qui  sauvegarde 
ses  immunités  contre  toute  tentative,  et  lui  assure  la 
tranquille  possession  de  ses  biens.  Heureux  de  con- 
descendre à  son  désir,  l'empereur  confie  ce  lieu  à  lui 
et  ses  successeurs,  pour  que  leur  bienveillante  pro- 
tection y  fasse  croître  de  plus  en  plus  Tesprit  de  fer- 
veur, et  non  pour  qu'ils  y  exercent  une  autorité  tyran- 
nique  sur  les  moines,  leurs  serfs  et  leurs  affranchis, 
ni  qu'ils  s'emparent  de  quelque  partie  de  ce  qui  K-ur 
appartient.  Il  confirme  donc  et  fortifie  de  son  pouvoir 

(1)  D.  Bouquet,  les  Historiens  des  Gaules,  t.  VI.  |>.  .V)'i. 
{■2}  Bibliothèque  nationale,   M.   S.   5420;  Ea:   Cartalurio 
^iciacensi. 


—  78  — 

imp«Tial  ce  présent  acte  que  Jorias  a  fait  écrire  en  sa 
présence,  et  dans  lequel  il  a  consigné  toutes  les  do- 
nations faites  à  ce  monastère  par  la  munificence  des 
rois,  ses  prédécesseurs.  11  énumère  tous  les  biens 
donnés  par  Clovis,  par  Clodomir,  son  fils,  par  Tévè- 
que  Sigobert,  par  Clotaire  l,  Cbilpéric,  Dagobert, 
Tbierry  UI,  Pépin  le  Bref  et  Cbarlemagne.  Il  renou- 
velle les  privilèges  que  lui-même  lui  a  déjà  accordés, 
les  exemptant  en  particulier  de  toute  imposition  sur 
les  transports  par  eau  et  par  terre  des  objets  néces- 
saires à  leur  usage.  Il  défend  formellement  à  tous 
les  agents  de  la  couronne  d'exiger  aucune  contribu- 
tion pour  ces  transports,  et  ne  veut  pas  qu'on  inquiète 
jamais  les  moines  à  leur  sujet.  Après  la  mort  d'un 
abbé,  aucun  évoque,  ni  aucun  officier  royal  ne  devra 
venir  faire  l'inventaire  de  ce  qu'il  y  a  dans  la  com- 
munauté ;  les  frères  éliront  poui-  abbé  un  d'entre 
eux,  jugé  le  plus  digne  par  la  majorité,  pourvu  qu'il 
n'ait  pas  acbeté  cet  bonneur  par  des  largesses  simo- 
niaques.  Il  permet  à  l'évéque  de  venir  en  ce  lieu,  seu- 
lement^ poui'  y  pi'ier  :  s'il  veut  célébrer  les  saints 
mystères,  il  devra  y  être  invité  par  Tabbé  ;  il  pourra 
faire  aux  moines  (juelques  dons  de  son  patrimoine, 
sans  oser  jamais  rien  prendre  du  leur.  Dans  le  cas 
où  surviendrait  une  cause  grave  à  juger,  ou  bien  si 
lui-înéme  agissait  mal  envers  eux.  il  ordonne  que  le 
jugement  soit  prononcé  par  la  justice  dos  rois,  ses 
successeurs.  Il  défend  particulièrement  que  le  droit 
de  protection,  ipTil  accorde  à  son  lidMe  Jonas,  soit 
jamais  regardé  par  les  évéqnes  d'Orléans  comme  une 


—  79  - 

permission  d'aliéner  les  biens  de  ce  monastère,  ou 
d^exercer  contre  lui  aucune  vexation  ;  car  il  dépend 
de  la  seule  autorité  royale,  qui  l'a  fondé  et  lui  a 
donné  tous  ses  biens.  Il  veut  donc  que  les  moines 
jouissent  paisiblement  de  toutes  leurs  possessions, 
avec  l'aide  de  Tévêque,  et  sous  la  garde  du  roi,  pour 
suivre  leur  sainte  vocation  ;  il  les  conjure  de  prier 
instamment  pour  lui,  pour  Judith,  son  épouse,  pour 
ses  enfants,  pour  la  stabilité  de  son  empire,  enfin 
pour  sa  prospérité  et  celle  de  ses  successeurs.  Il  a 
écrit  cet  acte  pour  que  l'expression  de  sa  volonté  ait 
plus  de  force,  et  assurer  la  perpétuité  de  ses  inten- 
tions. Il  l'a  fait  signer  de  tous  les  grands  de  sa  cour, 
et  le  scelle  de  son  sceau.  Donné  le  XIV  des  Calendes 
de  mars  (19  février)  en  l'année  836  de  l'Incarnation 
du  Seig-neur,  dans  son  palais  d'Aix-la-Chapelle,  Du- 
rand, diacre,  remplissant  les  fonctions  de  chancellier 
en  la  place  de  Fridugise  (1)  ». 

Ce  diplôme,  que  nous  donnons  aux  pièces  justifica- 
tives, malgré  sa  longueur,  à  cause  de  son  importance, 
constitue  une  sorte  de  titre  général  de  propriété, 
pour  les  vastes  biens  des  moines,  et  un  code  pres- 
que complet  de  législation  civile  et  monastique  à  leur 
usage. 

Il  nomme  une  foule  de  localités,  eticore  exislaiites, 
dans  le  centre  de  la  France,  villages,  bourgs,  pa- 
roisses et  communes,  et  leur  établit  comme  un  cer- 
tificat d'antique  origine  très  honorable. 

(1)  Voir  pièce  Justificative  IX.  (rrand  diplômp  do  Louis  le 
Débonnnii'e. 


—  80  — 

Il  reconnaît  aux  relitrieux  le  droit,  que  leur  confère 
la  Règle  (Je  saint  Benoît,  d^élire  eux-mêmes  leur  abbé, 
droit  que,  malgré  cet  acte,  nous  verrons  violé  trop 
souvent. 

Il  place  définitivement  Micy  au  rang  des  abbayes 
royales,  avec  toutes  les  prérogatives,  et  aussi  avec 
toutes  les  cbarges  afférentes  à  ce  titre. 

Mais  ce  qui  ressort  surtout  de  ce  diplôme,  c'est  la 
préoccupation  évidente  d'empôcber  tout  empiétement 
des  évéques  d'Orléans  sur  la  direction  spirituelle 
commcî  sur  les  possessions  domaniales  du  monas- 
tère. Il  y  avait  eu  déjà  sans  doute  des  abus  de  ce 
genre  ;  c'est  pourquoi  l'empereur  détermine  d'une 
manière  précise  la  limite  oiî  devra  s'arrêter  leur 
intervention  :  précaution  fort  sage,  mais  que  Fanar- 
cliie  et  les  invasions,  aux  siècles  qui  suivront,  rendra 
bien  des  fois  inutile. 

Enfin.  Louis  le  Débonnaire  termine  en  deman- 
dant des  prières  pour  lui  »'t  pour  les  grands 
intérêts  dont  il  est  cbargé.  C'est  la  conclusion  ordi- 
naire des  cbartes  de  donation,  de  confirmation  ou  de 
protection.  Dans  ces  âges  réputés  barbares,  tous 
avaient  une  confiance  sans  borne  dans  l'efficacité  de 
la  prière  sollicitant  linlervention  divine.  Aussi  aucun 
sacrifice  n<^  semblait  trop  grand  pour  l'obtenir.  C'est 
dans  cette  confiance  que  se  trouve  l'explication  des 
dons  faits  aux  monastères,  durant  ces  siècles  de  foi 
ardente,  avec  une  générosité  que  l'irréligion  du  temps 
présent  ne  sait  pas  comprendre. 

Le  grand  mérite  de  Tabbé  Iléric  le  fit  cboisir  pour 


—  81    - 

plusieurs  missions  importantes.  En  837,  il  fut  chargé, 
conjointement  avec  l'évèque  Jonas,  de  faire  une 
enquête  au  sujet  d'un  vol  sacrilège  qu'on  accusait 
plusieurs  moines  d'avoir  commis  au  monastère 
d'Anille  (1). 

Il  avait  gouverné  sa  communauté  avec  autant  de 
piété  que  de  prudence,  pendant  près  de  douze  ans.  Sa 
sage  administration  lui  avait  été  une  source  de  nom- 
breux avantages.  Cependant,  pour  nous  ne  savons 
quel  motif,  il  encourut  Tanimosité  de  quelques-uns 
de  ses  frères,  et  en  subit  de  mauvais  traitements.  Il 
quitta  alors  son  monastère,  en  840,  et  se  retira  au 
couvent  de  Corbion,  où  il  avait  déjà  passé  quelques 
années,  avant  de  devenir  abbé  de  Micy.  Il  y  finit 
saintement  ses  jours  (2). 

Héric,  après  son  départ,  fut  remplacé  sur  le  siège 
abbatial  par  un  religieux  de  grand  talent,  nommé 
Pierre  P"",  homme  d'une  profonde  érudition  et  d'une 
vaste  science,  un  de  ces  moines  écrivains,  sans  doute, 
dont  nous  avons  parlé  plus  haut,  qui  consacraient 
leur  habileté  littéraire  à  raconter  la  vie  et  les  vertus 
des  saints  de  leur  monastère.  Il  avait  suivi  les  tradi- 
tions de  l'évèque  Jonas,  de  l'abbé  Loup  de  Ferrières. 
et  de  tant  d'autres  qui  sauvèrent  les  lettres,  en  com- 
posant de  doctes  ouvrages,  ou  en  transcrivant  ceux 
des  auteurs  anciens,  pour  les  conserver  à  la  postérité. 
Lui-même  écrivit  plusieurs  livres  (jui  malheureuse- 
ment ont  péri  dans  les  désastres  subis  par  sa  maison. 

(i)  Gallia  Christiaxa,  ^cc/es.  Aurel,  t.  VIII,  p.  1.y>). 
(2)  Letald,  Liber  mimculonim,  t.  I,  p.  (X>2. 


—  S2  — 

11  en  copia  d'autres  sur  de  vieux  manuscrits,  tout  en 
leur  faisant  de  sa  propre  main  les  annotations  et  les 
corrections  nécessaires. 

Quand  il  avait  achevé  un  travail  de  ce  genre,  il 
l'oOrait  à  Dieu,  en  le  déposant  sur  l'autel  de  son 
église  abbatiale,  comme  c'était  l'usage.  C'est  ainsi 
qu'ayant  terminé  la  révision  d'un  ancien  manuscrit 
contenant  les  Commentaires  de  saint  Jérôme  sur 
les  prophéties  de  Jérémie,  il  le  plaça  sur  l'autel  de 
saint  Etienne,  le  jour  du  Jeuui  Saint  (Ij. 

Ce  précieux  ouvrage,  échappé  à  la  destruction 
existe  encore  ;  il  est  conservé  à  la  Bibliothèque  na- 
tionale, sous  le  numéro  1820.  11  paraît  antérieur  à 
Charlemagne,  et  porte  ces  mots  au  haut  de  la  pre- 
mière page  :  «  Livre  de  saint  Mesmin,  corrigé  par 
Pierre,  abbé  (2)   ». 

Quand  Charles  le  Chauve  eut  remplacé  Louis  le 
Débonnaire  sur  le  trône  impérial,  l'abbé  Pierre  lui 
demanda  la  conlirmalion  du  privilège  accordé  par 
son  père,  en  vertu  duquel  les  moines  de  iMicy  pou- 
vaient faire  naviguer,  sur  plusieurs  rivières,  trois 
bateaux  exempts  de  tout  impôt.  Le  prince  accorda 
celte  confirmation,  au  mois  d'octobre  de  la  première 
année  de  son  règne  (3). 

Plus  lard,  les  officiers  de  la  couronne  voulurent 
mettre  des  entraves  au  droit  de  pèche  exercé  par  les 
moines  dans  le  Loiret,  et  lever  une  imposition  sur  le 

(1)  D.  Mabillon,  Ac/a  Sanci.  Ord.  Bened.,  t.  I,  p  597. 

(2)  Nouveau  traité  de  Diplomatique^  t.  111,  p.  i03. 

(3)  Gali.ia  C4HHISTIANA,  Eccl.  Aurel.,  t    XIII,  i».  1529. 


->  83  — 

poisson  qu'ils  prenaient.  L'abbé  Pierre  demanda  à 
l'empereur  de  confirmer  l'exemption  dont  ils  jouis- 
saient, et  de  déterminer  l'étendue  de  rivière  où  ils 
pouvaient  exercer  leur  privilège.  Charles  le  Chauve 
fît  ce  qu'il  désirait.  Par  une  charte  donnée  à  Orléans, 
le  13  septembre  831,  il  déclara  que  les  religieux  de 
Micy  pouvaient  pécher,  sans  être  tenus  à  aucun 
droit,  depuis  le  moulin  de  Dromédan,  jusqu'au  point 
où  le  Loiret  se  jette  dans  la  Loire  (1). 

Depuis  un  demi-siècle,  l'abbaye  de  saint  Mesmin, 
restaurée  par  Théodulfe  et  vivifiée  par  l'observance 
de  la  Règle  bénédictine,  avait  recouvré  sa  prospérité 
des  anciens  jours.  Les  moines,  occupés  à  la  prière, 
à  Pétude  et  au  travail,  sous  la  direction  d'abbés  pieux 
et  habiles,  vivaient  dans  une  paisible  sécurité,  au 
milieu  de  Taccomplissement  des  devoirs  de  leur  sainte 
vocation. 

Tout  à  coup,  Forage  gronde;  de  nouveaux  malheurs 
fondent  sur  eux,  qui  vont  détruire  cette  iieureuse 
situation.  Pendant  plus  de  cinquante  ans,  nous  ne 
verrons  encore  à  Micy  que  ruines  et  lamentable  déso- 
lation ! 

(1)  Bibliothèque  nationale,  collection  Moreaii,  t.  98,  p.  112. 


—  8- 


CHAPITRF  V 

INVASIONS   DES   NORTHMANS.    MICY  PLUSIEURS    FOIS  DÉVASTÉ. 

ABBES  USURPATEURS   ET  SlilOMAQUES.    DÉTRESSE  DES 

MOINES. 

(865-950) 

Les  Barbares  du  Nord,  les  iNorthmans,  que  l'épée 
de  Cliarlemagne  avait  tenus  éloignés,  envahissaient 
de  toute  part  son  empire,  livré  sans  défense  à  leurs 
coups  par  les  divisions  et  l'incapacité  de  ses  faibles 
successeurs.  Ces  hordes  cruelles,  que  le  froid  et  la 
faim  chassaient  chaque  année  des  régions  stériles  de 
l'Europe  septentrionale,  arrivaient  en  quelques  jours, 
dans  leurs  barquiîs  légères,  sur  les  côtes  de  la 
France.  Dans  leurs  premières  invasions,  ils  pillèrent 
les  provinces  njaritimes,  les  villes  élevées  non  loin 
du  rivage  de  l'Océan  ;  et  après  avoir  enlevé  de  riches 
dépouilles,  ils  s'enfuirent  avec  leur  proie,  laissant 
les  habitants  sans  ressources,  et  leurs  demeures 
incendiées.  Bientôt,  aucune  résistance  ne  leur  étant 
opposée,  ils  prirent  plus  d'audace.  On  les  vit  établir 
des  stations,  ou  camps  retranchés,  dans  des  îles  géné- 
ralement situées  à  Tembouchure  des  grands  fleuves. 
C'est  là  qu'ils  renfermaient  ceux  de  leurs  prisonniers 
qu'ils  n'avaienl  pas  massacrés,  pour  en  tirer  de 
fortes   rançons,  entassaient   leur  butin,    et    venaient 


—  85  — 

prendre  quelque  repos,  entre  chacune  de  leurs  expé- 
ditions. 

Chaque  année,  au  printemps,  les  voiles  blanches 
des  barques  de  ces  hommes  du  Nord  apparaissaient 
sur  les  bords  de  ces  fleuves,  le  Rhin,  la  Seine  ou  la 
Garonne.  Les  populations  riveraines  s'enfuyaient, 
pleines  d'effroi,  se  dispersaient  au  loin  dans  les 
forêts,  ou  s'enfermaient  dans  les  villes  fortifiées.  La 
Loire,  avec  son  large  lit  et  ses  eaux  abondantes  dans 
la  saison  des  pluies,  leur  donnait  un  accès  facile 
jusqu'au  cœur  du  pays.  Leur  cupidité  était  excitée  à 
la  vue  des  fertiles  provinces  qu'elle  traversait,  des 
cités  populeuses,  des  nombreuses  églises  et  des 
abbayes  construites  sur  ses  rives.  Ils  établirent  deux 
puissants  camps  de  retraite,  l'un  dans  Tile  de  Noir- 
moutier,  en  face  de  son  embouchure^  l'autre  dans 
celle  d'Her,  non  loin  de  Saint-Florent-le-Vieil  (1). 
Ils  s'y  protégèrent    en    couvrant    la    plage    de  leurs 

bateaux,  qui  devinrent  comme  les  murs  de  cette  cita- 
delle improvisée;  dans  l'enceinte,  ils  bàtirerit  des 
cabanes,  et  y  transportèrent  leur  butin,  leurs  captifs, 
ainsi  que  leurs  blessés  et  leurs  malades  (2). 

De  là,  comme  des  vautours  avides  de  carnage,  ils 
infestaient  les  deux  côtés  du  fleuve,  remontant 
jusqu'aux  gra[ides  villes  qu'ils  ne  craignaient  pas 
d'attaquer.  Nantes,  Angers,  Saurnur,  Tours,  Blois, 
Orléans,    reçurent    périodi(|uement    la   visite   de  ces 

(1)  Canton  de  l'arrondissement  deCliolet,  (Maine-et-Loire). 

(2)  B.  Depping,  Histoire  des  expéditions  maritimes  des 
Normands^  t.  1,  p.  128. 

7 


—  86    - 

terribles  pillards.  Ils  les  raiiyonnaieiit  d'abord,  en 
tirant  tout  ce  qu'ils  pouvaient  d'or  et  d'argent  ;  puis 
ils  les  saccageaient  de  fond  en  comble,  égorgeant 
ceux  (jui  n'avaient  pas  pu  fuir  ;  ils  aclievaient  leur 
œuvre  de  destruction  en  livrant  aux  flammes  tout  ce 
qu  ils  ne  pouvaient  pas  emporter. 

Les  Nortbmaris  s'attaquaient  de  préférence  aux 
églises  et  aux  monastères.  Ils  y  trouvaient  une 
double  satisfaction  :  leur  fanatisme  païen  se  faisait 
une  joie  de  massacrer  les  moines,  les  prêtres  et  les 
évèques  qu  ils  pouvaient  saisir,  de  disperser  les 
saintes  reliques,  et  d'incendier  les  sanctuaires  les 
plus  vénérés  ;  leur  cupidité  trouvait  dans  les  monas- 
tères plus  d'or  et  d'argent  qu'ailleurs;  non  pas  qu'ils 
fussent  ricbes.  les  abbés  laïques  qui  les  possédaient 
presque  tous  leur  laissant  à  peine  le  nécessaire  ;  mais 
leurs  églises  étaient  remplies  de  candélabres  d'argent, 
de  vases  sacrés  en  or,  de  reliquaires  garnis  de  pierre- 
ries, et  d'ornements  de  prix  que  la  piété  des  fidèles 
y  avait  amassés.  Ils  enlevaient  toutes  ces  richesses, 
puis  ili>  livraient  aux  flammes  les   édifices  dévastés. 

Orléans  passa  par  toutes  ces  aflVeuses  vicissitudes. 
D'après  le  témoignage  des  chroniqueurs  contempo- 
rains, les  iNorthmans  y  vinrent  au  moins  six  fois  ; 
par  conséquent,  le  monastère  de  Saint-Mesmin, 
situé  sur  le  bord  du  fleuve,  à  deux  lieues  en  aval  de 
la  vill»'.  subit  autant  de  fois  les  mêmes  désastres. 

La  première  agression  oui  lieu  en  8oG.  Le  féroce 
Hastings,  un  des  plus  célèbres  cbefs  de  ces  barbares, 
remonla    la    Loire   avec  une  nombreuse   troupe,    et 


—  87   - 

arriva  jusque  sous  les  murailles  d'Orléans,  le  18  oc- 
tobre. Les  habitants,  trop  faibles  pour  le  repousser 
offrirent  une  grosse  somme  d'argent,  afin  de  se 
racheter  du  pillage.  Grâce  à  cette  rançon  les  North- 
mans  s'éloignèrent  (l),  et  en  se  retirant  allèrent 
fondre  sur  l'abbaye  de  Micy. 

Déjà,  dans  la  prévision  de  ce  qui  ne  pouvait  pas 
manquer  de  leur  arriver,  les  moines  avaient  quitté 
leur  couvent.  Depuis  quelque  temps  ils  s'étaient 
retirés,  avec  l'abbé  Pierre,  dans  leur  asile  de  FAlleu 
de  Saint-Mesmin,  emportant  ce  qu'ils  avaient  de  plus 
précieux,  les  corps  de  leurs  saints  patrons,  les  manus- 
crits anciens,  les  vases  sacrés  et  les  ornements  sacer- 
dotaux. Les  envahisseurs  furent  furieux  de  ne 
trouver  que  des  bâtiments  vides;  ils  les  dévastèrent 
entièrement. 

Moins  de  dix  ans  plus  tard,  une  nombreuse  flotille 
de  bateaux  remonta  de  nouveau  la  Loire,  en  865, 
sous  la  conduite  d'un  chef,  nommé  Barat  ou  Bahart. 
Les  Northmans  voulaient,  après  avoir  pris  Orléans, 
aller  enlever  les  richesses  de  Tabbaye  de  Fleury- 
Saint-Benoit.  Cette  attaque  fut  terrible  pour  la  ville. 
Les  Barbares  la  livrèrent  au  plus  affreux  pillage  ;  ils 
abattirent  une  partie  de  ses  remparts,  et  brûlèrent  la 
plupart  des  maisons  avec  les  églises  ;  seule  la  cathé- 
drale d<î  Sainte-Croix  échappa  miraculeusement  aux 
flammes  (2). 

Quand  ils    descendirent  à  Saint-Mesmin,  ils  trou- 

(1)  Annales  sancll  Bertini,  ad  annum  8G5. 

(2)  Adhevald,  Miracles  de  saint  Benoit,  t.  I,  n*»  34. 


-  88  — 

vèrent  le  monastère  à  peu  près  dans  le  même  ét^t 
où  leurs  prédécesseurs  Tavaient  laissé,  dix  ans  aupa- 
ravant. Pour  achever  sa  destruction,  ils  mirent  le 
feu  aux  bâtiments  restés  debout,  et  à  ré<<lise  abbatiale, 
du  côt»'  du  midi.  «  Mais,  dit  Létald,  le  B.  Mesmin 
empêcha  leur  malice  d'aboutir  ;  malgré  leurs  ellorts, 
ils  durent  se  retirer  couverts  de  confusion,  sans  avoir 
rien  pu  brûler;  prodige  d'autant  plus  merveilleux 
que  dans  toute  la  Xeustrie  et  1  Aquitaine,  à  peine 
quelques  moiiaslères  purent-ils  échapper  aux  iricen- 
dies  allumés  par  ces  impies,  pas  même  ceux  de  Saint- 
Martin  et  de  Saint-Benoit.  Sans  doute,  ajoute  avec 
une  touchante  naïveté  l'historien  des  Miracles  de 
Saint-Alesmin,  notre  Bienheureux  Père  n'a  pas 
voulu  que  son  église  brulàt,  parce  (ju'il  prévoyait 
bien  qu'au  milieu  de  si  grands  malheurs,  il  aurait 
été  impossible  de  la  remettre  dans  son  premier 
état(l). 

L'abbé  Pierre  s'était  relire  à  Orléans,  avec  ses  reli- 
gieux, dans  leur  Alleu  de  Sainl-Mesmin.  Là,  ils  pou- 
vaient va(juer  en  sûreté  aux  exercices  de  la  vie 
monastique;  mais  ils  vivaient  dans  une  gêne  extrême, 
soutenus  seulement  par  le  peu  d'aumônes  (ju'ils  pou- 
vaient recueillir  dans  celte  misère  générale.  Leurs 
riches  domaines  ne  leur  rapportaient  plus  rien.  11 
suffit  pour  le  comprendre  de  voir,  dans  le  récit  d  un 
moine  contemporain  de  ces  événements,  le  spectacle 
lamenlable  (jur  la  Kraiicc  olfrail  aU^rs  de  (ouïes 
paris. 

(l)  LtTALi»,  Livre  des  Miracles,  t.  I,  p.  G03. 


—  89  — 

((  Les  Xorthmans  parcourent  les  plaines  et  les  bois^, 
massacrant  tout  ce  qu'ils  rencontrent,  depuis  le  jeune 
homme  jusqu'au  vieillard  aux  cheveux  blancs.  Le 
vigneron  et  sa  vigne,  le  laboureur  et  sa  moisson 
périssent  également  sous  le  fer  de  l'ennemi.  La 
France  désolée,  inondée  de  larmes  et  de  sang,  ne 
possède  plus  d'enfants.  Hélas  !  cette  riclie  terre  est 
dépouillée  de  ses  trésors  ;  elle  est  blessée  au  cœur  de 
plaies  mortelles.  Le  pillage,  les  flammes  la  dévorent. 
Les  phalanges  cruelles  des  Northmans  la  ravagent, 
l'écrasent,  la  brûlent.  Leur  aspect  seul  glace  deffroi. 
Le  seigneur  comme  le  peuple,  tout  fuit  et  se  disperse, 
et  Tennemi  emporte  sur  ses  navires  tout  ce  qui  faisait 
l'orgueil  de  la  patrie  (1)  ». 

Dans  une  si  grande  détresse,  l'abbé  de  Micy  avait 
demandé  à  Charles  le  Chauve  de  venir  en  aide  à  sa 
communauté  ruinée  et  sans  ressource.  L'empereur, 
impuissant  à  défendre  ses  sujets,  et  dont  le  trésor 
était  épuisé  par  tant  de  fléaux,  ne  put  rien  lui 
donner.  En  gage  de  sa  bienveillance,  il  lui  adressa 
cependant  une  charte  de  confirmation  pour  les  privi- 
lèges de  l'Alleu,  que  les  moines  habitaient  déjà  depuis 
sept  ans  (2). 

«  Nous  savons,  dit-il,  que  les  dévastateurs  et  les 
pillards  qui  parcourent  notre  empire  ont  à  ce  point 
dévasté  de  fond  en  comble  l'église,  le  couvent  et  les 
biens  de  vos  religieux,  que  ceux-ci  ont  été  contraints 
d'aller  habiter  la  petite  église  et  Tasile  qu'ils  ont  de 

(1;  Le  moine  Abbon,  De  obsidione  Lutetiœ,  liber.  I. 
(2)  D.  Verninac,  m.  s.  301,  p    13,  à  lu  Bil)î.  d'Orléans. 


-  90  — 

toute  antiquité  dans  la  ville  d'Orléans.  Nous  décla- 
rons confirmer  l'exemption  de  tout  droit,  cens,  fisc  et 
imposition,  que  les  moines  possèdent  depuis  longtemps 
pour  cet  Alleu,  comme  il  est  exposé  longuement  dans 
Tacte  original  que  Tabbé  de  Saint-Mesmin  conserve 
dans  le  trésor  de  son  monastère  (i)  ». 

Celle  charte  nous  apprend  que,  pour  cette  fois  du 
moins,  les  moines  de  Micy  avaient  sauvé  leurs  litres 
et  privilèges,  en  les  emportant  avec  eux  à  Orléans. 
Pierre  I'^'  survécut  peu  de  temps  à  ces  calamités; 
la  douleur  abrégea  ses  jours.  Il  mourut  quelques 
mois  seulement  après  que  les  Norlbmans  se  furent 
éloignés,  vers  la  fin  de  l'année  865. 

Amaurv  P\  qui  lui  succéda,  avait  fait  sa  profession 
religieuse  au  monastère  de  Sainl-Benoîl-sur-Loire. 
C'était  un  homme  simple  et  de  bonne  réputation.  Il 
eut  à  gouverner  sa  communauté  dans  une  des  périodes 
les  plus  désastreuses  qu'elle  ait  jamais  traversées. 
Car,  sous  son  abbatial,  les  Norlbmans  visitèrent 
encore  deux  fois  Micy,  et  détruisirent  le  peu  qui  pou- 
vait y  rester. 

Kn  879.  le  chef  d'une  de  leurs  bandes,  nommé 
Hiéric,  pénétra  jusqu'à  l'abbaye  de  Saint-Benoît, 
voulant  la  dépouiller  des  richesses  qu'il  y  croyait 
renfermées.  A  son  passage  devant  Micy,  il  s'arrêta  ; 
mais  n'y  trouvant  plus  rien  à  enlever,  il  continua  son 
chemin  sans  v  séjourner  (2). 

i)  Voir  pièce  justificative  X.  Charte  de  Charles  le  Chauve, 
pour  l'Alleu. 
rl\  D.  Mabillon,  Annal.  Ord.  Bened.,  ad  annumS^d. 


-  91  — 

L'expédition  de  883  fut  plus  funeste  pour  notre 
connmunauté.  Les  Northmans  venaient  d'être  repoussés 
de  Paris,  qu'ils  avaient  vainement  assiégé  pendant 
près  d'un  an.  Le  courage  de  Tévèque  Goslin  et  du 
comte  Eudes  leur  avaient  infligé  de  grandes  pertes. 
Pour  se  venger  de  cet  échec,  leurs  troupes  se  répan- 
dirent dans  le  centre  de  la  France,  qu'ils  ravagèrent 
de  la  plus  horrible  façon.  ((  Car  non  contents  de  tuer 
hommes  et  bêtes,  de  porter  partout  le  fer  et  le  feu, 
ils  coupaient  ras  terre  les  vignes  et  les  arbres  frui- 
tiers, ôtant  aux  malheureux  survivants  les  ressources 
d'un  grand  nombre  d'années.  On  ne  savait  plus  de 
remèdes  à  de  si  grands  maux.  C'est  alors  qu'on  inséra 
dans  les  Litanies  majeures,  chantées  dans  toutes  les 
églises,  ce  cri  de  détresse,  implorant  le  secours  du 
Ciel  :  De  la  fureur  des  Northmans,  délivrez-nous^ 
Seigneur  (1).  w 

Quelques  moines  s'étaient  rendus  à  Micy  pour 
essayer  de  réparer  ses  ruines,  dans  l'espérance  de 
pouvoir  y  rentrer.  Ils  furent  surpris  par  une  troupe 
de  dévastateurs  qui  en  massacrèrent  plusieurs,  et 
renversèrent  ce  qu'ils  avaient  édifié. 

Il  y  avait  alors  à  Orléans  un  évèque  du  nom  de 
Gauthier,  homme  énergique,  qui  rebâtit  une  partie 
des  murailles  de  sa  ville  épiscopale,  précédemment 
détruites,  et  encouragea  les  habitants  à  résister  vail 
lamment  aux  attaques  des  Northmans.  Il  fut  ému  du 
dénùment  dont  souffraient  les  religieux  de  Saint- 
Mesmin,  par  suite  de  la  destruction  de  leur    monas 

(1)  B.   Di:pping,  Histoire  des  yumm nds.  t.  H,  p.  '^7. 


—  9-2  - 

tère  et  de  la  dévastation  de  leurs  domaines.  Il  leur 
donna  plusieurs  terres  situées  dans  une  région  que 
les  barbares  n'avaient  pas  encore  atteinte. 

Ainsi  fit  également  le  roi  Eudes,  la  première  année 
de  son  règne  (888J.  Il  avait  été  porté  sur  le  trône  do 
France,  en  récompense  de  la  bravoure  qu'il  avait 
montrée  au  siège  de  Paris.  Mais  bientôt  la  jalousie  et 
l'ambition  des  seigneurs  francs  lui  suscitèrent  de 
grandes  difficultés.  Il  fut  obligé  de  se  porter  au-delà 
de  la  Loire,  pour  étouffer  Tesprit  de  révolte  qui  s'y 
était  manifesté,  et  qui  favorisait  les  agressions  des 
barbares  du  Nord.  Obligé  de  se  faire  des  partisans,  il 
distribuait  en  profusion  les  terres,  les  privilèges  et 
les  bonneurs  à  ceux  qui  le  soutenaient. 

C'est  dans  cette  circonstance  qu'il  vint  au  monas- 
tère de  Saint-Mesmin,  le  VIII  des  Calendes  de  Sep- 
tembre (25  août).  Il  demeura  plusieurs  jours  dans 
ses  bâtiments  restaurés  à  la  hâte,  et  lui  donna  un 
privilège,  dont  nous  ne  connaissons  pas  la  teneur  (1). 

L'année  suivante,  au  mois  de  juillet,  Eudes  vint  de 
nouveau  à  Micy.  Il  y  signa  un  diplôme  par  lecjuel  il 
accordait  en  bénéfice  quelques  villas,  situées  près  de 
Jargeau.  à  son  fidèle  Ricbodon,  et  une  charte  de  pro- 
tection pour  Arnoul,  abbé  de  Sainl-Polycarpe,  au 
diocèse  de  Narbonno,  à  la  prière  de  Pévèque  Ernemir 
et  du  comte  Suniaire.  Il  y  doruia  encore  des  lettres 
pour  Gairouf,  abbé  de  Beaulieu,  près  Limoges,  et  un 
diplôme  pour  l'église  de  Chartres.  Tous  ces  actes 
portent  comme  suscription  :    «  Fait  au  monastère  de 

(i)  Oallia  Christiana,  EcL'l.  Auvel.,  t.  VIII,  p.  1539. 


-    93  ~ 

Saint-Mesmin,  sous  Orléans^  au  mois  de  juillet  de  la 
seconde  année  du  règne  d'Eudes,  prince  très  glo- 
rieux (1).  » 

Après  la  mort  d'Amaury.  arrivée,  croit-on,  en  895. 
Tabbaye  de  Micy  tomba  entre  les  mains  d'un  abbé 
laïque,  usurpateur  dont  Létald  raconte  Tbistoire  peu 
édifiante. 

Un  moine  d'une  naissance  distinguée  selon  le 
monde,  du  nom  de  Vulmard,  désirait  obtenir  l'abbaye 
de  Micy.  Il  pria  un  clerc,  de  famille  noble,  qui  s'ap- 
pelait Frédric,  d'appuyer  sa  candidature  auprès  de 
Trannin,  évéque  d'Orléans,  dont  il  était  le  favori. 
Mais  Frédric  jugea  qu'il  valait  mieux  obtenir  le 
monastère  pour  lui-même,  plutôt  que  de  le  demander 
pour  un  autre.  Il  suborna  les  gens  de  Trannin,  per- 
sonnage peu  recommandable.  Avec  leur  connivence, 
il  profita  dune  circonstance  où  Trannin  était  sous 
Tinfluence  des  fumées  de  l'ivresse,  pour  se  faire 
délivrer  une  donation  du  bénéfice  convoité  par  Vul- 
mard (2).  Puis  il  se  présenta  pour  en  prendre  posses- 
sion, se  fit  ouvrir  les  portes  de  force,  et  cliassa  son 
compétiteur,  avec  les  principaux  religieux,  n'en  gar- 
dant que  cinq,  choisis  parmi  ceux  de  moindre  impor- 
tance. Il  s'empara  ainsi  de  l'autorité  abbatiale  dont  il 
ne  remplit  aucun  des  devoirs.  Car  il  traita  sans 
égards  le  petit  nombre  de  moines  qu'il  avait  gardés  : 
il  les  laissait  privés  des  choses  les  plus  nécessaires, 
les  nourrissant  seulement  de  pain  de  seigle  et  d'eau. 

(1)  D.  MA.BILLON,  Annal.  Ord.  Bened.,  t.  III,  i».  .270. 

(2)  Gallia  Christiana,  Eccl.  AureL,  t.   VIII,  p.  15'29. 


—  94   - 

Ces  mallieureux,  repoussés  par  lévèque,  dont  ils 
avaient  vainement  imploré  la  protection,  se  rangèrent 
autour  (Ju  tombeau  «lu  Bieiilieureux  Mesmin,  leur 
père,  et  le  conjurèrent,  sans  se  lasser,  de  venir  à  leur 
secours.  Leurs  prières  furent  exaucées.  Durant  une 
nuit,  deux  vénérables  vieillards,  saint  Euverte  et 
saint  Mesmin  se  présentèrent  à  Trannin,  lui  repro- 
chant ses  fautes,  et  lui  infligèrent  un  châtiment  que 
suivit  bientôt  une  mort  ignominieuse.  Dans  le  même 
temps,  Frédric  fut  aussi  saisi  d'une  douleur  violente, 
et  expira  en  poussant  des  crir.  affreux  (1). 

Après  ces  événements,  tous  les  exilés  rentrèrent 
dans  leur  communauté.  Tls  chassèrent  les  envahis- 
seurs profanes  et  élurent  un  abbé  régulier,  du  nom  de 
Létalde. 

Pendant  que  Frédric  détenait  sans  aucun  droit  le 
monastère  de  Micy,  les  Northmans  l'avaient  envahi 
encore  une  fois.  Us  étaient  commandés  par  le  fameux 
Rollou.  (|ni,  plus  tard,  se  convertil  au  christianisme 
et  devint  duc  de  Normandie,  après  avoir  épousé 
Gisèle,  Xille  de  Charles  le  Simple,  roi  de  France.  Mais, 
dans  ce  temps-là,  en  S97,  Rollon  n'était  encore  qu'un 
chef  de  bande  <le  pillards,  distingué  seulement  des 
autres  par  une  audace  et  une  habileté  plus  grandes. 
Il  renversa  de  nouveau  les  édilices  en  partie  relevés 
et  mit  le  comble  à  la  désolation  de  Tabbaye. 

Jamais  on  ne  j)ouri'a  représenter  exactement  la 
situation  lamentable  où  gémissait  la  France  au 
mili(Mi    d»'    si    glandes   calamités.    La   consternation 

(1)  Lktald,  Livre  des  Miracles,  t.  I,  p.  003. 


—  95  — 

régnait  partout.  A  l'approche  des  Northmans,  ies 
habitants  des  villes  et  des  campagnes  prenaient  la 
fuite  ;  quand  ils  revenaient,  après  le  départ  des  enva- 
hisseurs qui  restaient  rarement  de  longs  jours  au 
même  lieu,  il  ne  trouvaient  plus  que  des  monceaux 
de  cendres  et  des  ruines  calcinées  par  les  flammes. 
La  famine  ajoutait  de  nouvelles  souffrances  à  ces 
horreurs.  De  toutes  parts  sévissait  une  effroyable 
misère.  Les  champs  n'étaient  plus  cultivés;  tous  les 
provisions  amassées  pour  l'année  étaient  enlevées. 
Il  n'y  avait  plus  ni  joie,  ni  bonheur,  ni  même  aucune 
espérance. 

Quant  aux  moines,  poursuivis  à  outrance  par  la 
férocité  impie  des  Barbares,  qui  trouvaient  un  plaisir 
cruel  à  les  égorger,  ils  étaient  encore,  s'il  se  peut, 
plus  malheureux.  Pour  ne  parler  que  de  ceux  de 
Saint-Mesmin,  la  Loire  était  une  des  grandes  voies 
ouvertes  à  leurs  ennemis,  et  baignait  presque  leurs 
murailles.  Sans  cesse  sur  le  qui-vive,  ils  étaient  à 
tout  moment  forcés  de  prendre  la  fuite  précipitam- 
ment, et  de  chercher  un  refuge  soit  dans  leur  Alleu, 
soit  dans  les  forêts  de  la  Sologne,  emportant  ce  qu'ils 
avaient  de  plus  précieux.  Au  milieu  de  cette  vie  aven- 
tureuse, il  n'était  plus  possible  d'observer  la  Règle 
monastique.  Le  relâchement  dos  mœurs  et  de  la 
discipline  étouffa  le  goût  de  la  régularité,  des  pra- 
tiques religieuses  et  des  travaux  de  l'agriculture,  qui 
demandent  le  calme  et  la  sécurité,  pour  pouvoir  se 
produire  utilement. 

Nécessairement   les   études   et  la   composition  dos 


—  96  — 

œuvres  littt'raires  fuient  négligées.  Le  mouvemeiit 
intellectuel,  excité  par  Théodulfe  et  par  Jonas,  fui 
interrompu  dans  le  bouleversement  général,  sous 
rimpression  de  terreurs  continuelles  que  les  courses 
sanglantes  des  Norlhmans  répandaient  de  tous  cotés. 
Il  V  eut  alors,  à  Micy,  comme  partout  en  France, 
une  sorte  de  halte  dans  l'ignorance  ;  les  Barbares  en 
dévastant  les  écoles  épuisaient  dans  sa  source  l'ali- 
ment de  rintelligence. 

La  Providence,  prenant  en  pitié  les  longues  souf- 
frances des  enfants  de  Saint-Mesmin,  leur  donna 
deux  abbés  qui  rendirent  à  leur  maison  des  jours 
meilleurs,  quoique  de  trop  courte  durée. 

Le  premier  fut  Letalde,  élu  par  ses  frères,  après 
la  mort  de  Frédric,  en  907.  Cet  abbé,  qui  ne  doit 
pas  être  confondu  avec  un  autre  Letald,  religieux  de 
Micy  et  historien  des  Miracles  de  Saint-Mesmin, 
près  de  cent  ans  plus  tard,  était  de  famille  noble  et 
avait  fait  sa  profession  à  Micy  même.  Nous  connais- 
sons peu  de  choses  à  son  sujet,  si  ce  n'est  qu'il  fut 
ami  et  probablement  disciple  du  fameux  moine  Odon, 
qui  eut  dans  son  siècle  la  glorieuse  destinée  de  réfor- 
mer les  Ordres  monastiques,  en  France,  en  Italie, 
en  Angleterre,  comme  saint  Benoit-d'Aniane  l'avait 
fait  du  temps  de  Charlemagne,  et  fut  également  placé 
au  rang  des  saints. 

Après  les  cruelles  épreuves  qu'il  avait  subies,  le 
monastère  de  Micy  avait  besoin  d'un  supérieur  doué 
d'un  esprit  éclairé,  autant  que  d'une  ferme  volonté, 
qui   y  ramenât   la  régularité,  l'ordre,   l'exacte  disci- 


—  97  — 

pline,  le  travail  et  la  prière,  toutes  les  vertus  claus- 
trales en  un  mot. 

Letalde  se  trouva  être  ce  supérieur  ;  mais,  se 
défiant  de  ses  propres  lumières,  comme  tous  les 
hommes  vraiment  humbles,  il  recourut  à  Texpérience 
d'Odon,  devenu  abbé  de  Fleury-Saint- Benoit.  li  allait 
fréquemment  le  visiter  ;  il  lui  demandait  le  secours 
de  ses  conseils  dans  les  circonstances  difficiles;  et, 
de  retour  à  Micy,  il  mettait  en  pratique  les  sa^es 
recommandations  de  son  ami,  afin  de  porter  ses 
frères  à  une  plus  grande  perfection  (1). 

Ces  louables  efforts  ne  furent  pas  stériles.  Sous  la 
pieuse  direction  de  Letalde,  sa  communauté  vit 
renaître  sa  ferveur  première  et  recouvra  son  ancienne 
réputation.  Le  nombre  des  religieux,  diminué  par 
les  troubles  des  derniers  temps,  s'accrut  de  jour  en 
jour,  et  Ton  put  entrevoir  une  nouvelle  ère  de  pros- 
périté. 

Letalde  continua  sa  fructueuse  administration  jus- 
qu'en 937,  année  où  il  mourut  (2). 

Après  lur^  l'abbaye  de  Saint-Mesmin  que  l'usurpa- 
tion de  Frédric  avait  fait  entrer  en  quelque  sorte 
dans  la  mense  épiscopale  d'Orléans,  vint  au  pouvoir 
de  Thierry,  évèque  de  cette  ville. 

On  ne  sait  de  lui  (jue  ce  qu'en  rapporte  Letald. 
A  un  extérieur  des  plus  agréables,  ce  prélat^  doué  de 
l'activité  d'un  âge  encore  peu  avancé,  joignait  la 
vivacité  de  l'esprit  et   l'aménité  du  caractère.   Il   eut 

(1)  Gallia  Chiustiana,  Eccles.  AareL.  t.  VIII.    p.    i.W.^ 

(2)  Promptuarium  Miriarense,  Se.rtu7n,  p.  ;V.). 


-  98  - 

une  grande  prédilection  pour  le  monastère,  et  conti- 
nua l'œuvre  de  relèvement  commencée  par  son  pré- 
décesseur. Il  lui  eût  rendu  son  antique  splendeur,  si 
la  mort  n'eût  pas  détruit,  aprtîs  quatre  années  seule- 
ment d'épiscopat,  les  grandes  espérances  qu'avaient 
mises  en  lui  le  diocèse  d'Orléans  et  les  moines  de 
Micy  (1). 

Avec  les  successeurs  de  Thierry,  il  nous  faut  entrer 
de  nouveau  dans  le  récit  d'événements  déplorables, 
sur  lesquels  l'historien  aimerait  à  jeter  un  voile  épais, 
plutôt  que  de  raconter  la  longue  série  des  usurpa- 
tions, des  désordres  et  des  abus  de  tout  genre  contre 
lesquels  se  débattit  le  monastère  de  Saint-Mesmin, 
naguère  encore  le  séjour  de  si  belles  vertus.  Il  faut 
dire  cependant  que  la  responsabilité  de  cette  malheu- 
reuse situation  ne  doit  pas  tant  retomber  sur  les 
moines  qui  en  furent  les  premières  victimes,  que  sur 
les  personnages,  qui  abusèrent  de  leur  pouvoir  pour 
les  opprimer  et  les  dépouiller. 

On  était  aux  plus  mauvais  jours  de  la  féodalité. 
Le  x*^  siècle,  que  l'on  doit  regarder  comme  une  des 
époques  les  plus  tristes  de  riiunuuiité.  ne  fut  pas 
seulement  un  siècle  critrnorance  ;  il  fut  surtout  un 
siècle  de  violences  et  de  scandales.  En  l'absence  d'une 
autorité  centrale  assez  forte  pour  maintenir  le  bon 
ordre  dans  la  société,  une  multitude  de  8eiii:neur8 
avaient  prolité  de  l'impuissance  des  rois  pour  s'ériger 
en  souverains  indépendants,  disposant  selon  leur 
caprices  de  toutes    les   faveurs  et  de  tous  les  biens. 

(1)  Lktai.i»,  Livre  des  Miracles,   l.  1,  p.  t03. 


—  99  — 

Ducs,  comtes,  barons,  souvent  même  évoques  et  pré- 
lats (le  tout  rang",  agissaient  sans  contrôle,  au  gré 
de  leur  ambition,  de  leur  cupidité  et  de  toutes  les 
passions.  La  force  brutale,  Pavarice,  la  vénalité 
régnaient  en  maîtresses  et  étalaient  sans  pudeur  leur 
honteuse  conduite.  Les  droits  les  plus  sacrés  étaient 
violés  par  ceux  qui  auraient  dû  les  faire  respecter, 
et  la  faiblesse  sans  défense  ne  pouvait  que  gémir  et 
prier. 

,Tel  fut  alors  le  sort  de  Micy. 

Ermenthée,  évèque  d'Orléans,  en  942,  après 
Tliierry,  abusa  sans  scrupule  du  simple  droit  de  pro- 
tection que  les  rois  avaient  donné  à  ses  prédécesseurs 
en  faveur  des  moines  de  Saint- xMesrnin  (1).  Il  s'attri- 
bua à  lui-même  l'autorité  abbatiale;  mais  comme  il 
ne  pouvait  pas  Texercer  personnellement,  il  se  fit 
représenter  par  un  prévôt  laïque  nommé  Benoit. 

De  leur  côté,  les  religieux  avaient  confié  la  direc- 
tion de  leurs  affaires  à  leur  procureur,  appelé  Ro- 
thard.  De  cette  compétition  naquit  un  grave  conflit 
entre  les  deux  antagonistes.  Rothard,  se  sentant  le 
plus  faible,  prit  la  fuite  et  se  retira  chez  Régimond, 
abbé  de  Saint-Sulpice,  à  Bourges.  Mais  en  partant  il 

(1)  La  Galliâ  Ghrtstiana  (t.  VIII,  p.  1,530),  après  Letald, 
dit  qu'Ermenthée  était  frère  de  Frédric,  abbé  usurpa teui*  de 
Micy.  Nous  pensons  que  ce  sentiment  ne  peut  p  is  être  sou- 
tenu, si  Ton  considère  que  Frédric  mourut  en  907,  après 
avoir  été  au  moins  dix  ans  en  possession  de  l'abbaye,  tandis 
que  l'évêque  Ermenthée  ne  finit  sa  vie  qu'en  974.  Un  si 
grand  intervalle  d'années  ne  peut  pas  séparer  la  mort  de 
deux  frères. 


-   100  — 

emporta  tout  ce  (ju'il  y  avait  «le  plus  précieux  dans 
le  couvent,  notamment  les  bulles  des  papes  en  faveur 
de  Micy,  les  diplômes  des  princes  et  les  privilèges 
des  évèques  crOrléans  ;  perte  irréparable,  car  ces 
actes  d'une  si  grande  importance  ne  rentrèrent  jamais 
dans  la  possession  des  rnoines    1). 

Cet  enlèvement  criminel  explique  pourijuoi  i'abbayo 
de  Saint-Mesmin  n'a  conservé  aucun  de  ses  anciens 
titres  originaux,  qui  lui  avaient  été  donnés  fort  nom- 
breux dans  les  premiers  siècles  de  son  existence. 

Benoit,  délivré  de  sonconcurient,  envabit  le  monas- 
tère en  vainqueur  et  ne  mit  plus  de  frein  à  ses  mau- 
vais instincts.  Il  s'installa  en  maître  dans  les  lieux 
claustraux,  avec  sa  famille  et  tout  l'attirail  d'un  sei- 
gneur féodal,  ses  cbevaux,  ses  cbiens  et  ses  faucons. 
11  leur  partagea  toutes  les  places  à  leur  convenance  : 
ici,  les  jeunes  pages  s'exerçaient  à  mariier  le  bouclier 
et  à  lancer  le  javelot;  là,  les  tisseuses  faisaient 
retentir  l'agile  navette  sur  leurs  métiers  ;  ailleurs,  les 
séculiers  se  réunissaierit  pour  leurs  longues  conver- 
sations, tandis  que  la  maîtresse  du  lien,  femme  de 
Benoit,  parcourait  tous  les  logis,  escortée  de  la  troupe 
de  ses  servantes. 

Au  milieu  d'un  tel  désordre,  comment  pouvaient 
vivre  les  moines?  Que  devenaient  le  recueillement 
de  la  vie  njonastique,  le  silence  cl  la  régularité  de 
leurs  exercices,  parmi  cette  folle  agitation? 

Benoit  alla  plus  loin  encore.  Il  se  fit  construire  à 
l'emboucbure    du    Loiret     une   maison    qu'il    appela 

(\)  Letald,  Livre  des  Miracles,  t.  I,  p.  604. 


—   101    - 

Mirande,  afin  d'empêcher  les  religieux  d'user  de 
leur  droit  de  pèche  ;  puis  il  conseilla  à  Ermenthée  de 
partager  entre  ses  hommes  d'armes  les  hiens  de  la 
communauté;  ce  qui  fut  fait.  Lui-même  s'empara  le 
premier  du  domaine  de  Lig-ny  (1),  donné  à  Micv  par 
le  roi  Clovis.  Il  distribua  ensuite  d'autres  terres  à  ses 
satellites,  et  ne  laissa  rien  aux  infortunés  religieux 
qui  persistaient  à  résider  dans  le  couvent  et  à  suivre 
leur  Règle.  Une  faible  ration  de  pain,  une  poignée  de 
légumes^  rarement  du  vin,  et,  quand  on  le  donnait, 
en  fort  petite  quantité,  telle  était  la  chétive  nourri- 
ture que  leur  distribuait  Benoit  lui-même,  car  il  ne 
souffrait  pas  qu'aucun  des  religieux  s'occupât  de  leurs 
propres  affaires. 

Malgré  cette  misérable  existence,  il  y  avait  cepen- 
dant à  Micy  quelques  moines  recommandables  à 
divers  titres.  Parmi  eux,  on  peut  citer  Gaudebert, 
qui  était  un  prêtre  distingué  par  la  noblesse  de  sa 
naissance,  et  davantage  encore  par  les  qualités  de 
son  esprit.  Bernier,  son  frère  plus  jeune,  ne  lui  cédait 
en  rien  :  il  brillait  surtout  par  sa  charité  pour  ses 
frère,s  et  son  dévouement  au  bien  de  la  communauté 
dans  ces  circonstances  difficiles. 

Dieu  touché  de  leur  mérite  permit  qu'un  vénérable 
vieillard^  nommé  aussi  Benoit,  évêque  de  Quimper, 
vint  de  la  Bretagne  au  monastère  de  Saint-Mesmin. 
Il  possédait  tous  les  avantages  de  la  naissance,  <le  la 
beauté  corporelle  et  des  dons  de  rintclliiidice,  joiiils 

(1)  Ligny-le-Ribault,  commune  du  canton  do  la  Ferlt' 
Saint-Aubin  (Loiret). 


—   102  — 

à  une  grande  et  sincère  piété.  Son  oraison  était  con- 
tinuelle ;  il  récitait  assidùnienl  les  Psaumes  de  David 
ou  l'Évangile  de  saint  Jean.  Emu  de  pitié  à  la  vue  de 
l'oppression  dont  gémissaient  les  moines,  il  demanda 
à  Ermenthée  de  lui  céder  le  monastère,  moyennant 
une  somme  d'argent.  L*évè(jue  était  peu  scrupuleux, 
disent  les  chroniqueurs  ;  il  ne  voyait  aucun  mal  dans 
celte  action.  Il  lui  vendit  donc  pour  le  prix  de  trente 
livres  d'argent  (1),  le  litre  d'abbé  de  Micy,  en946  (^). 

L'autre  Benoit,  le  dur  prévôt,  fut  chassé.  La  bonté 
et  les  vertus  du  nouveau  supérieur  consolèrent 
grandement  les  religieux  ;  mais  son  séjour  parmi  eux 
ne  fut  pas  de  longue  durée;  car,  trois  ans  plus  tard. 
il  retourna  dans  la  Hretagne,  sa  pairie  (3). 

Vers  la  même  époque,  un  abbé  des  pays  maritimes, 
de  Bretagne  sans  doute,  nommé  Jacob,  était  venu  à 
Bourges  où  il  demeura  (juelque  temps.  Ayant  entendu 
parler  de  Micy,  il  y  vin I.  11  fut  séduit  par  la  beauté 
de  son  sile,  et,  comme  il  était  très  riche,  il  l'acheta 
soixante  livres  à  Ermenthée  (4).  «  Ce  n'était  pas  un 
monastère  qu'il  achetait,  dit  Letald,  n)ais  des  mu- 
railles et  des  logis  vides  d'habitants.  »  Peu  après,  il 
fut  élu  évéque  de   Saint-Pol-de-Léon   (5),   mais  bien 

(1)  La  livre  d'ai-gent,  monnaie  de  compte,  et  non  d'usage, 
Valait  au  x«  siècle  environ  150  francs  actuels.  Benoit  aciietait 
donc  l'abbaye  à  peu  près  4,500  francs. 

(-2)  D.  Mabillon,  Annal.  Ord.  Bened  ,  t.  III,  p.  421. 

{3}  Promptùarhim  Miciacensef  Se-rtiun,  p.  62. 

(A)  Environ  9,0<K)  francs  de  notre  monnaie. 

(5)  Aujourd'hui  chef-lieu  de  canton  de  l'arrondissemenl  de 
Morlaix  (Finistère). 


—  103   - 

qu'il  reçût   la   consécration   épiscopale,   il  ne  quitta 
pas  Sainl-Mesmin,  et  y  resta  jusqu'à  sa  mort. 

L'abbé  Jacob  avait  amené  de  son  pays  quelques 
moines,  bretons  comme  lui^  qui,  avec  plusieurs 
anciens  religieux  rentres  à  Micy,  formèrent  la  nou- 
velle communauté.  Mais  les  caractères  des  uns  et  des 
autres' ne  purent  pas  s'accorder,  «  pas  plus  qu'on  ne' 
peut  allier  la  brique  avec  Tairain  (1;  ».  11  v  eut  de 
violentes  querelles  ;  des  coups  furent  échangés  ;  on 
essaya  môme  de  s'emparer  par  force  des  trésors  de 
Tabbé.  Ermenthée,  informé  de  ces  faits,  envova 
Vilanus,  doyen  de  Sainte-Croix,  avec  plusieurs  gen- 
tilshommes, pour  rétablir  la  paix,  proléger  l'abbé  et 
expulser  les  perturbateurs. 

Peu  après,  Jacob,  prévoyant  sa  fin  prochaine,  dis- 
tribua une  partie  de  sa  forturie  à  ses  compagnons  et 
envoya  le  reste  en  Bretagne.  Quand  il  fut  moi't, 
Benoit  l'ancien  prévôt,  accourut  pour  ressaisirla  proie 
qui  lui  avait  échappé  :  mais  il  fut  repoussé  (2). 

Deux  hommes  vertueux  d'Orléans,  Albert  et 
Azenaire,  offrirent  dv  nouveau  vingt  livres  d'ar- 
gent (3)  à  Ermenthée,  pour  qu'il  donnât  l'abbaye  de 
Micy  à  leur  frère  Annon,  alors  abbé  de  Jumièges  (4), 
qu'ils  désiraient  vivement  avoir  auprès  d'eux.  L'évèque 
y  consentit;  c'était  en  î)5(). 

Tous  ces  détails,  qui  montrent  sous  un    jour  bien 

(1)  Letald,  Livre  de^  Miracles,  t.  1,  p.  <)<>j. 

(2)  Gai.lia  (Ihristiana.  Ecoles.  Aurel.,  t.  \  III,  p.  1,530. 

(3)  Environ  3,n0n  fr;m<'s  do  nnlio  monnaif. 

(4)  Célèbre  aljbave  bénédictine,  au  diocèse  de  Rouen. 


—  lOi  — 

singulier  les  mœurs  et  pratiques  de  ce  triste  x*"  siècle, 
sont  empruntés  au  Litre  des  Miracles  de  saint 
Mcsmin,  de  Letald,  moine  de  Micy.  11  tut  témoin 
oculaire  d'une  partie  de  ces  événements  et  de  ceux 
qui  suivirent;  il  y  joua  lui-même  un  rùle  important, 
qui  ne  fut  pas  entièrement  à  son  honneur. 


—  lOo  — 


CHAPITRE  \1 

ANNON,     AMAURY     II,    ROBERT,     PIEUX     ABBÉS.    —    NOMBREUX 

MIRACLES  A   MICY.    UNE   CONSPIRATION    DANS    LE   CLOITRE. 

LETALD   l'historien. 

(950-1011) 

Annon  était  abbé  au  monastère  de  Jiimièges^  quand 
ii  fut  appelé  au  gouvernement  de  celui  de  Sainl- 
Mesmin,  en  9o0.  L'antique  et  célèbre  abbaye  de 
Jumièges,  la  gloire  de  la  Neustrie,  avait  été,  conmie 
tant  d'autres,  dévastée  de  fond  en  comble  et  incen- 
diée par  les  Nortbmans;  il  n'en  restait  que  des 
ruines,  quand  un  pieux  abbé  du  couvent  de  Saint- 
Cyprien,  au  diocèse  de  Poitiers,  y  vint  avec  douze 
religieux,  la  restaura,  et,  sous  la  protection  de 
Guillaume  Longue  épée,  fils  et  successeur  de  Rollon, 
eut  la  joie  d'y  recommencer  la  sainte  peuplade  de 
Jumièges  (1).  Quand  cet  abbé_,  nommé  Martin,  eut 
acbevé  son  œuvre,  iljit  élire  Annon  en  sa  place  et 
retourna  dans  le  Poitou.  Celui-ci  était  un  mointv 
plein  de  zèle  ;  tout  en  s'occupant  des  devoirs  de  sa 
cliarge  abbatiale,  il  fit  transcrire  plusieurs  bons 
livres,  dont  les  copies  existaient  encore  au  monastère 
de  Jumièges,  peu  avant  la  Révolution  (2). 

(1)  Gabriel    Dumoulin,    Histoire   générale    de   la    Nor- 
mandie. 
(*2)  DesHayës,  Histoire  de  V abbaye  de  Jamièget,  p.  45. 


—    KM)    — 

Aussi  ce  fui  un  acte  «ie  grand  et  liuniLle  dévoù- 
ment,  de  la  part  d'Annon,  de  quitter  cette  commu- 
nauté riclie  et  redevenue  florissante,  pour  se  laisser 
mettre  à  la  tète  d'une  maison  réduite  alors  à  l'état 
de  simple  ferme,  —  in  foi'/ua  villœ  (1). 

Micy  eut  ainsi  un  abbé  d'un  mérite  éminenl. 
(juoique  son  intronisation  eût  été  entacbée  d'irrégu- 
larité. Sa  piudente  et  habile  administration  rele- 
vèrent entièrement  le  monastère  ;  après  une  longue 
suite  de  hontes  et  de  malheurs,  on  y  vit  refleurir  les 
vertus  monastiques  dans  toute  leur  beauté. 

Les  jours  mauvais  sont  finis  à  Micy.  au  moins 
pour  longtemps.  Les  Northmans  se  sont  établis  dans 
les  fertiles  provinces  iju'ils  convoitaient  :  leurs 
incursions  ont  cessé.  L'autorité  royale  s'affermit  de 
jour  en  jour,  avec  les  princes  de  la  troisième  race,  et 
étend  une  protection  pleine  de  sollicitude  sur  les  ins- 
titutions religieuses,  où  elle  trouve  un  concours 
efficace  pour  instruire  et  moraliser  le  peuple.  Pen- 
dant (juatre  siècles,  jusqu'à  l'affreuse  guerre  de  Cent 
ans,  les  moines  de  Sainl-Mesmin  vont  pouvoir  don- 
ner un  libre  essor  à  leur  zèle  vers  la  perfection,  dans 
la  cahne  régularité  des  exercices  de  leur  sainte  voca- 
tion. Il  y  aura  encore,  sans  doute,  des  fautes  com- 
mises, car  les  hommes  ne  sont  jamais  entièrement 
impeccables,  sur  cette  terre:  mais  Tordre  général  ne 
sera  plus  trnubb'.  ni  la  vie  claustrale  suspendue. 
Après    (|uel(jues  agitations    passagères,   la   paix,    la 

(1)  Mabillon,  A>inflr/tf.v  Ovdinis  Bmedictini,  t.  III,  p.  4G7. 


—  107  — 

ferveur,  la  charité,  la  pénitence,  le  travail  et  la  prière 
rempliront  seuls  leur  tranquille  existence. 

Le  premier  soin  d'Annon  fut  Je  rassembler  les 
moines  de  Saint-Mesmin  dispersés  de  côté  et  d'autre, 
vivant  sans  règle,  dans  l'oubli  des  devoirs  de  leur 
état.  L^abbaye  ne  tarda  pas  à  prospérer  sous  sa  direc- 
tion à  la  fois  douce  et  ferme.  Il  y  rétablit  l'obser- 
vance des  pratiques  monastiques  par  sa  patience  et 
ses  bons  exemples.  L'oraison,  l'amour  de  la  mortifi- 
cation et  du  travail,  une  généreuse  hospitalité  y 
furent  remis  en  bonneur.  a  Le  monastère,  dit  Letald, 
semblable  à  un  liomme  qui  relève  d'une  longue 
maladie,  commença  à  sortir  de  son  ancien  abaisse- 
ment. Ce  vénérable  père  ramena  Pantique  discipline^ 
et,  sous  son  autorité,  nous  l'avons  suivie  avec  une 
ferveur  très  grande.  L'ardeur  de  notre  charité  sup- 
pléait en  toutes  choses  à  ce  que  notre  pauvreté  ne 
nous  permettait  pas  de  nous  procurer.  Combien  de 
fois  n'avons-nous  pas  donné  largement  à  nos  hôtes 
notre  meilleur  vin,  tandis  que  nous  nous  contentions 
d'eau  pour  boisson  !  Et,  cependant,  nous  paraissions 
si  heureux,  qu'ils  pouvaient  croire  que  nous  «-n 
buvions  du  pareil  au  leur.  La  grâce  de  Dieu  nous 
venait  en  aide*,  il  nous  a  montré,  par  de  nombreux 
miracles,  le  soin  qu'il  prenait  de  subvenir  lui-même 
à  notre  charitable  misère  (1).   » 

Tout  en  dirigeant  avec  assiduité  les  exercices  de  sa 

(1)  Letald,  Livre  des  Miracles   de  saint  Mesmin,   t.    I, 

p.  G05. 


—  108  - 

coniinunauté:,  Annoii  soccupait  activement  de  la 
restauration  des  édifices  claustraux.  Il  fit  réparer 
Téglise  entièrement  dégradée,  et  reconstruisit  son 
clocher. 

Pour  ces  travaux,  les  moines  employaient  une 
sorte  de  terre  argileuse  qu'ils  tiraient  de  la  berge  de 
la  Loire.  Ils  l'obtenaient  ainsi  à  peu  de  frais,  et  elle 
leur  tenait  lieu  de  bonne  chaux.  Mais  les  serfs  qui  en 
faisaient  l'extraction,  ayant  poussé  trop  profondément 
leur  galerie  souterraine,  un  éboulement  se  produisit  ; 
la  voûte  tomba  sur  eux.  Deux  furent  entièrement 
enterrés;  du  troisième,  on  ne  vit  plus  que  la  tète,  le 
reste  du  corps  étant  recouvert  d'un  monceau  consi- 
dérable de  débris.  Le  moine  qui  dirigeait  Touvrage 
invoqua  d'abord  saint  Mesmin:  puis  il  se  mit  à 
déblayer  activement  les  matériaux  accumulés,  avec 
l'aide  des  autres  travailleurs.  Il  eut  bientôt  la  joie  de 
retrouver  sains  et  saufs  ceux  (jui  auraient  certaine- 
ment péri,  si  saint  Mesmin  ne  les  eut  pas  sauvés 
((  afin,  dit  Létald,  (jue  la  réparation  de  nos  logis  ne 
fut  pas  interrompue  par  un  si  grand  deuil  (I).  » 

(Jiiand  le  clocher  fut  achevé,  Annon  (il  fondre  une 
cloche  pour  appeler  les  fières  à  leurs  dillérents 
exercices.  I^lle  fut  bénite,  selon  l'usage  de  l'Église,  et 
suspendue  au  sommet  du  bellVoi.  ('omme  ceux  (|ui 
l'avaient  montée  revenaient  par  le  (oit  de  Tédilice, 
un  clerc,  nommé  Flodonic.  (jui  les  avait  accompagnés, 
mit  par  inadvertance  le   pied    sur  ime   planciie   fort 

(1)  Letald,  Livre  des  Miracles,  t.  I,  p.  G09. 


—  109   " 

légère.  Elle  se  rompit,  et  le  malheureux  fit  une 
chute  terrible.  Il  tomba  d'abord  sur  un  grand  Christ 
ayant  à  ses  pieds  une  statue  de  saint  Mesmin,  dont 
il  brisa  la  tête  et  un  bras;  puis  il  heurta  le  mur  du 
cloître,  d'oii  il  rebondit  sur  des  degrés  de  bois,  et 
enfin  il  arriva  inerte  sur  le  dur  pavé  qui  recouvrait 
le  sol.  Tous  le  croyaient  mort;  «  mais,  ajoute  Letald, 
grâce  à  la  protection  de  saint  Mesmin,  il  n^eut  aucun 
mal  ;  et  aujourd'hui  il  est  encore  vivant  parmi  nous, 
plus  de  trente  ans  après  qu'il  a  couru  un  si  grand 
danger  (1).  » 

L'abbé  Annon  gouverna  environ  vingt  et  un  ans 
ses  frères,  soutenus  dans  leur  ferveur  par  la  vue  de 
ces  miracles  et  de  beaucoup  d'autres  que  rapporte 
Letald. 

Les  auteurs  delà  Gallla  Christiana  (2),  etMabillon 
avec  eux,  écrivent  (ju'Annon  administra  Micy  plus  de 
trente  ans.  Or,  les  mêmes  auteurs  rapportent  que 
Jacob,  son  prédécesseur,  fut  abbé  jusqu'à  sa  mort, 
arrivée  en  950,  et  qu' Annon  mourut  le  6  janvier  972. 
Ce  dernier  ne  fut  donc  abbé  (jue  vingt  et  un  ans. 
D.  Verninac,  D.  Estiennot,  le  chanoine  Hubert  ont 
répété  la  même  erreur,  sans  remarquer  l'impossibilité 
qui  ressort  des  dates  indiquées. 

Le  jour  de  l'Epiphanie,  G  janvier  de  l'année  972, 
Annon  rendit  le  dernier  soupir^  laissant  dans  une 
immense  douleur  ses  frères  déjà  affligés  p;ir  un  autre 

(1)  Letald,  Livre  des  Miracles,  t.  1,  p.  0U7 . 

(2)  Gallia  Christiana,  EccL  Aurel.,  t.  VIII.  p.  1530. 


—  110  - 

deuil  :  car,  neuf  jours  avant  lui.  le  pieux  prêtre  Ber- 
nier.  (jui  remplissait  la  charge  de  doyen,  avait  déjà 
(juittéce  inonde,  couronnaiit  sa  sainte  vie  par  une  mort 
plus  sainte  encore. 

L'évèque  Ermenthée.  converti  sans  doute  par  les 
paroles  et  Texemple  des  vertus  d'Annon,  avait 
embrassé  une  existence  plus  conforme  au  caractère 
sacré  dont  il  était  revêtu.  Emu  lui-même  d'une  douleur 
sincère,  il  vint  consoler  les  religieux.  A  la  tête  de  son 
clerg-é,  et  accompagné  de  plusieurs  notaldes  habitants 
d'Orléans,  il  présida  les  funérailles  du  saint  abbé, 
alin  de  rendre  hommage  à  son  mérite.  On  l'inhuma 
dans  le  vestibule  extérieur  qui  reg^arde  le  Septentrion, 
aux  coîés  de  Suthard,  homme  ilistingué,  ami  et  bien- 
faiteur du  monastère  (1). 

Douze  ans  plus  tard,  on  eut  besoin  d'agrandir  ce 
vestibule  et  de  le  reconstruire  sur  un  autre  plan. 
Pour  creuser  les  nouvelles  fondations,  il  fallut  relever 
le  C()i'[)S  dWnnun,  entciré  à  celte  |)lace  dans  un  cer- 
ceuil  de  bois  de  chêne.  «  Quand  on  l'eut  tiré  de  terre, 
rapporte  Lelald,  nous  nous  sommes  approchés,  et 
nous  avons  contemplé  avec  étonnement  ce  père 
vénéré  ;  car  son  corps  et  ses  vêtements  étaient  dans 
III)  étal  de  conservation  aussi  parfait  (jue  le  jour  où 
nous  l'avions  placé  dans  ce  lieu,  indice  non  douteux 
de  sa  sainteté.  »  (2). 

(1)  nibliotlièque  Nationale,  D.  Estietuiot,  M.  S.  l'2,730, 
p.  1-2. 

('2'  Lkiam».  Livre  des  Mintclcs^  t.  I,  j).  601>. 


—  111  — 

Après  la  mort  dAnnon,  les  moines  élurent  un 
d'entr'eux,  nommé  Isaac,  en  la  place  du  doyen  Ber- 
nier.  Ermenthée.  tombé  gravement  malade,  se  fit 
porter  à  Micy.  Lorsqu'il  eut  recouvré  la  santé^  il  se 
démit  de  la  dignité  épiscopale  en  faveur  d'Arnoul, 
son  neveu,  prit  l'habit  monastique,  et  demeura  deux 
ans  parmi  les  frères,  les  édifiant  par  sa  conversation 
aimable  et  instructive.  Ceux-ci  l'engagèrent  à  devenir 
leur  Supérieur.  Ermenthée  refusa,  et  voulut  leur 
donner  pour  abbé  Hermenault,  du  monastère  de 
Fleury-Saint-Benoit.  Les  moines  de  Micy  le  repous- 
sèrent, sans  lui  faire  d'autre  reproche  que  de  n'être 
pas  de  leur  maison.  Une  année  entière  se  passa  sans 
qu'eut  lieu  aucune  élection.  A  la  fin^  voyant  qu'Ar- 
noul,  le  nouvel  évêque  d'Orléans,  persistait  également 
à  ne  point  les  laisser  élire  un  abbé  choisi  parmi  eux, 
ils  acceptèrent  Amaury,  doyen  de  Saint-Benoit,  le 
14  janvier  973  (1). 

Quant  à  Ermenthée,  il  mourut  à  Micy,  au  mois 
d'avril  974,  après  y  avoir  passé  pieusement  les  deux 
dernières  années  de  sa  vie,  et  fut  iiihumé  dans  le 
cloître. 

Amaury  II  était  un  homme  simple  de  caractère,  de 
bonne  réputation  et  d'éminente  vertu.  Il  se  concilia 
l'estime  et  l'afTection  de  ses  religieux,  ainsi  que  de 
l'évèque  Arnoul  et  des  rois  Lothaire,  Louis  V  et 
Hugues  Capet,  sous  lesquels  il  vécut. 

L'évèque  d'Orléans  eut  toujours  une  graiide  amitié 

(1)Gallia(-:hristiana.  Eccl,  Aurel.,  t.  VIII,  p.  1,530. 


—  112  — 

pour  les  moines  de  Micy,  et  se  plut  à  la  leur  mani- 
fester par  de  nombreuses  faveurs.  11  leur  rendit  les 
revenus  de  toutes  les  églises  leur  appartenant,  que 
ses  prédécesseurs  percevaient,  et  leur  concéda  sans 
réserve  les  autels  de  celles  de  Chaingy,  de  Jouy-le- 
Potier,  de  La  Chapelle-Saint-Mesmin,  de  Mézières 
et  de  Saint-Hilaire.  En  ÎI74,  il  lit  une  charte  pour  y 
consigfner  ce  privilèg-e  ;  et,  afin  qu'aucun  évèque  ne 
pût  y  contrevenir  plus  tard,  il  la  fit  sceller  de  son 
sceau  et  confirmer  par  tout  son  clergé  réuni  on 
Synode.  En  retour,  il  demanda  aux  moines  de  réciter 
les  sept  psaumes  pénitentiels  chaque  jour,  de  dire 
deux  Fnesses  chaque  année,  et  de  nourrir  et  vélir  à 
perpétuité  deux  pauvres,  à  son  intention  et  à  celle 
des  évèques  d'Orléans  ses  prédécesseurs  et  ses  suc- 
cesseurs. Ce  à  quoi  ils  s'engagèrent  (1). 

En  outre.  Arnoul  étant  allé  à  Rome  peu  après, 
demanda  et  obtint  du  pape  Iknoit  VU  une  bulle  con- 
firmalive  de  ces  privilèges.  Il  y  lit  ajouter  celte  clause 
(ju'on  ne  pourrait  jamais  prendre  un  religieux  d  un 
autre  monastère  pour  l'imposer  à  celui  de  Saint- 
Mesmin,  comme  abbé,  sans  le  consentement  des 
frères,  sous  peine  d'anal hème.  Lui-même  rapporta 
de  I{ome  cotte  précieuse  bulle,  transcrite  sur  parche- 
min, et,  à  son  letour,  la  (lo[)()sa  dans  le  trésor  des 
archives  de  Micy  (2). 

(1)  Bibliothèque  Nationale,  collection  Moreaii,  n'>  792, 
f"  %. 

(•2)  Hihliothèque  Nationale,  M.  S.  :)A'20,  E  Cartulario  Mi- 
ciaceusi. 


—  113  — 

Le  fondateur  de  la  troisième  dynastie  des  rois  de 
France,  Hugues  Capet,  qui  voyait  dans  les  Institu- 
tions religieuses  le  modèle  d'un  gouvernement  par- 
fait, avec  un  puissant  appui  pour  sa  propre  autorité, 
les  protégeait  de  tout  son  pouvoir  et  recommandait  à 
son  fils  Robert  d'imiter  sa  conduite  à  leur  égard(l). 
11  donna  un  grand  exemple  en  abandonnant,  quand  il 
monta  sur  le  trône,  les  abbayes  quil  possédait  à  titre 
à^abbé  laïque  [2). 

Sa  bienveillance  procura  un  avantage  considérable 
aux  moines  de  Saint-Mesmin.  L'empereur  Charles 
le  Chauve  leur  avait  autrefois,  en  8ol.  accordé  le 
droit  de  pécher  librement  dans  le  Loiret,  depuis  le 
moulin  de  Dromédan  jusqu'à  son  embouchure  dans 
la  Loire.  Mais,  depuis  ce  temps,  le  poisson  pris  dans 
cet  espace  restreint  était  devenu  insuffisant  pour  la 
nourriture  de  la  communauté  qui  s'était  beaucoup 
augmentée.  Par  une  charte  donnée  à  Orléans,  la 
première  année  de  son  règne,  987,  Hugues  Capet 
remédia  à  cet  inconvénient. 

Voici  cette  charte  (3)  : 

«  Au  nom  de  la  Trinité  sainte  et  indivisible,  Amen. 
Hugues,  roi  par  la  g"ràce  de  Dieu.  Celui  (jui  désire 
atteindre  les  hauteurs  delà  perfection  nécessaire  à  la 
dignité  royale  doit  sans  cesse  avoir  devant  les  yeux 
les  intérêts   de  ceux  qu'il    dirige.    Sachent  donc  lous 

(Ij  Helgaud,  Vita  Roberfi  régis,  de  Hugone  Capoto. 

(2)  Dareste,  Histoire  de  France^  t.  I,  p.  540. 

(3)  Bibliot.  Nat.,  />.  Estiennot,  aux  Preuves,  M.  S.,  1-2739, 
p.  03. 


—  114  - 

les  fidèles  de  la  sainte  Eglise  de  Dieu,  tant  présents 
(jur  i'ulurs,  que  nous  nous  réjouissons  de  protéger 
et  d'accroître  les  biens  des  églises.  C'est  pourquoi 
nous  voulons  faire  savoir  à  tous  (jue  le  vénérable 
abbé  du  monastère  de  Saint-Mesniin,  nommé  Amaury, 
et  plusieurs  de  ses  fiéres,  onl  exposé  à  noire  sérénité 
la  concession  faite  jadis  à  leur  maison  par  Cbarles- 
Auguste,  du  dioit  de  pèche  dans  la  rivière  du  Loiret, 
depuis  le  moulin  de  Dromédan  jusiju'à  son  embou- 
chure dans  la  Loire,  au-delà  de  Saint-Hilaire.  Ils  nous 
ont  présenté  son  privilège^  nous  demandant  de  le 
confirmer  et  de  l'étendre  à  la  partie  de  la  rivière  qui 
appartient  à  notre  fisc,  en  laison  de  notre  comté 
d'Orléans.  Après  avoir  pris  l'avis  de  nos  conseillers, 
nous  avons  jugé  bon  di;  le  faire,  et  nous  leur  avons 
accordé  la  permission  «le  pécher  un  joui-  et  une  nuit, 
chaque  semaine,  dans  loute  Teau  (jui  est  de  notre 
droit,  par  tous  les  moyens  m  usage,  sans  (jue  p<'r- 
sonne  puisse  les  empêcher  ou  les  molester,  à  la  con- 
dition (ju'ils  prieront  pour  nous,  nos  enfants  ef  notre 
règne,  afin  que  JioLre  libéralité  nous  soit  profitable 
devant  la  justice  du  Dieu  tout  puissant.  Pour  (jue  cet 
acte  obtienne  une  pleine  autorité  dans  les  temps  pré- 
sents et  futurs,  nous  avons  ordonné  de  le  munir  de 
notre  sceau.  Donné  le  VIII  des  Calendes  de  Sep- 
tembre (25  août),  de  la  première  années  du  règne  de 
Hugues.  Fait  en  la  cité  d'Orléans,  lu  noniine  Dci 
fcllciter  (1).  » 

(1)  Voir  pièce  justificative  XI,    charte    de  Hugues    Capet 
pour  la  pêche . 


—  115  — 

Pendant  que  l'abbé  Amaury  gouvernait  le  monas- 
tère, eut  lieu  un  fait  miraculeux  dont  furent  témoins 
les  habitants  d'Orléans  et  les  religieux  de  Micy. 

Comme  l'hiver  était  plus  rude  que  de  coutume,  en 
cette  année-là,  990,  la  Loire    gela  tout  entière,  et  la 
glace  fut  si  épaisse  que  non  seulement  les  liommes, 
mais  toutes  sortes  de  voitures  pouvaient  passer  dessus. 
Peu  de  temps  avant  le  dégel,   deux  serfs,  qui  étaient 
frères,    du  faubourg    de    Saint-Marceau,  au-delà  du 
fleuve,   voulurent  venir    en  ville,   portant,  Tun  une 
lourde    charge    de    choux,    l'autre   de   la    paille    sur 
laquelle    les  bouchers   ont   coutume   d'étendre    leurs 
viandes.    Ils   s'engagèrent  donc   sur   la   Loire  et  en 
avaient  déjà  atteint  le  milieu,,  quand  tout  à  coup  le 
glaçon   sur    lequel   ils   marchaient  se    détacha  de  la 
masse  environnante,  et  lancé  comme  une  flèche  par 
la   violence  du    courant,    s'engagea   dans  le    chenal 
formé   par  la  rupture  des   bancs  environnants.    Là, 
cette   île   flottante    fut   entraînée   avec    une   rapidité 
effrayante.   Une   foule    immense  couvrait   le  rivage, 
témoin  de   leur    danger,    sans  pouvoir    leur    porter 
secours.  Les  deux  infortunés,  tremblant  d'eliroi  et  se 
voyant   irrémédiablement    perdus,    s'assirent    sur    le 
glaçon,  n^attendant  leur  salut  que  <ie  Dieu  seul.  Quand, 
après   ufi   long   parcours,    ils  arrivèrent    en  face    de 
notre    monastère,    l'un    d'eux,    apercev;nil     l'église, 
implora  à  grands    cris    la   protection    d<'    noire    [>ère 
saint  Mesmin.    Aussitôt   le  glaçon    se  rompit  par   le 
milieu,   et  la  partie  où  se  tenait  celui  tpii  avait   prié 
fut    poussée    incontinent    jusqu^au    bord.    L'homme 


—  ll(j  — 

sauta  à  lent*  et  courut  à  l'église  rendre  grâce  pour 
lui-même,  et  demander  que  son  frère  fût  aussi  sauvé. 
:<  Je  ue  sortirai  pas  de  votre  église,  bienheureux 
Mesmin,  dit-il,  que  vous  ne  m'ayez  rendu  mon  frère 
sain  et  sauf.  »  Celui-ci  étant  arrivé  en  face  de  l'église 
de  Saint-André  (\),  supplia  le  hienhenreiix  apùtre 
d  avoir  pitié  «le  lui.  Il  fut  à  son  tour  poussé  vers  le 
rivage,  et  accourut  rejoindre  son  frère.  Ils  tom- 
bèrent dans  les  bras  l'un  de  l'autre  et  mêlèrent  leurs 
larmes  de  joie  aux  ci'is  de  leur  reconnaissance.  Us 
vécurent  encore  longtemps  après  cet  événement,  et 
ne  manquèrent  jamais  d'olfrir,  chaque  année,  à  leurs 
libérateurs,  un  anniversaire  de  très  pieuses  actions 
de  grâces  (2). 

Robert  V\  qui  fut  abbé  après  Amaury  II,  en  îM)i, 
naquit  dans  le  Blésois,  d  une  famille  noble.  Selon  le 
lémoignage  de  ses  contemporains,  c'était  un  homme 
renommé  pour  ses  vertus,  chaste^  mortifié,  «jui.  tout 
en  menant  une  vie  presque  angéli(|ue,  ne  négligeait 
rien  des  devoirs  de  sa  charge,  et  s'a[>pli()uait  aux 
études  avec  une  infatigable  ardeur  (8). 

Robert  était  déjà  ai)bé  du  monastère  bénédictin  de 
Saint-Florent,  de  Saunnu'.  (jnand  il  fut  aj)pelé  à  la 
direction  de  celui  de  Sainl-Mesmiii.  Il  remplit  avec 
un  soin  égal  les  obligations  de  ce  double  emploi. 
Mais  les  deux  maisons  étant  séparées  par  une  longue 

(1)  Aujourd'hui,  village  de  la  commune  et  canton  de  (  '.léry, 
ù  environ  3  kilomètres  au-dessous  de  Saint-Mesmin. 

(2)  Letald,  Livre  des  Miracles,  t.  I,  p.  G06. 
i'^)  Marillon,  Ann.  Ord.  Bcned.,  t.  TV.  p.  30. 


-    117    - 

distance,  Robert  se  trouvait  dans  la  nécessité  de 
s'absenter  fréquemment,  pour  aller  visiter  l'une, 
tandis  qu'il  abandonnait  l'autre.  Cette  situation  ne 
tarda  pas  à  engendrer  de  graves  inconvénients. 

Quand  l'abbé  Robert  s^éloignait  de  Micy,  il  laissait 
en  sa  place,  afin  de  le  suppléer,  un  moine  pour  lequel 
il  éprouvait  peut-être  une  préférence  trop  marquée. 
Il  n'en  fallut  pas  davantage  pour  exciter  la  jalousie 
des  autres.  Vers  l'année  997,  une  sorte  de  conspira- 
tion s'ourdit  contre  Pabbé  et  son  favori.  Deux  reli- 
gieux de  grand  talent,  mais  ambitieux  et  remuants, 
Letald,  l'bistorien,  et  le  doyen  Constantin  se  mirent 
à  la  tète  des  mécontents  et  manquèrent  gravement  au 
respect  qu'ils  devaient  à  leur  abbé.  Calomnies,  fausses 
imputations  et  reprocbes  de  tout  genre,  rien  ne  lui 
fut  épargné.  Des  troubles  sérieux  divisèrent  la  com- 
munauté, et  finalement,  les  conjurés  ayant  eu  le 
dessus,  cliassèrent  Robert  et  son  protégé.  Letald,  qui 
convoitait  sa  place,  put  un  instant  se  croire  abbé  de 
Micy  (1). 

Afin  de  justifier  leur  conduite,  les  moines  de  Saint- 
xMesmin  écrivirent  à  ceux  de  Fleury-Saint-lienoît  une 
lettre  oii,  avec  de  grands  sentiments  de  déférence, 
ils  cliercbaient  à  obtenir  leur  approbation.  iMais  saint 
Abbon,  alors  abbé  de  ce  dernier  monastère,  leur 
répondit  par  une  autre  lettre  dans  la(|uelle,  cMqiloyaiil 
tour  à  tour  le  reprocbe  pour  leur  mauvaise  action,  et 

(1)  ]).  RivEf,  Histoire  littéraire  de  la  France,  t.  VI. 
1».  r,81. 


—  118  — 

réloge  pour  leurs  vertus,  il  s'ell'orçait  de  les  ramener 
au  sentiment  de  leur  devoir  (1). 

((  A  nos  frères  de  31icy,  et  principalement  à  leur 
doyen.  Sachez  que  vos  louanges  attristent  ceux  à  qui 
vous  les  adressez.  Ignorez-vous  donc  l'intégrité  de 
conscience  et  la  dignité  de  caractère  de  vos  frères 
de  Saint-lienoît,  pour  croire  qu'ils  so  feraient  jamais 
les  accusateurs  ou  les  calomniateurs  d'un  absent  qui 
ne  peut  pas  se  justifier?  Changez  de  conduite;  sachez 
comprendre  l'esprit  de  voire  vocation  ;  rentrez  en 
vous-mêmes;  souvenez-vous  des  vœux  que  vous  avez 
faits  devant  Dieu  et  ses  saints.  Désirez  de  nouveau 
de  voir  à  votre  tète  votre  vénérable  abbé  régulière- 
ment élu,  que  vous  avez  chassé  avec  son  unique  petite 
brebis,  après  avoir  essayé  de  lui  oter  Testime  et  la 
confiance  de  Tévèque  d'Orléans. 

Et  maintenant,  c'est  à  toi  (jiie  je  parle,  à  toi,  Letald, 
qui  me  fus  lié  jadis  par  une  si  douce  confraternité, 
à  toi,  dont  mon  peu  de  mérite  sait  si  bien  apprécier 
la  science  éminente  et  lexaller  par  des  louanges  mé- 
ritées. Quel  intérêt  pouvais-tu  avoir  à  déchirer  ainsi 
la  vie  d'un  infortuné,  à  dénigrer  pareillement  un 
malheureux  homme  à  qui  tu  devais  le  respect?  11  est 
écrit  (|ii('  le  sage  ne  doit  rien  faire  qu'il  ait  à  regretter 
plus  tard.  Jç  t'en  prie  et  t'en  conjure,  mon  très  cher 
ami,  souviens-toi  de  ta  pro[»re  faiblesse;  reprends  tes 
frères  ;  ramène-les  à  leur  devoir  avec  une  charitable 

(1)  Bibliothèque  NatioriîUe,  D.  t'stiennot,  M.    S.   l'^,739, 
p.  'm. 


—  119  — 

douceur,  de  telle  sorte  cependant  que  tes  reproches 
ne  les  portent  pas  au  désespoir,  sans  (|ue  la  patience 
puisse  les  en<:ourager  à  persévérer  dans  leur  désordre. 
Car  on  dit  que  tu  es  le  chef  de  cette  conjuration,  et, 
chose  triste  à  croire,  que  tu  as  voulu  prendre  la  place 
du  seigneur  Robert^  ton  abbé,  sans  craindre  le  clià- 
liment  d'un  tel  crime.  Que  le  Dieu  tout-puissant  le 
délivre  des  maux  que  vous  lui  avez  causés  et  le  rende 
à  ses  frères  repentants  et  dociles  »  (1). 

Cette  belle  lettre,  oij  la  tendresse  d'un  saint  ami 
s'unit  à  la  sévérité  d'un  juge,  produisit  l'iieureux  eliet 
qu'Abbon  en  désirait.  Tout  rentra  daris  Tordre;  les 
rebelles  se  soumirent  et  Robert  revint  à  Micy,  (ju'il 
gouverna  paisiblement  jusqu'à  la  fin  de  ses  jours. 

Quand  les  rois  de  France  venaient,  avec  leur  suite 
toujours  nombreuse,  demeurer  dans  quelque  ville  du 
royaume,  leurs  officiers  ne  respectaient  pas  suffisam- 
ment les  biens  et  les  propriétés  situées  procbe  du  lieu 
de  leur  séjour.  Pendant  que  Robert  le  Pieux^  succes- 
seur d'Hugues  Capet,  tenait  ses  Étals  à  Orléans, 
en  1003,  ses  gens  de  chasse  et  de  fauconnerie  avaient 
endommagé  le  domaine  de  Saint-Denis-en-Val,  ap[)ar- 
lenant  aux  moines  de  Saint-Mesmin.  Pour  éviter  de 
pareils  faits  à  l'avenir,  l'abbé  Robert  sollicila  et  obtint 
du  prince  une  ordonnance  par  la(iuelle  il  était  interdit 
aux  officiers  de  la  couronne  de  faire  aucun  dégât  sur 
les  terres  de  Saint-I)enisrn-Val  (2). 


(1;  Voir  pièce  juslifitative  XII,  lettre  d'.Vbboii. 

(•2)  Bibliothèque  dOrlèans,  llubevt,  M.  ^  430^,  p.  ICi. 


—    1-^0    — 

Du  lL'mj)s  (le  cet  al)l)t'',  on  lolroiiva.  prt'S  tle  Saiiiiuir. 
les  corps  tics  sainis  llill)Oïf,  UoarcI,  Aigiiaii  cl  [)lu- 
sieurs  autres.  Ils  avaient  été  cénobites  à  Miey,  à 
l'époque  oh  vivait  saint  Mesniin.  En  étant  sortis, 
comme  beaucoup  d'autres,  pour  mener  un  vie  plus 
austère  dans  la  solitude,  ils  avaient  construit  un  ora- 
toire cl  des  cellules,  non  loin  des  bords  de  la  Loire, 
et  V  avaient  servi  Dieu  dans  la  prière  elles  macérations 
ascéticjues.  Ils  avaient  converti  un  grand  nond)re  de 
païons  par  leur  })ré(lication.  Quand  ils  furent  morts, 
des  miracles  éclatants  manifestèrent  leur  sainteté. 
Plus  lard,  leurs  sé[)idtures  furent  ruinées  par  les 
Nortbmans  (1),  et  leur  souvenir  s'effaça  complète- 
ment, llobert  eut  la  joie  de  letrouver  leurs  précieuses 
reliques  et  de  les  rendre  à  hi  vénération  des  fidèles. 

Après  une  longue  vie  lemplie  d'épreuves  et  de  mé- 
rites, l'abbé  Robert  tomba  dangereusement  malade, 
dans  son  monastère  de  Micy,  le  VI  des  Ides  d'août  1011 
(8  août).  Les  frères  entourèrent  son  lit  de  douleur, 
édifiés  par  sa  pieuse  résignation  et  sa  j)rière  conti- 
nuelle. \\  ne  leui"  |)arlail  pins,  plongé  dans  le  ravis- 
sement d'une  longue  extase,  ('cependant  ils  doutaient 
(|ii('  son  àme  eût  déjà  (juitté  sa  (lé[)0uille  corporelle. 
Pour  s'en  assuiri",  liosou,  pié\(\l  du  cou\'ent,  lui 
a!  raclia  (juel(|ucs  pods  sur  i'orleil  de  son  pied.  La  dou- 
leur ranima  le  moribond,  et  se  soulevant  un  peu  : 
«  Ali  1  poui(juui,  dit-il,  m'avez-vous  tiré  du  ravissant 
colkxpie  (jue    j'avais  avec  le  bienbeureux  Mesmin  (t 

(1)  Mamillon,  Ann.  Onl.  liened.y  t.  IV,  p.  3:2. 


—   J-21   — 

les  autres  saints  de  ce  lieu!  »  Ensuite  il  s'étendit  de 
nouveau  sur  sa  dure  couche  el  bientôt  s'endormit 
pour  toujours  dans  le  Seigneur  (1).  Pendant  quo  les 
moines  assistaient  tout  émus  à  celte  scène  touchante, 
ils  entendirent  des  voix  angéJiques  qui  chantaient  dans 
les  airs  et  semblaient  accompagner  son  àmc  montant 
vers  les  cieux.  Ils  ne  doutèrent  plus  que  Robert  fût 
placé  au  rang  des  bienheureux  (2).  Ils  l'inhumèrent 
avec  honneur  dans  le  cloître,  près  de  la  salle  du  Clia- 
pitre. 

C'est  ici  le  lieu  de  parler  de  Letald,  le  moine  iiis- 
torien  qui,  dans  un  moment  d'égarement  ambitieux, 
avait  essayé  d'évincer  l'abbé  Robert  pour  prendre  sa 
place. 

Letald,  un  des  écrivains  les  plus  polis  et  les  plus 
judicieux  du  x'^  siècle,  était  né  dans  le  Maine.  Tout 
jeune  encore,  il  fut  confié  par  ses  parents  aux  reli- 
gieux de  Saint-Mesmin,  que  dirigeait  alors  lobbé 
Annon,  vers  l'année  9o5.  En  ce  temps-là,  le  monastère 
commençait,  ainsi  que  nous  l'avons  dit,  à  reprendre 
son  ancien  éclat.  Il  y  avait  des  moines  de  grande 
vertu  et  de  grande  science.  L'école  monasti(jue, 
détruite-  par  les  invasions  des  Northmans.  avait  été 
ouverte  de  nouveau  et  les  élèves  y  afiluaient  dr,  lous 
cotés.  Letald  y  fit  de  bonnes  études  littéraires,  ainsi 
que  le  prouvent  ses  éci'its.  Il  y   puisa   un  goût   [)ro- 

(1)  Bibliotliùqii(3  Nationale,  D.   Estiennot,  M.  S.,   1-.>.7.J!), 
p.  31-2. 
i'Z)  Gallia  flHRisTiANA,  Eccl .  Auvel.,  (    VIII,  p.  Wùn. 


—   \'±2  — 

noiicc  puni"  les  ])t*lies-lettres  et  atteipijit  une  telle 
perfection  de  sis  ie  pour  cette  époque,  (juon  le  regar- 
dait eomnie  une  sorte  de  prodige  (l). 

Il  remplit  longtemps  les  fonctions  de  chancelier- 
secrétaire  et  rédigea  en  cette  qualité  la  charte  de  974, 
de  l'évèque  Arnoul,  en  faveur  de  Micy.  Ses  progrès 
dans  la  vertu  ne  fureni  pas  moindres  que  ceux  qu'il 
fit  dans  la  science.  Devenu  prêtre,  il  édifia  ses  frères 
par  sa  modestie,  sa  charité  et  sa  piété  aussi  sincère 
qu'éclairée  (2). 

Malheureusement,  arrivé  à  la  maturité  de  sa  vie,  il 
succomba  aux  inspirations  d'une  ambition  surexcitée 
par  la  jalousie  et  joua  le  rùle  coupable  que  nous  avons 
vu,  envers  son  supérieur.  Son  égarement  ne  fut  que 
passager.  Hamené  à  la  conscience  de  son  devoir  par 
la  lettre  de  saint  Abbon,  son  ami.  il  se  réconcilia 
avec  l'abbé  Robert  et  exhorta  ses  frères  au  respect  et 
à  l'obéissance  (ju'ils  lui  devaient.  Pour  Jiii,  ne  voulant 
plus  vivre  dans  le  heu  léinoin  de  sa  faute,  il  (juitla 
Micv  et  se  retira  au  Mans,  où  probablement  il  était 
né.  L'évèque  de  cette  vilh»,  Avesgaud.  l'y  accueillit 
favorablemeni  (M  lui  pernu't  d'entrer  au  monastère  de 
Saint-Pierre(l»'-la-('-ou(ui-e,  où  il  finit  pieusement  ses 
jours. 

Ijctald  composa  plusieurs  ouvrages  :  le  Livre  des 
Miracles  de  saint  Mesmîn,  vers  98r>,  quand  il 
vivait  à  Micy,  Amaurv  lî   étant  abbé;  puis  le  Bécit 

(1)  Mmum.on.  Ann.  Ord.  liencd..  t.  V.  p.  433. 
(•2)  liosqucl,  par^<.  I,  lib.  I,  oup.  P/i. 


-   123  — 

de  la  Translation  de  saint  Junien,  en  Poitou^  dans 
l'année  988  ;  et  enfin  la  Vie  de  saint  Julien,  évêque 
du  Mans,  à  la  demande  d'Avesgand,  quand  il  fut  entré 
au  couvent  de  la  Couture. 

C'est  le  premier  de  ces  écrits,  inséré  tout  entier 
par  le  savant  Mabillon  dans  les  Actes  des  Saints  dé 
l'Ordre  de  Saint-Benoît  (1),  qui  a  consacré  sa  répu- 
tation d'historien. 

IjCtald,  dans  son  prolop^ue,  expose  qu'ail  a  fait  ce 
livre,  afin  d'apprendre  à  la  postérité  les  événements 
dont  Dieu  se  sert  pour  consoler  les  chrétiens  dans 
leurs  épreuves,  et  leur  inspirer  confiance  dans  la  pro- 
tection de  ses  saints.  Son  style  est  clair,  vif,  un  peu 
recherché  quelquefois,  mais  toujours  intelligible  et 
rempli  de  traits  saisissants  qui  intéressent  le  lecteur. 
Un  des  premiers,  il  combat  l'exagération  des  vertus 
et  des  miracles  que  ses  devanciers  apportaient  dans 
leurs  narrations  de  la  vie  des  saints.  Il  affirme,  à 
plusieurs  reprises,  qu'il  ne  veut  raconter,  et  ne 
raconte  en  effet,  que  ce  qu'il  a  vu  lui- môme,  ou  a 
appris  de  témoins  absolument  dignes  de  foi. 

Mais  ce  qui  donne  à  son  ouvrage  une  valeur  inap- 
préciable, c'est  que  touten  rapportant  les  miracles  de 
saint  Mesmin  accomplis  de  son  temps,  Letald,  dans 
d'heureuses  dig^ressions,  môle  à  son  récit  une  partie 
de  l'histoire  des  rois  de  France  de  la  première  et  de 
la  seconde   race,    celle  de  beaucoup  d'évèques  d'Or- 

(1)  D.  Maiullon,  Ac/rtf  Snnctonim  Ordinis  S.  Bpne>r>'t;, 
Soeculum  I,  pp.  508  à  G13. 


—  124  — 

léans,  et  enfin  expose  ce  qui  s'est  passé  dans  son 
monastère  pendant  près  de  cinq  siècles.  Il  enrichit 
son  sujet  de  descriptions  de  lieux,  de  tableaux  de 
mœurs  animés,  de  peintures  prises  sur  le  vif.  tout 
cela  avec  un  ordre,  un  jugement  et  une  exactitude 
admirables  (1). 

Il  élargissait  par  là  le  cercle  de  iliistoire,  et  suivait 
Tesprit  de  généralisation  qui,  des  bornes  étroites  de 
la  famille  bénédictine,  s'élevait  peu  à  peu  au  noble 
sentiment  qu'on  appelle  le  patriotisme. 

De  cette  fa(;on,  l'œuvre  de  Letald  est  devenue  une 
des  sources  de  notre  histoire  nationale,  et,  en  parti- 
culier, de  notre  histoire  orléanaise.  Ce  que  différents 
écrivains  ont  fait,  avec  les  Miracles  de  saint  Benoit, 
patriarche  des  moines  d'Occident,  Letald  l'a  égale- 
ment accompli  avec  ceux  de  saint  Mesmin,  père  des 
religieux  de  Micy. 

Aussi  sommes-nous  plus  heureux  qu'étonné  d'ap- 
prendre qu'on  publie  actuellement,  sous  les  auspices 
de  la  Société  de  l'Histoire  de  France,  une  édition 
intégrale  et  définitive,  qui  seia  pour  le  Livre  des 
Miracles  de  saint  Mesmin.  de  Letald  (2),  la  pré- 
cieuse continuation  de  ce  que  la  même  Société  a  déjà 

(1)  n.  Rivet,  Histoire  littéraire  de  la  France,  t.  VI, 
p.  13'i. 

(•^1  Le  Livre  des  Miracles  de  saint  Mes))iin,  abbé  de 
Micy,  par  Letald,  in-S^,  Paris,  1900,  publié  par  M.  Poète, 
biljliothécaire  «le  la  ville  de  Besançon,  dans  la  collection  «les 
textes  pour  servir  à  l'étude  df' Iliistoire  de  France,  A.  Picard, 
éditeur. 


—  1-25  — 

fai(  pour   les  Miracles  de  saint  Benoit,  rapportés 
par  Ai  mon,  Adrevald  et  Raoul  Tortaire  (1). 

Cette  publication  sera  une  gloire  nouvelle  ajoutée 
à  tant  d'autres,  pour  saint  Mesmin  et  son  abbave.  En 
faisant  revivre  aux  yeux  de  nos  contemporains  les 
merveilles  accomplies  à  Micy,  il  y  a  mille  ans,  et 
racontées  par  un  témoin  oculaire,  les  vertus  des 
moines,  leurs  épreuves  et  leurs  mérites,  elle  excitera 
l'estime  avec  l'admiration  des  hommes  du  siècle  pré- 
sent pour  cette  grande  Institution  qui  a  fait  tant  de 
bien  et  qui  n'est  plus. 

(1)  Les  Miracles  de  saint  Benoit,  in-8o,  Paris,  1858, 
publiés  par  M.  de  Certain,  élève  de  l'École  des  r:iiartes, 
avec  Introductions,  notes  et  éclaii'cissenipnts,  sous  les 
auspices  de  la  Société  de  l'Histoire  de  France. 


—   h26  — 


CHAPITRE  VU 

Activité  littéraire  a  Micy  ;  nombreux  manuscrits.  — 
Donation  dfs  églises  d'Ondremlle,  de  Saint-Paul 
d'Orléans  et  de  La  Ferté-Aurain.  —  Grande  charte 
DU  ROI  Robert.  —  Constantin  et  Albert  P%  illustres 

ABBÉS. 

(1011-1036) 

La  fin  (lu  X''  siècle,  et  les  deux  (jui  suivirent,  furent 
une  ère  glorieuse  pour  le  monastère  de  Micy.  La 
piété  et  la  science  semblent  s'y  être  donné  rendez- 
vous,  près  du  tombeau  du  13.  Mesniin.  pour  y  former 
des  saints  et  répandre  sur  les  contrées  environnantes 
les  influences  civilisatrices,  favorables  au  bonbeur 
de  leurs  habitants. 

L'abbé  Constantin,  élu  par  ses  frères  après  la  mort 
de  Robert,  contribua  grandement  à  cet  beureux 
succès.  Il  avait  été  religieux  à  Fleury-Saint-Benoît, 
où  ses  connaissances  étendues  ne  tardèrent  pas  à  le 
faire  nommer  aux  fondions  dccoldtre.  c'est-à-dire 
d'inspirateur  et  de  directeur  des  études.  Quand  il  eut 
élevé  les  é«.*oles  de  Saint-Benoit  au  degré  de  splen- 
deur où  elles  jetèrent  un  si  vif  éclat,  Tévèque  Arnoul 
rappela  à  Micy.  dans  le  but  crobtenir  un  résultat 
pareil,  pour  ce  monastère  qu'il  protégeait  dune 
manière  toute  particulière.  Constantin  y  l'ut  d'abord 
élu  dovrn.  car  cette  charge  était  élective,  et,  en  celte 


—  127  — 

qualité,  il  eut  à  surveiller  et  à  diriger  dix  religieux. 
Egaré  un  moment  dans  la  conspiration  formée  contre 
l'abbé  Robert,  il  ne  tarda  pas  à  mieux  comprendre  et 
à  mieux  remplir  son  devoir.  A  la  mort  de  celui-ci, 
son  mérite  éclatant  le  fit  élire  pour  être  son  succes- 
seur. 

C'était  un  esprit  de  premier  ordre,  en  même  temps 
qu'un  savant  de  grande  érudition.  La  science  du 
calcul  et  de  la  géométrie  lui  était  très  familière  ;  il 
connaissait  l'astronomie  et  était  très  versé  dans  tous 
les  arts  libéraux  (1).  Son  talent  musical  était 
renommé  ;  on  recbercbait  avec  empressement  son 
concours  pour  la  composition  des  chants  religieux. 
Quand  il  fut  à  Saint-.Mesmin,  un  de  ses  anciens  frères 
et  ami  de  Fleury,  Helgaud,  maître  de  chœur,  lui 
demanda  un  morceau  de  musique  de  circonstance, 
sur  l'arrivée  des  reliques  de  saint  Benoit,  pour  être 
chanté  à  la  fête  de  la  Translation,  de  ce  saint 
patriarche  (2). 

Ce  qui  donna  principalement  une  grande  célébrité 
au  nom  de  Constantin,  ce  furent  ses  relations  d'amitié 
et  de  collaboration  scientifique  avec  le  célèbre  Gerbert. 
Cet  homme,  le  plus  savant  de  son  siècle,  avait  été 
écolàtre  de  Reims,  puis  successivement  archevêque 
de  Reims  et  de  Ravenne;  il  devint  enfin,  sous  le 
nom  de  Sylvestre  II,  le  premier  pape  de  nationalité 
française,  qui  occupa  le  siège   de   Saint-Pierre,  C'est 

(1)  Bibliothèque  d'Orléans,  M.  S.  394  bis,  y>.'A). 

(2)  Mémoires  de  la  Société  archéologique  d'Orléans,  t.  Tf, 
p.  278,    Vita  Gnuzlini. 


—   1:>8  — 

pendant  son  séjour  à  Reims  qu'il  connut  Constantin, 
apprécia  ses  talents,  et  l'associa  à  ses  grands  tra- 
vaux. Gerbert  écrivit  de  nombreuses  lettres  sur  toutes 
les  questions  intéressant  son  époque;  plusieurs  sont 
adressées  à  son  ami.  Dans  Tune,  il  le  remercie  des 
conseils  très  éclairés  qu'il  en  a  reçus  pour  la  construc- 
tion de  sa  spbère  astronomique  ;  une  autre  fois,  il  lui 
dédie  un  abrégé,  écrit  spécialement  à  son  intention, 
de  san  traité  d'aritbmétique;  ailleurs,  il  lui  parle  de 
la  déposition  d'Arnoul,  son  prédécesseur  sur  le  siège 
arcliiépiscopal  de  Reims  (1).  C'est  par  une  lettre  de 
Gerbert  que  nous  apprenons  que  Constantin  avait  été 
écolàtre  à  Saint-Benoît,  avant  de  devenir  abbé  de 
Saint-Mesmin  (2). 

Une  autre  lettre  du  môme  savant,  découverte  au 
commencement  de  notre  siècle  par  le  docte  cardinal 
Mai,  nous  fait  savoir  que  le  monastère  de  Micy  possé- 
dait de  son  temps  le  manuscrit  du  Traité  de  la 
République,  de  Cicéron ,  disparu  depuis  long- 
temps (3). 

D'antres  lettres  nous  montrent  quelle  amitié  unis- 
sait ces  deux  bommes  illustres.  Gerbert  appelle 
Constantin  «  un  scolastique  des  plus  instruits,  l'ami 
auquel  il  est  le  plus  étroitement  attacbé  ».  «  La  force 

de  l'amitié,  lui  écrit-il,  rend  possible  ce  qu'il  y  a  ib» 
presfjuo  impossible;  car  jamais   je   n'aurai    pu   clai- 

(1)  (JKiiHKRTi  Epistôla,  LVIII,  editio  Olleris 

(2)  Gekbkuti  Epistolîi  LI. 

(3)  Gkubeuti  Epiylola  LXXXXII. 


—  129  — 

rcinent  exprimer  la  raison  des  nombres,  sur  mon 
tableau  de  calcul,  si  vous  n'aviez  pas  illuminé  mon 
esprit,  vous,  Constantin,  lu  doux  auxiliaire  de  mes 
labeurs  (1).  » 

Le  génie  initiateur  de  Gerbert  et  l'expérience  de 
Constantin,  s^aidant  mutuellement,  ouvraient  ainsi 
de  plus  vastes  borizons  aux  connaissances  scienti- 
fiques et  littéraires,  que  leurs  ell'orts  étendaient 
cbaque  jour  davantage. 

L'abbé  de  Micy  répondait  à  son  ami  ;  malbeureuse- 
ment  ses  lettres  sont  perdues.  Il  n'en  reste  qu'une 
seule,  qui  a  été  insérée  parmi  celles  de  Gerbert.  Dans 
celte  épître,  il  le  prie  d'employer  son  crédit  pour  faire 
restituer  à  son  monastère  divers  objets,  des  orne- 
ments sacrés,  de  riclies  tentures  et  autres  cboses 
semblables,  qu'un  ravisseur  de  baute  condition  lui 
avait  dérobées.  «  Nous  ne  demandons  ni  or  ni 
argent,  dit-il,  mais  seulement  ce  dont  nous  ne  pou- 
vons pas  nous  passer  sans  désbonneur  C^i.  » 

Il  était  naturel  qu'un  bomme  aussi  passionné  pour 
kl  science,  que  Constantin,  ne  négligeât  rien  de  ce 
qui  devait  donner  aux  études  un  grand  développe- 
ment à  Micy.  C'est  en  ellet  ce  qu'il  fil.  Dès  son  arri- 
vée, il  y  appliqua  la  sage  métbode  suivie  à  Saint- 
iienoît,  pour  éteridre  de  plus  en  plus  rinslruclion 
donnée  aux  nombreux  élèves,  ainsi  (ju'aux  leligicux 
eux-mêmes. 

(1)  Gerberti  E[)istol;i  Cl. III. 

(2)  Gerberti  Epistolu  cXIJil.  '!»'  «'.onstaiitiuo. 


—   130  — 

Sai[it-Mesmin  devint  alors  iiii  ardent  foyer  de 
lumières.  Outre  l'école  nionasliijiie  intérieure,  spécia- 
lement destinée  aux  jeunes  aspirants  à  la  vie  claus- 
trale, il  y  avait  une  école  extérieure  pour  les  sécu- 
liers. On  y  voyait  affluer  les  fils  de  familles  nobles 
d'Orléans  et  du  centre  de  la  France,  des  enfants  de  la 
bouri^eoisie,  et  même  des  serfs  alfrancliis,  que  leur 
capacité  précoce  désignait  à  l'attention  de  bienfaiteurs 
généreux. 

L'ensemble  des  études  se  rajjportait,  comme  de  nos 
jours,  à  deux  ordres  d'idées,  les  lettres  proprement 
dites,  depuis  ce  qu'elles  ont  de  plus  élémentaire,  jus- 
qu'à leur  degré  le  plus  élevé,  et  les  sciences,  telles  à 
peu  de  choses  près  qu'elles  avaient  été  transmises  par 
l'anliijuité.  On  y  enseignait  donc  la  lecture,  la  gram- 
maiic,  la  rbétori(|ue.  la  dialectique  et  la  philosophie, 
d'une  part,  avec  l'arithmétique,  la  géométrie  et  l'as- 
tronomie de  Tautie.  l^e  complément  de  ces  études  se 
trouvait  dans  l'histoire,  l'écriture  saintt'  et  la  théo- 
logie qui,  au  moyen  Age.  ramenait  l'ensemble  des 
connaissances  humaines  à  Dieu,  principe  de  toute 
science. 

A  cause  du  talent  particulier  de  Constantin,  la  mu- 
sique religieuse  eut  une  large  part  dans  l'instruction 
donnée  à  Micy,  (jui  lui  dut  d(  s  jours  de  sjdendeur 
pour  son  enseignement  musical  d^. 

On  ne  doit  pas  n(Ui  plus  omettre  les  leçons  de  calli- 

1)  Bulletin  de  la  Société  archéologique  d'Orléans,  t.  Mil, 
p.  ;>-J7. 


—   131  — 

graphie,  dont  nous  donnent  une  magnifique  idée  les 
manuscrits  copiés  dans  notre  abbaye  à  cette  époque. 

Les  mornes,  animés  d'une  vive  émulation,  s'adon- 
naient aux  travaux  littéraires  sous  la  direction  de 
leur  abbé.  Quelques-uns  composèrent  des  ouvrages, 
renommés  de  leur  temps,  qui  ont  disparu  depuis; 
d'autres,  plus  nombreux,  bornèrent  leur  zèle  à  trans- 
crire sur  des  manuscrits  les  livres  des  auteurs  anciens, 
tâche  plus  humble,  mais  non  moins  méritoire,  puis- 
qu'elle a  sauvé  d'une  perte  irrémédiable  les  trésors  de 
la  littérature  sacrée  et  profane. 

Malgré  les  désastres  qui  ont  tant  appauvri  la  biblio- 
thèque de  Micy,  assurément  fort  importante,  il  reste 
encore  assez  de  manuscrits  de  cette  époque  pour  qu'on 
puisse  juger  combien  grande  était  fapplication  à  ce 
genre  d'occupation.  Au  commencement  du  ix^  siècle, 
les  moines  de  Saint-Mesmin  possédaient  plusieurs 
traités  de  grammaire,  composés  par  Constantin, 
Agrœcius  et  Seregius,  qui  forment  aujourd'iiui  les 
plus  anciennes  copies  connues.  Ils  sont  conservés  à 
la  bibliotlièque  de  Berne  (Suisse),  dans  un  manuscrit 
qui  porte  le  numéro  432,  avec  cette  inscription  :  a  Hic 
est  liber  sancti  Maximiacensis  monasterii  (1).  » 

Il  y  a  encore  dans  cette  collection  d'autres  manus- 
crits du  même  temps  et  provenant  de  la  même  source  : 
les  Antiquités  judmqucs,  de  Josèphe  (n"  oO),  du 
x'  siècle,  avec  quelques  fragments,  du  xi'  et  un  tilre 
écrit  en  caractères  grecs  de  petite  onciale  :  à  hi  lin.  ou 

(1)  IvEiLiNb,  Les  Grammairiens  lati?is,  t.  V,  i».  -lî^K 


—    IM  — 

lit  ctllt'  désignation,  en  lettres  capitales  :  <l  Ce  livre 
est  (lu  monastère  de  Saint-Mesmin-de-Micy;  Augustin, 
pit'lre,  Ta  oHert  à  Dieu  et  à  saint  Mesinin  pour  l'ac- 
quittement  de  son  vœu,  le  YIIl  des  Calendes  d'avril.  >, 
[2''\  mars). 

(In  V  trouve  également  différenls  ouvrages  de  saint 
(irégoire  (n''  283).  de  saint  Isidore  i  n*^  312j,  de  saint 
Jérôme  (n"  'Mi)  et  surtout  une  [)récieuse  chronique 
(II"  \2{))  allant  jusiju'en  1(132  et  magnili(juement  enlu- 
minée. 

Tous  ces  livres  et  d'autres  encore,  (jue  nous  ne 
pouvons  pas  indicjuer  ici,  proviennent  des  collections 
de  Paul  Petau  et  de  Bongars  ;  ils  furent,  selon  toute 
prohabilité,  dérobés  durant  les  guerres  de  religion, 
(juand  les  Calvinistes,  maîtres  d'Orléans,  pillèrent  et 
brûlèrent  l'Alleu  de  Saint-Mesmin .  où  les  moines 
s'étaient  réfugiés,  avec  ce  (ju'ils  avaient  de  plus  pré- 
cieux, en  lo62. 

Le  genre  d'écriture,  les  ornements,  les  inscriptions 
de  ces  manuscrits  et  d'autres,  existant  encore  aux 
hihliolhè(pies  Nationale,  de  Paris,  ^'aticant^  de  Konie, 
iiinsi  (pià  celle  d  (Jiléans,  reportent  la  facture  de  ces 
ouvrages  au  ix''  siècle  et  indiquent  (pTils  ont  été  com- 
()Osés  ou  simplement  copiés  au  monastère  «h'  Saint- 
Mesmin  (  I  ). 

Comme  on  le  voit  [)ar  ces  détails.  Micy  était  dans 
ces  temps  éloignés  un  centre  de  grande  activité  litlé- 

(i)  C\\.  licissART,  Mémoires  de  la  Société  archéolof/ique 
'VOrleans,  t.  XXV,  p.  13U. 


—  133  — 

raire;  sa  renommée  n'était  pas  usurpée  et  son  école 
eut  une  réputation  vraiment  méritée.  Les  religieux 
de  Micy  ne  se  bornaient  pas  à  transcrire,  dans  des 
manuscrits  toujours  estimés,  les  ouvrages  des  auteurs 
anciens  ;  ils  savaient  aussi  les  orner  de  dessins  et 
d'enluminures  d'une  valeur  inappréciable.  11  semble 
même  qu'il  y  eut,  aux  x*^  et  xi®  siècles,  une  école  spé- 
ciale de  miniaturistes,  dont  la  réputation  s'étendait  au 
loin. 

Nous  en  trouvons  la  preuve  dans  un  ouvrage  ré- 
cemment publié  par  la  Société  archéologique  d'Eure- 
et-Loir. 

C'est  une  savante  étude  sur  un  manuscrit  cliartrain, 
du  xi*^  siècle,  concernant  Fulbert,  évéque  de  Chartres. 

En  tète  du  martyrologe  inscrit  dans  ce  manuscrit, 
il  y  a  une  magnifique  miniature  présentant  pour  nous 
cet  intérêt  particulier  qu'elle  a  pour  auteur  un  moine 
de  Micy,  dont  elle  porte  le  nom  :  en  outre,  elle  est  un 
type  excellent,  autant  que  rare,  de  l'art  de  la  minia- 
ture au  commencement  du  xf  siècle.  Sa  date  se  place 
d'une  manière  sûre  en  l'année  1028. 

Cette  œuvre,  ou  du  moins  ce  qui  o[i  reste,  forme 
ce  qu'on  appelait  au  moyen  âge  un  tumuhis,  c'est- 
à-dire  l'éloge  funèbre  écrit  immédiatement  après  la 
mort  d'un  personnage  ilhjstre.  Elle  est  consacrée  à 
la  mémoire  de  Fulbert,  mort  le  10  avril  1028.  Elle 
est  formée  de  deux  feuillets  de  vélin,  intercalés  dans 
le  martyrologe  de  l'Eglise  de  Chartres,  à  la  date  du 
10  avril. 

Le  premier  de  ces  feuillets  contient  l'obit  de  Ful- 

10 


-    13-i  — 

bert.  Le  second  est  rempli  par  une  grande  miniature 
représentant  Fulbert  en  costume  d'évêque,  la  crosse 
en  main,  et  parlant  à  son  peuple,  dans  la  catbédrale, 
dont  il  était  sur  le  point  d'achever  la  construction, 
quand  il  mourut. 

Celte  scène  a  été  peinte  par  le  moine  André,  de 
Micy,  comme  nous  l'apprend  1  inscription  tracée  au 
bas  de  la  première  feuille  de  vélin,  ainsi  conçue  : 

«  Sigon,  le  dernier  des  clercs  de  Fulbert,  fit  peindre 
ces  pages  par  André,  de  Micy  ;  que  le  Seigneur,  unique 
espoir  de  ce  monde,  leur  donne  le  repos  du  paradis.  » 
Cet  André,  de  Micy,  que  nous  ne  connaissons  pas 
d'autre  part,  était  assurément  un  de  ces  artistes  émi- 
uents.  comme  il  v  en  avait  au  moven  ài'e,  inconnus 
du  monde,  qui  consacraient  leur  talent  à  la  gloire  de 
Dieu. 

Mais  lingénieuse  disposition  de  ce  tableau,  où 
André  peint  la  vue  extérieure  de  la  nouvelle  cathé- 
drale, depuis  le  faîte  jusqu'à  la  hauteur  des  fenêtres 
des  bas-cotés^  supprimant  le  mur  au-dessous  de  ces 
fenêtres,  pour  laisser  apercevoir  l'intérieur  où  Ful- 
bert parle  au  peuple  chartrain  ;  l'expression  de  figure 
des  différents  personnages  ;  la  diversité  de  leurs  cos- 
tumes caractéristiques  de  leurs  dilTérentes  conditions, 
lévêque,  les  diacres,  les  hommes,  les  femmes  sépa- 
rées des  hommes,  les  jeunes  gens  ;  la  vivacité  (hi 
coloris  et  son  heureuse  application;  la  beauté  de 
Tensemble  et  la  précision  des  détails  (1),  tout  montre 
(pTATidré,  de  Micy,  était  un  maître  parmi  les  minia- 

^1)  Voir  la  gravure  ci-juinte. 


Fulbert  parle  au  peuple  dans  sa  Cathédrale. 
Miniature  exécutée  par  frère  André,  de  Micv,  en  ii2o.. 


—  137  — 

turistes  de  son  temps,  auquel  on  venait  de  divers 
côtés  confier  Texécution  des  plus  importants  travaux. 

On  peut  donc,  sans  trop  de  présomption,  conjec- 
turer qu'il  existait  alors  dans  notre  monastère  une 
école  de  dessinateurs  dont  les  œuvres  étaient  recher- 
chées et  dont  la  renommée  rayonnait  au  loin. 

Le  soin  des  études  n'absorbait  pas  uniquement  la 
sollicitude  de  Constantin.  Il  s'occupait  aussi  des  inté- 
rêts matériels  de  son  monastère. 

Au  commencement  de  son  abbatiat,  il  obtint  du  roi 
Robert  la  conflrmation  du  don,  fait  par  son  père 
Hugues  Capet,  de  plusieurs  moulins  sur  le  Loiret  et 
la  remise  de  diverses  rentes  dont  ils  étaient  chargés 
envers  son  domaine  d'Orléans. 

L'abbé  de  Micy  entreprit  également  la  reconstruc- 
tion entière  de  son  abbaye  sur  un  plan  plus  vaste  et 
plus  régulier. 

Les  folies  terreurs  de  Van  mille  étaient  passées. 
De  toute  part  se  manifestait  une  ardeur  extraordi- 
naire pour  la  reconstruction  des  édifices  religieux. 
«  Moins  de  trois  ans  après  l'an  mille,  dit  un  historien 
contemporain,  les  églises  furent  renouvelées  dans 
presque  tout  Tunivers,  principalement  en  Italie  et  en 
Gaule,  quoique  la  plupart  fussent  encore  assez 
solides  pour  ne  pas  exiger  de  reconstruction.  On 
eût  dit  que  le  monde  entier,  d'un  commun  accord, 
secouait  les  haillons  de  son  antiquité,  pourrevèlii-  la 
robe  blanche  des  églises  neuves  (1).  » 

(1)  Raoul  (rL.vBERT.  Ilislo)'.  lih..  HT,  cap.  iv. 


—  138  - 

Les  lieux  claustraux  de  Micy,  qui  avaient  souffert 
tant  de  fois  les  injures  des  Northmans,  avaient  été 
à  diverses  reprises  sommairement  réparés,  jamais 
réédifiés  en  entier;  ils  tombaient  do  vétusté.  Il  fallait 
les  rebâtir  d'une  manière  proportionnée  à  la  fortune 
de  l'abbaye,  plus  fïorissanle  que  jamais,  et  an 
nombre  de  ses  religieux,  qui  atteignait  à  cette  épo- 
que le  cbifFre  de  cent  quarante.  C'est  l'œuvre  que 
commença  Constantin.  Aidé  par  les  généreuses 
offrandes  qu'il  reçut  de  la  munilicence  du  roi  Robert, 
et  par  d'autres  dons  apportés  de  toute  part,  il  poussa, 
avec  son  activité  ordinaire,  les  travaux  que  son 
successeur  eut  la  gloire  de  terminer  (1). 

L'abbé  Constantin  mourut  vers  l'année  1018.  C'était 
un  des  esprits  supérieurs  de  son  époque,  dont  la 
pieuse  pbysionomie  nous  apparail  comme  voilée 
dans  l'éloignement  des  siècles.  Il  cb<Mclia  dans  le 
cloître  un  abri  contre  les  dangers  du  monde,  une 
retraite  tianquille  où  il  put  vaquer  en  paix  à  ses 
chères  occupations.  C'est  le  type  accompli  de  ces 
moines  intelligents  qui  savaient  concilier  la  foi  avec 
l'étude  ,  de  ces  moines  amis  des  vieux  livres,  des 
vieilles  traditions,  chercheurs  de  solutions  scienti- 
fi(jues,  dont  le  regard  observateur,  non  content  de 
sonder  les  secrets  de  la  terre,  s'appliquait  encore  à 
pénétrer  les  mystères  des  astres,  au  firmament. 

Quand  Constantin  fut  mort,   les  moines  de   saint 

Mesmin,  désireux  de  lui  donner  un  successeur  d'un 

(1)  Biblioth.  d'Orléans,  le  chanoine  Hubert,  M.  S.,  43G2. 
1).  I".(j. 


—  139  — 

mérite  égal  au  sien,  uiiieiiL  à  leur  tète  Albert,  neveu 
de  leur  ancien  abbé  Annon,  et,  comme  lui,  moine  de 
Jumièges.  Il  était  venu  à  Micy  visiter  son  oncle,  et 
ils  avaient  pu  apprécier  son  mérite. 

Albert  P^'  était  de  naissance  illustre^  apparenté 
même  à  la  famille  royale  (i).  Avant  son  entrée  en 
religion,  il  avait  été  marié  à  Hildegarde,  fille  aînée 
du  vicomte  de  Châteaudun  et  sœur  de  Hugues , 
archevêque  de  Tours.  De  cette  union,  il  eut  un  fils, 
Arnoul,  qui  fut  aussi  promu  sur  le  siège  archiépisco- 
pal de  Tours.  Son  épouse  étant  morte  en  987,  Albert 
quitta  la  vie  séculière  et  se  fit  moine  à  Jumièg-es. 
Peu  après  son  arrivée  dans  cette  maison,  il  lui  donna 
l'Alleu  de  Dammarie,  dans  le  Blésois,  qu'il  tenait  de 
l'héritage  de  sa  mère  (2).  C'est  de  là  que  les  reli- 
gieux de  Micy  l'appelèrent  pour  lui  confier  le  gouver- 
nement de  leur  abbaye,  en  1018. 

Les  grands  talents  d'Albert  et  son  éminente  sain- 
teté répondirent  à  l'attente  de  ses  frères.  Son  habile 
et  prudente  administration  fut  une  des  plus  fécondes 
en  avantages  de  tout  genre  pour  leur  communauté. 

La  foi  religieuse  s'était  réveillée  dans  le  monde 
chrétien  au  commencement  du  xi'-  siècle,  avec  une 
ardente  intensité.  Elle  se  manifestait  par  une  grande 
activité  apportée  à  la  reconstruction  des  édifices 
sacrés,  comme  nous  l'avons  déjà  dit,  par  les  très 
nombreuses     vocations     qui     venaient    peupler    les 

(1)  Gallia  Christiana,  Eccl.  Aurel.,  t.  VIII,  p.  I.kî^. 
)  Mabillon,  Analecta,  t.  III,  }).  Vil, 


—    140  — 

cloîtres,  et  aussi  par  les  donations  généreuses  que 
faisaient  aux  i[istitutJons  monastiques  ceux  qui  res- 
taient dans  le  inonde  (1). 

A  cette  époque,  Micy  reçut  des  biens  considérables, 
ainsi  que  l'atteste  Tabrég-é  de  son  cartulaire,  con- 
servé par  dom  Verninac  (2).  Ils  remplacèrent  ceux 
(|ue  lui  avaienl  donnés  les  rois  des  deux  premières 
dynasties,  dont  une  partie  leur  avait  été  enlevée,  et 
d'autres  ruinés  par  les  guerres  et  les  invasions  étran- 
gères. 

Une  pieuse  et  riche  veuve,  nommée  Rcgina,  fit 
donation  aux  moines  de  Micy  de  l'important  domaine 
d'Ondreville,  dans  le  Gàtinais. 

Telle  était  Tinsécurité  et  le  peu  de  stabilité  des 
propriétés  territoriales,  au  moyen  âge,  qu'on  voyait 
souvent  un  fils,  ou  un  autre  héritier,  même  éloigné, 
révoquer  le  don  paternel,  un  voisin  })uissant  et  sans 
scrupule  s'emparer  dune  terre  à  sa  convenance, 
sans  (ju'on  put  les  contraindre  à  restitution.  (Vest 
pourquoi  on  faisait  confiriuer  les  actes  de  ce  genre 
par  révè(jue,  le  suzerain  de  la  province,  par  le  roi  ou 
par  le  [)a|)e  lui-même,  alin  crenifiècher  les  usurpa- 
lions,  par  la  crainte  de  la  justice  royale  ou  des  ana- 
Ihèmes  ecclésiastiques. 

Dans  le  cas  présent,  Tabbé  Albert  lit  confirmer  la 
donation  de  Uégina  tout  à  la  fois  par  l'autorité  du  roi 
et  par  celle  du  Souveiain  Pontife. 

0»  Darkste,  Histoire  d<^  France,  t.  I,  p.  r>53. 
(•2)  \V\h\.  <r()ilrans.  dom  Verninac,  M.  S.,  3U4^ 


—  141  — 

Il  demanda  d'abord  à  Robert  le  Pieux,  qui  avait 
pris  l'abbaye  de  Micy  sons  sa  protection  spéciale, 
d'approuver  la  concession  d'Ondreville.  Le  prince  y 
consentit  volontiers  et  le  fit  par  une  charte  datée 
d'Orléans,  jusqu'ici  inconnue,  qu'un  savant  paléo- 
graphe a  découverte  dans  un  manuscrit  de  la  Biblio- 
thèque Nationale  (1). 

c(  Nous  voulons,  dit  le  roi^  favoriser  de  tout  notre 
pouvoir  les  intérêts  des  pieux  serviteurs  du  Christ. 
Sachent  donc  tous  que  l'abbé  Albert,  venu  en  notre 
présence,  a  prié  notre  bienveillante  munificence  de 
donner  à  son  monastère  la  terre  d'Ondreville.  Nous 
l'avons  fait,  avec  le  consentement  de  Régina,  femme 
veuve,  et  de  Tetduin,  son  fils,  clerc,  qui  possédaient 
cette  terre  en  bénéfice  ;  et  nous  voulons  qu'elle  soit 
exemptée  de  toute  charge  fiscale,  afin  que  les  moines 
prient  Dieu  pour  le  salut  de  mon  àme,  de  colle  de 
Constance,  mon  épouse,  de  celle  d'Hugues,  mon  fils, 
et  de  ses  enfants.  Pour  que  cet  acte  demeure  stable, 
nous  le  confirmons  de  notre  sceau  et  de  celui  de  nos 
fidèles  serviteurs.  Une  partie  de  cette  terre,  appelée 
Ondreville  (2),  avec  son  église,  ses  moulins  et  leurs 
dépendances,  est  située  sur  la  rivière  d'Essonne,  dans 
le  Gàtinais  ;  l'autre  partie,  nommée  Franconville  (3), 
est  sur  le  pagus  d'Ktampes. 

{{)  M.  Lucien  Auvray,  bibliothécaire  ;ï  la  Bibliothèque 
Nationale,  Ms.  français  15,504,  fo  10.  {Annales  de  Ui  Société 
historique  dit  Gàtinais,  t.  XIII,  p.  105.) 

(2)  Petite  commune  du  canton  <le  Puiseaux  (Loiret). 

{>i\  Village  (le  la  commune  «leHriarres-sur-Essonnes,  canton 
de  Puiseaux  (Loiret). 


—  I'i5  — 

ô  Sceau  (Je  RoLert,  roi;  d'Hug^ues,  roi,  fils  de 
Robert;  de  Henri,  fils  de  Robert;  de  Tetduin,  fils  de 
Régina,  possesseur  du  bénéfice.  Noms  des  témoins  : 
Lentliéric,  archevêque  de  Sens  ;  Goslin,  archevêque  de 
Bourges;  Odolric,  évêque  d'Orléans  ;  Guérin,  évêque 
de  Beauvais  ;  Francou,  évêque  de  Paris,  etc. 

((  Fait  publiquement  à  Orléans,  l'année  de  l'Incar- 
nation du  Seigneur  1022,  quand  les  hérétiques  furent 
condamnés  dans  cette  ville  »  (1). 

Muni  de  cette  charte,  Fabbé  Albert  s'adressa  ensuite 
au  pape  Jean  XIX^  afin  de  lui  demander  d'ajouter  son 
autorité  à  celle  du  roi,  pour  la  garantie  d'Ondreville. 
II  lui  écrivit  dans  ce  but  une  lettre  fort  intéressante 
que  Mabillon  nous  a  conservée  (2). 

<f  A  notre  seigneur,  le  saint  et  vénérable  pape  Jean. 
Albert,  abbé  du  monastère  du  premier  martyr  saini 
Etienne  et  du  confesseur  saint  Mesmin,  et  tout  \v 
couvent  des  moines  du  même  lieu,  salut  dans  le 
Cbrist.  Nous  savons,  père  digne  de  tout  honneur, 
(jue  vous  avez  été  établi  sur  la  terre  chef  de  l'Eglise 
universelle,  en  la  place  du  Bienbeureiix  Pierre,  pour 
protéger  ceux  qui  sont  injustement  opprimés  et 
abaisser  par  l'autorité  du  prince  des  apôtres  ceux 
qui  s'élèvent  trop.  C'est  pourquoi  nous  recourons  à 
votre  Révérence  par  cette  lettre,  afin  que  vous  nous 
veniez  en  aide  et  exauciez  notre  prière.  Le  lieu  que 
nous  habitons  s'appelle  Micy  ;  il  a  été  fondé  par  des 

(1)  Pièce  justilicative  XIII,  charte  pour  Ondreville. 
(•2)  Ribliothèque  Nationale,   D.  Estiennot,  M.   S.   1-2,739, 
p.  330. 


—  143  — 

hommes  très  saints,   le   Bienheureux  Euspice    et  le 
vénérable  Mesmin,  son  neveu,  sous  la  protection  de 
Clovis,   premier  roi  chrétien  des  Francs  ;  beaucoup 
d'autres  après  eux  ont  contribué  à  son  agrandisse- 
ment. Cette  abbaye  est  devenue  ensuite  si  florissante, 
au  spirituel   comme   au   temporel,  qu'elle  a  compté 
jusqu'à  cent  quarante  religieux  y  servant  Dieu  avec 
ferveur.  Mais  plus  tard,  elle  a  été  tellement  dévastée 
par  des  fléaux  de  toute  sorte,  qu'il  n'en  put  rester 
aucun.  Grâce  au  secours  du  ciel,  celte  maison  com- 
mence à  se  relever  de   son  misérable  abaissement, 
semblable  à  un  malade  qui  entre  en  convalescence 
après  une  longue  souffrance.  Les  aumônes  des  pieux 
fidèles  aident  efficacement  à  cette  résurrection.  Une 
excellente  femme,  nommée  Régina,  a  fait  beaucoup 
en  faveur  de  ce  lieu  pour  le  salut  de  Fàme  de  son 
époux  et  de  ses  enfants  déjà  morts.  Mais  elle  craint 
que,  quand  elle-même  ne  sera  plus,  les  siens  ou  les 
étrangers  tentent  de  ravir  ce  qu'elle  a  donné  à  Dieu 
et  aux  saints  honorés  dans  ce  lieu.  C'est  pourquoi 
nous  avons  résolu  d'envoyer  à  votre  Sainteté  deux 
mémoires,  dont  l'un  contient  l'exposé  de  la  donation 
faite  par  cette  femme  vénérable,  et  l'autre  le  som- 
maire de  tout  le   patrimoine  de  notre  couvent,  afin 
que  vous  les  fortifiez  de  votre  autorité  avec  l'apposi- 
sition  du  sceau    de  votre  nom.  En   reconnaissance, 
nous    prierons    Dieu    assidûment    pour   vous   durant 
votre  vie  et  après  votre  mort.  Il  est  juste,  père  très 
honoré,  que  vous  suiviez  la  pratique  dt;  vos  prédéces- 
seurs et  accordiez  aux  monastères  la  protection  (jiii 


—   144  — 

leur  pennello  de  s»'i\  ir  Dieu  paisiblement  à  l'abri  «les 
mécbants  que  retiendra  la  menace  de  Texcommuni- 
cation.  Que  Dieu  garde  votre  apostolat  dans  une  paix 
perpétuelle  :  Vale  in  pace,  béate  pater  »  (1). 

Cette  lettre  nous  montre  que  si  le  monastère  de 
Saint-Mesmin  était  alors  ricbe  en  vertus  et  peuplé 
d'un  f^rand  nombre  de  pieux  religieux,  les  ressources 
matérielles  n'y  étaient  pas  abondantes.  Ses  posses- 
sions territoriales,  tant  de  fois  ravagées,  n'avaient  pas 
encore  pu  être  mises  complètement  en  étal  de  rapport 
et  ne  donnaient  que  peu  de  revenus.  Pillés  durant  la 
guerre,  spoliés  souvent  pendant  la  paix,  les  pauvres 
moines,  avec  l'apparence  d'une  fortune  considérable, 
qui  (excitait  tant  de  convoitises,  manquaient  souvent 
du  nécessaire  et  vivaient  en  réalité  dans  un  état  voisin 
de  la  misère. 

Dans  la  lettre  do  l'abbé  Albert,  il  est  fait,  pour 
la  première  fois,  mention  d'un  catalogue  ou  inven- 
taire des  propriétés  appartenant  aux  moines  do  Saint- 
Mosmin.  C'était  une  sorte  d'ébaucbe  des  livres  ter- 
ri^r.v. employés  plus  tard.  Celui  (jui  fut  envoyé  au 
pape  a  disparu,  mais  nous  retrouverons  son  contenu 
dans  la  grande  cbarto  de  confirmation  donnée  par 
1(»  roi  Koberl,  la  même  année,  i022.  et  dont  nous 
aurons  bientôt  ?i  parler. 

Le  pape  ,]vi\n  Xl\  eiivova  sans  doute  la  bulle  de 
garantie  demandée.  Klle  a  disparu  égalenuMit,  et  il 
nVn  reste  aucune  trace  dans  les  actes   do  l'abbaye. 

(1)  I»i«''ce  justilioative  XIV,  hAivo.  d'Alb^^rt. 


—  145  — 

Afin  de  compléter  l'établissement  que  la  donation 
de  Régina  créait  à  Ondreville.  en  faveur  de  son 
monastère^  l'abbé  Albert  loua,  de  Létald,  doyen  de 
Saint-Aignan,  trésorier  et  ministre  du  luminaire  de 
ladite  église,  des  terres  appelées  inanses  (i),  au 
nombre  de  vingt.  Elles  étaient  situées  dans  le  pagus 
Orléanais,  vicairie  de  Pithiviers,  près  du  domaine 
d'Ondreville,  et  comprenaient  des  granges,  des  logis 
communs,  des  puits,  des  vignes,  des  terres  cultivées 
et  incultes.  Cette  location  était  faite  à  perpétuité, 
moyennant  une  rente  de  10  sous  (2)  par  manse, 
payable  chaque  année,  le  jour  de  la  Saint-Aignan,  à 
Orléans,  en  la  collégiale  de  ce  saint  (3). 

Vers  le  même  temps,  Albéric,  vicomte  d'Orléans, 
concéda  aux  moines  de  Micy  le  droit  de  communauté 
dans  sa  forêt  de  Fontenailles,  droit  que  confirma  le 
roi  de  France;  puis  Hugues,  sire  de  Sainte-Maure, 
en  Touraine,  créa  le  prieuré  de  cette  petite  ville,  et 
et  le  leur  confia  également,  pour  le  repos  de  l'àme  de 
Gosseiin  son  père. 

En  Tannée  1030,  Arnoul,  archevêque  de  Tours,  (jui 
possédait  le  droit  de  patronage  sur  la  moitié  de 
l'église  de  Saint-Paul,  d'Orléans,  voulut  le  céder  aux 
religieux  de  Saint-Mesmin.  Il  en  demanda  l'autorisa- 

•(1)  Une  manse,  —  mansus, —  était,  au  moyen  âge,  une 
petite  ferme  entourée  de  terres  que  deux  bœufs  pouvaient 
cultiver  en  un  an. 

(2)  Au  xi*î  siècle,  le  sou  valait  à  peu  près  4  francs  de  notre 
monnaie. 

(3)  Bibliothèque  de  l'Arsenal,  l).  Estiennol,  M.  S.    1UU8, 
p.  637. 


—   146  — 

lion   à  l'évcque  Odolric,   qui   la   lui   accorda   par   la 
charte  suivante  (1): 

a  C'est  un  devoir  de  la  charge  pontificale  de  diriger 
avec  une  sage  bienveillance  le  troupeau  du  Christ, 
et  principalement  de  favoriser  les  monastères  où  Dieu 
est  fidèlement  servi.  Moi,  Odolric,  je  veux  remplir  ce 
devoir  de  tout  mon  pouvoir,  avec  laide  du  Christ. 
Sachent  donc  tous  les  fidèles  de  la  sainte  Église 
de  Dieu  (jue  le  seigneur  Arnoul,  archevêque  de  Tours, 
m'a  demandé  Tautorisation  de  céder,  à  perpétuité, 
au  monastère  de  Saint-Etienne,  premier  martyr  et  du 
H.  confesseur  saint  Mesmin,  une  partie  de  l'église  de 
Saint-Paul,  apôtre,  située  dans  le  faubour^^  Dunois, 
près  de  la  ville,  qu'il  tenait  en  bénéfice  de  moi-même 
et  de  mon  évêché.  Il  désirait  le  faire  pour  le  salut  de 
son  àme,  de  la  mienne  et  de  celle  de  son  père,  abbé 
dudit  lieu.  Je  le  lui  ai  accordé  volontiers,  à  condi- 
tion (pj'il  me  rendrait  d'abord  son  bénéfice,  et  que 
je  le  transférerais  moi-même  à  Saint-Mesmin;  ce  (|ui 
a  été  fait.  J'ai  dressé  cet  acte  pour  que  ladite  cession 
demeurât  inviolable.  Si  quelqu'un  de  ses  parents,  ou 
dv  mes  successeurs,  veut  l'annuler,  qu'il  soit 
condamné,  au  nom  du  Père,  du  Fils  et  du  Saint- 
Esprit.  Nous  ajoutons  à  cet  écrit  (jue  nul  abbé  ni 
moine  de  ce  lieu,  après  la  mort  de  C(hix  qui  existent 
actuellement,  ne  pourra  ni  aliéner  ni  céder  à  aucun 
de  ses  parents  cette  moitié  de  l'église  de  Saint-Paul. 
Nous  avons  signé  cette  charte  et  l'avons  fait  signer 
de    nos    fidèles   témoins.    Odolric,    évêque  ;   Arnoul, 

(1)  Bibliothèque  Nationale.  P^/h/cp,  792,  fo  1-i. 


—  H 


4/ 


archevêque  de  Tours  ;  Archevald,  Tedeluin  et 
Theduin,  archidiacres;  Ervée,  de  Saint-Marceau; 
Aibéric,  frère  de  Thierry,  évêque  ;  Helduin  et  son 
frère  Odolric.  Donné  le  III  des  Calendes  de 
novembre  1030  (30  octobre),  Robert  étant  roi  (Ij.  h 

Cette  libéralité,  qui  procurait  un  revenu  abondant 
aux  religieux  de  Micy,  devint  par  la  suite  la  cause  de 
nombreux  conflits  entre  les  deux  autorités  qui  se 
partageaient  le  ministère  paroissial  dans  l'église  de 
Saint-Paul;  ils  ne  furent  apaisés  qu'un  siècle  plus 
tard  par  l'intervention  directe  du  Souverain  Pontife. 

En  cette  même  année,  1030,  l'évêque  Odolric  donna 
aux  moines  de  Micy  une  prébende  du  Chapitre  de 
Meung,  d'accord  avec  le  doyen  et  les  chanoines  de 
Saint-Liphard  (2). 

Hervé  de  la  Porte,  archidiacre  de  Sainte-Croix^  et 
doyen  de  Saint- Vrain  de  Jarg-eau,  était  allé  en  Terre 
Sainte,  faire  un  pèlerinage  pour  l'expiation  de  ses 
péchés.  Il  rapporta  de  nombreuses  reli(]UGS  de  Jérusa- 
lem. Afin  de  les  placer  avec  honneur,  il  bâtit  une 
église  à  La  Ferté-Aurain  (3),  en  Sologne,  du  consen- 
tement de  ses  frères  Albéric  et  Théduin.  Quand  elle 
fut  achevée,  en  1035,  il  la  donna  à  son  oncle  l'abbé 
Albert,  et  à  son  monastère,  pour  y  établir  un  prieuré; 
il  ajouta  six  arpents  de  terre  environnante.  L'abbé  de 

(1)  Pièce  justificative  XV,  charte  pour  Saint-Paul. 

(2)  Symphorien  Guyon,  Histoire  de  VEglise  d'Orléans, 
p.  327. 

(3;  Aujourd'hui  La  Ferté-Imbault,  canton  de  Salbris  (Loir- 
et-Cher). 


—    148  — 

Micv  envoya  ini  prieur  claustral,  avec  des  moines, 
prendre  possession  de  ce  lieu,  qui  demeura  dans  le 
patrimoine  de  notre  abbaye  jusiju'à  sa  suppression. 
L'année  suivante,  Tévèque  d'Orléans,  Isembard  de 
liraye,  vint  consacrer  la  nouvelle  église,  qu'il  dédia 
à  Notre-Dame,  le  XVI  des  Calendes  de  septembre 
(17  août)  (1). 

L'acte  le  plus  important  de  l'administration 
d'Albert  I"  fut  la  grande  cbarte  de  garantie  et  de 
confirmation  qu'il  obtint  du  roi  Robert,  pour  son 
monastère.  Depuis  le  diplôme  du  même  genre, 
accordé  par  Louis  le  Débonnaire,  en  830,  des  cban- 
gements  considérables  s'étaient  produits  dans  la 
situation  des  biens  appartenant  aux  moines  de  Saint- 
Mesmin.  Certains  domaines  avaient  été  écbangés, 
d'autres  perdus  à  la  suite  dos  guerres  civiles  et  étran- 
gères ;  l  usurpation  des  seigneurs  laï(|nes  et  leurs 
injustices,  Tincurie  des  prévôts  cbargés  de  l'exploita- 
tion de  ces  biens  et  d'autres  causes  encore,  enlevaient 
souvent  aux  moines  des  portions  notables  de  leur 
patrimoine,  ou  les  privaient  de  droits  légitimes  et  de 
revenus  nécessaires.  C'est  ce  cpii  expli(jue  la  sollici- 
tude des  abbés  [»our  maintenir  l'intégrilé  de  leurs 
possessions  et  Tindépendance  de  leur  gouvernement, 
en  ilemandant  aux  papes  et  aux  rois  des  bulles  et  des 
cbartes  de  protection.  Ces  actes,  émanés  d'une  si  liante 
autorité,  étaient  alors  les  meilleuis  litres  qu'on  [)ùt 
opposer  aux  prétentions  des  envabisseurs.  11  n*v  avait 
pas,  dans  ce  temps  reculé,  de  Cband)res  d'enregistre- 

(1)  Bibliothèque  Nationale.  Baluze,  M.  S,  79J,  p.  132. 


—  149  — 

ment,  pour  assurer  l'inviolabilité  de  la  propriété, 
comme  de  nos  jours  ;  ces  garanties  solennelles  étaient 
seules  capables  d'empêcher  ou  de  réparer  les  usurpa- 
tions commises  par  la  violence  unie  à  la  mauvaise 
foi. 

La  charte  donnée  par  le  roi  Robert,  en  1022,  à  la 
prière  de  labbé  Albert  et  de  l'évèque  Odolric,  en 
énumérant  tous  les  domaines  possédés  alors  par  le 
monastère  de  Saint-Mesmin,  devint  comme  son  livre- 
terrier,  et  son  inviolable  certificat  de   propriété    (1). 

Dans  une  sorte  de  prologue,  le  prince  expose 
d'abord  que  c'est  un  des  principaux  devoirs  de  l'au- 
torité royale  de  maintenir  les  Institutions  monas- 
tiques dans  la  tranquille  possession  de  leurs  biens. 
Albert,  abbé  de  Micy,  accompagné  de  plusieurs  de  ses 
frères  et  d'Odolric,  évêque  d'Orléans,  était  venu  le 
prier  de  renouveler  les  privilèges  accordés  jadis  à 
son  couvent  par  Clovis  et  ses  successeurs,  parce  que 
les  sceaux  de  ces  titres  avaieiit  été  détruits  par  la 
vétusté.  11  lui  accorde  volontiers  ce  nouvel  acte  de 
son  pouvoir  royal,  afin  que  les  moines  puissent  pos- 
séder à  toujours  leurs  biens,  sans  craindre  aucun 
dommage  ni  usurpation  ;  en  retour,  ils  prieront  Dieu 
pour  le  salut  de  son  àme,  et  de  celle  de  son  épouse 
Constance  et  de  ses  trois  fils,  Hugues,  Henri  et 
Robert.  Pour  que  ce  privilège  leur  tienne  lieu  de  ceux 
qui  ont  péri,  il  veut  v  rappeler  tous  les  domaines 
nommés  dans  les  actes  des  rois,  ses  pi-édécesseiiis.  dt^ 
telle  sorte  qu'il  puisse  les  remplacer  tous. 

(1)  Mabillon.  Ann.  Ord.  Bened.,  t.  IV,  p.  TOr,. 


—  150  — 

Après  cette  entrée  en  matière,  le  roi  fait  lénumé- 
ralion  des  domaines  appartenant  au  monastère  de 
Micy.  Cet  inventaire  diffère  peu  de  celui  de  Louis  le 
Débonnaire,  de  836,  Il  omet  un  certain  nombre  de 
localités  disparues  dans  le  cours  des  siècles  ;  il  en 
ajoute  plusieurs  autres  accordées  aux  religieux  depuis 
la  concession  du  diplôme  impérial.  iNous  ne  ferons 
pas  ici  la  liste  de  ces  biens  ;  nous  nous  réservons  de 
la  donner  au  chapitre  spécial  qui  sera  consacré  en 
partie  à  l'étude  de  la  fortune  immobilière  de  l'abbaye 
de  Micy  (1).  Robert  le  Pieux  suit,  dans  cette  indica- 
tion, l'ordre  chronologique  et  historique  où  ces  dona- 
tions ont  été  faites,  successivement,  par  les  rois 
Clovis  et  Clotaire  I^*",  son  fils,  Childebert,  Clodomir. 
Dagobert  I*^"",  Thierry  III,  Pépin  le  Bref,  Charle- 
magne,  Louis  le  Débonnaire  et  Lotliaire,  son  fils, 
Charles  le  Chauve  et  Hugues  Capet.  Il  ajoute  ensuite 
celles  dont  lui-même  les  a  gratifiés,  et  termine  en 
confirmant  d'une  manière  générale  tous  les  privi- 
lèges et  faveurs  octroyés  par  les  chartes  de  ses  prédé- 
cesseurs, sans  vouloir  les  nommer  à  nouveau  dans 
la  sienne. 

Plusieurs  officiers  royaux,  en  particulier  Landric, 
chevalier,  de  Beaugency,  et  ses  fils  Landric,  Jehan  et 
Hervé,  se  montraient  acharnés  contre  les  religieux 
de  Saint-Mesmin  ;  ils  dévastaient  presque  journelle- 
ment h'Uis  terres  et  infligeaient  à  leurs  hommes 
mille  vexations.  Le  roi.  dans  sa  charte,  le  leur  défend 
formellement,  et  y  mentionne  leur  promesse  de  s'abs- 

1     ><)ir  au  chapitre  xii  de  cette  Histoire. 


~~   151  — 

tenir  à  l'avenir  de  tout  excès  de  ce  genre.  Il  signifie 
la  même  défense  à  tous  ses  agents,  comtes,  envoyés, 
juges,  vilains,  en  un  mot  à  tout  détenteur  de  son 
autorité,  leur  recommandant  de  n'inquiéter  les  moines 
dans  aucune  de  leurs  possessions,  qu'elle  soit  proche 
ou  éloignée  de  leur  monastère,  afin  qu'ils  puissent 
toujours  jouir  en  paix  de  leurs  biens,  et  servir  Dieu 
dans  une  sécurité  parfaite. 

Robert  fait  mettre  son  sceau  sur  cet  acte,  et  ordonne 
d'y  apposer  également  celui  des  princes,  ses  fils,  et 
des  nombreux  témoins  convoqués  pour  rehausser 
cette  confirmation  par  une  plus  grande  solennité. 

Donné  publiquement  à  Orléans,  l'an  MXXII  de 
rincarnalion  du  Verbe,  et  le  XXYH"  du  règne  de 
Robert,  quand  l'hérétique  Etienne  et  ses  complices 
furent  condamnés  et  brûlés  à  Orléans  (1). 

Grâce  aux  ressources  que  lui  procurèrent  les 
grands  biens  dont  il  est  parlé  dans  les  actes  précé- 
dents, et  avec  l'aide  d'autres  libéralités  venues  de 
divers  côtés^  l'abbé  Albert  I"'"  put  achever  la  recons- 
truction de  son  abbaye,  ainsi  que  celle  de  l'église  de 
Saint-Étienne.  Celle-ci  était  de  style  roman,  à  trois 
nefs,  contiguë  à  Tancienne   qu'on  rasa   entièrement. 

En  enlevant  les  matériaux  de  ce  dernier  édifice, 
on  retrouva  les  corps  des  saints  Mesmin  l'Ancien, 
Théodemir  et  Mesmin  le  Jeune,  renfermés  dans  des 
cercueils  de  bois,  contenus  eux-mêmes  en  des  tombes 
de  pierres  creusées.   Les  moim's  relevèrent  de  terre 

(1)  Voir  pièce  justificiitive  XVJII,  charte  de  confirmation 
du  roi  Roljert . 


—  152  — 

les  restes  de  leurs  pères  vénérés;  ils  les  transpor- 
tèrent dans  la  nouvelle  église,  où  ils  les  placèrent 
honorablement  sous  lautel  (1). 

L'année  1029  est  célèbre  dans  les  annales  de 
l'Eglise  d'Orléans.  En  cette  année,  le  14  juin,  le  roi 
Robert  et  la  reine  Constance  assistèrent  à  la  dédicace 
de  la  basili(|ue  de  Saint- Aignan ,  que  ce  prince  avait 
fait  reconstruire  magnifiquement  (2).  On  y  transporta 
le  corps  de  saint  Aignan,  celui  de  saint  Euspice, 
inhumé  près  do  lui,  et  ceux  de  plusieurs  autres 
bienheureux  confesseurs.  Un  grand  nombre  d'évèques 
et  d'abbés  avaient  été  invités  à  cette  solennité.  Natu- 
rellement, celui  de  Saint-Mesmin  y  assista.  Depuis 
longtemps,  les  religieux  de  son  monastère  et  lui- 
même  regrettaient  de  n'avoir  aucune  relicjue  de  saint 
Euspice,  leur  premier  abbé,  oncle  de  Mesmin,  et 
fondateur,  avec  lui,  de  leur  maison.  Albert  profita 
de  cette  circonstance  pour  demander  au  roi  quelques 
parties  du  corps  du  Jiienheureux  cénobite.  Elles  lui 
furent  accordées.  Albert  les  j)orta  avec  joie  dans  son 
couvent,  où  il  les  plaça  près  des  restes  de  ses  trois 
vénérés  successeurs  (3). 

L'abbé  Albert  ï•'^  déjà  paivenu  à  un  âge  avancé, 
gouvernait  paisiblement  sa  communauté,  quand  un 
sentiment  exagéré  d'aU'ection  de  son  (ils  Arnoul  lui 
causa  de  graves   ennuis.    Gausbeil,   abbé   de    Saint- 

ili  \).  Verninac,  m.  s.,  3!»i,  p.  il». 

(2)  Dareste,  Histoire  de  France,  t.  1,  p.  r»ô4. 

(.*>)  Mabillox,  Ann.  Ord.  BencdA.  IV,  p.  35.S. 


—  lo3  - 

Julien  (1)  étant  mort,  Arnoul  voulut  imposer  son 
père,  pour  supérieur,  aux  religieux  de  ce  monastère. 
Ceux-ci  refusèrent  de  le  recevoir  «  trouvant  trop  dur 
de  subir  un  abbé  venu  d'une  maison  étrangère,  alors 
qu'ils  avaient  coutume  d'en  donner  eux-mêmes  aux 
autres  »,  dit  l'historien  de  cette  abbaye.  Comme 
Arnoul  insistait,  ils  sortirent  tous  de  leur  couvent, 
tirant  le  pain  du  four  et  emportant  ce  qui  leur  appar- 
tenait, pour  se  réfugier  sur  le  mont  Badiole,  près  de 
la  ville.  L'archevêque  céda  enfin,  après  trois  ans  de 
vains  efforts,  et  Albert  revint  à  Micy(2). 

Au  mois  de  novembre  103o,  il  signa  l'acte  de  con- 
cession de  plusieurs  autels,  faite  à  Azenaire,  abbé  de 
Saint-Benoît,  par  Gilduin,  archevêque  de  Sens. 

C'est  le  dernier  acte  connu  de  ce  vénérable  abbé. 
Parvenu  à  une  extrême  vieillesse,  la  tête  couronnée 
de  cheveux  blancs,  il  se  souvint  du  lieu  oii  il  avait 
fait  sa  profession  religieuse  et  voulut  s'v  préparer  à 
la  mort,  dans  le  recueillement  et  loin  du  souci  des 
affaires  temporelles.  Il  se  démit  donc  de  sa  charge 
abbatiale  et  alla  finir  ses  jours  à  Jumièges.  Peu  de 
temps  après  qu'il  y  fut  arrivé,  il  s'endormit  paisible- 
ment (lu  sommeil  des  justes  le  XIX  des  Calendes  de 
février  (14  janvier)  103(),  comme  le  porte  le  nécro- 
loge de  cette  maison.  On  l'enterra  dans  le  chœur  de 
la  grande  église,  du  coté  de  TEpitre,  avec  cette  épi- 
taphe,  en  vers  latins  : 

«  Ici  repose  le  pieux  et  sa^e   Albert,   (jui,   mépri- 

(1)  Monastère  bénédictin,  au  diocèse  de  Tours. 

(2)  Mabillon,  Ann.  Ord.  BenecL,  t.  V.  p.  4.'in. 


-    loi  — 

saut  les  grandeurs  terrestres,  n'eut  de  désirs  que 
pour  les  liiens  célestes.  11  repoussa  la  fortune  et  les 
plaisirs  qu'elle  donne,  pour  (embrasser  la  vie  austère 
de  Jumièj^es.  Par  amour  pour  Dieu,  il  devint  le 
modèle  des  moines  ;  soumis  à  la  Règle,  il  brilla  ici- 
bas  par  l'éclat  de  ses  vertus;  qu'il  brille  encore  devant 
Dieu  de  la  gloire  des  élus  et  jouisse  près  de  lui  de 
l'éternelle  félicité  î  »  (1) 

Son  fils,  Arnoul,  fit  aux  religieux  de  Micy  quelques 
donations,  dont  nous  ignorons  la  nature,  leur  deman- 
dant une  part  dans  leurs  prières,  pour  le  repos  de 
l'àme  de  son  père  Albert. 

(1)  Gallia  Chuistiana,  Eccfes.  Aurel.,  t.  VIII,  p.  153'^. 


—  155  — 


CHAPITRE  VIII 

LONGUE  PROSPÉRITÉ  DE    MICY.    —    HUIT   ABBÉS.  —  NOMBREUSES 
DONATIONS    DE    BIENS    ET    d'ÉGLISES    :    SAINT-MARCÉAU,     LA 

FERTÉ,   SAINT- SIGISMOND,  VERNOU.   BULLES    PAPALES.    — 

CHARTES  INTÉRESSANTES.  UN  CURIEUX  xMANUSCRIT. 

(1036-1159) 

L'abbatiat  des  successeurs  immédiats  d'Albert  T-' 
offre  peu  d'événements  remarquables.  Quand  un 
établissement  religieux  a  atteint  son  entier  dévelop- 
pement^ dans  la  possession  de  tous  les  organes  néces- 
saires à  son  existence,  et  que,  d'autre  part,  aucun 
péril  extérieur  ne  vient  le  troubler,  il  offre  par  lui- 
môme  peu  de  choses  capables  d'intéresser  l'histoire. 
Dans  un  monastère  bien  réglé,  comme  l'était  celui 
de  Saint-Mesmin,  à  l'époque  où  nous  en  sommes 
arrivés,  les  jours  succèdent  aux  jours^  les  années 
aux  années,  parfois  même  les  siècles  aux  siècles,  dans 
une  paisible  uniformité,  qui  est  l'essence  même  de  la 
vie  claustrale.  Un  abbé  est  élu  après  la  mort  de  son 
prédécesseur  ;  de  nouveaux  moines  remplacent  les 
moines  anciens  qui  sont  allés  au  ciel  recevoir  la 
récompense  de  leurs  vertus  ;  les  exercices  relig-ieux 
se  suivent  avec  une  régularité  constante,  qu'inter- 
rompent seulement,  de  temps  en  temps,  une  fête  plus 
solennelle,  une  donation  de  biens,  la  visite  de  quehpie 


—  156  ^ 

personnage  illustre,  ou  la  pratique  de  quelque  devoir 
de  charité  et  de  dévouement,  dans  un  incendie,  une 
inondation  ou  un  grand  malheur  puhlic. 

Telle  fut  longtemps  Theureuse  destinée  de  l'abbaye 
(il'  Micv,  pendant  les  xi".  xn''  et  xiii*^  siècles.  Aimée 
par  les  rois,  protégée  par  les  papes  et  dirigée  par  de 
sages  abbés,  elle  put  accomplir  sa  mission  de  prière, 
lie  pénitence,  de  travail  matériel  et  intellectuel,  sans 
que  rien  ait  entravé  son  œuvre.  Ce  fut  la  période  la 
plus  féconde  de  son  existence,  celle  où  elle  donna  au 
ciel  les  élus  les  plus  nombreux,  sanctifiés  à  Tombre 
de  ses  cloîtres,  et  exerça  sur  les  hommes,  ses  con- 
temporains, la  plus  salutaire  intluence  par  Tédifica- 
lion  de  ses  vertus,  rhospilalilé  cl  son  inépuisable 
ciiarité. 

Fouhiues  P""  sr.ccéda  à  Albert  l""  en  i()3().  Cet  abbé, 
que  les  chroniques  nous  représentent  comme  un 
vieillard  vénérable,  de  taille  élevée  et  d'une  physio- 
nomie empreinte  d'une  austère  fermeté  adoucie  par 
lin  air  de  grande  bonté  (1/.  était  ami  d'Avesgaud, 
évèque  du  Mans,  avec  lecjuel  il  entr«'tint  des  lelations 
épistolaires  (2).  C'est  sans  doute  grâce  à  sa  bienveil- 
lance qu'il  obtint  pour  sa  communauté  une  donation 
importante. 

Vu  Kl.'il),  un  chevalier,  nommé  Suavis,  lui  concéda 
l'église  de  Saint-Jean,  bâtie  près  du  chàteau-forl  de  la 
Mothe,  dans  le  pagus  manceau,  avec  le  produit  des 
dîmes  et  droits  à  percevoir  à  la  foire  tenue  en  ce  lieu 

(i)  Mahillon,  A?i(ile('ta,i.  111,  p,  302. 

(2)  Bibliot.  d'Orléans.  Hubert,  M.  S.  430*.  p.  165. 


—   157  — 

le  jour  de  la  fête  de  Saint-Jean-Baptisle.  L'évêque 
Avesgaud,  qui  mourut  la  même  année,  d'accord  avec 
son  clergé,  exempta  cette  église  des  redevances  svno- 
dales  (1).  Ce  lieu  de  Saint- Jean-de-la-Motlie  devint 
un  prieuré  considérable  qu(î  les  religieux  de  Saint- 
Mesmin  occupèrent  longtemps.  Ils  exercèrent  sur 
cette  région  une  action  salutaire  ;  les  rois  d'Angle- 
terre, quand  ils  furent  maîtres  de  l'Anjou  et  du  Maine, 
leur  adressèrent  des  lettres  de  protection  (2). 

Raoul,  que  les  moines  de  Micy  élurent  après  la 
mort  de  Foulques  P'",  vers  l'année  lOoO,  est  connu 
par  un  acte  seulement.  Il  signa,  comme  témoin,  une 
charte  d'Isembard  de  Brave.  Par  cet  acte,  l'évêque 
d'Orléans,  désireux  de  s'assurer  la  participation  aux 
prières  et  aux  bonnes  œuvres  des  religieux  de  Ciuny, 
dont  la  renommée  resplendissait  alors  de  toute  part, 
sous  la  direction  de  saint  Hugues,  leur  abbé,  leur 
avait  accordé,  de  concert  avec  les  chanoines  de  son 
Chapitre,  une  prébende  dans  la  cathédrale  de  Sainte- 
Ooix,  à  la  condition  qu'ils  nourriraient  chaque  jour 
deux  pauvres,  l'un  en  son  propre  nom,  l'autre  en 
celui  du  Chapitre  (3). 

Les  chanoines  de  Saint-Aignan  imitèrent  cet 
exemple,  vers  ce  même  temps  ;  ils  donnèrent  aux 
moines  de  Saint-Mesmin  une  prébende  d'honneur 
dans  leur  Chapitre,  alin  de  participer  aux  mérites 
acquis  par  leur  communauté. 

(1)  Gallia  Ghristiana,  KixL  Aurel.,  t.  \III,  \k  ir>)->. 

(2)  Bibliot.  Nation.,  Baluze,  792,  f--  lOO. 

(3)  D.  Luc  d'Achlhv,  Spicileyium.,  t.  VI.  [».  VA. 


—  158  — 

Voici  en  quoi  consistait  cette  concession.  Quand 
une  prébende  canoniale  venait  à  vaquer  par  décès, 
démission  ou  autrement,  et  qu'un  chanoine  était  élu 
en  cette  place,  le  nouveau  titulaire  devait,  pendant  un 
an,  laisser  les  fruits  de  sa  prébende  aux  religieux  de 
Saint-Mesmin  qui,  de  leur  côté,  prenaient  l'engage- 
ment de  célébrer  une  messe  chaque  jour,  pendant  un 
an,  et  d'autres  services  pieux,  pour  tout  charioine 
décédé. 

Mais  les  obligations  contractées  furent  mal  rem- 
plies, surtout  de  la  part  du  Ciiapitre  de  Saint-Aignan, 
et  cette  fondation  suscita  plus  tard  de  nombreuses 
difiicultés,  qui  nécessitèrent  l'intervention  du  pape 
Lucius,  comme  nous  le  verrons  en  son  lieu  (1). 

Foulques  II,  abbé  en  10o9,  eut  une  grande  contes- 
tation avec  Gontard,  abbé  de  Jumièges,  au  sujet  de 
la  Celle  de  Dammarie-en-Blésois.  Albert,  moine  de 
ce  monastère,  la  lui  avait  donnée  avant  de  devenir 
supérieur  de  celui  de  Micy.  Foulques,  d'après  quelques 
présomptions,  crut  qu'elle  devait  appartenir  à  son 
couvent  et  la  revendicjua.  Une  conférence  fut  tenue 
|)()ur  cet  objet,  à  hupielle  prirent  part  de  nombreux 
abbés  «>t  notables  de  la  contrée.  Après  un  sérieux 
examen  des  prétentions  de  chaque  partie,  la  Celle 
tut  adjugée  à  Jumièges.  et  la  paix  se  trouva  ainsi 
rétablie  (2). 

A  la  demande  de  Foulques,  le  roi  de  France,  Phi- 
lippe I'",  exempta  les  religieux  de  Micy  de  plusieurs 

(1)  Pï'ompluarium  miciacense,  Secundum,  p.  37. 
''^)  M.vuiLLON,  A.nn.  Ord.  Dened.,  t.  V.,  p.  2^31. 


—  159  — 

sujétions  auxquelles  ils  étaient  astreints  envers  ses 
officiers  de  Beaugency  (1). 

L'abbé  Foulques  II  mourut  vers  l'année  1073. 

Chrétien,  qui  le  remplaça,  est  connu  par  des  actes 
plus  nombreux.  Son  premier  soin  fut  de  demander 
au  roi  de  France  une  charte  de  confirmation  et  de 
garantie  pour  les  donations  faites  précédemment  à 
son  monastère.  Philippe  P^'  la  lui  accorda  pendant 
un  séjour  qu'il  fit  à  Orléans,  la  dix-septième  année 
de  son  règne  (2). 

Dans  le  même  temps  et  en  la  môme  ville,  ce  souve- 
rain rendit  une  ordonnance  obligeant  tous  ceux  qui 
iraient  s'établir  sur  les  terres  de  Tabbaye,  hommes 
libres  ou  serfs,  à  payer  les  droits  dont  elles  étaient 
taxées.  Il  arrivait  fréquemment  que  des  étrangers 
venaient  se  fixer  sur  les  domaines  des  moines,  oii  ils 
trouvaient  à  vivre  plus  facilement,  et,  sous  prétexte 
qu'ils  ne  dépendaient  pas  d'eux,  refusaient  de  payer 
les  redevances  dues  pour  ces  biens.  L'ordonnance  du 
roi,  obtenue  par  Chrétien,  mit  fin  à  cet  abus  (3). 

Ce  qu'il  y  eut  de  plus  remarquable  durant  l'admi- 
nistration de  cet  abbé,  ce  fut  le  nombre  et  l'impor- 
tance des  donations  d'églises  faites  aux  religieux  de 
Saint-Mesinin. 

Au  moyen  âge,  tous,  rois  et  évéques,  prùti'es  ou 
laïques,  croyaient  ne  pouvoir  pas  nneux  faire  que 
de  confier  au  zèle  des  moines  la  direction  et  la  sur- 

(1)  Bibliothèque  Nationak*,  E  Cartulario  MicAacensi^i^Ty^. 

(2)  Gallia  Christiana,  Eccl.  Aurel.,  t.  VIII,  p.  1532. 

(3)  Bibliothèque  d'Orléans,   Dom    Verninac,   M.  S.  304'', 
p.  58. 


-   160  - 

veillance  du  ministère  paroissial.  Dès  les  premiers 
siècles  <lt*  rétablissement  du  christianisme  dans  la 
Gaule,  jusque  vers  les  temps  modernes,  un  «irand 
nomlu-e  dég^Iises  lurent  bâties  <;à  et  là  par  des  princes, 
des  seigneurs,  des  évèques,  des  chapitres,  ou  simple- 
ment par  de  grands  propriétaires  terriens  qui  vou- 
laient donner  le  moyen  de  remplir  leurs  devoirs  reli- 
gieux aux  gens  employés  sur  leurs  domaines.  Toute 
villa  un  peu  importante  eut  son  église  et  devint  ainsi 
le  berceau  d'une  paroisse,  comme  on  Ta  vu  dans 
la  grande  cliarte  de  Louis  le  Débonnaire,  de  83G, 
pour  une  foule  de  localités  de  TOrléanais  (1).  Le  pos- 
sessein-  de  Té^lise  charireait  de  la  desservir  un  prêtre 

~  X   .  I 

de  son  choix,  après  l'avoir  présenté  à  1  évéque  du 
diocèse,  pour  (|ii'il  en  rerùt  les  pouvoirs  canonicpies. 
Mais  dans  cette  société  encore  mal  organisée,  où 
les  mœurs  étaient  souvent  à  demi-barbares  et  où  il 
n'v  avait  pas  d'écoles  spéciales  pour  la  formation  des 
ministres  des  autels,  le  recrutement  du  clergé  était 
dilficile  et  les  bons  prêtres  rares.  On  préférait  remettre 
les  églises  aux  moines  (jui  inspiraient  plus  de  con- 
fiance, parce  cju'ils  étaient  habitués  à  une  vie  austère, 
généralement  instiuits  et  surveillés  de  près  par  leur 
abbé.  Ouand  ils  uv  jjouvaient  pas  administrer  [)ar 
eux-mêmes  toutes  les  paroisses  qu'on  leur  avait  don- 
nées, ils  y  mettaient  des  prêtres  choisis  par  eux,  sur- 
veillaient l'exercice  du  culte,  entrelrenaient  les  édifices 
religieux  et  empêchaient  de  nombreux  abus.  C'est  ce 
(jui  fxplicjuc  pour(|uoi  les  églises  paroissiales  furent 

(1)  Voir  au  chapitre  IV  de  cette  Histoire. 


—  161  — 

confiées  on  si  grand  nombre  aux  Institutions  monas- 
tiques et  en  particulier  à  celle  de  Saint-Mesmin. 

En  1082,  une  pieuse  veuve,  nommée  Maussende,  lui 
donna  l'église  de  Saint-Marceau,  située  en  face  d'Or- 
léans, de  l'autre  côté  de  la  Loire.  La  charte  de  confir- 
mation, faite  à  ce  sujet  par  l'évèque  Raignier  de 
Flandre,  explique  dans  quelles  conditions  fut  accom- 
plie cette  donation  et  quelles  difficultés  elle  ren- 
contra (1). 

((  Il  convient,  dit-il,  que  les  siècles  futurs  con- 
servent la  mémoire  des  dons  faits  aux  lieux  saints. 
Moi,  Raignier,  par  la  grâce  de  Dieu  évèque  d'(3rléans, 
je  veux  que  tous  les  fidèles  présents  ou  futurs  sachent 
qu'une  pieuse  femme,  nommée  Maussende,  est  venue 
en  notre  présence  ;  elle  possédait  par  droit  de  suc- 
cession l'église  de  Saint-Marceau,  que  ses  ancêtres 
avaient  jadis  reçue  en  hénéfice  de  notre  Chapitre  de 
Sainte-Croix,  et  l'avait  retirée  des  mains  des  religieux 
de  Bourgueil  (2),  qui  l'avait  occupée  quelque  temps 
sans  aucun  droit,  comme  le  témoigne  la  sentence  des 
notables  et  hommes  de  loi  assemblés  à  cet  effet.  Et 
maintenant,  elle  nous  supplie  de  confirmer  la  donation 
(ju'elle-mème  et  son  fils  Albéric  ont  faite  de  cette 
église  aux  religieux  de  Saint-Mesmin,  afin  (ju'ils  la 
conservent  à  perpétuité.  Elle  leur  lait  cette  donation 
pour  le  salut  de  son  àme,  de  celles  de  ses  ancêtres  et 
de  celle  de  son  fils  Albéric,  <]wi  vient  de  mourir.  J  ai 

(1'  Bibliothèque    Nationale,     K    Cartulario    Miriacensi 
M.  S.  5,420,  f"  53. 
(2)  Ancienne  abbaye  béruMliciine,  au  dioc»>se  de  Tour«. 


—   102  — 

donc  consenti  à  sa  demande  et  à  celle  d'Henri,  fils 
d'Aliiéric.  encore  jeune  enfant,  en  présence  de  tous 
les  fidèles  de  notre  Eglise,  tant  clercs  que  laïcs.  J'ai 
concédé  et  j'ai  livré  cette  église  de  Saint-Marceau  aux 
religieux  susdits  ;  et,  pour  garantie  de  cet  acte,  je 
l'ai  signé  de  ma  main  et  confirmé  de  mon  sceau.  Pour 
rendre  indestructible  l'autorité  de  cette  concession, 
dans  les  temps  à  venir,  je  l'ai  fait  munir  de  la  signature 
de  tous  les  dignitaires  de  notre  église  de  Sainte-Croix. 
Fait  publiquement  à  Orléans,  la  vingt-deuxième  année 
du  règne  de  Philippe,  roi  (1082)  »  (1). 

A  la  suite  du  jugement  dont  il  est  fait  mention  dans 
cet  acte,  rarclievéque  de  Sens,  Ricber,  métropolitain 
d'Orléans,  avait  adjugé  l'église  de  Saint-Marceau  à 
Chrétien,  abbé  de  31icy,  en  vertu  de  la  donation  de 
Maussende  ;  Raignier  l'avait  confirmée;  et  entin  Hau- 
dry,  abbé  de  Bourgueil,  reconnaissant  le  bien- fondé 
de  la  sentence,  Tavait  approuvée  par  un  acte  spé- 
cial (2). 

Chrétien  envoya  à  Saint-Marceau  des  religieux  qui 
occupèrent  ce  prieuré  et  y  remplirent  longtemps  les 
fonctions  curiales.  Après  les  désastres  causés  par  les 
Anglais,  durant  la  guerre  de  Cent  ans,  il  fut  détaché 
de  l'église  paroissiale  et  demeura  à  Fétat  de  prieuré 
simple,  c'est-à-dire  sans  charge  d'àmes. 

E[i  HOî),  Sancion,  seigneur  de  La  Ferté-Saint- 
Ilubert  (3),  donna  au  monastèie  de  Saint-Mesmin  les 

(1)  Pi<>oe  juslilicative  XVJ,  charte  pour  Saint-Marceau. 
i'I)  nibliotliAquo  ÏSTationale,  M.  S,  1,730,  fo  83. 
(."»)  Aujoui-d'liui  La  Kerté-Saint-Aignan,  canton  de  Neung- 
sur-Beuvron  (Loir-ot-Cher). 


—  163  — 

deux  églises  de  ce  lieu,  celle  des  saints  Gervais  et 
Protais,  qui  était  collégiale,  et  celle  de  saint  Sulpice, 
qui  était  paroissiale.  Jean  lil,  évoque  d'Orléans,  ap- 
prouva* cette  donation  au  mois  de  janvier  de  l'année 
suivante  (1). 

Hervé,  seig-neur  de  Meung-,  avait  exigé  certaines 
redevances  injustes  sur  les  terres  du  monastère.  Il  en 
fit  la  remise  à  l'abbé  Clirétien,  par  une  charte  que 
confirmèrent  le  roi  Philippe  I"  et  son  fils  Louis  Yl, 
en  1103.  Il  devint  par  la  suite  l'ami  des  moines  et 
leur  bienfaiteur.  En  mourant,  il  demanda  à  être 
inhumé  dans  leur  église  abbatiale,  faveur  qui  lui  fut 
accordée  (2). 

Quant  à  Baudry,  abbé  de  Bourgueil,  qui  avait  eu 
un  dissentiment  avec  les  religieux  de  Saint-3Iesmin 
au  sujet  de  l'ég-lise  de  Saint-Marceau,  il  s'était  sincè- 
rement réconcilié  avec  eux,  et,  comme  gage  de  son 
amitié,  leur  donna  la  moitié  d'une  rente  lui  apparte- 
nant, sur  l'église  de  Meung-.  Il  était  originaire  de 
cette  ville,  et  tenait  ce  bénéfice  de  ses  ancêtres.  Il  fit 
ensuite  une  association  de  prières  entre  son  abbaye  et 
celle  de  JVIicy,  afin  de  resserrer  les  liens  qui  unissaient 
les  deux  communautés  (3).  Peu  après,  il  fut  nommé 
à  l'évêché  de  Dol,  qu'il  gouverna  vingt-cinq  ans,  avec 
autant  de  sagesse  que  de  piété. 

Tout  en  dirigeant  ses  frères  avec  une  grande  solli- 
citude,   l'abbé   Chrétien   prit  part    à    [)lusieurs  actes 

(1)  Mabillon,  Ann.  Ovcl.  Bened.,  t.  V,  p.  231. 

(2)  Bibl.  nat.,  do77i  Esllennot,  M.  S    l'2,7.S9,  f»  11. 

(3j  GaIjLTa  (-HU1STIANA,  Eccl.  Auref.,  t  VIll,  p.  \ï)'33. 


—  1()4  — 

accomplis  de  son  temps.  Il  assista,  en  1104,  au 
concile  de  Troyes,  en  Champagne,  où  fui'ent  confir- 
més les  droits  des  religieux  de  Saint-Florent  d'Arijou. 
sur  le  prieuré  de  Saint-Gondon  (1). 

L'année  suivante,  il  lut  présent  à  la  consécration 
de  la  nouvelle  église  de  Meung.  aujourd'hui  parois- 
siale. Celte  cérémonie  tut  laite  par  Jean  11,  évècpie 
d'Orléans,  entouré  de  Raoul,  archevêque  de  Tours: 
de  Galon,  évèque  de  Paris,  et  d'un  immense  concours 
de  peuple.  Le  même  joui',  on  tiansporta  dans  la  nou- 
velle église  les  reliques  de  saint  Liphard  et  de  saint 
Urhin,  qui  y  furent  longtemps  l'ohjet  de  la  vénération 
des  fidèles  (2). 

Après  une  heureuse  administration  de  trente-cimj 
ans,  Chrétien  mourut  [)lein  de  mérites,  et  fut  rem- 
placé par  un  moine  nonuné  Garnier.  élevé  sur  le 
siège  ahhalial  de  Saint-Mesmin.  par  la  lihre  élection 
de  ses  frères,  eu   1 1 10. 

Garnier  ohlint  plusieurs  nolahles  avantages  pour 
son  monastère.  Ln  111:2.  Louis  \\  le  Gios  lui  loua 
sa  ferme  de  Hozières  C-h,  pour  la  somme  annuelle  de 
10  sols  de  cens.  Le  roi  fit  cette  location  du  consente- 
ment de  Guy  de  Senlis,  seigneui-  de  ce  lieu,  (jui  la 
Icuail  eu  hénéliee,  et  de  Guillaume  et  Guy,  ses  deux 
fils  (4). 

Ce  (jui  fut  plus  agréahie  aux    moines  de  Micy.   ce 

(1)  Coniimine  de  l'arrond.  et  canton  <lo  (tien  (Loiret). 
{2)  Gallia  Christiana,  Eccl.  Aurel.,  t.  VIII,  p.  iAW. 

(3)  Conjniune  du  canton  de  Meung  (Loiret». 

(4)  Gallia  Christiaxa,  Eccl.  Aurel.,  t.  VIII,  p.  1533. 


—  165  — 

fut  la  remise  de  certaines  coutumes  onéreuses  et 
irritantes  qui  leur  avaient  été  imposées  jadis  par  les 
évéques  d'Orléans.  Quand  un  prélat  partait  en  guerre 
à  la  suite  du  roi,  ou  allait  assister  à  quelque  concile, 
ils  étaient  obligés  de  lui  fournir  un  cheval  de  bat  pour 
ses  bagages;  dans  l'Avent  et  le  Carême,  ils  devaient 
le  pourvoir  de  poissons  fins,  ou  racheter  cette  obliga- 
tion à  prix  d'argent  ;  ou  bien  encore,  lorsque  ses 
serviteurs  venaient  faucher  les  prés  de  l'évêché,  ils 
contraignaient  les  moines  à  leur  donner  du  pain,  du 
vin  et  la  moitié  d'un  agneau,  le  jour  de  la  Sainte- 
Croix.  Jean  II  leur  remit  toutes  ces  servitudes^ 
en  IMo  ;  et  afin  qu'on  ne  fût  plus  tenté  de  les  renou- 
veler, il  frappa  d'excommunication  ceux  qui  vou- 
draient essayer  de  les  y  assujettir  à  Favenir  (1). 

Etienne,  qui  succéda  à  Garnier,  en  lilG,  n'occupa 
que  quatre  années  le  siège  abbatial  de  Saint-Mesmin. 
Durant  ce  temps,  il  obtint  du  pape  Pascal  II  une 
Jiulle  de  protection  pour  les  biens  de  son  monastère. 

C'est  sous  le  patronage  de  la  papauté  que  les 
abbayes  ont  prospéré  au  moyen  âge.  L'arrivée  d'une 
Bulle  émanée  du  chef  de  la  chrétienté  était  un  événe- 
ment heureux.  Si  elle  ne  mettait  pas  fin  à  toutes  les 
contestations,  il  est  ceilain  (ju'elle  déconcertait  la 
mauvaise  foi,  et  qu'elle  empêchait  ou  réparait  de 
nombreuses  injustices.  Entre  la  faiblesse  des  rois  et 
la  violence  des  seigneurs  féodaux,  la  puissance  des 
papes  était  la  plus  ferme  et  la  plus  révérée  qui  existât 
sur  la  terre.  Elle  s'appuyait  sur  le  sentiment  religieux 

(1)  Bibl.  nation.,  Baluze,  M.  S.  79-2,  f*  98. 

12 


—  166  — 

très  vif  à  cette  époque.  Le  caractère  sacré  dont  ils 
étaient  revêtus,  la  haute  autorité  morale  de  leurs 
vertus  donnait  une  sanction  presque  irrésistible  aux 
actes  émanés  de  leurs  jugements.  Aussi  les  interdits 
et  les  excommunications,  dont  ils  menaçaient  les 
méchants,  arrêtaient  leur  bras,  mettaient  (in  à  leurs 
usurpations,  ou  bien  les  amenaient  souvent  à  une  juste 
réparation.  Ces  armes  toutes  spirituelles,  s'adressant  à 
la  conscience  deschrétiens,  suppléaient  à  l'impuissance 
des  lois  et  empêchaient  de  grands  maux.  C'est  pour- 
quoi nous  voyons  de  tous  côtés  les  chefs  des  commu- 
nautés religieuses,  et  en  particulier  ceux  do  Saint- 
Mesmin,  s'empresser  de  solliciter  ces  bulles  pré- 
cieuses, dès  leur  promotion  au  pouvoir  abbatial. 

Dans  celle  que  Pascal  II  adressa  à  Etienne,  le  pape 
dit  d'abord  c<  qu'il  est  du  devoir  du  successeur  de 
saint  Pierre  de  protéger  les  personnes  et  les  choses 
consacrées  à  Dieu.  Il  fait  ensuite  l'énumération  des 
biens  appartenant  au  monastère  de  3Iicy,  parmi 
lesquels  il  nomme  les  églises  de  Saint- Denis-en-Val, 
de  Saint-llilaire,  de  Saint-Pierre-de-Jouy,  de  Sainl- 
Symphorien-de-Chaingy,  de  la  Chapelle-Saint-iMes- 
min,  de  Saint-Eustache  et  de  Saint-Nicolas.  Le  pape 
déclare  qu'il  place  ces  biens  sous  sa  protection  et 
sous  celle  du  Siège  apostolique,  menaçant  des  peines 
ecclésiastiques  quiconque  oserait  porter  une  main 
sacrilège  sur  ces  personnes  ou  sur  ces  choses.  Donné 
à  Bénévent,  le  XVII  des  Calendes  d'avril  (Ki  mars) 
MCXVI  (1).  » 

(Ij  BiJjUot.  nation.,  M.  S.  5420,  f"  XIX. 


-   167  — 

Etienne  mourut  en  1120.  Quand  ses  frères  lui 
eurent  rendu  les  honneurs  de  la  sépulture,  ils  élurent 
en  sa  place  un  d'entre  eux,  Albert  II,  qui  était  de 
naissance  noble,  fils  de  Jehan,  sire  deMeung-,  premier 
vassal  de  Févêché  d'Orléans  (1). 

Cet  abbé  se  concilia  les  bonnes  grâces  de  Louis  YI 
le  Gros  qui,  d'ailleurs^  se  montra  constamment  favo- 
rable aux  Institutions  religieuses  pendant  la  durée  de 
son  long  règne.  Les  offlciers  de  la  couronne,  plus 
exigeants  que  leur  maître,  avaient  souvent  des  con- 
testations avec  les  gens  du  monastère,  au  sujet  de 
taxes  et  coutumes,  que  parfois  ils  réclamaient  indû- 
ment. A  la  requête  de  l'abbé,  le  roi  lui  accorda  une 
charte  qui  mit  fin  à  ces  exigences.  Il  y  déclare  qu'il 
prend  sous  sa  protection  spéciale  le  lieu  de  Saint- 
Mesmin ,  hommes  et  choses,  et  veut  qu'on  porte 
directement  à  sa  personne  toute  plainte  contre  ses 
gens,  se  réservant  d'en  faire  justice.  Il  donna  cet 
acte  à  Albert,  afin  qu'il  s^en  servît  pour  sa  défense^  au 
mois  de  mars  1123  (2). 

Eudes,  fils  d'Hervé,  de  Meung,  avait  accordé  aux 
moines  de  Micy  la  terre  et  le  moulin  de  Bullion  (3) 
A  la  demande  de  Yulguin,  archevêque  de  Bourges, 
de  Gilbert,  archevêque  de  Tours,  de  Jean  II,  évêque 
d'Orléans   et   dAlbert   H,    leur   abbé,   le    même   roi 

(1)  Bibliothèque  d'Orléans,  M.  S.,  436-%  fo81. 

(2)  Bibliothèque  d'Orléans,  boni  Vcminac,  M.  S.,  304^. 

(3)  11  y  a  une  commune  de  Bullion,  dans  le  canton  de 
Dourdan ,  arrondissement  de  Rambouillet  (Seine-et-Oise). 
Nous  n'avons  pas  pu  identifier  ce  lieu  avec  celui  dont  il 
s'agit  ici. 


—  168  — 

confirma  cette  concession,  en  1121,  et  leur  en  garantit 
à  perpétuité  la  paisible  possession. 

Béatrice,  épouse  d'Hervé,  de  la  Fcrté,  et  dame  de 
Saint-Sigismond,  en  Beauce,  du  consentement  d'Al- 
béric,  son  fils,  et  d "Agnès,  sa  fille,  donna  à  Saint- 
Mesmin  Téglise  de  ce  lieu,  lui  appartenant,  pour  le 
repos  de  lame  de  sou  mari,  le  jour  même  de  sa 
sépulture,  en  1122.  Elle  fit  celle  donation,  comme  il 
était  d'usage  en  ce  temps,  par  la  tradition  d'un  chan- 
delier doré  et  d'un  couteau  à  rnancJie  noir,  (|u'elle 
déposa  sur  l'auUd  de  Saint-Etienne.  L'évéque  d'Or- 
léans approuva  cet  acte  au  Chapitre  de  Sainte-Croix 
au  mois  de  novembre  suivant,  et  le  pape  Innocent  II 
le  confirma  plus  tard  par  un  privilège  accordé  eu  son 
palais  de  Latran,  le  II  des  Ides  de  janvier  (12  jan- 
vier), delà  12*' année  de  son  pontificat,  1142  (J). 

Les  moines  de  Micy  établirenl  à  Saint-Sigismond 
nu  prieuré  (jui  acquit  une  giaude  importance.  Il  fut 
i  objet  d'actes  nombreux  (jui  se  lisent  encore  dans 
l'extrait  du  Cartulaire  conservé  à  la  l^ibliotbèque 
nationale  (2).  Ces  actes  proviemient  des  évèques 
d'Orléans,  des  seigneurs  du  lieu  et  autres  person- 
nages. Ils  concernent  les  libertés  et  franchises  du 
prieuré,  l'attribution  des  olfrandes  recueillies  dans 
l'église,  b's  donations  de  cire  et  de  lampes,  la  per- 
cr[)ti()n  des  décimes  et  l'exercice  de  la  justice  abba- 
tiale, eu  un  Fuot,  tout  ce  (jui  constitue  la  vie  très 
active    d'un    établissenient    religieux    exerçant    une 

(1)  JUbliolliùque  nationale,  M.  S.,  12:o9,  fo  olU. 

(2)  Bibliothèque  nationale,  M.  S.,  54-^0,  fo  XXII. 


—  169  — 

influence    considérable    dans    la    région    où   il    se 
trouve. 

L'abbé  Albert  II  obtint  encore,  en  1126,  le  libre 
patronage  de  l'église  d'Ardon  {{)  que  lui  contestaient 
des  seigneurs  du  voisinage.  Enfin,  dans  cette  même 
année,  Hildebert,  archevêque  de  Tours,  lui  accorda 
la  faculté  de  placer  un  chapelain  dans  l'église  du 
bourg  de  Sainte-Maure  (2)^  en  son  diocèse,  pour  y 
faire  Poffice,  administrer  les  sacrements,  sauf  le 
baptême  et  inhumer  les  fidèles  qui  le  demanderaient. 
Ce  privilège  fut  confirmé  par  Joscin  qui  occupa  éga- 
lement le  siège  archiépiscopal  de  Tours  en  1170,  et 
par  Barthélémy,  son  successeur,  en  1207  (3). 

Hugues  continua  les  heureuses  pratiques  d'Albert  II 
qu'il  remplaça  dans  la  direction  du  monastère  de 
Saint-Mesmin,  en  1130. 

Il  reçut,  en  1133^  une  donation  importanfe  que 
nous  fait  connaître  l'intéressante  charte  suivante  (i)  : 

«  Moi,  Jean,  indigne  évêque  d'Orléans,  je  veux 
faire  savoir  à  tous  les  fidèles  de  la  sainte  Eglise,  pré- 
sents et  futurs,  que  Hugues,  vénérable  abbé  du 
monastère  de  Micy,  est  venu  en  notre  présence,  avec 
plusieurs  de  ses  frères,  et  a  prié  humblement  notre 
paternité  de  lui  concéder  une  église  élevée  en  l'hon- 
neur de  la  B.  V.  Marie,  dans  le  domaine  de  Vernou, 

(1)  Commune  du  canton  de  La  FerU'-Saint-Aubin  (Loirot). 

(2)  Chef-lieu  de  canton  de  l'arrondisseuient  de  Chinon 
(Indre-et-Loire). 

(3)  Bibliotlièque  nationale,  Baluze,  M.  S.,  792,  f^TO. 

(4)  Bibliothèque  d'Orléans,  Dom  Verninac,  M.  S.  39\^, 
p.  64. 


—  170  - 

en  Sologne  (1).  D'après  le  droit  ecclésiastique,  elle 
devait  appartenir  à  notre  niense  épiscopale;  mais  un 
chevalier  appelé  Réginald,  suivant  les  mauvaises 
pratiques  de  ses  ancêtres,  l'avait  injustement  occupée. 
Touché  enfin  de  repentir,  il  l'a  quittée,  donnée  et 
concédée  au  Bienheureux  Etienne,  premier  martyr  et 
au  ])ieux  confesseur  Mesmin,  avec  tout  ce  qui  en 
dépend,  savoir  :  le  preshytére,  les  offrandes  faites  aux 
cinq  fêtes  solennelles,  la  dîme  de  tout  ce  qui  doit  lui 
revenir,  et,  en  plus,  le  porche,  le  cimetière  et  une 
petite  maison  contiguë  à  ladite  église.  A  cette  donation, 
il  ajouta  de  son  propre  patrimoine,  un  affranchi,  du 
du  nom  de  Garin,  que  son  oncle  Raoul  lui  avait  cédé, 
et  une  parcelle  de  terre  lahourahle  touchant  au  porche 
de  l'église,  un  pré  et  des  bois,  pour  l'usage  des  reli- 
gieux qui  serviront  Dieu  en  ce  lieu.  Nous  avons  donc 
roru  avec  bienveillance  la  juste  demande  dudit  abbé, 
d'après  l'avis  de  nos  clercs,  disant  qu'il  était  digne 
d'un  tel  don.  Nous  avons  concédé  la  paroisse  de  Ver- 
nou.  et  tous  les  biens  ci-dessus  énumérés  au  premier 
martvr  saint  Etienne,  au  Bienheureux  Mesmin  et  aux 
frères  servant  Dieu  dans  leur  monastère,  pour  qu'ils 
les  possèdent  à  perpétuité,  l'année  dv  Tlncarnation 
du  Verbe.  1133.  Nous  ne  voulons  pas  passer  sous 
silence  que  cette  présente  donation  a  été  approuvée 
par  Eudes  Baderanne  et  ses  fils  Hugues,  Raoul  et 
Albéric  qui  nous  ont  demandé  à  participer  ainsi  aux 
mérites  de  leur  parent  Réginnld  (2).  » 

(1)  Commune  du  canton  ot  arrondissement  de  Romorantin 
(liGir-et-nhor). 
('})  Pi(Ve  justificative  XVII,  cliarte  pour  Vernou. 


—  171  — 

Le  roi  Louis  VI,  à  la  prière  de  Hugues,  approuva 
cette  donation,  qui  devint  ainsi  définitive  (1). 

L'abbé  de  Micy,  imitant  la  conduite  de  ses  prédé- 
cesseurs, demanda  au  pape  Innocent  II  une  bulle  de 
confirmation  pour  les  biens  de  son  couvent.  Il  le 
supplia  en  même  temps  de  décharger  celui-ci  de  cer- 
taines provisions  ou  redevances  fort  onéreuses,  exi- 
gées par  la  Cour  de  Rome.  Le  Souverain  Pontife, 
faisant  droit  à  son  désir,  lui  adressa  de  son  palais  de 
Latran  (1143),  une  bulle  dans  laquelle  il  rappelle 
d'abord  le  droit  de  patronage  que  les  évéques  d'Or- 
léans possèdent  sur  le  monastère  de  Saint-Mesmin  ; 
puis  il  exempte  celui-ci  des  charges  sus-indiquées,  et 
place  tous  ses  biens  sous  l'autorité  du  Siège  aposto- 
lique. Aux  églises  déjà  nommées  dans  la  bulle  de 
Pascal  II,  de  1116,  il  ajoute  celles  de  Cbaumont,  de 
Saint-Martin-de-Ligny,  de  Sainte-Marie-de-Petit-Mou- 
tier,  de  Sainte-Marie-de-Vernou,  et  la  chapelle  Saint- 
Paul,  d'Orléans  (2). 

Un  acte  très  curieux,  se  rapportant  à  Fadministra- 
tion  de  l'abbé  Huirucs,  est  une  charte  de  Louis  VI  le 
Gros,  en  la  vingt-troisième  année  de  son  règne,  et  la 
première  après  le  couronnement  de  son  fils  Louis  VII 
le  Jeune,  par  laquelle  les  deux  rois  rendent  au  monas- 
tère de  Saint-Mesmin  un  serf,  Raoul,  thelonnier, 
qu'ils  avaient  cru  leur  appartenir.  Ils  y  déclarent 
ensuite  que  Chrétienne,  fille  d'une  famille  serve  de 
Micy,  s'étant  mariée  à    un  lionimo   serf  du  domaine 

(1)  Galli/V  ('irnrsT.,  Eccles.  AureL.,  t.  VUI,  p.  lïùX}. 

(2)  Biblioth.  d'Orl.,  M.   S.,  39-i",  E:clrait  du  Cartulnirc . 


—  172  — 

royal,  les  enfants  qui  naîtront  de  ce  mariage  seront 
partagés  entre  eux  et  Hugues.  Fait  publiquement  à 
Orléans,  en  1130  (1). 

D'après  la  dure  loi  encore  en  vigueur  dans  ces 
siècles  de  fer,  les  serfs,  attachés  pour  la  vie  à  la  terre 
de  leur  maître,  ne  pouvaient  passe  marier  à  d'autres 
serfs  appartenant  à  des  maîtres  dillérenls,  afin  d'éviter 
des  complications  litigieuses.  S'ils  le  faisaient,  leurs 
enfants  devenaient  par  moitié  la  propriété  de  leur 
maître  respectif.  Les  moines  de  Micy,  en  suivant  cette 
loi,  ne  faisaient  que  se  conformer  à  la  pratique 
universelle  qui  formait  alors  une  des  bases  de  la 
société  franque.  Mais  bientôt  vont  venir  des  jours 
meilleurs,  oii  nous  les  verrons  aifrancliir  leurs  serfs 
et  devancer  leurs  contemporains  dans  le  grand  mou- 
vement vers  la  liberté,  où  les  engagèrent,  parmi  les 
premiers,  leur  charité  et  leur  intelligence  du  bien  de 
ces  hommes,  leurs  frères. 

L'abbé  Hugues  mourut  vers  1140,  après  avoir  gou- 
verné son  monastère  environ  dix-neuf  ans.  Ses  vertus 
douces  et  modestes  avaient  fait  l'édification  de  sa 
communauté.  Il  fnl  honoré  ihi  litre  Aliomine  de 
bonne  mémoire,  hommage  rendu  à  son  mérite, 
auquel  s'associa  le  roi  Louis  VII,  en  le  désignant  par 
ce  nom  dans  une  charte  de  confirmation. 

Sous  la  direction  des  huit  abbés  nommés  dans  le 
cours  de  ce  chapitre,  l'abbaye  de  Saint-Mesmin  jouit 
d'une  paix  profonde.  Ses  religieux  purent  se  livrer  à 
tous  les  exercices  de  leur  pieuse  vocation,  dans  la 

(l)  Biblioth.  d'Oil.,  M.  S.,  3l)4^  Extrait  du  Cartuîaire. 


—   173  ^ 

sécurité  d'une  tranquille  liberté.  La  prière,  les  austé- 
rités de  la  pénitence  volontaire,  le  travail  de  Tesprit 
et  du  corps  remplirent  leurs  journées  et. sanctifièrent 
leur  vie. 

Avec  le  temps,  une  certaine  modification  s'était 
introduite  dans  leurs  pratiques  habituelles.  Les  Béné- 
dictins s'étaient  peu  à  peu  adonnés  avec  moins 
d'assuiduité  aux  travaux  de  la  terre  ;  ils  avaient 
diminué  le  nombre  des  heures  consacrées  à  la  cul- 
ture du  sol.  Possesseurs  de  vastes  domaines,  pour  la 
plupart  fort  éloignés  de  leur  monastère,  ils  les  faisaient 
exploiter  par  des  serfs,  par  des  serviteurs  à  gages,  ou 
les  donnaient  en  location,  sous  la  surveillance  d'un 
religieux  spécialement  chargé  de  cet  office.  Quant 
aux  moines  résidant  au  couvent,  ils  prenaient  part 
aux  grands  ouvrages  des  champs,  aux  époques  de  la 
fenaison,  de  la  moisson  et  des  vendanges.  Pendant 
le  reste  de  l'année,  ils  employaient  à  l'étude,  à  la 
transcription  des  manuscrits  et  à  d'autres  œuvres  de 
l'esprit,  le  temps  que  leur  laissaient  la  méditation,  la 
lecture  et  les  longs  offices  du  chœur. 

Micy  a  suivi  ce  mouvement.  De  nombreux  ouvrages 
littéraires^  outre  ceux  que  nous  avons  signalés  au 
chapitre  précédent,  y  ont  été  produits.  Malheureuse- 
ment, la  plupart  ont  péri,  dans  les  désastres  survenus 
aux  siècles  postérieurs.  Il  reste  encore,  à  la  Bii)lio- 
thèque  de  l'Arsenal,  à  Paris,  un  spécimen  intéressant 
du  talent  de  ses  religieux  vers  cette  époque 
(1100  à  iloO)  (1). 

(1)  Bibliotliùque  de  l'Arsenal,  ù  Paris,  M.  S.  371. 


-    174  — 

C'est  un  manuscrit  en  parchemin,  de  24  feuillets, 
de  220  millimètres  sur  1^3,  en  fine  écriture  g^otliique 
du  xii"  siècle,  à  longues  lii^^nes.  Le  titre  est  en  encre 
rouge,  les  initiales  on  rouge  et  vert  foncé.  A  la  pre- 
mière page  existe  un  dessin  à  la  plume  ;  il  représente 
Dieu  le  Père  couronnant  la  Vierge  Marie,  au  milieu 
d'arabesques  formées  do  volutes  ot  do  Heurs  entre- 
lacées. 

Ce  manuscrit  est  relié  av<^c  trois  autres,  dans  un 
volume  de  133  pages,  portant  le  numéro  371 .  Il  ren- 
ferme trois  parties  bien  distinctes. 

La  première,  du  folio  7")  au  folio  87,  est  une  sorte 
de  traité  d'astronomie  ;  il  contient,  en  elfet,  des 
mélanges  sur  le  Comput  ecclésiastique,  sur  les  astres, 
des  notes  sur  les  éclipses,  les  Ides,  les  Calendes,  et 
une  table  indiquant  la  date  des  fêtes  mobiles,  de 
1127  à  H.L)6,  semblable  à  celles  que  Ton  place  en  tète 
de  tous  les  livres  d'offices  actuellement  en  usage. 
Cette  date,  do  1127,  montre  bien  que  ce  manuscrit  a 
dû  être  composé  au  plus  tard  en  1120  ;  une  indication 
antérieure  aurait  été  inutile. 

La  seconde  partie,  folio  87  à  folio  92,.  est  un  calen- 
drier commençant  par  des  vers  latins,  dont  le  premier 
s'exprime  ainsi  : 

Prima  dics  incnsis  et  scptima  truncat  ut  cnsls. 

On  y  lit  les  noms  de  presque  tous  les  saints  qui  ont 
vécu  à  Micy,  honorés  spécialement  dans  le  monastère 
et  dans  le  diocèse  d'Orléans  ;  saints  Aubin,  Mayeul, 
Aignan,  Arnoul,  Euspice,  Samson,  Théodemir,  Maxi- 


<^s/m*>nïrA^  »i^i-.'a|5W-.^.  * 


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icy,  au  xii»  siècle, 
enal,  M.  S.  371. 


—  179  ^ 

min,  Erroul,  Calais^  Léonard  ;  sainte  Geneviève  et 
sainte  xiustrebert,  etc.  Il  faut  remarquer,  au  15  dé- 
cembre, que  le  nom  de  saint  Maximin  est  inscrit  en 
caractères  plus  gros  que  ceux  de  la  fête  de  Noël,  au 
2o  du  même  mois,  pieux  et  naïf  témoignage  de  la 
vénération  du  copiste  pour  le  patron  de  son  cou- 
vent (1). 

La  troisième  partie,  folio  92  à  folio  99,  semble 
formée  de  plans  d'iiomélies  adressées,  selon  toute 
probabilité,  par  l'abbé  à  ses  religieux.  On  y  lit  un 
exposé  allégorique  des  temps  de  la  Septuagésime, 
du  Carême  et  d'autres  solennités  ;  puis  des  explica- 
tions sur  les  catéchumènes,  l'agneau  pascal,  la  preuve 
de  Ja  présence  réelle,  et  le  reniement  de  saint  Pierre. 

Ce  curieux  manuscrit  nous  donne  une  idée  exacte 
des  occupations  auxquelles  se  livraient  les  moines  de 
Saint-Mesmin,  dans  ces  âges  si  éloignés  de  nous.  On 
regrette  davantage^  en  le  voyant,  que  tant  d'autres 
ouvrages,  sortis  de  leur  intelligence  ou  transcrits  par 
leur  patience  séculaire,  aient  péri  pour  toujours,  lais- 
sant une  lacune  peut-être  irréparable,  dans  la  série 
des  œuvres  enfantées  par  l'esprit  humain. 

(l)  Voir  ci-contre  la  reproduction  de   deux  pages  de   ce 
manuscrit. 


—  180  — 


CHAPITRE  ÏX 

ASSASSINAT   DUN   ABBÉ.    CHARTES   DES   ROIS   DE  FRANCE,    DU 

ROI   d'aNGLETERRE,    DES    ÉVÊQUES    DORLÉANS.    AFFAIRES 

DE    LA    LÉPROSERIE,    DE   LA   PRÉBENDE    DE  SAINT-AIGNAN,    DU 

DUEL    JUDICIAIRE.    CONFLITS    DE    PÈCHE.     GUILLAUME, 

GAUTIER,    ANDRÉ,    LANCELIN,    ABBÉS. 

(1149-12(>>) 

Guillaume  P'',  qui  succéda  à  Hugues  on  1149  sur  le 
siège  abbatial  de  Saint-Mesmin,  se  rendit  recomman- 
dable  par  son  activité  et  son  zèle  pour  les  intérêts  de 
son  monastère.  Son  intelligente  administration  lui  pro- 
cura de  nombreux  avantages,  tandis  (jue  son  mérite 
personnel  le  fit  appeler  soit  comme  témoin,  soit 
comme  arbitre  dans  plusieurs  affaires  importantes, 
n  souscrivit,  en  1 J  iî),  à  une  charte  que  Guillaume  de 
Beaugency  donna  en  faveur  de  Bourg-Moyen  (1).  Il 
fit,  en  Hr)5,  un  accord  avec  Godefroy  I^onit  au  sujet 
du  moulin  de  Cbatillon  ;  et,  deux  ans  plus  tard, 
échangea,  avec  Manassès  I'''"de  Garlande,  évéque  d'Or- 
léaiis,  plusieurs  églises  soumises  à  son  patronage.  Il 
obtint  t'nfin,  du  même  évècpie,  la  confirmation  de  la 
terie  de  Pi'ouville,  cpie  lui  avait  donnée  Richard 
d'Allet  i2\ 

(1)  Abbaye  de  reli^neux  Aii»s'U8tins,  à  Blois. 
(3)  Gallia  Chhistiana,    Ecclesin  Aïo'elintipnsh.  t.  \]1I, 
p.  1543. 


—  181   — 

D'autres  soins  sollicitèrent  son  attention  vers  la 
même  époque.  De  tout  temps,  les  moines  avaient  été 
en  butte  aux  vexations  des  gens  de  guerre,  chefs  et 
soldats,  qui  se  faisaient  un  plaisir  cruel  de  les  tour- 
menter et  de  s'emparer  de  leurs  biens,  Iiommes  et 
choses.  Un  seul  pouvoir  était  capable  de  mettre  fin  à 
ces  sévices,  celui  du  roi,  dont  l'autorité  s'affermissait 
de  jour  en  jour.  L'abbé  Guillaume  fut  obligé  d'y 
recourir.  Sa  lettre  à  Louis  YII  le  Jeune  nous  apprend 
dans  quelles  circonstances  (1). 

«  A  Louis,  par  la  grâce  de  Dieu,  très  excellent  roi 
des  Francs,  frère  Guillaume,  abbé  de  Saint-Mesmin, 
et  tous  les  frères  du  même  lieu,  salut  et  union  de 
prières.  Notre  Église  a  toujours  eu  pour  protec- 
teurs les  rois,  vos  prédécesseurs;  soyez  aussi  notre 
tuteur  et  notre  défenseur  dans  le  cas  présent,  c;»r 
nous  ne  pouvons  nous  réfugier  que  dans  l'asile  <le 
votre  puissante  bontés  (|uand  nos  ennemis  nous 
persécutent.  Dernièrement,  un  soldat  de  Raoul  de 
Nids,  Godefroy,  fils  de  Foulques,  s'est  emparé  sans 
justice  d'un  de  nos  Iiommes,  et  le  retient  en  prison, 
affirmant  qu'il  est  sien.  Mais  nous,  sachant  bien  que 
cet  homme  et  ses  ancêtres  sont  de  Saint-Mesmin 
depuis  plus  de  cent  ans,  nous  avons  sommé,  de  votre 
pai't,  ledit  Robert  de  Nids  et  son  soldat,  de  se  [)ré- 
sentcr  devant  votre  justice  [)0ur  v  juger  cetl(*  allairr. 
Ils  nen  ont  rien  fait.  Noiis  supplions  dune  votre 
Majesté  d'ordonuer  que  ce  malheureux  soit  mis  en 
liberté,  jusqu'à  ce  que  vous  ayez  appelé  la  cause   à 

(1)  Du  Chesne,  Historiœ  Francovum,  t.  IV.  p.  739. 

13 


—  182  — 

votre  audience  ou.  du  moins,  si  tel  est  votre  bon 
plaisir,  d'aviser  vos  prévois  d'Orléans  de  ce  qui  doit 
être  fait  jusque-là.  Nous  vous  saluons  »  (1). 

Ce  conflit  fut  sans  doute  apaisé  au  contentement 
des  deux  parties  ;  car  Raoul  de  Nids,  seigneur  de 
La  Ferté-Nerbert  (2),  se  montra  par  la  suite  aussi 
bienveillant  envers  les  moines,  (|u  il  leur  avait  d'abord 
été  hostile.  En  IJîJ",  il  leur  conlirma  tous  les  biens 
que  leur  avaient  accordés  ses  ancêtres  par  la  belle 
charte  suivante  : 

((  Puisque  la  mort  jalouse  ou  l'odieux  oubli  jettent 
d'ordinaire  un  voile  épais  sur  nos  actions  ou  même 
les  efiacent  entièrement,  il  est  bon  de  lixer  par  un 
écrit  durable  les  actes  dignes  d'un  long  souvenir.  Moi, 
Raoul  de  Nids,  je  fais  donc  savoir  à  tous,  présents  et 
futurs,  que  je  donrie  aux  religieux  de  Saint-Mesmin 
tous  les  descendants  de  Thierry  pour  serfs  et  serves. 
Je  les  leur  cède  en  paisible  possession,  sans  que  per- 
sonne [misse  rien  réclamer  à  leur  sujet.  En  outre,  je 
leur  ai  confirnjé,  sous  la  garantie  de  mon  sceau  cl  du 
consentement  d'Adélaïde,  mon  épouse,  la  possession 
de  tous  les  biens,  dons  et  bénéfices  que  le  vicomte 
Robert  et  mes  autres  prédécesseurs  ont  donnés  jusqu'à 
ce  jour  à  Dieu,  au  Rienheureux  Mesmin  et  à  ses 
frères;  je  leui-  eu  garantis  la  jouissance  perpétuelle 
en  toute  libellé  et  tranquillité.  Parmi  ces  biens,  il 
convient  d  en  désigner  plusieurs  par  leur  propre  nom  ; 

(I)  Voir  piècH  juslilicalivo  XIX,  lettre  <le  Guillaume. 
i'I)  AujounDiui  T.a  Fertô-Saint-Auhin.  chef  lieu  de  canton 
(Lon-et). 


—  183  — 

ce  sont  :  le  village  de  Mont-Ciran,  avec  ses  hommes 
de  corps,  ses  prés,  ses  bois,  ses  dîmes  et  toutes  ses 
dépendances  ;  le  village  de  Saint-Aubin,  avec  ses 
hommes,  maisons,  vignes  et  vergers.  Je  leur  accorde 
en  outre  les  dîmes  entières  et  les  prémices  de  tout 
mon  domaine  sur  les  champs  et  les  bois,  les  terres 
cultivées  et  incultes,  et  sur  les  marchés,  les  jours  de 
Saint-Aubin  (J^^'mars),  de  Saint-Gilles  (1'^''  septembre), 
de  Saint-Michel  (29  septembre;,  pour  la  décoration  de 
l'église  dudit  archange  ;  la  moitié  de  celles  du  marché 
de  Saint-Laurent  (10  aoùtj  ;  enfin,  un  jour  chaque 
année,  la  veille  de  Saint-Laurent,  le  droit  de  pécher 
dans  toute  l'eau  qui  entoure  mon  château.  Moi,  Raoul 
de  Nids,  j'ai  fait  publiquement  cette  donation  dans  le 
Cliapitre  de  Saint-Mesmin,  Tan  ilo7  de  Tlncarnation 
du  Seigneur  »  (1). 

La  contestation,  suscitée  par  Bouchard  de  Meung, 
fut  plus  longue  et  plus  difficile  à  apaiser.  Ce  seigneur 
prétendait  avoir  été  lésé  dans  ses  droits  par  la  foih 
dation  du  prieuré  de  La  Ferté-Aurain,  qu'avait  faite 
son  grand-oncle  Hervé,  en  1035.  Afin  de  se  dédom- 
mager de  ce  qu'il  croyait  avoir  perdu,  il  s'empara  de 
terres  dépendant  de  ce  prieuré  pour  une  valeur  de 
cinquante  livres.  Sommé  de  restituer  ce  bien,  il  le 
promit,  mais  ne  tint  pas  sa  promesse.  Il  garda  les 
terres  usurpées,  traîna  l'alfaire  en  longueur  pendant 
plusieurs  années,  et,,  durant  tout  ce  temps,  ne  cessa 
pas  de  molester  les  moin(.'s  par  tous  les  movens  en 

(1)  Bibliothèque  Nationale,  M.  S.  5420,  E  Ctirlulario  Mi- 
ciacensi. 


—  184  — 

son  [)Ouvoir.  Manassès,  irrité  de  sa  mauvaise  foi^  lui 
infligea  une  amende  de  viiiut  livres  ri  le  nienara  de 
rexcominuiiicalioii.  Hieii  ne  jxit  le  l'aire  céder.  Alors 
labbé  de  iMicy  s'adiessa  direclcment  au  Souvei'ain 
Porilit'e  poni'  ohlenii'  jnslice.  Alexandre  III  nomma 
jnii»'  de  celte  cause  (iu\.  ai clieN'èque  de  Sens,  (jui 
fiappa  Bouchard  d'analliènu'.  Toute  la  noblesse  de  la 
province  inteivint  dans  ce  conllit  ;  on  reconnut  una- 
nimement les  droits  du  monastère,  et  le  coupable  lui 
contraint  de  se  soumettre.  Dans  une  charte  (ju'il 
donna  à  cet  effet,  en  1179,  Ikiucliard  confessa  ses 
torts,  restitua  les  terres  envahies  et  })romit  de  res- 
pecter désormais  les  biens,  honnnes  el  choses,  appai- 
tenant  à  Micy  (1  ). 

Tout  en  rcveiidiquanl  én('ri^i(|uement  les  droits  de 
son  monasléie.  (iuillaume  ne  néij;lioeail  rien  pour  lui 
[»r'Ocurer  les  g^aranlies  capables  de  le  inelh'e  à  l'abri  de 
semblables  usurpations.  11  fit  conlirmer,  par  Tévèque 
d'Orléans,  diverses  donations  :  puis,  s'adressanl  à  une 
auloi'ilé  plus  haute  encore,  il  sollicila  «'l  oblinl  d'Ku- 
gènc  111  un»'  bulle  ch'  protection  envoyée  de  Home, 
en  il.")!).  (Juand  Alexandre  111  eul  été  élevé  sur  le 
li(Mie  de  Saint-Pieri'e.  il  lui  demanda  la  même  faveur 
et,  it'fiil .  en  11(10,  une  iiou\elle  bulle  (|iii  plarail 
sous  la  sauvegarde  du  Siège  apostoli(jue  tous  les 
domaines  el  églises  formant  le  patrimoine  du  couvenl 
de  Saint-Mesmin  (2). 

Lu  celte  même  aimée,  l'abbé  de  Micy  assista,   avec 

(1)  Bibliothèque  Nationale,  M.  S.,  5420,  cart.  XLVII. 

(2)  Bibliothèque  Nationale,  M.  S.  5420,  cart.  LXXIX. 


-  185  — 

de  nombreux  et  illustres  personnages,  évéques,  abbés 
et  prélats  de  tout  rang,  aux  fêtes  solennelles  qui 
eurent  lieu  à  Argenteuil,  près  Paris,  en  l'honneur  de 
la  Sainte  Robe  de  Xotre-Seigneur  Jésus-CiuMst,  véné- 
rée dans  ce  sanctuaire  de  toute  aiiliquilé.  Il  est 
nommé  dans  la  bulle  (|ue  le  pape  donna  en  celle 
circonstance,  et  rapporta  plusieurs  indulgences  pré- 
cieuses à  ses  frères  de  Saint-Mesmin  (  1  ). 

Cependant,  malgré  tout  son  mérite,  il  semble  que 
l'abbé  Guillaume  ne  sut  pas  se  concilier  raffection 
des  religieux  soumis  à  son  pouvoir.  Ktait-ce  à  cause 
d'une  sévérité  trop  grande,  était-ce  pour  quelque 
autre  motif?  On  l'ignoL'e.  Toujours  est-il  que  les 
moines  mécontents  subornèrent  un  jeune  garçon  (jui, 
à  leur  instigation,  assassina  le  malheureux  abbé  (2). 

Alexandre  III  séjournait  alors  eu  France.  Chassé 
de  Rome  et  d'Italie  par  la  haine  et  la  guerre  impi- 
tovable  que  lui  faisait  Frédéric  F3arberousse,  empereur 
d'Allemagne,  il  s'était  réfugié  dans  nolic  pays,  asile 
ordinaire  de  la  papauté  dans  ses  jours  de  douleur.  Il 
allait  de  divers  côtés,  consacrant  les  églises  et  bénis- 
sant les  peuples.  Sa  mission  consistait  surtout  à 
prononcer  sur  les  causes  ecclésiastiques,  dont  il  était 
le  haiil  justiciei'.  Louis  \'ll  le  chargcn  d'insfruiir  la 
grave  alfaire  de  Micy,  el  de  punir  les  coupahh's.  Le 
pape  lui   adi'essa   de   Déols    (3)    une   lettre  où    il   hii 

(1)  (Jkrberox,  Histoire  de  la  Sainte  Rolje,  ilans  le  Hn-itcH 
des  Historiens  de  France,  t.  XV,  p.  GIM). 

(2)  RoBERTUs  DE  MoNTE,  od  annxim  llG'l 

(3)  Abbaye  bénédictine,  sur  la  rivière  d'Indre,  à  six  lieues 
de  Bourges . 


—  186  — 

expose   ce  qu'il    a   fait,  et   sollicite   sa  bienveillance 
pour  les  nouveaux  relij^ieux  établis  àSaint-Mesmin  (1). 

«  Alexandre,  évèque,  serviteur  des  serviteurs  de 
f)iou,  à  notre  très  cher  fils  en  Jésus-Christ,  l'illustre 
roi  des  Francs,  salut  et  bénédiction  apostolique.  Le 
soin  de  notre  administration  pontificale  nous  oblige  à 
nous  occuper  des  lieux  saints,  principalement  de  ceux 
que  votre  Excellence  nous  a  recommandés  d'une 
manière  spéciale.  Afin  de  répondre  à  vos  justes  inten- 
tions, nous  avons  disséminé  dans  divers  monastères 
les  religieux  de  Saint-Mesmin,  qui  s'étaient  déshono- 
rés par  le  meurlre  de  leur  abbé,  acte  très  criminel. 
Comme  vous  l'avez  demandé,  nous  en  avons  établi 
d'autres  en  ce  lieu,  avec  l'aide  de  Dieu.  Xous  les 
recommandons  à  votre  sublimité,  vous  suppliant  de 
les  aimer  et  di}  les  protéger,  en  considération  de 
saint  Pierre  et  de  nous-mème.  Défendez-les  dans  toute 
cause  juste  ;  ordonnez  expressément  à  votre  prévôt 
Mécho,  à  sa  mère  et  à  sa  sœui*.  de  leur  rendre  le  blé 
et  les  divers  objets  que  Henri,  moine  de  cette  maison, 
a  déposés  chez  eux.  S'ils  ne  le  font  pas,  commandez- 
leur  de  comparaître  devant  le  tribunal  de  votre 
justice.  Donné  au  monastère  de  Déols,  le  V  des  Ides 
de  juillet  (  1 1  juillet)  1 163  i2).  » 

Par  suite  de  ces  tristes  événements,  la  commu- 
nauté bénédictine  de  Sainf-Mesmin  fut  donc  presque 
entièrement  renouvelée.  Les  coupables  furent  dis- 
persés  dans  plusieurs  couvents,  pour  v  être   punis 

(1)  Dv  Chf.hkf.,  m sloriœ  Franromm,  t.  IV,  p.  0-28. 
fOi  Voir  pi<>ce  justilicative  XX,  lettre  d'Alexandre  JII 


—  187  — 

suivant  toute  la  rigueur  des  lois  canoniques.  D'autres 
religieux  furent  appelés  à  les  remplacer.  Le  roi, 
d'accord  avec  le  pape,  mit  à  leur  tète  un  moine 
nommé  Gautier,  de  l'abbaye  de  Saint-Julien,  de  Tours. 
Micy,  troublé  par  une  si  violente  tempête,  reprit 
promptement  la  régularité  des  observances  claus- 
trales, grâce  à  l'énergie  d'Alexandre  III,  et  ses  moines 
purent  s'y  livrer  en  paix  à  la  pratique  des  devoirs  de 
leur  sainte  vocation. 

Gautier  P'"  occupa  huit  ans  seulement  le  siège 
abbatial  de  Saint-Mesmin.  Homme  de  sainte  vie,  il 
était  aussi  pieux  qu'intelligent  (1  ).  Il  s'efforça  d'etfacer 
les  traces  des  derniers  troubles,  et  bientôt  on  vif, 
sous  sa  direction,  refleurir  les  vertus  des  anciens 
jours. 

Manassès  P""  de  Garlande,  pendant  son  long  épis- 
copat  avait  toujours  témoigné  une  vive  affection  aux 
établissements  religieux.  Il  leur  accordait  avec  em- 
pressement les  actes  nécessaires  à  la  tranquille  pos- 
session de  leurs  biens,  et  ne  souffrait  point  qu'on  en 
usurpât  la  moindre  partie. 

A  la  demande  de  Gautier,  il  lui  octroya  deux 
chartes  importantes. 

La  première,  de  IIGT,  confirme  le  droit  de  l'abbé 
de  Saint-Mesmin  sur  les  églises  de  Saint-Paul,  d'Or- 
léans, et  de  Chaumont,  en  Sologne  (2).  Après  le 
préambule  ordinaire  «  votre  charité,  dit-il,  nous  a 
prié  de  confirmer,  à  vous-même  et  à  vos  successeurs, 

(1)  HUBLRT,'  M.  S.  4.%2,  p     IT'l. 

i2)  BibliotliAqno  d'Orléans  Pollurlw,  >[.   S.  'i:}3 '',  p.  tMM). 


—  188  — 

la  possession  de  la  moitié  de  Téglise  de  Saint-Paul, 
d'Orléans,  que  vos  prédécesseurs  ont  possédée  pacifi- 
quement depuis  la  donation  faite  par  l'évèque  Odolric 
à  Alberl,  abbé  de  votre  monastère.  Comme  votie 
demande  est  juste,  je  vous  accorde  volontiers  cette 
moitié  de  l'église  de  Saint- Paul,  avec  ses  bénéfices, 
telle  que  vous  Tavez  eue  jusqu'ici.  Une  femme  nommée 
Milesinde,  dans  un  sentiment  de  pénitence,  nous  a 
remis  l'église  de  Cbaumont,  en  Sologne,  pour  que 
nous  vous  la  concédions,  à  vous  et  à  vos  successeurs, 
les  abbés  de  Saint-Mesmin.  Par  la  teneur  de  la  pré- 
sente lettre,  munie  de  notre  sceau,  nous  confirmons 
également  cette  donation.  Fait  à  Orléans,  V.m\  du 
soigneur  M^  C°L°XYII'',  Jebaii  étant  doyen  de  notie 
église  de  Sainte-Croix,  Hugues,  cliantre,  et  Mancisse, 
cbevecier  (1).  » 

La  seconde  cbarte  est  de  Tannée  suivante.  Elle 
confirme  d'une  manière  générale  le  droit  de  patronage 
de  Tabbé  de  Micy,  accordé  par  les  précédents  évèques, 
sur  les  églises  de  la  Cbapelle-Saint-Mesmin.  Jouy-le- 
Potier,  Mézières,  Vannes,  Ligny-le-Uibault,  la  moitié 
de  celle  de  Saint-Paul,  l'Alleu  Saint-xMesmin,  celle  de 
Saint-Mesmin,  près  Saint-Aignan ,  Saint-Hilaire , 
Ardon,  la  Ferté-lluberl.  Vernou,  Cbaumont,  etc., 
Klle  mentionne  spécialement  tout  ce  (jue  le  vicomte 
Robert  et  HaouldeNids,  seigneurs  de  laFerté-Nerberl 
ont  récemment  donné,  et  défend  à  qui  que  ce  soit  de 
porter  atteinte  aux  droits  des  moines,  légitimes  pro- 
priétaires de  tous  ces  biens  (2). 

(1)  Voir  i»ièce  justiûcative  XXI,  charte  de  Manassès  I«r. 

(2)  Bibliotlit^que  nationale,  M.  S.  5i20,  E  Cartul.  Miciac. 


—  i89  — 

Louis  YII  le  Jeune,  mécontent  de  la  conduite 
dÉléonore  de  Guyenne,  son  épouse,  avait  fait  pro- 
noncer la  rupture  de  son  mariage,  par  un  concile  de 
prélats  français,  réunis  à  Beaugency,  en  1132.  La 
reine  répudiée  ne  tarda  pas  à  épouser  Henri  II  de 
Plantag-enet,  qui  devint  peu  après  roi  d'Angleterre. 
Par  suite  de  ce  funeste  mariage,  ce  prince  se  trouva 
posséder  l'Aquitaine  et  le  Poitou,  avec  TAnjou  et  le 
Maine.  Le  prieuré  de  Saint-Jean-de-la  Motlie,  dépcMi- 
daut  de  Saint-Mesmin,  était  situé  dans  cette  dernière 
province.  Le  souverain  anglais  adressa  en  sa  faveur, 
à  Févêque  du  xMans,  une  charte  (|ui  n'est  pas  un  des 
actes  les  moins  intéressants  de  cette  Histoire  (  1  ). 

«  H.  ,  roi  d'Angleterre ,  duc  de  Normandie  et 
d'Aquitaine  et  comte  d'Anjou,  àl'évèque  du  Mans,  à 
nos  barons,  juges,  cliaml)ellans,  baillis  et  à  tous  nos 
fidèles  sujets,  salut.  Sacliez  qu'à  ma  cour  de  justice, 
réunie  au  Mans,  en  présence  de  Joscin,  évèque  de 
Tours  et  de  nombreux  témoins,  il  a  été  reconnu  par 
mes  chevaliers  et  sergents-jurés  que  les  moines  de 
Saint-Jean-de-la-Mothe,  du  fnonastère  de  Saint-Mes- 
min,  d'Orléans,  doivent  posséder  en  toute  liberté, 
paix  et  intégrité  les  droits  du  marché,  le  joui'  de  la 
fête  de  saint  Jea[i,  sans  (ju'au<'un  de  mes  honmies 
puisse  changer,  amoindrir*  ou  supprimer  celte  cou- 
tume. Je  leur  accorde  encore  la  moitié  du  droit  de 
péage  de  Pisy,  comme  ils  l'on!  eu  du  t(Mn[)s  de  mon 
père  Geoffroy,  comte  d'Anjou,  lùilin,  je  pi'cnds  sous 

(1)  Archives  du  Loiret,  fonds  de  Micy,  ancienne  cote  5, 
no  4,  original  parchemin. 


-   190    - 

ma  garde  et  protection  ce  prieuré,  avec  toutes  ses 
dépendances.  J'ordonne  que  les  religieux  qui  y 
servent  Dieu  conservent  leurs  biens  avec  une  entière 
liberté,  paix  et  bonneur.  Je  défends  à  Hamelin  de 
la  Motlie  et  à  ses  béritiers  de  réclamer  ou  de  s'em- 
parer d'aucun  droit  sur  leurs  terres,  par  le  meurtre, 
le  vol,  le  rapt  ou  lincendie,  en  temps  de  paix  comme 
en  temps  de  guerre,  ni  en  aucune  autre  circonstance. 
Donné  en  présence  des  témoins  Joscin,  de  Tours, 
Geoffroy,  Hugues  et  plusieurs  autres  (1).  » 

Divers  actes  de  moindre  iinporlance,  quoique  ne 
manquant  pas  d'intérêt  ,  remplirent  les  dernières 
années  de  Tabbatiat  de  Gautier.  Jeban.  doyen  du 
Cbapitre  de  Sainte-Croix,  avait  enlevé  aux  moines 
de  Micy  quelques  revenus  qu'ils  auraient  dû  percevoir 
sur  les  églises  de  Saint-Micbel  et  de  Saint-Laurent, 
de  la  Ferté-Nerbert.  Après  un  sérieux  examen  de  sa 
conduite,  il  reconnut  son  tort.  11  pria  l'évèque  de 
leur  restituer  ces  revenus;  ce  que  fit  Manassès, 
en  H68  (2). 

Raoul  de  Nids,  le  Jeune,  fils  de  celui  qui  avait  déjà 
donné  de  «grands  biens  à  Saint-Mesmin.  étant  à  son  lit 
de  mort,  avait  demandé  à  Pétionille,  son  épouse,  de 
réparer  une  injustice  commise  envers  les  religieux. 
Qnand  il  eut  été  iiibumé,  sa  veuve  se  conforma  à  ses 
dernières  volontés.  Klle  vint  au  monastère ,  avec 
Hervé,  son  fils  aîné.  Raoul  et  ses  autres  enfants.  Etant 

(1)  Voir  piAce  justiticative  XXII,  rliarte  d'Henri  II. 
(*2    DoM  Verninac,  Analyse  du  Cartulaire,  M.  S.,  3U4^ 
p.  GO. 


—  191  — 

entrés  au  Chapitre,  ils  remirent  pour  toujours  tout 
droit  de  taille,  servage  et  coutume,  que  jusqu'à  ce 
jour  ils  avaient  prétendu  posséder  sur  Pierre,  moine 
de  Saint-Mesmin ,  en  présence  de  l'abbé  Gautier  et 
de  ses  frères  assemblés.  Acte  fut  dressé  de  cette 
déclaration  (1). 

Vers  le  même  temps,  un  chevalier  de  la  Ferté- 
Nerbert,  Raoul  Pasita,  voulant  finir  sa  vie  dans  le 
recueillement  du  cloître^  était  entré  à  Micy.  En  quit- 
tant le  monde,  il  pria  ses  enfants  de  faire  quelques 
donations  au  monastère.  Ceux-ci,  se  conformant  à  la 
volonté  paternelle,  lui  donnèrent  des  biens,  dont  nous 
ignorons  la  nature  (2). 

L'abbé  Gautier_,  après  avoir  gouverné  ses  frères 
avec  sagesse,  prudence  et  piété,  mourut  vers  la  fin 
de  1171. 

Son  successeur,  André,  est  nommé  dès  cette  même 
année,  dans  un  acte  accordé  en  sa  faveur  par  Manas- 
sès  de  Garlande,  contre  les  prétentions  du  curé  de  la 
Ferié-Saint-Aubin,  qui  voulait  se  soustraire  à  sa 
juridiction . 

Comme  ses  prédécesseurs,  cet  abbé  se  montra  g-ar- 
dien  vigilant  des  intérêts  de  son  couvent.  Son  respect 
et  son  amitié  pour  Manassès  ne  l'empêchèrent  pas  de 
revendiquer  énergiquement  ses  droits  sur  les  biens 
que  tous  deux  possédaient  entre  Chaingy  et  Saint-. \y. 
Il  s'atifissait  de  détei-miner  exactement  les  bornes  de 
leurs  propriétés  respectives.  Tous  deux  s'en  remirent 

(1)  DoM  Verninac,  m.  s.,  30'tb,  p.  03. 

(2)  DoM  Verninac,  m.  S.,  30^',  p.  OU. 


—  192  — 

à  l'arbitraj^e  du  doyen  de  Sainte-Croix,  et  l'affaire  fut 
réglée  par  une  transaction  favorable  à  Tabbé  [i). 

L'année  suivante,  André  pria  Louis  le  Jeune  de 
confirmer  la  possession  des  biens  de  son  monastère 
el  de  défendre  ses  religieux  contre  les  vexations  qu'on 
bsir  faisait  subir  dans  l'exercice  de  leur  droit  de 
pécbe,  au  Loiret.  Le  roi  accueillit  favorablement  sa 
demande.  Dans  une  cliarle  datée  de  1175,  il  déclare 
d'abord  (jifil  confirme  tous  les  actes  des  rois,  ses  pré- 
décesseurs, pour  Micy  ;  il  place  ensuite  ses  biens 
sous  sa  sauvegarde  rovale,  notamment  les  trois 
domaines  de  Grigneville,  de  lirion  el  de  Dassonville, 
(Ml  Heauce.  Lnlin,  il  ajoute  :  ^  Comme  le  vénérable 
abbé  de  Sainl-Mesmin  nous  l'a  bumblement  repié- 
senté,  toutes  les  fois  (jiie  nos  pécbeurs  viennent  pour 
pècliei-  dans  le  Loiret,  ils  exigent,  à  litre  de  coutume, 
du  pain,  du  vin.  de  l'avoine  et  autres  clioses  dont  ils 
ont  besoin,  pendant  tout  le  temps  iju'ils  y  restent; 
[)areillemeiil,  nos  autres  serviteurs,  (jui  gardent  pour 
nous  cette  eau.  exigent  les  mêmes  cboses  des  reli- 
gieux; et  enfin,  les  boui'geois  (]ni  rré(|uentent  cette 
rivière  leur  causent  de  grands  dommages,  en  biisant 
les  écluses  de  leurs  moulins  et  jetant  dans  notre  eau 
des  brandies  daibres,  des  pièces  de  bois  et  de  grosses 
pierres.  iNous  défendons  expressément  qu'on  agisse 
ainsi  (2).  » 

(1)  Archives  du  Loiret,  ancienne  (^ote  5,  n^  19,  original 
parchemin. 

{'2)  .\rcliives  du  Loiret,  carton  ÔO,  no  24,  original  parche- 
min . 


—  193  - 

Ce  droit  exclusif  de  pèche  dans  le  Loiret,  dont 
jouissaient  les  religieux  de  Saint-Mesnnin,  excita  de 
tout  temps  la  jalousie  de  leurs  contemporains.  Il  fut 
pour  eux  une  cause  d'innombrables  ennuis.  Pour  le 
défendre,  ils  eurent  sans  cesse  à  soutenir  des  procès, 
qui  ne  contribuèrent  pas  peu  à  leur  aliéner  raffec- 
lioii  de  la  population  au  milieu  de  laquelle  ils  vi- 
vaient . 

Le  pape  Alexandre  Ilï  accorda  également  à  André, 
en  1178,  une  bulle  de  protection,  par  laquelle  il  plaça 
sous  la  g-arantie  du  Siège  apostolique  tous  ses  biens, 
et  spécialement  ses  églises,  qu'il  énumère.  Elles  sont 
au  nombre  de  vingt-et-une  (1). 

Deux  affaires  plus  graves  de  l'administration  d'An- 
dré furent  celles  de  la  léproserie  de  Saint-flilaire  et 
de  la  prébende  de  Saint-Aignan. 

Dès  l'origine  de  leur  monastère,  les  moines  de  Micy 
avaient  établi  un  hospice,  avec  un  oratoire,  aux  Cha- 
telliers.  lieu  situé  proche  de  leur  couvent,  paroisse 
de  Saint-Hilaire,  sur  le  coteau  qui  domine  le  Loiret. 
Pendant  de  longs  siècles,  ils  vinrent  là  respirer  un 
air  plus  pui-,  guérir  leuis  malades,  et  donner  l'hospi- 
talité aux  voyageurs  ;  ou  bien,  quand  la  Loire  et  le 
Loiret  couvraient  tout  le  pays  de  leurs  eaux  débor- 
dées, ils  s'y  réfugiaient,  jusqu'à  ce  qu'elles  se  fussent 
retirées.  Ils  y  avaient  encore  établi  le  siège  de  leur 
justice  pour  les  paroisses  de  Saint- Nicolas  et  de  Saint- 
Hilaire.  A  la  lin  du  xii'^  siècle,  relfroyable  maladie  de 
la  lèpre,  apportée  d'Asie  par  les  Croisés  rentrés  dans 

(1)  DoM  Verninac,  m.  S.,394h,  p.  hl . 


—   194  — 

leurs  foyers,  infestait  la  France  et  faisait  de  nom- 
breuses victimes. 

Manassès  de  Garlande,  d'accord  avec  Louis  VII, 
voulut  fonder  dans  son  diocèse  des  maladreries,  pour 
les  infortunés  lépreux.  Le  site  des  Cliatelliers  lui 
parut  propice  à  son  dessein.  Il  l'annexa,  vers  1179,  à 
rilùlel-Dieu  d'Orléans,  et  y  installa  un  certain 
nombre  de  ces  malades,  sans  consulter  l'abbé  André, 
non  plus  (jue  les  moines  et  les  babitanls  du  bourg  de 
Saint-IIilaire. 

Ceux-ci  opposèrent  une  résistance  énergique  à  cet 
établissement,  et  l'évèque  dut  céder  à  leurs  justes 
réclamations.  Il  le  fit  d'ailleurs  de  bonne  grâce.  Après 
s'être  informé,  il  reconnut  les  droits  du  monastère, 
dans  une  cbarte  qu'il  lui  accorda  pour  les  con- 
firmer (1). 

('  Nous  voulons  faire  savoir  à  tous  que  nous  avions 
soumis  l'bospice  de  Saint-Mesmin  à  la  Léproserie 
d'Orléans,  sans  avoir  consulté  André,  abbé  de  ce 
lieu,  et  son  couvent,  qui  en  avaient  la  propriété. 
Mais  cet  abbé,  ses  religieux  et  les  babitants  du  bourg 
de  Saint-Hilaire  ont  protesté,  et  n'ont  voulu  aucune- 
ment consentir  à  notre  action.  Comme  nous  ne 
devons,  ni  ne  voulons  leur  faire  aucune  injustice, 
nous  avons  ordonné  aux  lépreux  de  quitter  ledit 
bospice.  Par  cet  écrit,  nous  déclarons  qu'il  est  indé- 
pendant de  la  Léproserie  d'Orléans,  et  soumis  au 
monastère  de  Saint-Mesmin,  qui  peut  seul  l'adminis- 
trer  et  y  nommer  un  cbapelain,  sous  la  réserve  des 

(1)  bibliolh.  Xaliou.,  M.  S.,  5420,  E  Cartul.  Miciac. 


—  195  — 

droits  épiscopaiix.  Quiconque  enfreindra  ces  pres- 
criptions devra  craindre  l'anathème  en  cette  vie,  et, 
dans  l'autre,  le  châtiment  du  Juge  suprême.  Donné  à 
Orléans,  l'an  de  llncarnation  MCLXXIX  (1).  » 

La  manière  d'agir,  pleine  de  condescendance  de 
révèque .  d'Orléans  envers  les  religieux  de  Saint- 
Mesmin,  ne  surprend  pas  de  sa  part.  Ce  prélat  fut  un 
de  ceux  qui  ont  montré  le  plus  d'aifection  pour  les 
institutions  monastiques,  pour  celle  de  Saint-3Iesmin 
en  particulier,  et  qui  ont  travaillé  avec  le  plus  de  zèle 
à  assurer  leur  prospérité  dans  son  diocèse. 

La  question  de  la  prébende  de  Saint- Aignan,  plus 
difficile  à  résoudre,  dut  aller  jusqu'en  cour  de  Rome. 
Depuis  plusieurs  siècles,  l'abbé  de  Micy,  comme  ceux 
de  Cluny  et  de  Saint-Père,  de  Chartres,  avait  reçu 
une  prébende  au  Chapitre  collégial  de  Saint-Aignan. 
En  vertu  de  cette  concession,  il  devait  jouir,  pendant 
un  an,  des  fruits  de  toute  place  canoniale  devenue 
vacante,  avant  que  le  nouveau  titulaire  en  prît  pos- 
session. Mais  les  chanoines  de  Saint-Aig-nan  vovaierit 
à  regret  ces  fondations  qui  diminuaient  leurs  res- 
sources ;  ils  s^acquittaieiit  irrégulièrement  des  rede- 
vances échues,  et  finirent  par  n'en  phis  rien  payer. 
André,  après  de  nombreuses  et  inutiles  réclamations, 
porta  la  cause  au  tribunal  du  Souverain  Pontife. 
Lucius  III,  alors  pape,  manda  à  Guy,  archevè(|ue 
de  Sens,  d'informer  cette  affaire,  et  de  faire  ren<he 
à  l'abbaye  ses  droits  sur  cette  prébende.   Guy  vint    à 

(1)  Voir  pièce  justificative  aXIII.   ciiarte   {tour  les  Cliatel- 
liers. 


—  196  — 

Orléans,  cita  plusieurs  fois  les  chanoines  à  conipa- 
raîlre  devant  lui.  Ils  ne  vinrent  pas,  tandis  quWndré 
se  présenta  à  chaque  récjuisition.  Il  se  transporta 
donc  à  Saint-Aignan,  pour  les  entendre  ;  mais  n'ayant 
pu  vaincre  leur  contumace,  il  adjugea  la  prébende  à 
Tahhé  de  Saint-Mesmin,  et  condamna  le  Chapitre  à 
payer  tous  les  arriérés  (1).  Puis  il  notifia  cette  sen- 
tence au  pape,  (jui  la  confirma  aussitôt,  par  une  huile 
adressée  à  André,  de  Yelietri,  où  il  résidait,  au  mois 
de  juin  M  82  (2). 

L'ohligation  imposée  par  l'acte  pontifical  ne  lut  pas 
longtemps  remplie.  Les  chanoines  firent  hientôt  de 
nouvelles  difficultés,  pour  remellre  à  Tahhé  de  Micy 
les  fruits  de  sa  prébende  ;  ils  se  rendirent  même  cou- 
pables de  graves  injures.  L'affaire  fut  de  nouveau 
portée  devant  le  pape  Innocent  III  (jui,  par  une  bulle 
donnée  à  Latran,  le  XII  des  Calendes  de  janvier  \2\i) 
(21  décembre  1201)),  ordonna  aux  rebelles  de  se  con- 
former aux  ()rescriptions  de  ses  prédécesseurs,  les 
Fuenacant,  en  cas  de  refus,  de  l'indig^nation  aposto- 
li(|uo  et  de  l'excommunication  [,]). 

Ce[)en(iant  les  abbés  de  Micy  ne  purent  jamais 
triompher  de  la  résistance  du  Chapitre;  ils  durent, 
pai"  la  suite,  F'enoncer  aux  fruits  de  h'ur  prébende,  et 
se  contenter  du  seul  litre  de  chanoines  (riionneur. 

Andi'é  avait  habilement  gouverné  son  abbaye  pen- 
dant onze  ans.   lion  pour  ses  moines,   il    \v  fui    aussi 

(1)  HiMioth.  de  l'Arsenal,  à  Paris,  M.  S.,  1(K)8,  f°  033. 

(2)  Voir  j)i('ce  jiislilicalivi-  XXIV,  l)ulle  de  Lucius  IIL 

(3)  Hihliothè(îue  de  FArsenal,  M.  S.,  1008,  f-^  634. 


—  197  — 

pour  les  habitants  de  Saint-Mesmin.  Les  religieux,  en 
vertu  des  anciennes  donations  royales,  avaient  sur 
eux  droit  de  taille  à  volonté,  impôt  arbitraire,  et  par- 
lant toujours  odieux.  L'abbé,  pour  leur  être  agréable, 
changea  cette  contribution  en  un  droit  de  faitage  fixe 
sur  chaque  habitation,  d'accord  avec  Gilles  de  Soliac, 
gouverneur  de  la  province,  pour  le  roi  (1). 

Selon  toute  probabilité,  cet  abbé  se  retira^  vers 
1182,  à  la  Grande-Sauve  (2)  pour  y  finir  ses  jours, 
hors  du  souci  des  affaires;  car  sa  mort  est  inscrite 
sur  le  nécrologe  de  ce  monastère,  au  lY  des  Calendes 
de  mai  (29  avril),  d'une  année  non  indiquée  (3j. 

Le  successeur  d'André  est  désigné,  dans  les  actes 
de  Saint-Mesmin,  sous  les  difTérents  noms  deLancelin, 
de  Jancelin  ou  de  Laurent.  [1  appartenait  à  la  famille 
des  seigneurs  de  Beaugency.  Jeune  encore,  il  fit  sa 
profession  religieuse  au  monastère  de  Micy,  où 
son  mérite  ne  tarda  pas  à  le  faire  remarquer  parmi 
ses  frères.  Aussi  fut-il  unanimement  élu  abbé,  après 
le  départ  d'André,  en  H82.  C'était,  disent  les  titres 
du  monastère,  un  prélat  d'un  air  imposant,  un  per- 
sonnage d'une  haute  distinction,  (jui,  sans  manquer  à 
rhumilité  de  sa  vocation,  savait  relever  la  dignité 
abbatiale  par  la  prestance  de  son  maintien.  Il  se 
montra  toujours  compatissant  pour  les  faibles  et  les 
petits,  s'efforçant  de  les  relever  de  leur  abaissement, 
et  de  leur  procurer  toute  l'assistance  possibh'  (i). 

(1)  Biblioth.  Nat.,  M.  S.,  5420,  E  Cavlul.  Miciac. 

(2)  Célèbre  abbaye  bénédictine,  au  diocèse  de  Bordeaux. 

(3)  Galliâ  Christiana,  Ecoles.  AureL,  t.  VIII,  p.  153'i. 

(4)  BibHothéque  d'Orléans,  Prompluarium.  Miciac,  Se.i-- 
tuni,  p.. 47.  14 


—   198  — 

Plusieurs  faits  Je  son  ailministratioii  en  donnent  la 
pieuve. 

Ktienne,  jeune  homme  intelligent  et  pieux,  désirait 
être  élevé  au  sacerdoce.  Mais  un  empêchement  grave 
semblait  devoir  l'éloigner  pour  toujours  des  autels  : 
Ir  malheureux  était  serf,  fils  de  Raoul,  homme  de 
corps  de  Saint-Mesmin  et  d'Agnès,  femme  serve  de 
Sainte-Croix.  Or.  de  tout  temps,  les  conciles  et  les 
rois  avaient  proclamé  l'incompatibilité  absolue  du 
ministère  ecclésiastique  avec  la  condition  servile.  Le 
serf,  jugé  digne  d'être  admis  au  sacerdoce,  devait, 
avant  tout,  être  affranchi  ;  il  était  obligé,  pour  y  être 
promu,  de  justifier  formellement  qu'il  avait  été  rendu 
à  la  liberté  par  ses  maîtres  légitimes.  La  manumis- 
sion  était  prononcée  devant  Fautrl  rt  proclamée  du 
haut  de  la  chaire,  en  présence  des  frères  et  du  peuple 
assemblés.  Une  charte  d'affranchissement  garantis- 
sait la  sincérité  de  cet  acte.  Alors  seulement  l'aspirant 
pouvait  être  promu  aux  Ordres  sacrés  (1). 

L'abbé  Lancelin  n'hésita  pas  :  il  affranchit  Ktienne, 
et  lui  donna  la  lettre  suivante  (2)  : 

«  Moi.  Lancelin.  par  la  grâce  de  Dieu,  abbé  de 
Saint-Mesmin.  et  du  couvent  de  la  même  église,  nous 
voulons  faire  savoir  à  tous  ceux  qui  verront  le  pré- 
sent écrit,  que  d'accord  avec  Hugues,  doyen  de  Sainte- 
Croix,  d'Orléans,  et  tout  son  Chapitre,  nous  avons 
alfranchi  Etienne.  Kn  conséquence,   il   pourra  servir 

(1)  Bibliothèque  national^.  Baluze,  t.  I,  î^  719. 

(2)  Bibliothèque  de  l'Arsenal,  M.  S.  1008,  fo  280,  E  Cartu- 
lario  ^anclit-Crucis. 


—  199  — 

Dieu  dans  l'Ordre  de  la  eléricature,  sous  celte  con- 
dition, cependant,  qu'un  partage  égal  des  autres 
enfants  de  Raoul  et  d'Agnès,  ses  père  et  mère,  sera 
fait  entre  nous  et  Hugues^  conformément  au  droit 
territorial.  Afin  qu'il  ne  survienne  à  l'avenir  aucune 
contestation  à  ce  sujet,  nous  avons  donné  cet  acte  au 
doyen  et  au  Chapitre  susdits,  et  nous  en  avons  reçu 
un  semblable,  pour  la  garantie  de  ce  partage.  Fait 
publiquement,  en  notre  Chapitre,  l'année  de  l'Incar- 
nation du  Seigneur  3PC'^LXXX"IV'^  (1).  » 

Plus  tard^  1196,  la  charitable  intervention  de 
Lancelin  empêcha  l'effusion  du  sang,  dans  une  grave 
cause  litigieuse. 

Jean,  sire  de  Beaugency,  prétendait  exercer  un 
droit  de  commandise  sur  plusieurs  babitants  de  sa 
chàtellenie,  Théodebert,  Pierre  (irriudin,  André  Solel, 
Jean  et  Godefroy  Grisou  et  leurs  héritiers,  (^e  droit 
engendrait  des  redevances.  Aussi  les  intéressés  le 
contestèrent-ils  vivement.  Théodebert,  tant  pour  lui 
que  pour  les  autres  opposants,  résolut  de  s'en 
défendre  par  le  duel  judiciaire,  encore  fort  usité  à 
cette  époque.  Le  seigneur  de  Beaugency  se  fit  rem- 
placer par  un  champion  chargé  de  soutenir  ses  pré- 
tentions contre  Théodebert.  et  la  cour  flu  monastère 
de  Saint-Mesmin  fui  choisie  pour  le  combat,  comme 
un  lieu  entièrement  neutre.  Les  gages  étaient  donnés 
de  part  et  d'autre,  les  gardes  placés  autoui*  de  farène 
et  les  combattants  en  présence,  (juand  Lancelin  se 
précipita  devant  Jean  de  Beaugency,  et,    à  force  de 

il)  Pièce  justilicutive  XXV,  ufiranchisbement  d'un  Clerc. 


—  :iO()  — 

rcpréseiilations,  parvint  à  faire  éviter  cette  épreuve 
incertaine  et  cruelle  (1).  Ce  seigneur  fit  remise,  tant 
pour  lui  que  pour  ses  héritiers,  des  redevances 
exigées  ;  et.  afin  qu-une  semblable  contestation  ne 
se  renouvelât  jamais,  il  consigna  son  désistement 
dans  un  acte  public,  de  1196  (2). 

La  prudente  et  habile  direction  donnée  par  Lancelin 
à  sa  communauté  y  produisit  les  plus  heureux  fruits. 
l'ji  1IS3.  il  signa  une  convention  relative  à  lo  cure 
de  \ernou.  Il  attribua,  eu  1184,  soixante  arpents  de 
terres  à  la  métairie  d'Oimpuis,  en  lieauce,  à  charge 
de  champart  annuel  (3).  D'accord  avec  Guillaume  de 
la  (Chapelle,  il  échangea  plusit'urs  champs  éloignés, 
contre  d'autres  situés  plus  proche  de  son  monas- 
tère (4). 

Pour  faire  face  à  la  dépense  occasionnée  par  de 
grands  travaux  exécutés  aux  édifices  de  son  couvent, 
Lancelin  avait  emprunté  mille  livres  à  C.  de  Meung. 

(1)  On  voit  au  musée  d'Orléans,  un  rniuil  fort  curieux,  sur 
.   cuivre  très  épais,  trouvé  en  18'a0,  dans  les  démolitions  des 

maisons  formant  l'ancienne  rue  des  Hennequins,  où  était 
situé  l'Alleu  Saint-Mesmin,  sur  l'emplacement  du  Lycée 
actuel.  Il  représente  un  combat  singulier,  auquel  assistent 
deux  évêques  ou  abbés  crosses  et  mitres,  de  hauts  person- 
nages, des  moines  et  des  soldats  armés  de  pied  en  cap.  Il  y 
a  tout  lieu  de  présumer  que  c'est  le  duel  judiciaire  qui  eut 
lin  commencement  <rexécuti«)n  dans  la  cour  de  Micy,  et  fut 
arrêté  par  l'intervention  de  Lancelin.  (Voir  la  gravure.) 

(2)  Bibliotliéque  nationale,  1).  Estiennot,  M.  S.  12730. 
Voir  pièce  justilicative  XXVI,  charte  du  duel  judiciaire. 

8)  Part  sur  les  gerbes  de  blé,   qui   revenait   aux  posses- 
seur^ de  certains  liefs. 
(i)  Gallia  Chhistiana,  Ecoles.  Aurai. ,  t.  VI 11,  p.  1035. 


a. 


15^ 


ai 


E 
o 


—  208  — 

Tous  deux  comparurent  devant  Henri  de  Dreux, 
évêque  d'Orléans,  afin  de  régler  les  conditions  du 
payement  de  l'intérêt  de  cette  somme  (1). 

Lancelin  remit  entre  les  mains  de  l'évéque  un 
domaine  producteur  d'un  revenu  annuel  d'au  moins 
cent  livres  ;  il  s'engagea  à  ne  rien  retirer  de  ce 
revenu^  et  à  le  compléter,  s'il  devenait  inférieur  à  ce 
chiffre,  tandis  qu'il  recevrait  le  surplus,  s'il  lui  était 
supérieur.  Ledit  domaine  resterait  entre  les  mains 
de  révêque  jusqu'au  complet  remboursement  de  la 
somme  prêtée.  Fait  publiquement  au  Chapitre  d'Or- 
léans, l'an  de  l'Incarnation  du  Verbe  APO'XC'^IP,  en 
présence  de  Hugues  de  Garlande,  doyen  ;  d'André, 
chantre,  Manassès  étant  chevecier  (2). 

Un  chevalier  du  nom  de  Fred  Nicolas,  désireux  de 
servir  Dieu  dans  le  recueillement  de  la  solitude^  vou- 
lait bâtir  une  chapelle  dans  un  lieu  appelé  la  Fontaine 
de  Saint-Florent,  sur  la  paroisse  de  Chaumont,  en 
Sologne.  Gomnie  ce  lieu  dépendait  de  leur  abbaye, 
les  moines  de  Micy  s'opposèrent  à  cette  construction. 
Après  de  longs  pourparlers,  les  deux  parties  con- 
vinrent de  s'en  remettre  à  l'arbitrage  d'Henri  de 
Dreux.  Ce  prélat  imagina  un  moyen  très  habile  de 
résoudre  la  difficulté.  Puisque  Fred  Nicolas  voulait 
servir  Dieu,  loin  dy  monde,  il  n'avait  qu'à  entrer  au 
monastère  de  Saint-Mesmin,  et  à  s'y  faire  religieux.  Le 

(1)  Bibliothèque  d'Agen,  M.  S.,  'i,  \).  b\,  aux  Mémoires  do 
1(t  Société arclu'oloffique  iVorléans^  t.  XXIII.  p.  412. 

(2)  Pi«>ce  ijistiliciitive  XXVII,  Mcconl  jx^ur  un  Hmpnint. 


—  ^204  — 

chevalier,  d'abord  surpris,  «^oùta  bientôt  ce   conseil, 
et  se  trouva  fort  heureux  de  le  suivre  (1). 

Comme  plusieurs  de  ses  prédécesseurs,   Lancelin 
fut  obligé  de  défendre  son  droit  de  pèche    dans  le 
Loiret  contre  les  vexations  des  gens  hostiles  au  pri- 
vilège   de    son    couvent.    11    obtint,    de   Philippe  II- 
Auguste,  une  charte  confirmant  celle  de  son  ancêtre 
Hugues  Capet  el  toutes  celles  des  rois  relalives  à  ce 
droit  de  pèche.  En  outre,  le  prince  fit  don  aux  reli- 
gieux de  la  septième  partie  de  l'eau   du  Loiret   lui 
appartenant,  et  commit  le  bailli  d'Orléans,  Pedagius, 
pour  fixer  les  limites  exactes  de  cette  concession  (2). 
Non  content  de  s'adresser  à  l'autorité  royale,  Lan- 
celin recourut  encore,   comme   ses   devanciers,   à  la 
bienveillance  du  Souverain  Pontife,  pour  eu  obtenir 
des  bulles  de  proteclior).  (Irégoii'e  VIII  lut  eu  envoya 
une,  en  1187,  de  son  palais  de  Lalian.   par  la(ju«dle 
il  lui  permit  de  racheter  les  dîmes  de  son  monastère 
engagées  entre  les  mains  de  détenteurs  laïcs  (3). 

Quand  Innocent  lïl  occupa  le  siège  de  saint  Pierre, 
il  confirma  l'annexion,  à  l'abbaye  de  Saint-Mesmin, 
du  prieuré  de  N.-D.  du  Houig,  en  la  paroisse  du 
(Îhàteau-Vieux,  près  IJlois,  pai'  une  Bulle  donnée  au 
palais  de  Latran.  la  deuxième  aimée  de  son  |)(>ntifi- 
cat,  120(1  (i). 

Lancelin  devait  sans  doute  à  sa  naissance  el  à  la 

(1)  1).  Vkrninac,  m.  s,  a04»',  fo  01. 

(2)  Archives  du  Loiret,  ancien  fonds  de  Saint  Mesniin. 

(3)  D.  Verninac,  m.  s.,  394'',  i^  (k). 

(4)  IMbl.  Nat.,  M.  S.,  5420,  E  Carf.  Miciac.  Gart.  GIX. 


-   205  — 

grande  situation  qu'il  occupait,  une  certaine  con- 
fiance en  lui-mêuie  qui  lui  rendait  parfois  l'obéis- 
sance difficile.  Il  se  crut  un  nnoment  exempt  du 
Synode  de  Tévêque  d'Orléans.  Hugues  P'"  de  Garlande 
le  cita  à  comparaître  devant  un  tribunal  d'arbitrage 
composé  des  abbés  de  Saint-Euverte,  de  X.-D.  de 
Beauo^ency  et  du  doven  de  Sainte-Ooix.  L'abbé  «le 
Saint-Mesmin  vit  ses  prétentions  condamnées  et  se 
soumit  aux  décisions  du  conseil  ecclésiastique  (j). 
Tl  mourut,  croit-on,  en  l'année  1202. 

(1)  Promptuarium  Miciacense,  Se.i-tum,  f'^  17. 


—  m^  — 


CHAPIÏKE  X 

NOMBREUSES    AFFAIRES     ADMINISTRATIVES.     CONTESTATIONS 

POUR  UA  JUSTICE,    LE  SERVICE  DE  GUERRE,    l'ÉGUSE  DE  SAINT- 
PAUL.    ALLIANCES    SPIRITUELLES.    AFFRANCHISSEMENT 

DES  SERFS.    —   HUMBAUD.    FRANCON.    EVRARD,   ABBÉS. 

(1  •202-1-2 '1-2) 

L'administration  de  l'abbé  Humbaud.  successeur 
de  Lancelin.  en  \2(}2,  esl  signalée  par  des  actes 
nombreux.  On  voit,  dans  ces  all'aires  si  variées,  la 
plupart  litigieuses,  un  tableau  saisissant  de  l'état  do 
la  société  française,  au  xiii"  siècle^  encore  mal  orga- 
nisée, où  il  fallait  sans  cesse  lutter  pour  la  conser- 
vation des  droits  les  plus  justes,  où  les  lois  étaient 
à  peu  pi'ès  impuissantes  à  réprimer  les  abus  et  les 
violences.  La  royauté  ne  faisait  encore  qu'essayer 
son  pouvoir  ;  dans  beauco<jp  de  cas,  elle  laissait  à 
l'initiative  privée  la  solution  des  conflits.  Seule  Tin- 
iluence  religieuse  était  assez  forte  pour  apaiser  les 
([uerûlles  et  réconcilier  les  advei'saires. 

Ln  1206,  Humbaud  lit  un  écbange  de  quelques 
biens  avec  Robert  de  Ruisseau;  il  re(;ut,  en  1210,  de 
Ursin,  chambellan  du  roi  de  France  et  sire  de  Méré- 
ville,  une  terre  qur  ce  seigneur  possédait  auprès  de 
(ïontard  (1). 

Lui-même  céda  au  Chapitre  de  Saint-Aignan,  vers 

(1)  <;at,lia  (1hhistl\.na,  A'cr^/    .\)/rrl..  t.  VJII,  p.  l."):)'i. 


—  207  — 

1216,  le  terrain  sur  lequel  Tévèque  Sigobert  avait 
élevé  une  église  pour  y  déposer  le  corps  de  saint 
Mesmin,  en  67U.  Depuis  longtemps  ces  saintes  reliques 
avaient  été  rapportées  à  Micy,  et  l'église  tombait  en 
en  ruines;  l'abbé  trouva  plus  avantageux  d'en  échan- 
ger l'emplacement,  contigu  à  la  collégiale  des  cha- 
noines, contre  le  payement  d'une  rente  annuelle. 

Moins  heureux  qu'André,  un  de  ses  prédécesseurs, 
Humbaud  ne  put  pas  empêcher  la  transformation  de 
riiospice  des  Châtelliers  en  maladrerie.  La  hideuse 
maladie  de  la  lèpre  avait  fait  en  France  de  grands 
progrès  ;  il  fallait  multiplier  les  asiles  pour  recueillir 
les  victimes  de  ce  mal  incurable.  Philippe  II -Auguste, 
sans  tenir  compte  du  droit  de  propriété  des  religieux 
de  Saint-Mesmin,  ni  de  l'acte  confirmatif  de  ce  droit 
donné  par  Manassès  T""  de  Garlande.  en  lloo.  annexa 
cet  hospice  à  la  Léproserie  d'Orléans  et  y  installa  les 
lépreux,  avec  les  chevaliers  de  Saint-Lazare,  chargés 
de  les  soigner.  Il  conserva  seulement  aux  moines  un 
cens  annuel  que  les  chevaliers  devaient  payer  à  titre 
de  reconnaissance  de  leurs  droits  seigneuriaux  primi- 
tifs, et  le  patronage  de  la  chapelle  des  Châtelliers, 
dédiée  à  Saint-Ktienne,  dont  l'aumônier  demeurait  à 
la  nomination  de  Tabbé  (1). 

On  trouve  dans  les  actes  de  cette  époque  un  curieux 
cas  de  vente  de  serfs  faite  à  l'abbé  de  Micy  et  portée  à 
notre  connaissance  par  la  charte  qui  la  confirme  (2)  : 

(1)  Archives  du  Loiret,   ancien  fonds  de  Saint-Mesmin, 
casier  9. 
(•2)  Bibliotli.  nation.,  A'  Cartulario  Miciac,  cari.  CWIII. 


—  208  — 

((  Moi,  Hugues  de  Meuiiij;,  seigneur  de  la  Ferlé- 
Aurairi,  je  veux  faire  savoir  à  tous  que  Honibard 
Gremiclie,  avec  mon  consentement,  a  vendu  et  cédr 
à  l'abbé  et  à  l'église  de  Saint-Mesinin  Anieline.  femme 
serve,  veuve  de  JJerlet,  avec  ses  deux  (ils  Malhien 
et  Arnoul,  et  nii  aiili-(*  serf,  (les  cens  lui  a(iparh'- 
naicnl,  parce  (ju'il  les  avait  icrus  de  mon  licl". 
Désorniais,  eux  et  leurs  descendants,  serviiont  à  per- 
pétuité ladite  église,  comme  ils  servaient  leurs  maîtres 
précédents,  c'est-à-dire  en  (jualilé  d'bommes  de  corps. 
Ilildesinde,  épouse  de  Hombard,  et  ses  filles  Agnès, 
Florence  et  Manuburge  ont  approuvé  cette  cession. 
A  leur  demande  commune,  je  l'ai  contiimée  par  cellr 
lettre,  à  hnjuelle  j'ai  opposé  mon  sceau.  Tan  du 
^'erl)e  incarné  1207  (1).  » 

On  veria  bientôt  les  abbés  et  religieux  de  S;n'ut- 
Mesmin  alfrancbir  successivement  tons  les  serfs  alta- 
cbés  à  leurs  vastes  tlomaines.  On  [)eut  donc  présu- 
mer qu'en  aclietanl  ces  bommes  et  leur  mère,  ils 
agissaient  dans  la  cbaritabb^  intention  (b;  ItMii*  renihe 
procbainement  la  libcM'té. 

fj'exercice  du  droit  de  justice  était,  au  moyen  âge, 
une  source  de  conflits  perpétuels.  Toute  une  catégorie 
de  personnes,  rois,  seigneurs,  évècjues.  cbanoines  el 
abbés  le  possédaient  sur  leurs  terres  ;  ils  rexer(;aie[it 
h  divers  degrés,  liante,  moyenne  ou  basse,  selon 
l'étendue  et  les  usages  des  territoires  soumis  à  leur 
autorité.  Mais  les  limites  de  ceux-ci  étaient  mal 
déterminées  ;  les   attributions    des  justiciers   étaient 

(1)  T'ièce  justificative  XXVIII,  V(MitP  de  serfs. 


—  :>09  — 

fixées  d'une  manière  incertaine  ;  les  juridictions 
ecclésiastiques,  civiles  ou  monastiques  se  superpo- 
saient parfois  dans  une  telle  confusion  qu'il  devenait 
presque  impossible  de  se  reconnaître  dans  ces  embar- 
ras, sans  contestations  ou  jugement.  Heureusement, 
ces  querelles  se  résolvaient  assez  facilement  à 
l'amiable,  dans  des  cas  nombreux.  Les  parties  oppo- 
sées choisissaient  cliacune  leurs  arbitres  et  se  sou- 
mettaient d'ordinaire  à  leur  sentence.  Si  l'une  d'elles 
faisait  opposition,  on  recourait  au  roi  ou  au  pape. 

L'abbé  de  Saint-Mesmin  ,  en  sa  qualité  de  grand 
propriétaire  foncier,  exerçait  naturellement  son  droit 
sur  les  domaines  relevant  de  son  monastère.  Il  eut, 
comme  ses  prédécesseurs ,  plusieurs  difficultés  à 
résoudre  de  ce  chef. 

Humbaud  prétendait,  on  ne  sait  pourquoi,  que 
la  terre  de  Saint-Sigismond,  dont  il  possédait  seule- 
ment l'église  avec  ses  dépendances,  devait  être  sou- 
mise à  la  justice  abbatiale  de  Saint-Mesmin.  Riclier, 
seigneur  de  ce  lieu,  soutenait  au  contraire  que  ce 
droit  appartenait  à  lui-même.  Tous  deux  résolurent 
de  s'en  remettre  à  la  sentence  de  Manassès  II  de 
Seignelay.  L'évêque  d'Orléans,  après  un  mur  examen, 
décida  (jue  la  justice,  sur  les  terres  du  fief,  appartien- 
drait à  leur  seigneur;  l'abbé  la  conserverait  seulement 
sur  le  domaine  et  sur  les  vassaux  dépendant  de  l'église. 
Il  résulta  de  ce  jugement  que  le  pouvoir  judiciaire 
fut  partagé  entre  Kicher  et  les  religieux,  sui-  la 
paroisse  de  Sainl-Sigismond  (!). 

(1)  Bibliothèque  nationale,  M.  S.  .Va20,  cart.  CXXXll. 


—  210  — 

Un  conflit  du  même  genre  survint  entre  les  moines 
(le  Miev  et  Raoul  de  Beaus:encv,  en  1213.  Ce  dernier 
affirmait  avoir  toute  justice  sur  le  territoire  de  Jouy- 
le-Polier,  où  étaient  situés  ses  domaines  du  Mesnil, 
de  Piciac  et  de  Montludon.  dans  les  cas  de  meurtrt'.  de 
vol,  de  rapt  et  autres  causes,  (jui  constituaient  les  seuls 
éléments  du  Code  civil  et  criminel  à  cette  époque.  Il 
reve[idi(jiiait  encore  le  droit  de  f/ruerie  sur  tous  les 
bois  deMicy,  dans  la  même  région,  et  celui  de  péage, 
ou  de  passage,  sur  le  domaine  de  Fontaines,  près 
Baccon,  à  cause  du  manoir  qu'il  y   possédait. 

Après  s'être  soumis  à  l'arbitrage  d'Elie  et  de  (iuil- 
laume,  abbés  des  monastères  de  Sainte-Colombe  et  de 
Saint-Jean,  à  Sens,  Raoul  renonça  à  toutes  ces  pré- 
tentions ;  il  reconnut  (jue  les  moines  pouvaient 
abattre  leurs  bois,  les  vendre  et  en  cultiver  l'emplace- 
menl  à  leur  gré,  sous  la  réserve,  toutefois,  de  la 
cbasse  et  du  droit  de  suite  sur  le  gibier  (ju'il  poursui- 
vrait. En  outre,  il  céda  à  Saint-Mesmin  les  bommcs 
de  corps  soumis  à  sa  commandite  de  Saint-llilaire  et 
à  celle  de  Mézières  :  il  leur  lit  enfin  remise  de  la  rede- 
vance de  plusieurs  paniers  de  raisins  qu'ils  lui  de- 
vaient annuellement  sur  la  récolte  d'un  clos  de  vigne 
lui  appartenant,  dont  ils  avaient  la  jouissance  (1). 

Manassès  II  confirma  cet  accord  (]ui  mit  Wn  à  de 
longues  contestations,  pour  le  plus  grand  avantage 
et  trancpiillité  des  deux  parties  (2). 

(1)  Bil)liotli.  Nation.,  CoUerlion  Moreau,  79.2,  fo  U)\. 
('2)  Archives  ilu  I.oiret,  Fonds  de  S(tinl-}fe^sniin,  carton  S, 
cabier  "J. 


-  ni  — 

Hamelin,  abbé  de  Vendôme,  choisi  pour  arbitre, 
apaisa  également  un  litige  survenu  entre  Humbaud 
et  Hamelin,  évèque  du  Mans,  au  sujet  du  prieuré  de 
la  Mothe. 

Enfin,  l'abbé  de  Saint-Mesmin,  en  butte  aux  vexa- 
lions  des  riverains  du  Loiret,  jaloux  du  droit  de 
pêche  de  son  couvent,  obtint  de  Philippe-Auguste  un 
privilège  pour  y  mettre  un  terme.  Dans  cet  acte,  le 
roi  interdit  à  tout  homme,  d'une  manière  générale, 
de  pécher  dans  la  partie  du  Loiret  appartenant  au 
monastère,  sous  peine  de  poursuites  rigoureuses  (i), 

L'évèque  d'Orléans,  Hugues  de  Garlande,  s'était 
constamment  montré  rempli  de  bienveillance  envers 
la  communauté  bénédictine  de  Saint-Mesmin.  Toutes 
les  fois  qu'il  avait  pu  lui  être  utile,  il  Tavait  t'ait  avec 
empressement.  En  120(i,  il  lui  accoida  une  charte  de 
confirmation  pour  tous  ses  biens^  églises,  prieurés, 
terres  et  domaines  (2). 

La  même  année,  l'évèque  crut  avoir  un  droit  de 
patronage  pour  Téglise  de  Saint-Ay.  Sur  la  réclama- 
tion de  l'abbé,  il  examina  plus  attentivement  rall'airo, 
et  reconnut  loyalement  qu'il  s'était  trompé;  il  s'en- 
gagea à  ne  plus  jamais  rien  prétendre  sur  ce  qui 
appartenait  au  seul  monastère  (3). 

Son  successeur,  Manassès  II  de  Seignelay.  tut 
animé 'des  mêmes  dispositions.  Il  aimait  les  moines. 


(1)  Archives  du   Loiret,    Fonds   de   Saint-Mesmin,    car- 
ton 38. 

(2)  Biblioth.  Nation.,  Baluzc,  7172.  f»  125. 

(3)  Archives  du  Loiret,  Ancien  fonds  de  Saint-Mesmin, 
carton  7,  casier  12. 


les  visitait  souvent,  et  usait  de  tout  son  pouvoir 
pour  augmenter  la  prospérité  de  leur  abbaye.  Les 
religieux  lui  eurent  toujours  une  grande  reconnais- 
sance de  cette  conduite.  Ils  la  témoignèrent  à  l'occa- 
sion d'une  grave  difficulté  oii  leur  bienfaiteur  se 
trouva  engagé. 

Philippe- Auguste  avait  convocjué  les  barons  et 
évèques  du  royaume  pour  une  expédition  en  Bretagne. 
Il  doiHia  le  commandement  de  ses  troupes  au  comte 
de  Saint-Paul.  Manassès  refusa  daller  à  l'armée,  pré- 
textant, selon  le  droit  alors  établi,  qu'il  était  tenu  de 
rendre  le  service  de  guerre  seulement  quand  le  roi 
s'y  trouvait  en  personne.  Piiilippe-Auguste,  irrité,  le 
priva  de  tous  les  revenus  cjuil  tenait  comme  vassal 
de  la  couronne.  Manassès  répondit  par  un  acte  d'in- 
terdit qu'il  jeta  sur  les  terres  et  hommes  du  roi,  et 
(juitta  Orléans,  «  aimant  mieux  vivre  pauvre  au  loin, 
(jue  mendier  dans  son  diocèse.  »  Les  religieux  de 
Saint-Mesmin  avaient  reçu  des  Souverains  Pontifes 
le  privilège  de  pouvoir  toujours  célébrer  l'office  dans 
leurs  églises,  même  en  cas  d'interdit.  Mais  dans  la 
circonstance  présente,  ils  voulurent  s'abstenir  de  toute 
cérémonie  religieuse,  en  témoignage  d'attachement 
à  leur  évèque  et  d'approbation  de  sa  conduite.  Hum- 
baud  l'informa  de  leur  résolution.  Manassès  lui 
adressa  une  lettre  pour  le  remercier,  «  et  -aussi, 
dit-il,  afin  (pie  celte  abstention  ne  portât  pas  atteinte 
à  leurs  j)rivilèges,  et  ne  leur  causât  aucun  préju- 
dice »  (1). 

(1)  Oallia  <!HRibTL\NA,  L'fc/cs.  Àurel.^  t.  VlU,  1».  520. 
Infelrumenta. 


—  -213  — 

Cependant  l'évêque  fut  contraint  de  céder,  après 
deux  années  de  résistance,  et  de  payer  une  amende 
au  roi,  qui,  satisfait  de  sa  soumission,  le  réintégra 
dans  sa  condition  passée. 

Le  soin  des  intérêts  matériels  ne  nuisait  en  rien, 
chez  Humbaud,  à  sa  sollicitude  pour  Tavancement  de 
ses  frères  dans  les  voies  de  la  perfection  monastique. 
Il  veillait  attentivement  à  la  régularité  des  exercices 
religieux,  donnant  le  premier  l'exemple  de  l'exacti- 
tude au  chœur,  au  chapitre^  dans  tous  les  lieux 
consacrés  à  la  prière  et  au  travail.  Sa  piété  le  portait 
à  enrichir  son  église  abbatiale  de  vases  sacrés,  d'orne- 
ments précieux,  et  surtout  de  saintes  reliques.  Ayant 
obtenu  d'Kudes,  abbé  de  Saint-Denis,  près  Paris, 
(juelques  fragments  des  ossements  du  Bienheureux 
martyr  et  de  ses  compagnons,  ainsi  (juo  de  la  cein- 
ture dont  le  saint  évêque  se  servait  à  l'autel,  il  les 
transporta  à  Micy,  avec  une  grande  solennité  et  les 
plara  dans  le  trésor  des  reliques  de  son  monastère. 

Depuis  plusieurs  siècles,  labbé  de  Saint-Mesmin 
avait  le  titre  de  chanoine  d'honneur  de  la  cathédrale 
d'Orléans. 

En  gage  d'amitié,  et  aussi  pour  donner  plus  d'éclat 
à  la  célébration  de  la  fête  patronale  de  celte  insigne 
basilique,  il  fut  convenu  que  les  moines  de  Micy,  leur 
abbé  en  tète,  viendraient  chaque  année,  la  veille  dt- 
l'Invention  de  la  Sainte- Croix,  chantei*  les  Ma/ lues 
à  neuf  heures  du  soir,  dans  le  chœur  de  la  cathé- 
drale. Humbaud   y   vint,  pour   la   première    fois,   h^ 

â  mai   1216,  remplir   cet  office.  A  lin  de  donner  unf 

15 


—  ^14  — 

cousôcration  légalo  à  celte  coutume,  le  doyen  du  cha- 
pitre et  l'abbé  de  Micy  demandèrent  k  Honorius  IIÏ 
de  l'approuver  par  une  bulle  pontilicale,  ce  que  le 
pape  fit  aussitôt,  tant  pour  cette  année-là  que  pour 
les  suivantes  (  1). 

Cette  pratique,  accueillie  d'abord  avec  bonheur, 
parut  onéreuse  dans  la  suite  des  âges,  quand  la  ferveur 
fut  refroidie,  et  les  temps  devenus  malheureux.  11  y 
eut  de  nombreux  tiraillements  de  |)art  et  d'autre  : 
finalement,  elle  tut  abolie  au  commencemeni  du 
XVII*'  siècle  (2). 

L'abbé  Ihnnbaud  avait  formé,  pour  sa  connnunauté 
et  pour  lui-même,  des  alliances  spirituelles  ou  unions 
de  prières  avec  plusieurs  maisons  de  son  Ordre,  afin 
dobtenirle  secours  de  leurs  suffrages  au  moment  de 
la  mort.  Aussi  trouvons-nous  son  nom  inscrit  sur  les 
nécrologes  des  abbayes  de  la  Grande-Sauve,  de  Bor- 
deaux, de  Ponl-Levoy.  di'  lîlois  vl  do  Saint-Pèie. 
de  Chai'lres,  où  il  est  dit  qu'il  mourut  aux  Ides 
d'avril  1218  (.3). 

Jean  l'"'",  son  successeur,  occnjwi  deux  ans  à  peine 
le  siège  abbatial  de  Saint-Mesnn'n.  Il  lit  un  échange 
de  biens  avec  les  religieux  de  Saint-Euverte,  d'Or- 
léans, et  augmenta  les  revenus  d  Etienne,  prêtre 
chargé   de  desservir  la  paroisse  de  Mézières  (4).  Le 

(1)  Le  Mau^e,  A7itiquites   de   l'Église  d'Orléans,   t.    II, 
p.  193. 
{•2)  Archives  de  l'Évèchè  (rOrléans,  Regish^s  capUulaires, 
l3)  Galli\  Chuistixna,  Ecries.  AureL.  t.  VIll,   p.    l,53i. 
'»)  Hil»liMlli»qiie  .rorl»'an>.  M.  S.  i-ii*,  p.  1^<J. 


—  -215   - 

seul  acte  important  do  sa  courte  administration  fut 
l'achat  d'une  grande  maison  située  à  Saint-Hilaire, 
près  de  la  maladrerie,  pour  y  établir  le  siège  de  la 
justice  de  son  monastère. 

Depuis  le  ix®  siècle,  les  bénédictins  de  Saint-Mesmin 
exerçaient  le  pouvoir  judiciaire  sur  leurs  vastes  terri- 
toires en  vertu  de  la  pratique  universelle  qui,  sous 
le  régime  de  la  féodalité,  concédait  ce  pouvoir  aux 
grands  propriétaires  fonciers.  Ils  avaient  établi  leurs 
maisons  de  justice,  ou  baillages,  aux  lieux  les  plus 
favorables  à  son  exercice.  Pendant  longtemps,  la 
maison  des  Cbatelliers  leur  avait  servi  à  cette  fin. 
Quand  elle  eut  été  convertie  en  maladrerie,  par  ordre 
royal,  tout  en  demeurant,  quant  au  fond,  la  pro- 
priété des  moines,  ceux-ci  durent  en  acquérir  une 
autre  pour  y  transporter  le  siège  do  leur  justice  sei- 
gneuriale. Celle  qu'acheta  l'abbé  Jean  se  trouva  très 
convenable  pour  contenir  h  la  fois  le  prétoire  où  le 
bailli  rendait  ses  sentences,  la  prison  abbatiale,  pour 
y  renferiner  les  coupables,  et  le  logis  des  ronciei'gcs 
ou  gardiens  de  la  geôle.  Kllc  servit  [)Oui'  les  deux 
bourgs  de  Saint-Xicolas  et  de  Saint-Hilaire,  voisins 
du  monastère,  tant  qu'il  subsista  lui-même. 

Après  la  mort  de  Jean  J'",  les  moines  de  Micy 
élurent  en  sa  place  Francon,  Win  «lentre  eux,  en  \'2'2(). 
( '/était  un  religieux  de  grand  mérite,  aussi  habile  <jue 
conciliant  dans  ses  relations  avec  les  puissants  du 
siècle,  dont  il  sut  gagner  l'estime  et  l'amitié.  Les  dix- 
huit  anriées  de  sou  abbatial  furent  une  des  périodes 
les  plus  llorissantes  de  son  abbaye. 


—  2Hi  — 

Francon  eut  à  traiter  de  nombreuses  aftaires,  dont 
quelques-unes  furent  1res  graves.  Il  parvint  à  les 
régler  toutes  avec  un  égal  bonheur. 

Un  de  ses  premiers  soins  fut  de  solliciter  d'Hono- 
lius  III  nno  bulle  de  piotection  pour  les  biens  de  son 
couvent.  Le  pape  la  lui  adressa,  du  palais  de  Latran, 
en  1220.  Apiès  avoir  accordé  la  garantie  demandée, 
le  souverain  pontife  renouvela  un  privilège  déjà 
donné  par  ses  prédécesseurs,  savoir  :  (jue  quand  le 
royaume  ou  la  province  se  trouveraient  sous  le  coup 
d'un  i[ilerdit  général^  il  serait  permis  aux  religieux 
de  Saint-Mesmin  de  célébrer,  dans  leur  église,  l'ollice 
divin,  à  voix  basse,  portes  closes,  et  sans  sonner 
les  cloches,  pourvu  (pie  cet  iiiteidit  ne  fût  [)as  dirigé 
contre  eux-mêmes  (1). 

(let  abbé  vécut  constamment  daiis  d'excellents  rap- 
ports avec  l'évéque  d'Orléans,  Phili[)pe  I''  dcî  »louy  ; 
il  eut  l'occasion  de  l'obliger  dans  plusieurs  circons- 
tances. l^[i  I  I2i.  ce  prélat  fut  a[)[)elé  par  Louis  VIII 
en  service  de  guerre,  seloii  la  coutume  du  temps.  Il 
|)i-ia  h^ancon  de  lui  pi'èt(M'  un  chariot  et  quatre  che- 
vaux, [»our  porter  ses  bagages.  Les  ayant  reçus,  il  lui 
l'emil  une  charte,  alin  de  bien  constater  cpie  ce 
secours  lui  était  domié  à  titre  de  prêt  amiable,  et  non 
de  redevance  obligatoire  {2). 

Francon  obtint,  en  \2'22,  le  renouvellement  du 
privilège  accordé  jadis  à  son  monastère  par  Louis  h^ 
Débomiaire,    pour    les   transports   faits  pai    bateaux 

(I)  Do  .M  Vkrninac,  m.  s.  3lH^  f^  72. 
1-2)  DoM  Verninac,  m.  S.  394»»  fo  83. 


—  217  — 

sur  plusieurs  rivières  du  centre  de  la  France.  Dans 
la  charte  octroyée  à  cet  effet  par  Philippe-Aug-uste, 
le  prince  défend  à  tous  ses  agents,  percepteurs  et 
autres,  d'exiger  aucun  droit  pour  tout  ce  qui  vient 
par  eau  à  Saint  Mesmin,  particulièrement  pour  le  vin 
et  le  sel  ;  ce  qu'il  fait  en  vertu  des  anciennes  conces- 
sions de  ses  pères  (1). 

Plus  tard,  l'abbé  de  Micy  conclut  un  accord  avec 
le  chapitre  de  Saint  Barthélémy  de  la  Ferté-Aurain, 
au  sujet  d'un  domaine  voisin  de  Chaumont-sur- 
Tharonne,  en  1228  (2).  11  céda  aux  chanoines  de 
Sainte-Croix  la  dime  de  Fontaines  et  transigea  avec 
le  curé  de  Mézières  pour  le  gros  et  les  menues  dîmes 
de  cette  paroisse.  Il  augmenta,  en  1133,  le  prieuré 
de  Saint-Marceau,  d'Orléans,  de  plusieurs  héritages 
donnés  à  litre  d'aumônes,  c'est-à-dire  pour  accroître 
les  ressources  de  l'aumùnerie  du  monastère. 

La  contestation  survenue  au  sujet  de  Saint-Paul, 
également  d'Orléans^  fut  plus  longue  et  plus  difficile 
à  apaiser.  La  cure  de  cette  église,  divisée  en  deux 
moitiés,  par  suite  du  partage  fait  en  1030  (3)  en 
faveur  d'Albert  T",  était  régie  par  deux  curés,  nom- 
més, suivant  la  partie  qu'ils  desservaient,  par  le  Cha- 
pitre de  Saint-Pierre-le-Puellier,  et  par  l'abbé  de 
Saint-Mesmin.  Cette  dualité  engendrait  de  nombreux 
inconvénients,  parce  que  les  deux  pasteurs,  égaux  en 
autorité,  ayant   les  mêmes  droits   aux    revenus,    ne 

(1)  Bibliothèque  nationale,  Baluse,  792,  f^  2<). 

(2)  Gallta  Christiana,  Ecoles.  Aurel,  t.  VIII,  \>.  153."». 
(3^  Voir  au  chapitre  VII  «le  cette  Histoire. 


s'accordaient  pas  pour  l'administration  de  la  paroisse  ; 
cet  esprit  de  rivalité  était  très  préjndicialile  à  ses 
intérêts  religieux. 

En  1237.  Jean,  curé  de  la  portion  relevant  du  Cha- 
pitre de  Saint-lMerre,  se  rendit  à  Home,  et  se  plaignit 
à  Grégoire  IX  (jue,  par  une  coutume  abusive,  il  y 
eût  deux  prêt  les  pour  gouverner  la  même  église, 
l'un  arracliant  ce  que  l'auti-e  plantait  ;  »  c'était  clïose 
monstrueuse,  dit-il.  de  voir  deux  tètes  sur  le  même 
corps  ».  Il  co[icluait  en  demandant  à  sa  Sainteté 
d'arracher  ce  scandale.  Sur  ces  i*aisons.  (jui  ne 
lurent  p.is  alors  snftisammeni  contrôlées,  Jean 
ohtini  (lu  papr  un  rrscrit  daté  de  Viterbe,  le  IV 
des  Noues  de  mai  (i  mai),  et  adressé  au  doyen 
d'Oi'léans,  pour  le  charger  de  prononcer  sur  celte 
allaire,  et,  s'il  y  avait  lieu,  de  léprimer  les  opposants 
par  des  censures  (1). 

Quand  Francon  et  son  couvent  furent  informés  de 
la  démaiche  du  curé  de  Saint-Paul,  ils  députèrent 
Jehan,  leur  procureur,  vers  Heinald,  évêquo  d'Ostie. 
désigné  en  second  lieu  par  Grégoire  IX  pour  infor- 
mer cette  cause.  Avant  louiruc^ment  écouté  les  deux 
parties,  le  légat  reconnut  que  le  curé,  nommé  par 
l'abbé  de  Saint-Mesmin,  était  en  légitime  possession 
de  son  poste.  Jean,  l'adversaire,  avoua  même  que 
ses  allégations  n'avaient  pas  été  entièrement  con- 
formes à  la  vérité.  En  conséquence.  Reinald  confirma 
h'  hou  dioit  des  religieux,  déclara  que  le  rescrit  du 
pape  devait  être    inlirmé,    commr   reposant   sur   de 

(I)  liil.liotli.'Miup  (VOrléans.  Poliuchr,  M.  S.  'aV\  p.  .'^M). 


—  2ni  — 

faux  motifs,  et  donna  un  acte  authentique,  muni  de 
son  sceau,  pour  conserver  son  juf^ement  à  la  posté- 
rité, Tannée  du  Seigneur  1238.  la  XIP  du  pontificat 
de  Grég-oire  IX  (1). 

La  réunion  des  deux  cures  de  Saint-Paul,  en  la 
personne  d'un  seul  titulaire,  fut  ainsi  indéfiniment 
ajournée.  Le  pape^  respectueux  des  droits  acquis, 
attendra  pendant  plus  de  quatre  siècles,  que  les  temps 
aient  d'eux-mêmes  préparé  la  réforme. 

L'action  la  plus  étendue,  et,  sen^ble-t  il,  la  plus 
féconde  en  résultats  heureux,  à  laquelle  se  consacra 
l'ahhé  Francon  fut  l'affranchissement  des  nombreux 
serfs  attachés  aux  domaines  de  son  abbaye.  Tant  que 
l'état  social  ne  parut  pas  favorable  à  ce  grand  chan- 
gement, les  religieux  furent  contraints  de  suivre  la 
coutume  universelle;  ils  eurent  des  serfs  ;  ils  les 
employèrent  aux  travaux  de  leurs  exploitations  agri- 
coles, s'efforçant  seulement  d'adoucir  ce  qu'il  y  avait 
de  pénible  dans  leur  condition,  par  un  esprit  de 
charité  bien  comprise.  Ils  ne  pouvaient  pas,  en  les 
alfranchissant  prématurément  agir  contre  une  situa- 
tion séculaire,  ni  prendre  seuls  une  initiative  qui  eût 
bouleversé  l'ordre  de  choses  sur  lequel  reposait  tout 
le  moven  âge.  Mais  vers  le  milieu  du  xii''  siè^'le,  deux 
grand  papes,  Adrien  IV  et  Alexandre  ÎÏI  donnèrent 
une  impulsion  plus  vive  à  ce  gi-and  mouvement 
d'émancipation.  Rome,  en  excitant  partout  ro|)inion 
publique  vers  la  liberté,  enti'aîna  les  gouverne- 
ments (2). 

(1)  Pièce  justilicative  XXIX,  décret  pour  Saint-Paul. 
{'l)  Darestf..  Ilisloirr  ilo  Fnincr,  t.  II,  i».  'iO. 


—  220  — 

Tandis  que  les  rois  et  les  grands  seigneurs,  pour 
des  motifs  politiques,  accordaient  aux  villes  des 
chartes  de  commune^  les  évêques.  chapitres  et  abbés 
donnaient  des  lettres  d'affranchissement,  grâce  aux- 
quelles on  vit  la  liberté  personnelle  s'élargir,  l'ad- 
ministration se  régler,  l'industrie  s'étendre,  et  la 
condition  matérielle  s'améliorer  de  toute  part. 

Les  moines  de  Saint-Mesmin  avaient  suivi  de  bonne 
heure  cette  action  libérale  qui  prit,  avec  Francon,  un 
grand  développement.  Cet  abbé  octroya  aux  hommes 
de  corps  de  son  monastère  de  nombreuses  lettres  de 
franchise.  Nous  en  citerons  une  seulement  qui  mon- 
trera dans  quelles  conditions  s'accordaient  ces  faveurs 
tant  désirées  (d). 

<(  A  tous  les  fidèles  du  Christ,  Francon,  abbé  de 
Saint-Mesmin  et  tout  son  couvent,  salut  à  jamais. 
Sachent  tous  que,  du  consentement  de  notre  cher 
roi  rillustre  Louis  (VIII).  nous  avons  alIVanchi  plu- 
sieurs de  nos  serfs,  hommes  et  femmes  avec  leurs 
enfants,  nés  ou  à  naître,  en  conservant  toutefois  les 
tailles,  coutumes  et  redevances,  telles  que  les  acquittent 
les  hommes  libres*  établis  sur  nos  domaines,  sans 
([iTils  puissent  les  refuser,  à  raison  de  la  liberté  cor- 
porelle, ^  eux  accordée.  Afin  (jue  personne  ne  les 
in(juièle  à  l'avenir,  eux  el  leurs  enfants,  au  sujet  de 
cet  all'ranchissemcnt ,  el  que  ceux  (]ui  ont  été  exclus 
jusqu'ici  (h^  cette  grâce  ne  puissent  en  prendre  pré- 
texte pour  nous  porter  préjudice,  voici  les  noms  de 
ces  affranchis  :  André  et  (iuérin  Grosse,  Théobald,  etc. 

(1)  Hibliotlièque  nationale,  Balu^e^  78,  fo  154. 


—  -2-21  — 

De  plus,  nous  afiVancliissons  pour  toujours  et  déchar- 
geons de  toute  servitude  corporelle  Guillaume,  notre 
maire  de  Rozières,  et  tous  ses  enfants,  tant  nés  qu'à 
naître;  nous  exigeons  seulement  qu'il  fasse  serment, 
dans  notre  Chapitre,  de  continuer  à  occuper  ladite 
mairie  et  den  remplir  les  ohligations  de  son  mieux. 
Afin  de  donner  à  cette  manumission  une  autorité 
inébranlable,  nous  y  avons  fait  apposer  notre  sceau. 
Donné  en  notre  Chapitre,  l'an  de  l'Incarnation  1224, 
au  mois  de  mars  (1). 

Cet  acte  accordait  de  grands  avantages  aux  serfs 
alTranchis,  en  leur  rendant,  avec  la  liberté  person- 
nelle, la  faculté  d'aller  où  ils  voulaient,  de  se  marier 
à  leur  gré  et  de  conserver  pour  eux  et  leurs  enfants 
le  pécule  amassé  par  leur  travail. 

Sans  doute,  ces  franchises  n'enlevaient  pas  toutes 
les  charges;  riionnne  allVanchi  restait  soumis  à  cer- 
taines tailles  et  impositions.  Il  était  impossible  (ju'il 
en  fût  autrement.  Quand  Tabbave  de  Saint-Mesmin 
percevait  des  impôts,  créait  des  servitudes  d'utilité 
commune,  elle  le  faisait  en  vertu  de  son  titre  de  pou- 
voir souverain,  avec  tous  les  droits  et  toutes  les 
obligations  inhérentes  à  cet  état.  Klle  avait  donc 
besoin  de  ressources  nombreuses,  indispensabh's  à 
la  bonne  gestion  de  la  chose  publique. 

C'est  encore  par  un  sentiment  de  sage  prudence 
que  Francon  affranchissait  d'une  fois  (|uel(jues 
serfs  seulement,  en  nom  particulier,  comme  on  Ta  vu 
dans  la  lettre  précédente.  Une  mise  en  liberté,  géné- 

(1)  Pièce  justificative  XXX,  charte  d'atlranchisaement. 


-)•}-) 


raie  et  simultanée  de  tous  les  serfs,  eût  produit  une 
perturbation  profonde,  confondu  les  usages  reeus  et 
amené  peut-être  de  regrettables  excès.  L'abbé  de 
Micy  aliVancliit  peu  de  personnes  à  la  fois,  les  plus 
méritantes,  par  une  cliarte  ;  mais  il  multiplie  ces 
actes;  ses  successeurs  suivront  son  exemple.  Ainsi 
lous  les  hommes  de  corps  recevront  successivement 
la  liberté,  sans  secousses,  sans  troubles  ni  dérani^e- 
ment  dans  l'organisation  établie.  En  moins  de  cin- 
quante ans.  il  nv  resteia  plus  aucune  trace  de  servi- 
tude sur  les  terres  de  Saint-Mesmin.  Grâce  à  la 
sagesse  de  ses  abbés,  cette  grave  révolution  n'engen- 
dra jamais  le  moindre  désordre. 

Ce  fut,  croit-on,  Krancon  qui  jeta  les  fondements 
(Ir  la  nouvelle  église  abbatiale  de  Saint-Mesmin  (1), 
dans  les  premières  années  du  règne  de  saint  Louis, 
un  demi-siècle  environ  avant  lédilication  de  la  cathé- 
drale d'Orléans,  détruite  en  l.jllS  par  les  Huguenots. 

L'ancienne  basilique  romane  construite  deux  cents 
ans  plutôt,  au  temps  du  roi  Robert,  ne  convenait  plus 
au  monastère  parvenu  à  l'apogée  de  sa  fortune  et  do 
sa  prospérité.  Elle  avait  d'ailleurs  été  bâtie  trop  à  la 
hâte;  plusieurs  de  ses  parties  déjà  menaçaient  ruine. 
Les  peuples  assistaient  alors  au  plein  épanouissement 
de  l'architecture  ogivale;  on  voulait  partout  des 
temples  reproduisant,  dans  la  mesure  du  possible,  les 
splendeurs  de  la  Sainte-Cihapelle  et  de  Notre-Dame, 
de  Paris,  des  cathédrales  d'Amiens,  de  (Chartres,  de 
lîpims,  de  Sens,  où  se  montient  toutes  les  hardiesses 

1)  HiHKHT.  M.  S..  ^:M\^,  (0  i.V). 


—  -223  — 

de  la  pensée  religieuse,  avec  toute  l'élévation,  toute  la 
ferveur  du  génie  chrétien. 

La  haute  intelligence  de  Francon,  ami  de  la  gran- 
deur et  de  la  magnificence  dans  les  choses  sacrées, 
voulut  créer  un  édifice  en  rapport  avec  Timportance 
de  son  abbaye.  Les  détails  des  travaux  qui  réalisèrent 
cette  magnifique  construction,  vers  les  années  1223 
à  1230,  manquent  à  l'histoire.  Le  peu  que  nous  en 
connaissons  nous  est  fourni  par  un  unique  dessin, 
dont  nous  parlerons  au  prochain  chapitre.  Ce  peu 
suffit  cependant  pour  révéler  à  la  postérité  combien 
étaient  profonds  les  sentiments  religieux  des  moines 
de  Micv,  et  combien  aussi  étaient  puissants  les  moyens 
d'action  dont  ils  pouvaient  disposer. 

13ien  que  l'activité  de  l'abbé  Francon  fût  absorbée 
par  tant  d'œuvres  diverses,  il  ne  négligeait  pas  cepen- 
dant la  direction  spirituelle  de  sa  communauté.  Il 
veillait  au  maintien  exact  de  la  discipline  et  recourait 
à  tous  les  moyens  propres  à  exciter  de  plus  en  plus 
l'esprit  de  ferveur  parmi  ses  frères. 

Un  des  dangers  qui  menaçait  le  plus  sérieusement 
les  abbayes  bénédictines  était  l'isolement.  Saint 
Benoît  avait  écrit  sa  Règle  pour  son  seul  monastère 
du  Monl-Cassin.  11  ne  prévoyait  pas  sans  doute 
qu'elle  serait  embrassée  par  d'innombrables  commu- 
nautés, désireuses  de  se  sanctifier  en  suivant  un  guide 
si  parfait.  Aussi  les  couvents  de  son  Ordre  vivaient 
séparément,  sans  coiitr(Me  ni  surveillance  de  la  part 
d'un  supérieur  (juelcoïKjue,  autre  (jue  révè(jue  diocé- 
sain ;  aucun  lieu   de   subordination,    ni  d'aduiinistia- 


—  224  — 

lion  ne  les  unissait  entre  eux,  en  sorte  que,  le  plus 
souvent,  ils  se  trouvaient  sans  secours  dans  les 
défaillances  intérieures,  comme  en  face  des  périls 
extérieurs.  Frappés  de  cet  état,  de  nombreux  abbés  y 
avaient  chercbé  un  remède  dans  les  unions  ou  affi- 
liations spirituelles  formées  avec  des  maisons  du 
même  Ordre.  Celle  que  Francon  et  son  couvent  firc-nt 
avec  les  moines  de  Pont-Levoy  (1)  nous  apprend 
quelles  conditions  régissaient  ces  associations  {2). 

«  La  société  des  églises  de  Saint-Mesmin  et  de 
Pont-Levoy  a  été  réglée  de  cette  manière  :  quand  un 
abbé  de  Tune  des  deux  églises  viendra  dans  l'autre, 
il  aura  plein  pouvoir  de  corriger  les  fautes  et  d'ab- 
soudre les  coupables.  A  la  mort  des  abbés,  Pont- 
Levoy  fera  autant  pour  celui  de  Saint-Mesmin  que 
pour  le  sien  propre,  et  réciproquement.  Quant  aux 
r<'ligieux,  il  a  été  réglé  qu'ils  seraient  reçus  au  Cba- 
[)ilre  de  cbaque  église,  non  comme  des  botes  étran- 
gei's,  mais  comme  des  frères  de  la  même  maison.  Si, 
à  cause  d'une  faute  grave^  un  moine  (Tune  maison 
passe  dans  Tautre,  il  sera  reçu,  non  comme  un  fugitif, 
mais  comme  un  frère,  juscju'à  ce  qu'il  ait  fait  péni- 
tence et  ait  reçu  le  pardon  de  son  abbé.  Quand  on 
aj>prendra  dans  une  maison  la  mort  d'un  religieux 
appartenant  à  l'autre,  ou  lui  f'eia  le  service  ordinaire  : 
cbaque  prêtre  dira  une  messe  ;  cba(jue  frère,  non 
prêtre,   récitera    cinquante   psaumes,    et    les    laïques 

(1)  Al)l)aye.  bénédictine,  au  diocèse  de  Blois. 

(2)  Archives  du  Loiret,  casier  27  F.,  carton  9,  t^»  4 .   origi- 
nal parcheuiin. 


—  225  — 

cinquante  Pater  noster.  Fait  Tan  du  Seigneur  1230, 
au  mois  de  juin,  Francon  étant  abbé  de  Saint-Mes- 
min,  et  Matbieu,  de  Pont-Levoy  (1).  » 

Après  une  vie  glorieusement  remplie,  Francon,  dont 
la  pieuse  activité  avait  été  si  profitable  à  son  monas- 
tère, mourut  le  IV  des  Ides  d'août  (10  août)  1237, 
d'après  le  nécrologe  de  Pont-Levoy  (2). 

Evrard  fut   élu  abbé  de   Micy  après    Francon.  A 
l'exemple  de  son   prédécesseur,  il  conclut  plusieurs 
alliances   spirituelles,    procurant  à    sa    communauté 
l'appui  de  nombreuses  prières,  pour  y  entretenir  une 
émulation    constante    dans    la    pratique    des    vertus 
monacales.  Il  unit  ainsi  ses  frères  avec  ceux  deSaint- 
Euverte,    d'Orléans,    de    Saint-Vannes,    de  Verdun, 
en  J240  (3).  Il  reçut,  dans  le  même  temps,  plusieurs 
donations  qur  confirma  (iulllaumc  de  Bussy,  évèque 
dOrléans.  Le  curé  de  Saint-Marceau,  de    la   même 
ville,  réclamait  une  augmentation  de  ses  droils  casuels, 
auprès  des  abbés  et  religieux  de  Saint-Mesmin.  Ceux- 
ci,  voulant  s'en  tenir  aux  anciens  usages,  refusaient. 
L'évêque,  appelé  à  trancber  la  question,  décida,  par 
sentence  du  mois  de  mai  1240,  (pio  le  curé  aurait  les 
dons  et  ollVandes  faites  aux  services  pour  les  défunts, 
les  autres    oblations    devant    appartenir   au    monas- 
tère (4). 

(1)  Voir  pièce  justificative  XXXI,  cluirto  fralïilialion. 

(2)  Gallia  Christiana,  Ecoles.  Aurel..  t.  VIII,  p.  Iô3.j. 

(3)  Archives  du  Loiret,  casier  2'),  carton  G.  11°  .'>. 

(4)  Le  Maire.  Histoire  de  VÊglise  d'Orléans,  in-f<'.   lGi7, 
p.  197. 


—  ±26  — 

Dans  cette  même  année,  1240.  le  roi  Louis  IX 
ordonna  à  Guillaume  de  Bussy  de  raccompaofner  à  la 
^^lerre,  avec  ses  hommes  d'armes.  L  évèque,  peu  for- 
tuné sans  doute,  pria  Evrard  de  lui  rendre  le  même 
service  que  Franoon  avait  rendu  à  un  de  ses  prédé- 
cesseurs, en  lui  prêtant  un  chariot  et  des  chevaux 
pour  SOS  hagag-es.  Evrard  le  iit  volontiers  ;  il  lui 
envova  le  chariot  demandé  avec  trois  chevaux. 
CiuillaunK'  lui  icmit  on  retour  une  charte  où  il  cons- 
tatait quo  co  secours  lui  était  donné,  non  it  titre 
d'ohlii^ation.  mais  par  simple  prêt  volontairement 
consenti  ([). 

((  Le  roi  nous  ayant  convoqué  à  son  armée,  dit-il. 
nous  nous  sommes  trouvé  dans  un  g-iand  embarras. 
Nous  avons  donc  prié  Evrard,  abbé  de  Saint-Mcsmin. 
de  nous  venir  on  aide,  on  nous  prêtant  un  chariot 
ou  ce  (ju'il  pourrait.  Evrard  nous  a  fourni  un  chariot 
avec  trois  chevaux,  tout  en  affirmant  rindépondance 
de  son  éirlise  à  Tégard  de  ce  prêt.  Pour  qu'à  l'avenir 
aucun  do  nos  successeurs  no  puisse  réclamer  à  titre 
do  droit  ou  de  coutume  ce  secours  accordé  sans 
aucune  obligation,  ni  en  prendre  occasion  pour  cau- 
ser (juelquo  préjudice  à  l'église  de  Saint-Mesmin,  nous 
avons  «lonné  cette  lettre,  munie  de  i?olre  sceau,  au 
mois  de  septembre  1240  (2i.  » 

Evrard  mourut  la  veille  des  Calendes  de  juin  \'2ï'2 
(31  mai),  d'après  le  Nécrolo^e  de  Ponl-Lovoy  (.*i  . 

(T  BiUiothèque  nationale,  K  CartuI,  S.  .Vrt.r.,  f*  17»«>. 

{"2)  Pit'ce  justillcaliv*^  XXXII.  diartp  pour  le  chariot. 

«'H'  <iALLi\  ChhisTiana,  Eccles.  Aurel.,  l.    VJII,  p.  15:^5. 


-  ^227  - 


CHAPITRE  XI 

BKRTHIER,     ADAM   DE    SOISY,    ABBÉS.     —    DEUX     AFFAIRES    LITI- 
GIEUSES.    UNE  ÉPREUVE  JUDICIAIRE.  LE  CARTULAIRE.   

BULLE  D'ALEXANDRE   IV.    ACHÈVEMENT  DE   LÉGLISE    ABBA- 
TIALE.    RARES  ÉVÉNEMENTS. 

(i2i2-i:35U) 

BerUiier,  successeur  d'Evrard,  en  J2i2,  fut  un 
abhé  de  grande  distinction.  Sa  taille  élevée,  sa  pliy- 
sionomie  bienveillante  prévenaient  en  sa  faveur  :  il 
était  charitable,  humble,  plein  de  compassion  pour 
les  petits,  les  pauvres  et  les  affligés.  Il  s'adonnait 
avec  une  telle  application  à  l'oraison  et  à  l'étude  des 
Pères  de  l'Église  que  sa  parole,  et  surtout  sa  prédi- 
cation, étaient  tout  embaumées  du  parfum  de  ses 
pieuses  lectures.  Malgré  son  désir  de  mener  une  vie 
obscure  et  cachée  en  Jésus-Christ,  son  mérite  l'im- 
posa au  choix  de  ses  frères.  Leurs  suffrages  unanimes 
le  portèrent  sur  le  siège  abbatial  de  Saint-Mesmin, 
et  il  ne  put  pas  refuser  une  charge  si  lionorable. 
Aussitôt  qu'il  eut  pris  la  direction  des  affaires  de  son 
monastère,  il  montra  un  grand  zèle  pour  ses  intérêts. 

Son  caractère  libéral  lui  (it  d'abord  continuer,  dans 
de  larges  proportions,  Pœuvre  de  l'alfranchissement 
des  serfs,  inaugurée  par  son  prédécesseur.  Hrrlhier 
rendit  successiveuieiit  à  la  libtitc  plus  dv  deux  oenls 


—  2-28  — 

serfs  de  iabbaye.  Parmi  eux  fut  Guillaume,  maire  de 
Saiul-Denis-en-Val,  et  toute  sa  famille  (  1  ).  Ces  aH'ran- 
cln's  demeurèrent  soumis  aux  tailles  et  impositions 
usitées  à  cette  époque  ;  mais,  on  le  sait,  ces  rede- 
vances étaient  indispensables  pour  fournira  l'autorité 
abbatiale  les  ressources  exii^a^es  par  l'administration 
des  territoires  soumis  à  sa  juridictioii. 

L'abbé  de  Micy  demanda  à  Innocent  IV  une  bulle 
de  protection  ;  en  même  temps,  il  lui  représenta  que 
son  couvent  était  accablé  par  les  provisions  de  pen- 
sions que  les  papes,  ses  prédécesseurs,  avaient  accor- 
dées sur  ses  revenus  à  dilTérents  personnages,  en 
sorte  (|n'il  restait  à  peine  le  nécessaire  aux  religieux. 
11  le  [)riait  donc  liumbleuïent  de  vouloir  bien  l'en 
décharger.  Le  souverain  pontife  fit  droit  à  sa  su[>- 
pli(jue,  par  une  bulle,  donnée  à  Lyon,  en  12io.  Par 
cet  acte,  il  playa  tous  les  domaines  de  Saint-Mesmin 
sous  la  garantie  du  Siège  Apostolique,  et  supprima  à 
jamais  les  pensions  dont  ils  avaient  été  g:revés.  du 
fait  de  ses  devanciers  (2). 

Plusieurs  contestations  surgirent  vers  ce  temps. 
Heitbier  j»ai  \  iiil  à  les  a[)aiser,  gfràce  à  son  espril  de 
conciliation.  Le  curé  dr  Mézières.  Hervé,  ne  se  trou- 
vait pas  satisfait  de  l'accord  conclu  entre  son  prédé- 
cesseur. Etienne,  et  I  abbé  Jean  ;  il  réclamait  une 
nouvelle  augmentation  de  ses  ressources.  Poui*  mettre 
(in  à  .♦'S  exigences  perpétuelles,  Herlbier    pria  (iuil- 

{{)  Gallia  Christiana,  E'cl.  Aurcl.,  l.  VIII,  p.  1530. 
{2}  P.  Verninac,  m.  s.,  394^  fo  V2. 


—  229  — 

laume   de  Biissy  d'examiner  cette  affaire,   et    de    la 
régler  définitivement  (1). 

L'évéque  d'Orléans,  après  une  sérieuse  étude  des 
raisons  alléguées  de  part  et  d'autre,  confirma  d'aboi'd^ 
en  son  entier,  l'acte  de  Jean  Ie%  de  1218^  qui  déter- 
minait d'une  manière  précise  les  redevances  aux- 
quelles avait  droit  le  curé  de  Mézières  ;  il  y  ajouta 
XII  mines  et  YII  boisseaux  de  seigle  ;  puis  il  consigna 
sa  décision  dans  un  acte  public,  au  mois  de  sep- 
tembre 1247  (2). 

Berthier  fit  approuver  ces  conventions  par  Inno- 
cent IV,  à  Lyon,  l'année  suivante,  afin  d'ôter  tout 
prétexte  à  de  nouvelles  contestations. 

L'intervention  bienveillante  de  Guillaume  de  Bussy 
apaisa  également  de  nombreuses  difficultés  existant 
depuis  longtemps  entre  les  moines  de  3Iicy  et  Raoul 
de  Chère,  maire  de  Saint-Mesmin  (3). 

Celui-ci  remplissait  mal  les  devoirs  de  sa  charge  ; 
il  refusait  de  s'acquitter  de  diverses  contributions,  une 
poule  et  trois  sous,  imposées  sur  plusieurs  maisons 
situées  à  Saint-Mesmin  ;  il  ne  payait  pas  une  rente  de 
quatre  sous  et  demi  parisis  due  pour  l'anniversaire  <le 
son  oncle  Godefroy,  dont  il  était  l'héritier;  enfin  il  ne 
voulait  pas  laisser  le  monastère  entrer  en  possession  do 
dix  arpents  de  vignes,  acquis  par  cet  oncle,  homme 
de  corps  de  Saint-Mesmin,  et  mort  sans  enfants. 

(1)  Bibliothèque  d'Orléans,  M.  S.  4342,  fo  182. 

(2)  Pièce  justificative  XXXIII,  charto  pour  le  curé  »!»• 
Mézières. 

(3)  BibliothèquH.  «l'Orléans.  M.  S.  4:3.'),  fo  320. 


—  -230  — 

Pour  ces  motifs,  Tabbé  et  son  couvent  voulaient 
lui  enlever  la  mairie  et  le  contraindre  à  remplir  toutes 
ses  oblig-ations.  Après  de  longues  contestations,  dis- 
cussions et  concessions  de  chaque  côté,  on  finit  par  se 
mettre  d'accord,  et  la  {)aix  fut  faite  aux  conditions 
suivantes. 

L'évèque  se  transporta  au  Chapitre  des  religieux. 
Kii  sa  présence,  Berthier  affranchit  pour  toujours 
Raoul  et  sa  famille  ;  il  les  déchargea  de  toute  servi- 
tude corporelle,  et  lui  conserva  la  mairie  de  Saint- 
Mesmin.  D'autre  part,  Raoul  s'engagea  à  remplir 
exactement  les  fonctions  de  maire  ;  il  promit  de  veiller 
au  maintien  de  la  sécurité  publique,  et  de  rendre 
strictement  la  justice  temporelle  sur  les  terres  du 
couvent.  Si  plus  tard  lui  ou  ses  héritiers  cèdent  la 
mairie,  le  nouveau  titulaire  payera  cent  sous  tournois 
et  jurera  fidélité  à  l"abl)é.  Raoul,  payera  en  outre  les 
tailles  exigées  sur  ses  maisons,  et  quatre  sous  et  demi 
annuellement  pour  la  célébration  de  l'anniversaire  de 
son  oncle  dans  l'église  abbatiale  ;  enfin,  il  gardera 
les  vignes,  sauf  trois  arpents  (jui  reviendront  au 
monastère. 

Cet  arrangement  termina  toutes  les  contestations 
antérieures.  Raoul  jura,  ses  mains  dans  celles  de 
1  evéque,  de  tenir  fidèlement  ses  engagements.  Mar- 
guerite, son  épouse,  le  fit  également  ;  et  Guillaume 
dressa  du  tout  un  acie  pubh'c,  le  vendredi,  veille  de 
rKpiphanie,  1245  (1). 

(l)  Pièce  juslilicative   XXXI V,    churte  pour   le    iiiuiie  do 
Baint-Mesmin. 


—  -231  — 

Cette  intéressante  affaire  nous  fait  entrer  dans  le 
vif  des  mœurs  et  pratiques,  au  moyen  âge.  Raoul  est 
maire,  chargé  de  rendre  la  justice  au  nom  des  moines, 
de  rechercher  et  de  punir  les  coupables  :  il  possède 
plusieurs  maisons  pour  lesquelles  il  paye  une  poule 
et  quatre  sols.  Cependant  il  est  serf  encore  ;  il  ne  peut 
pas  se  démettre  de  la  mairie,  ni  entrer  en  possession 
des  vignes  de  son  oncle,  parce  que  celui-ci  étant  serf 
aussi,  d'après  la  loi  féodale,  tout  son  héritage  doit 
revenir  à  son  maître.  Mais  l'esprit  de  charité  des 
frères  aplanit  les  difficultés  ;  Raoul  est  rendu  à  la 
liberté,  et  tout  s'arrange  à  Tamiable.  L'évèque,  assis 
au  Chapitre,  comme  un  père  au  milieu  de  ses  en- 
fants, reçoit  les  promesses  réciproques  ;  et  sans  frais 
pour  personne,  la  paix  est  faite,  au  contentement  de 
tous. 

L'abbé  Berthier,  en  1248,  loua  à  Eudes  de  Bussy, 
sous-doyen  d^Orléans,  une  île  appartenant  à  son  cou- 
vent, et  située  dans  le  lit  de  la  Loire,  vis-à-vis  de 
Saint-Denis-en-Val  ;  on  l'appelait  alors  simplement 
risle.  Cette  location  fut  consentie  pour  le  prix  annuel 
de  sept  livres  et  demi  parisis,  payables  à  la  fête  de 
l'Invention  de  la  Sainte-Croix,  plus  douze  bottes 
d'osier  propre  à  faire  des  cables  pour  les  moulins  1 1  ). 

Un  autre  acte  nous  apprend  qu'en  12i).'j,  Berthier 
donna  aux  chevaliers  de  Saint-Lazare  (jui  desser- 
vaient la  maladrerie  des  Cbatelliers  cent  arpents  de 
bruyères,   sur  la  paroisse   de  Saint-llilaire,   au  lieu 

(l)  Bibliothèque  d'Orléans,  M.  S.  i33M''^  333. 


—  232  — 

appelé  aujourd'hui  la  Bigoterie,  à  oUO  pas  environ  de 
rilospice  (1). 

(Quoique  dépossédés  de  leur  droit  de  propriété  fon- 
cière, les  religieux  de  Micy  considéraient  toujours 
les  Cliatelliers  comme  leur  Maison-Dieu  et  se  faisaient 
un  devoir  iVen  augmenter  les  revenus,  pour  assurer 
aux  pauvres  et  aux  malades  des  secours  plus  abon- 
dants. C'est  pourquoi  Tabbé  et  tout  son  couvent  firent 
don  de  ces  terres  aux  chevaliers,  non  tout  à  fait 
graluitemeril.  mais  contre  Textinction  d'une  rente 
qu'ils  devaient  leur  payer  sur  les  domaines  de  Hraly 
et  de  Misé,  lieux  aujourd'hui  inconnus.  Us  se  réser- 
vaient en  outre  les  droits  de  justice,  de  décimes  et  de 
champart.  à  titre  de  seigneurs  primitifs.  Une  charte, 
datée  du  mois  de  décembre  J25.").  garantit  Tinviola- 
bihté  de  cette  donation. 

Cette  pièce,  très  curieuse,  renferme  une  clause  par- 
ticulière, qui  montre  par  quels  moyens  les  disciples 
de  saint  Mesmin  obtenaient  la  mise  en  culture  des 
terres  jusque  là  stériles.  Fidèles  à  suivre  les  pratiques 
établies  par  leur  Bienheureux  l^ère,  ils  voulaient  (jue 
ces  landes  fussent  rendues  fertiles .  |»our  augmenter 
le  bien-être  de  leurs  détenteurs.  Non  seulement,  ils 
imposaient  l'obligation  de  les  défricher,  mais  encore 
ils  déterminaient  le  mode  de  culture  et  fixaient  un 
terme  au  (h''friidioment.  C/est  par  ces  sages  procédés 
(pie  les  moines  exercèreni  .  au  moyen  âge,  ime 
iiillucnce  directe  et  salutaire  sur  h'  (h'veloppement  de 
TagriiMilture  dans  nos  contrées. 

(1)  Archives  des  (^diutelliers. 


—  233  — 

Dans  la  charte  de  l'abbé  Bertbier,  il  est  dit  d'abord 
que  sur  les  cent  arpents  de  bruyères  concédés,  cinq 
seront  transformés  en  pâturages,  pour  lesquels  les 
chevaliers  payeront  cinq  sous,  à  la  Circoncision  de 
Notre-Seigneur  ;  si  ce  loyer  n'est  pas  acquitté  à  cette 
époquCj  ils  seront  frappés  d'une  amende  de  cinq 
autres  sous.  Quant  aux  9o  arpents  restants,  ils  devront 
être  défrichés  et  mis  en  culture  dans  l'espace  de 
douze  ans;  si,  après  ce  laps  de  temps,  il  restait  encore 
une  portion'  de  terrain  inculte,  elle  reviendrait  de 
plein  droit  aux  religieux,  qui  en  disposeraient  à 
leur  volonté  (1). 

On  ne  pouvait  pas  imposer,  d'une  manière  plus 
pratique,  la  mise  à  profit  des  vastes  plaines  stériles 
de  la  Sologne.  C'est  d'ailleurs  la  méthode  encore 
suivie  dans  l'exploitation  des  immenses  territoires 
des  colonies  de  l'ancien  et  du  nouveau  monde.  Sur 
ce  point,  comme  sur  beaucoup  d'autres,  les  temps 
modernes  ne  font  que  suivre  l'exemple  donné  par  les 
moines  dans  les  siècles  lointains  du  passé. 

Pendant  que  l'abbé  Bertbier  gouvernait  le  monas- 
tère de  Micy,  l'attention  publique  fut  vivement  attirée 
sur  un  fait  qui  se  passa  dans  la  cour  même  de  l'Alleu 
Saint-Mesmin,  à  Orléans.  Pierre  d'Escautillis,  bailli 
d'Orléans,  pour  le  roi  Louis  IX,  et  Adam  de  Mont- 
Roy  ,  bailli  pour  Tévéque  Guillaume  de  Uussy,  ne 
pouvaient  pas  s'accorder  sur  l'étendue  des  limites  de 
leur  juridiction  respective.    Tous  deux   prétendaient 

(1)  Pièce  justificative  XXX\'.  charte  ))onr  les  l)niy(''res. 


—  234  — 

avoir  le  droit  de  juger  un  mauvais  gan;on,  coupable 
d'un  meurtre.  Ils  convinrent  de  recourir  à  l'épreuve 
judiciaire,  encore  fort  usitée  à  cette  époque,  que  la 
croyance  populaire,  avec  une  confiance  sans  bornes, 
appelait  le  jugement  de  Dieu. 

Il  ne  s'agissait  pas  ici  d'un  combat  sanglant,  comme 
celui  qui  faillit  se  livrer  à  Micy  môme,  en  119G; 
mais  dune  épreuve  par  l'eau  ou  par  le  feu.  Cela  res- 
sort des  termes  formels  de  l'acte  dressé  par  les  deux 
adversaires,  dans  cette  circonstance,  pour  sauvegarder 
les  droits  du  monastère,  —  pro  tenere  duellum  vel 
aqua  vel  ferro  (1). 

L'eau  était  froide  ou  cbaude.  Dans  le  premier  cas, 
Faccusé,  jeté  dans  une  cuve  pleine  d'eau,  pieds  et  bras 
liés,  était  regardé  comme  coupable  s'il  surnageait, 
innocent  s'il  coulait  au  fond;  car  l'eau,  bénite  par  les 
prêtres,  ne  pouvait  rien  garder  d'impur,  croyait-on 
alors.  Dans  le  second,  il  plongeait  sa  main  au  fond 
d'un  vase  rempli  d'eau  bouillante,  pour  en  enlever  un 
anneau  que  le  juge  y  avait  déposé.  S  il  la  retirait  sans 
(ju'il  y- eut  trace  de  brûlures,  il  était  acquitté.  Pour 
l'épreuve  par  le  feu,  il  fallait  porter  quelques  pas  un 
morceau  de  fer  rougi  au  feu.  Si  trois  jours  après,  la 
main  était  sans  blessures,  ou  si  la  blessure  olTrait  un 
certain  aspect,  l'accusé  était  réputé  innocent  (2). 

Le  représentant  du  roi  et  celui  de  l'évèque  deinan- 

(1)  Hubert,  M.  S.>  436s,  fo  ico.  Dom  Esliennot,  M.  >^.. 
10730,  fo  09. 

(2)  DuRUY,  Histoire  de  France,  t.  I.  p.  \?Â\. 


—  235  — 

dèrent  à  l'abbé  de  Saint-Mesniiii  de  leur  prêter  la 
cour  de  son  Alleu,  pour  cette  épreuve,  comme  étant 
le  siège  d'une  juridiction  neutre,  et  s'engagèrent  à  ne 
réclamer  aucun  droit,  et  à  ne  porter  aucun  préjudice, 
du  fait  de  cette  concession,  par  la  cbarte  citée  plus 
haut(l). 

On  ignore  quelle  issue  eut  cette  affaire,  si  même 
répreuve  fut  réellement  subie,  ou  bien  si  Guillaume 
de  Bussy  parvint  à  l'empêcher,  comme  il  est  présu- 
mable.  Car  les'  évèques  furent  constamment  opposés 
à  ces  pratiques,  toujours  cruelles,  et  aussi  incapables 
de  justifier  les  innocents  que  de  dévoiler  les  vrais 
criminels.  Le  roi  saint  Louis  les  abolit  en  1260  dans 
les  domaines  de  la  justice  royale;  plus  tard  seule- 
ment, l'influence  religieuse  parvint  à  les  faire  dispa- 
raître entièrement,  tant  elles  étaient  profondément 
entrées  dans  les  mœurs  des  peuples. 

La  piété  de  l'abbé  Berthier  se  trouvait  mal  à  l'aise 
au  milieu  du  mouvement  de  l'administration  d'une 
grande  abbaye  et  des  nombreuses  alTaires  dont  il 
était  obligé  de  s'occuper.  Depuis  longtemps,  il  désirait 
se  consacrer  tout  à  fait  à  la  prière  dans  le  recueille- 
ment d'une  vie  paisible.  Il  réalisa  son  dessein  en  12.j(). 
Après  avoir  donné  sa  démission  d'abbé  de  Saint-Mes- 
min,  il  se  fit  disciple  de  saint  François  d'Assise,  dans 
l'Ordre  des  Frères-Mineurs,  on.  sous  l'humble  nom  de 
F.  Berthier,  il  resta  jusqu'à  sa  mort,  arrivée  en  1203(2). 

(1)  Pi^ce  justificative  XXXVI,  charte  pour  l'ôpreuve  judi- 
ciaire. 
(-2)  Gallta  Christian  a.  Ecoles.  Ain-d.,  t.  VIII.  p.  153C. 


—  -236  — 

Quand  cet  abbé  eut  quitté  Micy.  les  moines  se  réu- 
nirent au  Chapitre  pour  procéder  à  l'élection  de  son 
successeur.  Leurs  suffrages  se  portèrent  presque 
unanimes  sur  Adam  de  Soisy,  homme  recomman- 
dable  par  la  vivacité  de  son  intelligence  et  l'énergie 
de  son  caractère. 

C'était  la  coutume  qu'après  lélection  on  écrivît 
au  roi  pour  le  prier  de  la  confirmer.  Le  prieur  et 
les  religieux  do  Saint-Mesmin  envoyèrent  donc  vers 
Louis  IX  les  deux  prieurs  de  Saint-Marceau  et  de 
Saint-Aubin,  porteurs  d'une  lettre  par  laquelle  ils  lui 
notifiaient  le  choix  qu'ils  avaient  fait  en  la  personne 
d'Adam  de  Soisy.  lui  demandant  de  l'approuver;  en 
même  temps,  ils  le  suppliaient  de  faire  remise  à  leur 
couvent  des  régales  (1)  dues  à  cette  occasion  (2). 

(^ette  lettre,  original  en  parchemin,  a  été  con- 
servée (3).  Elle  porte,  sur  simple  queue  de  même,  un 
sceau  qui  est  l'unique  spécimen  de  ceux  dont  les 
moines  de  Micy  se  servaient  à  cette  époque.  Encore 
est-il  incomplet;  car  il  n'en  reste  qu'un  fragment, 
d'environ  38  millimètres,  en  cire  verte.  Sur  la  face 
de  ce  sceau,  qui  était  celui  du  monastère,  on  voit  un 
personnage  nimbé  et  crosse,  —  saint  Mesmin.  — 
avec  cette  inscription  : 

t   SIGILL ICIACEK .  .  . 

t  Sigillxnn  conventus  Miciacensis. 

(1)  «  La  régale  était  le  droit  qu'avait  le  souverain  de  jouir 
de  tous  les  biens  et  de  toutes  les  prérogatives  attachées  aux 
sièges  vacants,  tant  que  le  nouveau  titulaire  n'était  pas 
installé.  »  Pasquier,  Recherches,  1.  III,  chap.  XXXV. 

('2)  Pièce  justilicative  XXXVII,  demande  d'approbation. 

(3)  Archives  nalionak's,  .1.  3iG,  n*  41. 


—  237  — 

Le  contre-sceau  porte  un  personnage  debout,  de 
trois-quarls  à  gauche,  —  saint  Etienne,  —  tenant  un 
livre  de  sa  main  droite,  avec  ces  mots  en  exergue: 

t   OR. IS,  BEATE  STE.  .  .NE. 

t  Ora  pro  nobis,  béate  Stéphane  (1) 

Guillaume  de  Bussy  joignit  ses  instances  à  celles 
des  religieux  adressées  au  roi  dans  leur  lettre  (2). 

Quand  l'approbation  royale  lui  eut  été  accordée, 
Adam  se  rendit  à  ,0rléans5  afin  de  prêter  le  serment 
de  fidélité  qu'il  devait,  en  vertu  du  droit  de  patro- 
nage autrefois  conféré  à  l'évèque  sur  l'abbaye  de 
Saint-Mesmin  par  Clovis  et  ses  successeurs.  Cette 
cérémonie  se  faisait  dans  la  cathédrale  de  Sainte- 
Croix,  devant  le  maître-autel.  En  présence  du  pontife 
et  de  tout  son  clergé,  l'abbé  prêta  ce  serment  en  ces 
termes  :  (3) 

«  Moi,  Adam,  créé  abbé  de  l'église  de  Saint- 
Mesmin  d'Orléans,  je  promets  obéissance,  respect  et 
fidélité  il  ma  sainte  mère  l'Eglise  d'Orléans,  et  à  toi, 
Guillaume,  son  évèque,  mon  révérend  père  en  Dieu, 
ainsi  qu'à  tes  successeurs  canoniquement  élus,  et  je 
confirme  ma  promesse  en  pla(;ant  ma  main  sur  cet 
autel.  »  (i) 

L'évèque  donna  ensuite  à  Adam  la  béné<liction 
abbatiale,  cérémonie  qui  n'ajoutait  rien  à  son  carac- 

(1)  Archives  nationales,  Catalogue  des  sceau./-,  no8/2rM». 

(2)  Teullet,  Layettes  du  Trésor  des  chartes^  n°  4,3.*V2. 

(3)  Extrait  d'un  ancien  Pontifical  manuscrit,  aux  archives 
de  l'Eglise  d'Orléans. 

(4)  Pièce  justificative  XXXVIII,  serinent  des  abbés. 


-  2:^8  — 

tère,  mais  dont  le  but  était  de  rendre  sa  personne 
sacrée  et  vénérable. 

Une  fois  en  possession  de  la  plénitude  de  son  auto- 
rité, le  nouveau  supérieur  <le  Micy  s'occupa  eflîcace- 
ment  des  intérêts  do  son  monastère.  Il  donna  ses 
premiers  soins  à  la  formation  d'un  Cartulaire^  ou 
recueil  de  tous  les  titres,  bulles  des  papes,  chartes 
des  rois,  des  seigneurs  et  des  évoques,  actes  de 
donation,  d'achat,  de  vente,  d'écliange.  etc,  concer- 
nant son  abbave. 

Dans  un  temps  oii  les  contestations  étaient  extrê- 
mement fréquentes,  où,  pour  justifier  ses  droits,  on 
était  journellement  mis  en  demeure  de  produire  ses 
titres,  et  oii  ces  mêmes  titres  se  trouvaient  exposés  à 
tant  de  causes  de  destruction,  pillages,  incendies  et 
autres,  la  possession  d'un  cartulaire  était  de  la  plus 
haute  importance.  Aussi  voyons-nous  presque  tous 
les  abbés  des  monastères  de  France  faire  ce  même 
travail,  vers  le  milieu  du  xmT  siècle,  afin  de  pouvoir 
répondre  aux  attaques  de  la  chicane,  et  aussi  trans- 
mettre à  la  postérité  leurs  titres  de  grandeur. 

Adam  cliargea  plusieurs  religieux  de  mettre  en 
ordre  tous  ces  documents,  jus([ue  là  conservés  sans 
grand  soin  dans  des  cofl'res,  de  les  classer  d'après 
leurs  dates,  puis  de  les  transcrire  dans  un  livre 
formé  de  belles  feuilles  de  parchemin,  qui  reçut  le 
nom  de  Cartulaire.  Quand  ce  travail  fut  terminé, 
lui-même  publia  une  charte  qu'on  ajouta  à  loulos  les 
aulres.  pour  en  bien  étabhr  P;nithonticité  (1  ). 

(1)  Biblioth.  nation.,  Baluce.  78,  f»  02. 


—  230  — 

((  Adam,  par  la  permission  divine,  humble  abbé  du 
monastère  de  Saint-Mesmin,  à  tous  les  fidèles  du 
Christ,  et  à  ses  successeurs  dans  le  dit  monastère, 
salut.  Comme  il  est  difficile  et  dangereux,  tant  pour 
nous  que  pour  nos  successeurs,  de  transporter  de 
divers  côtés  les  chartes  données  à  notre  couvent 
dans  le  passé,  et  afin  d'éviter  qu'un  accident  ne  fasse 
périr  ces  pièces  réunies  à  grands  frais  par  nos 
prédécesseurs^  nous  avons  fait  transcrire  mot  à  mot 
les  dites  chartes  et  privilèges,  Tan  de  l'Incarnation 
du  Verbe  12o7,  sous  le  règne  du  roi  très  chrétien 
Louis  (IX),  fils  de  Louis  (VIII),  petit-fils  de  Phi- 
lippe (II),  du  vivant  de  notre  vénéré  père  en  Dieu 
Guillaume,  évoque  d'Orléans,  -o  (1) 

Cette  œuvre,  dont  la  conservation  eût  été  d'un  si 
grand  intérêt  pour  l'histoire  de  Tabbayo  de  Saint- 
Mesmin  et  de  toute  la  région  orléanaise,  a  malheu- 
reusement péri.  Elle  embrassait  une  période  de  près 
de  huit  siècles,  de  o02  à  1270.  Il  en  reste  un  court 
extrait  sur  papier,  à  la  Bibliothèque  nationale,  conte- 
nant une  cinquantaine  d'actes  copiés  au  xvir-  siècle, 
presque  tous  relatifs  aux  prieurés  de  Saint-Sigismond 
et  de  Saint-Jean-de-la-Mothe  {'2).  Dom  Verninac,  le 
savant  bibliothécaire  du  monastère  de  Bonne-Nouvelle, 
à  Orléans,  a  laissé  dans  ses  manuscrits  une  courte 
analyse  de  chacune  de  ses  chartes,  et  reproduit  inté- 
gralement quelques-unes  des  plus  intéressantes  (3). 

(1)  Pièce  justificative  XXXIX,  charte  pour  le  Gartulaire. 

v2)  Bibliotli.  nation.  M.  S.  .'),4-20. 

(3)  Biblioth.  d'Orl.'ans,  Dom  VERMXAn,  M.  S-  304  ". 


—  240  — 

Les  Bénédictins  de  Saint-Mesniin,  puis  les  Feuillants, 
qui  les  remplacèrent.  Tout  précieusement  conservé. 
En  17!)2,  il  était  encore  entre  les  mains  de  Dom 
Gascar,  un  des  derniers  religieux.  Depuis,  il  a  disparu, 
ainsi  que  presque  tous  les  titres  de  l'abbaye,  sans 
que  les  recherches  les  plus  soigneuses  aient  pu  le 
faire  retrouver. 

A  plusieurs  reprises,  les  adversaires  des  moines  de 
Saint-Mesmin  ont  prétendu  que  ce  cartulaire  était  une 
œuvre  de  faussaire,  composé  vers  Tan  KiOO,  par  les 
religieux  eux-mêmes,  pour  s'assurer  la  possession  de 
leurs  biens. 

En  l'absence  de  l'ouvrage  même  contesté,  il  est 
difficile  de  se  pronont:er  à  son  sujet.  On  peut  dire 
cependant  que  la  présence,  dans  ce  recueil,  de 
quelques  chartes  non  authenticjues,  comme  la  pre- 
mière attribuée  à  Clovis,  n'entraîne  pas  nécessaire- 
ment la  fausseté  du  cartîdaire  tout  entier.  Adam  a  pu 
être  induit  en  erreur  pour  elles,  comme  beaucoup 
d'autres  l'ont  été  après  lui.  Tous  les  écrivains  qui  se 
sont  occupés  de  nos  abbayes  orléanaises,  dom  Verni- 
nac,  le  chanoine  Hubert,  dom  Estiennot,  et  avec  eux 
dom  Mabillon,  et  les  savants  auteurs  de  la  Gallia 
Christiana  (1)  Pont  toujours  attribué  à  Adam  de 
Soisy.  Aucune  preuve  n'autorise  à  le  croire  formé  par 
Ajasson  (jui,  dans  l'état  de  ruines  où  se  trouvai!  son 
couvent  (juand  il  en  fut  abbé,  en  1008.  avait  autres 
choses   à  faire  qu'à  recueillir  et  à  transcrire  les  actes 

(1).  Gallia  Chhistiana.  Ecoles.  Aurel.^i.  Vlfl,  p.  1530. 


—  241  — 

du  passé.  Enfin,  une  dernière  considération  nous 
semble  péremptoire.  Aussi  longtemps  que  l'historien 
a  eu  le  cartulaire  ou  son  résumé  pour  guide  dans 
l'exposé  des  événements  accomplis  à  Micy,  il  a  pu 
rapporter  des  faits  nombreux  puisés  à  cette  source. 
Parvenu  à  l'année  oij  le  recueil  s'arrête,  il  ne  trouve 
presque  plus  rien,  quelques  épisodes  glanés  ça  et  là 
dans  les  chroniques  générales,  des  noms  d'abbés,  avec 
les  seules  dates  de  leur  promotion  et  de  leur  mort  ;  à 
tel  point  que,  dans  un  espace  de  soixante-quinze  ans, 
depuis  la  mort  d'Adarn,  1274,  jusqu'à  celle  de 
Jean  II,  son  troisième  successeur,  ISrjO,  on  pourrait 
croire  l'existence  de  la  communauté  bénédictine  de 
Saint-Mesmin  suspendue  ou  cachée  par  un  voile  épais 
aux  yeux  du  monde,  tant  les  événements  y  sont  rares. 

Si  le  cartulaire  dLVSiii  été  composé  vers  1600,  ainsi 
qu'on  l'a  prétendu,  il  nous  aurait  certainement  con- 
servé de  nombreux  actes  appartenant  aux  XV'^  et 
XM*^  siècles,  comme  il  l'a  fait  pour  les  Ages  anté- 
jieurs  à  1270  ;  car  il  n'y  avait  aucune  raison  de  l'in- 
terrompre à  cette  date. 

Tout  en  s'occupant  de  ces  travaux  littéraires,  Adam 
mettait  l'ordre  dans  les  affaires  de  son  monastère. 
Beaucoup  de  vassaux  méconnaissaient  l'autorité  de 
l'abbé,  leur  suzerain  ;  des  maires,  chargés  de  l'admi- 
nistration des  bourgs  et  villages  de  ses  domaines,  se 
considéraient  comme  indépendants,  et  agissaient  de 
même.  Adam  les  rappela  tous  à  leur  devoir.  Il  lit 
comparaître  successivement  les  rebelles  au  Chapitre, 
obligea  tous  les  vassaux  à  rendre  foi    et   hommage, 


->4->     _ 


conformément  à  la  coutume  féodale,  et  contraignit  les 
maires  à  prendre  rengagement  de  remplir  leurs  obli- 
gations avec  exactitude  et  fidélité.  11  échangea  quel- 
ques terres  près  de  Gléry,  avec  le  chevalier  Simon  de 
Mt'lun. 

Enfin,  en  1258,  il  sollicita  et  obtint  du  pape  Ale- 
xandre IV  une  bulle  de  protection  pour  les  biens  de 
son  couvent,  et  de  confirmation  pour  tous  ses  privi- 
lèges. Cet  acte  fut  aussi  important,  dans  Tordre  ecclé- 
siastique, que  les  grandes  chartes  de  Louis  le  Débon- 
naiie,  de  83h,  et  du  roi  Robert  le  Pieux,  de  1U22, 
l'avaient  été  dans  Tordre  civil,  pour  Tabbaye  de  Saint- 
Mesmin.  Il  résume  et  complète  toutes  les  garanties 
déjà  données  par  les  prédécesseurs  d'Alexandre  IV. 
Comme  en  oulrr,  c'est  la  seule  bulle  papale  encore 
existante,  qui  ait  été  accordée  à  notre  monastère,  et 
intégralement  conservée  dans  la  teneur  de  ses  propres 
termes,  il  ne  sera  pas  superflu  de  la  reproduire  ici,  au 
moins  dans  ses  parties  essentielles. 

Dans  h'  préambule  accoutumé,  le  souverain  pon- 
tife dit  qu'il  est  de  son  devoir  de  défendre  ceux  (|ui 
se  sont  consacrés  au  service  de  Dieu,  principalement 
dans  la  vie  monastique.  Il  ajoute,  s'adressant  à  Tabbé 
et  aux  moines  :  «  Nous  recevons  et  plaçons  sous  la 
{)rotection  du  ii.  Pierre  et  la  notre  votre  monastère 
où  vous  vivez  dans  l'observance  de  la  règle  de  saint 
Benoit.  Tous  les  biens  que  vous  possédez  canoni- 
quemenl,  par  donations  des  papes,  des  rois,  des  sei- 
gneurs et  des  pieux  fidèles,  ou  par  d'autres  moyens 
légitimes,  toutes  vos  églises,   au  nombre   de  trente- 


—  -243  — 

trois  (il  les  énumèrej.  nous  voulons  que  vous  les  con- 
serviez intacts  et  les  transmettiez  en  entier  à  vos 
successeurs,  avec  leurs  dépendances,  terres,  prés, 
vignes,  forêts,  usages  dans  les  bois  et  les  plaines,  sur 
les  eaux  et  les  moulins,  sur  les  routes  et  les  sentiers, 
ainsi  que  toutes  leurs  libertés  et  immunités.  —  Nous 
défendons  que  personne  veuille  exiger  ou  percevoir 
de  force  aucune  imposition  sur  ces  biens,  ni  sur  vos 
animaux  ou  vos  instruments  de  culture.  —  Qu'il 
vous  soit  permis  de  recevoir  et  de  garder  dans  votre 
communauté  tous  ceux  qui  voudront  quitter  le  siècle, 
clercs  ou  laïcs,  pourvu  qu'ils  soient  libres  de  leur 
personne.  —  Nous  défendons  qu'aucun  de  vos  frères, 
après  avoir  fait  sa  profession  religieuse  dans  votre 
maison,  puisse  la  quitter  sans  votre  permission,  à 
moins  que  ce  ne  soit  pour  entrer  dans  un  Ordre  plus 
sévère.  —  En  cas  d^interdit  général^  vous  pourrez 
célébrer  les  offices  dans  vos  églises,  à  voix  basse, 
portes  closes,  et  sans  sonner  les  cloclies,  pourvu  (jue 
vous  ne  soyez  pas  vous-mêmes  cause  de  cet  interdit. 
Pour  les  sacrements  et  la  consécration  des  autels, 
vous  vous  servirez  du  clirème  et  des  saintes  huiles 
bénits  par  i'évèque  diocésain.  —  Nous  défendons 
qu'on  construise  ni  oratoire,  ni  église  nouvelle  sur 
votre  territoire,  sans  votre  consentement  et  celui  de 
Tévêque  ;  personne,  ni  ecclésiastique  ni  séculier,  ne 
pourra  vous  molester  ni  vous  contraindre  à  ce  sujet. 
Il  vous  sera  loisible  d'iiiimmer  dans  vos  églises  ceux 
qui  le  demanderont,  à  la  condition  qu'ils  ne  seront 
pas  excommuniés,  et  (jue  les  droits  de  leurs  propres 


—  -244  — 

ég^lises  seront  respectés.  —  Vous  pouri 
retirer  aux  laïcs  les  dîmes  encore  de 
leurs  mains.  —  A  la  mort  d'un  abbé,  c 
la  fraude  ou  la  violence  qui  devra  li 
successeur,  mais  le  libre  consentement 
de  ses  frères,  conformément  à  la  r 
Benoit.  —  Pour  vous  assurer  la  libre  p 
devoirs,  nous  défendons  expressément 
ose  se  rendre  coupable,  dans  votre  mon 
vos  domaines,  de  vol,  d'incendie,  de  rap 
de  meurtre  ou  de  violence  d'aucune  se 
manière  générale,  nous  confirmons  au  i 
rite  apostolique,  tous  les  privilèges,  lil 
lions  et  immunités  qui  vous  ont  été  rai 
accordés  par  les  pontifes  romains  nos  | 
les  rois,  les  princes  et  les  fidèles.  —  E 
nous  défendons  que  personne  ose  I 
monastère,  dévaster  vos  biens  ou  vou 
(juelle  que  manière  (|ue  ce  soit  ;  nous  vo 
vous  soit  conservé  en  paix  et  sécurité,  s 
des  droits  du  Saint-Siège  et  de  Tévéque 
Si  (juelqu'un,  clerc  ou  séculier,  ose  vi 
criptions,  (ju'il  soit  averti  d'abord:  s'il  | 
sa  malice,  quil  soit  privé  de  tout  bonne 


—  245  — 

(lu  Yerbe  12o8.  —  Suivent  les  sceaux  d^llexand 
de  six  cardinaux,  de  plusieurs  évèques,  et  du  cl 
lier  de  la  Cour  romaine  o  (1). 

Cette  bulle  contient  tout  un  code  de  légis 
monastique.  Elle  prévoit  et  fixe  la  manière 
dans  des  cas  nombreux,  causes  de  contestatior 
quentes,  et  couvre  de  l'autorité  apostolique  la 
tion  donnée  à  chacune  de  ses  prescriptions, 
inutile  de  revenir  sur  chacune  des  règles  ( 
trace,  elles  sont  assez  claires  et  s'expliquent  d 
mômes. 

Ce  sont  ces  actes  solennels,  émanés  de  la  pa 
qui  ont  fait  la  prospérité  des  institutions  monas 
au  moyen  âge.  Le  sentiment  religieux  des  pi 
rendait  alors  le  pouvoir  des  souverains  ponti 
plus  ferme  et  le  mieux  obéi  qui  existât  au  n 
Dans  ces  jours  durs  et  violents,  où  la  force  p 
presque  toujours  le  droit,  où  la  justice  était  i 
faite  et  le  bras  des  rois  souvent  trop  faible  pou 
respecter  leurs  décisions,  une  bulle,  terminée  p< 
menace  d'interdit,  empêchait  des  maux  noml 
Ces  armes  spirituelles  suppléaient  à  Timpuis 
des  lois  ;  elles  protégeaient  les  intérêts  des  ] 
des  humbles,  des  clercs,  des  moines  désarm 
parvenaient  pres(jue  toujours  à   sauvegarder  1 


—  -24G  - 

conslru«:tion  de  réglise  abbatiale.  11  eut  l'iionneur  et 
la  joie  Je  la  terminer  (1). 

On  peut  très  difficilement  se  représenter,  aujour- 
d'iiui,  ce  que  fut  cet  édifice.  Les  Anglais  le  ruinèrent, 
moins  de  cent  ans  après  son  achèvement,  comme 
nous  le  dirons  en  son  lieu.  Il  ne  fut  jamais  réparé  et 
demeura  longtemps  en  l'état  où  ils  l'avaient  mis. 
Depuis,  les  hauts  piliers  découronnés,  les  vastes 
pans  de  murailles  lézardées,  encore  debout  il  y  a  un 
siècle,  ont  entièrement  disparu,  sans  qu'aucun  dessin 
nous  ait  conservé  l'image  de  ce  (juil  était  au  temps 
de  sa  splendeur.  Seul,  un  peintre  Orléanais.  M.  Dcs- 
fricbes,  a  reproduit,  dans  un  de  ses  tableaux,  une  vue 
de  ce  qui  eu  restait  encore,  en  1770. 

(^et  artiste,  né  en  1715^  et  mort  en  1801,  plutôt 
dessinateur  et  paysagiste  que  peintre  de  grands  sujets, 
tout  en  demeurant  à  Orléans,  venait  souvent  à  la 
Cartaudière,  maison  de  campagne  voisine  de  l'abbaye 
de  Micy,  occupée  de  son  temps  par  les  Feuillants. 
Des  fenêtres  de  sa  salle  à  manger,  il  voyait  le  monas- 
tère, la  Cliapelle  Saint-Mesmin,  au-delà  de  la  Loire, 
et  les  moulins  du  Loiret.  Il  dessina  ces  vues  sui*  des 
panneaux  dont  il  orna  les  murailles  de  cette  salle. 
((  L'un  d'eux,  bien  conservé,  est  très  curieux,  en  ce 
({u'il  reproduit  les  ruines  de  la  vieille  église  abbatiale 
de  Micy,  telle  (|U  elle  existait  à  la  lin  du  siècle  dei- 
nier,  avec  ses  piliers  élancés  et  ses  voûtes  ogivales 
aux  deux  tiers  abattues  [2).  » 

[\)  IIuBEHT,  M.  S.  i302,  f'>  15'i. 

(2)  LuibELEUH,  Sulice  sur  Desfriches,  p.  8. 


—   -217  — 

Ce  tableau  est  le  seul  qui  puisse  nous  donner  une 
idée  de  ce  magnifique  édifice  (1;. 

Construit  au  xm*^  siècle,  à  l'époque  où  l'architecture 
ogivale  parvenait  à  l'apogée  de  sa  perfection  et  créait 
de  toutes  parts  de  merveilleuses  basiliques,  il  était  lui- 
même  du  plus  beau  style  ogival,  et  alliait  une  majes- 
tueuse grandeur  à  une  irréprochable  pureté  de  lignes. 
De  grosses  colonnes  cylindriques  formaient  les  deux 
cotés  de  la  nef,  et  supportaient  de  larges  arcades  en 
ogives  dont  les  archivoltes  retombaient  sur  délégants 
chapiteaux;  au-dessus,  s'élevait  la  muraille  où  s^'ou- 
vraient  de  hautes  baies  terminées  en  tiers-point  et 
servant  de  fenêtres.  Aux  quatre  piliers  formant  Tin- 
tersection  de  la  nef  avec  le  transept,  étaient  accolées 
plusieurs  gracieuses  colonnettes  couronnées  de  cha- 
piteaux sculptés.  A  Textrémité  de  la  nef,  on  remarque 
des  ouvertures  cintrées,  dans  un  mur  épais,  restes  de 
la  basilique  romane  bàlie  au  temps  du  roi  Robert; 
puis,  une  grosse  tour,  qui  était  le  cloclier.  A  sa  base, 
on  voit  des  arcades  également  à  plein  cintre  du  même 
temps  ;  de  hautes  fenêtres  en  ogive  ouvrent  dans  la 
partie  supérieure  ;  elles  étaient  surmontées  du  betl'roi, 
pour  les  cloches,  et  d'une  llèche  en  bois. 

Tel  est  le  peu  qu'il  est  donné  de  connaître  de  celle 
église.  Ce  peu  suffit  cependant  poui-  qu'on  déplore 
amèrement  la  perle  d^un  pareil  monument,  que  ni  la 

(1)  Nous  devons  la  vue  de  ces  ruines,  que  nous  reproduisons 
au  cominencement  <le  ce  livre,  à  M.  Georges  Micliau,  impri- 
meur, à  Orléans. 


—  ii48  — 

sainteté  de  sa  destination^  ni  la  rare  beauté  de  son 
arcliitecture  n'ont  pu  sauver  de  la  destruction. 

Ue  grandes  fêtes  accompagnèrent  la  consécration 
de  celte  basilique,  dédiée,  comme  l'ancienne  à  saint 
Etienne.  Les  reliques  des  15.  Mesmin  l'Ancien,  ïbéo- 
deniir,  Mesmin  le  Jeune  et  de  beaucoup  d'autres 
saints  y  furent  solennellement  transportées.  Bientôt 
la  piété  populaire  amena  la  multitude  des  fidèles  au 
nouveau  sanctuaire.  De  nombreux  personnages, 
évéques  d'Orléans,  seigneurs  des  bourgs  environ- 
nants, magistrats  de  la  cité,  demandèrent,  comme 
une  faveur  insigne,  d'y  être  inhumés  (1).  Ils  peu- 
plèrent de  leurs  tombeaux  ce  lieu  de  prière,  sans  pou- 
voir y  trouver,  pour  leurs  cendres,  un  repos  durable, 
que  la  malice  des  hommes  ne  leur  permit  pas  de 
goûter,  même  au  pied  des  aut(ds. 

C'est  assurément  un  grand  honneur,  pour  la  mé- 
moire de  ral)l)é  Adam,  d'avoir  pu  couronner  une 
pareille  entreprise.  Il  eut  encore  une  autre  gloire,  non 
moins  méritante,  celle  d'avoir  entretenu  la  régularité 
el  la  ferveur  dans  son  monastère  cjui  continua  d'être 
regardé  comme  un  centre  fécond  de  grâces  et  de 
bénédictions.  Mais  lant  de  travaux  épuisèrent  sa  santé. 
II  (juitla  c<'  monde  vers  1:^74.  La  mort  ne  le  surpiit 
|i(»iiit,  car  toute  sa  vie  avait  été  une  préparation  à  ce 
r<Mi()ntabh'  passage.  Après  avoir  re<;u  les  derniers 
sarrements,  avec  les  sentiments  d'une  foi  aidente,  il 
expiia  en  [)ressant    le   ciucilix  sur    ses    lèvres.    Les 

(1}  Bibliol.  nation.,  D.  E>TiENNor,  ^r.  S..  12/39,  f"  75. 


—  ^49  ~ 

frères  pleurèrent  longtemps  leur  bon  et  illustre  abbé; 
toute  la  ville  d'Orléans  fut  attristée  de  sa  perte  : 
beaucoup  de  ses  habitants  tinrent  à  montrer,  par 
leur  empressement  à  venir  assister  à  ses  funérailles, 
dans  quelle  estime  ils  tenaient  ses  grandes  œuvres  et 
ses  vertus  éminentes. 

On  connait  très  peu  de  choses  relativement  aux 
trois  abbés  qui  succédèrent  à  Adam  de  Soisy.  On 
ignore  même  le  nom  du  premier.  Quand  les  religieux 
de  Saint-Mesmin  l'eurent  élu.  en  1274,  ils  écrivirent 
au  roi  Philippe  III.  le  Hardi,  pour  lui  demander 
d'approuver  son  élection,  sans  le  désigner  autrement 
que  par  une  initiale,  effacée  dans  la  charte  originale. 
c(  Il  porte  encore  sur  son  visage  les  grâces  de  la  jeu- 
nesse, disent-ils  dans  leur  lettre;  mais  il  a  dans 
l'esprit  la  maturité  de  la  vieillesse  (  1).  »  Ce  supérieur 
gouverna  Micy  vingt-trois  ans;  tous  les  actes  de  son 
administration  sont  demeurés  ensevelis  dans  une 
obscurité  complète  ;  aucun  n'est  parvenu  jusqu'à 
nous. 

Guillaume  II  de  TAunay  était  sous-prieur,  quand 
ses  frères  le  choisirent  pour  leur  abbé,  en  121)7. 
Ferrie  de  Lorraine,  alors  évèque  d'Orléans,  approuva 
son  élection  et  lui  donna  la  bénédiction  abbatiale.  Kn 
même  temps,  les  moines  écrivirent  au  roi  Philippe  IV. 
le  H«'l,  selon  la  coutume,  pour  le  prier  de  confirmer 
leur  choix  et  de  protéger  le  nouvel  élu.  Leur  lettre 
existi'  encore,  original  en  parchemin  (2)  :  elle  porte, 

(1)  Archives  nationales,  .T.  344,  N.  45,  orifîinal  parchemin. 

(2)  Archives  nationales,  .T.  347,  X.  il-2. 


—  -loi)  — 

sur  (jiieues  de  même,  les  IVagmenls  de  deux  sceaux, 
en  cire  verte. 

Le  premier,  <le  forme  ogivale,  haut  de  40  milli- 
mètres, est  celui  du  monastère.  Sur  la  face,  ou  dis- 
tinguo un  abbé  debout,  tenant  la  crosse  de  sa  main 
gauche  :  au  revers,  est  l'image  d'un  personnage  en 
pied,  avec  un  livre  dans  sa  main  droite  ;  on  lit  ces 
mots,  en  exergue  : 

OHA    PRO    NOBIS,    BEATE   STEPHANE. 

Le  second  sceau  est  celui  du  prieur.  La  face  porte 
un  personnage  nimbé  et  crosse,  qui  est  saint  Mesmin. 
Sur  le  revers,  on  voit  deux  oiseaux  adossés  et  bec- 
quetant une  lleur  qui  les  sépare  ;  autour,  se  lit  cette 
inscription  : 

f   s.   PHIOniS MINI  MICIACEN 

Si^illum  prions  S   Maximini  Miciasensis  (i). 

Il  est  regrettable  que  le  mauvais  état  de  ces  sceaux 
ùle  toute  possibilité  de  les  reproduire. 

Guillaume  de  l'Aunay  maintint  son  couvent  dans 
un  grand  esprit  de  ferveur  et  dans  la  prati(jue  des 
vertus' qui  attirèrent  de  plus  en  plus  vers  lui  les  âmes 
avides  de  se  sanctifier  dans  les  observances  monas- 
li(jues.  Etienne  de  Villaines.  fils  de  Pierre  de  Vil- 
laines,  gentilhomme  des  environs,  quitta  le  monde  et 
demanda  à  y  être  reçu.  Après  lui  avoir  fait  subir  les 
épreuves  du  noviciat,  l'abbé  l'admit  au  nombre  de  ses 
religiejix  (2). 

'1)  Archives  nationale?.  Catalogue  des  sceau\,  no  0  314. 
(-2)  IIuBEHT.  M.  S.  'i:W'.  f»^  lfir>. 


—   2ol    — 

Milon  de  Gliailly  étant  monté  sur  le  sièg-e  épiscopal, 
en  1312.  Guillaume  lui  renouvela  le  serment  de  fldé- 
lité  que  les  abbés  de  Micy  avaient  accoutumé  de  faire 
aux  évoques  d'Orléans.  Ce  serment  fut  prêté  avec 
le  cérémonial  et  dans  les  termes  déjà  employés  par 
Adam  de  Soisy. 

Afin  d'aug-menter  les  ressources  alimentaires  de 
leur  communauté,  les  religieux  achetèrent,  du  cha- 
pitre de  l'Ég-lise  d'Orléans,  tout  le  cours  du  Loiret, 
depuis  sa  source  ou  bouillon,  jusqu'au  chemin  dit 
des  Courtiniers.  Cette  acquisition  fut  fiito  le  24  dé- 
cembre 1317  (1). 

L'abbé  Guillaume  avait  reçu  de  sa  famille  plusieurs 
bijoux  et  joyaux  d'un  grand  prix  ;  il  en  fit  don  à 
Féglise  de  son  couvent.  Après  sa  mort,  arrivée  en 
1320,  il  y  fut  inhumé,  dans  le  chœur,  du  coté  de 
l'Évangile. 

Jean  II  le  remplaça,  la  même  année,  sur  le  siège 
abbatial  de  Saint-Mesmin.  Il  fil.  en  1334,  plusieurs 
statuts  et  règlements  pour  le  maintien  de  la  discipline 
régulière  et  le  bon  gouvernement  de  son  monastère, 
règlements  dont  il  obtint  la  confirmation  par  l'évéque 
d'Orléans.  Il  se  montra  également  gardien  vigihmt  de 
ses  privilèges. 

Le  Bienheureux  Iloger  le  Fort,  évéque  d'Orléans, 
désira  venir  passer  quehjues  jours  h  Micy,  en  I32i-. 
pour  y  faire  une  retraite  spiritueUc  Les  moini's,  qui 
exerçaient  généreusement  l'hospitalité   envers  tous, 

(1)  Transaction  lii'pe  des  Ai'diives  do  l'Kx'li^e  d'Orléans, 
pour  1317. 


2o2  

déployaient  une  charité  toute  particulière  quand  ils 
avaient  l'honneur  de  recevoir  un  prélat  ;  aussi  l'ac- 
cueillirent-iis  avec  une  vive  joie.  Mais,  afin  que  ses 
successeurs  ne  pussent  pas  reg-arder  cette  réception 
comme  une  obligation  due  d'après  les  coutumes 
anciennes,  Tahhé  Jean  lui  demanda  un  acte  de  sauve- 
garde pour  les  privilèges  de  son  monastère.  L'évèque 
lui  donna  une  charte  spéciale  à  cet  effet.  «  L'hospita- 
lité, y  dit-il,  que  les  frères  m'ont  généreusement 
accordée,  même  au  delà  de  ce  qu'ils  devaient  stricte- 
ment, ne  tire  point  à  conséquence;  elle  ne  doit  ni 
leur  créer  de  servitude,  ni  leur  porter  préjudice  en 
rien  pour  l'avenir  »  (1).  On  croit  que  cet  abhé  dirigea 
sa  communauté  jusqu'en  13.')0,  année  vers  laquelle  il 
mourut. 

Avec  Jean  II,  l'ahhaye  de  Saint-Mesmin  vil  liiiir 
ses  jours  de  gloire  ! 

(I)  Bibliothèque  de  l'Arsenal,  l)om  Esliennnt,  M.  S.  1009, 


—  253  -- 


CHAPITRE  XII 

VIE    INTÉRIEURE     DES     BÉNÉDICTINS     DE     M(CY.     lA    JOURNÉE 

DES  MOINES.  —  LEUR  INFLUENCE  RELIGIEUSE  ;  ROULEAUX 
DES  MORTS.  LEUR  ACTION  SOCIALE.  —  BIENS  MONAS- 
TIQUES ;    LEUR   EMPLOI. 

(xii''  et  xiii^  siècles.) 

Les  xii^  et  xiii*"  siècles  furent  une  ère  de  grande 
prospérité  pour  Tabbaye  de  Saint-Mesmin,  comme 
pour  toutes  les  Institutions  monastiques.  La  paix 
dont  jouit  le  monde  chrétien  à  cette  époque  lui  permit 
de  vivre  dans  une  entière  sécurité.  La  protection  des 
rois  de  France  et  des  évêques  d'Orléans  la  défendait 
contre  les  empiétements  et  les  vexations  si  fréquentes 
dans  cette  société  encore  mal  organisée.  Enfin  le  sen- 
timent religieux,  très  vif  alors,  l'enrichit  de  dona- 
tions étendues  et  multiplia  le  nombre  de  ses  moines. 

Les  temps  qui  suivirent  furent  bien  différents.  Los 
guerres  anglaises,  qui  désolèrent  la  France  pendant 
cent  ans,  et  v  accumulèrent  tant  de  désastres,  furent 
particulièrement  funestes  à  notre  monastère.  Tous  ses 
édifices  furent  ruinés,  ses  frères  dispersés,  ses  domaines 
ravagés  et  appauvris  pour  longtemps  ;  ses  conditions 
d'existence  furent  profondément  modifiées.  Aussi  nous 
semble-t-il  opportun,  avant  de  commencer  le  récil  (h^ 
ces  événements,  de  pénétrer  dans  la  vie  intérieure 
de  ses  habitants,  afin  de  connaître  !<Mn-  ori^ainsation, 


—  25'.  - 

leurs  travaux  et  les  résultais  obtenus.  Les  chroniques 
et  l'histoire  n^i  rapportent  que  les  actions  extérieures, 
cérémonies  patriotiques  ou  religieuses,  réception  de 
bulles  et  de  chartes,  donations,  règlement  d'affaires, 
contestations  litigieuses,  grands  événements  de  guerre 
ou  de  paix.  Mais  tandis  que  l'abbé,  dans  la  haute  si- 
tuation où  il  se  trouvait  placé,  était  mêlé  à  toutes  ces 
choses,  un  groupe  nombreux  d'hommes,  formant  Tes- 
sence  môme  de  la  communauté  bénédictine,  vivait 
sous  sa  direction,  d'une  existence  régulière,  calme  et 
active,  quoique  presque  inconnue. 

Tl  est  difficile,  actuellement,  de  se  faire  une  idée 
de  ce  qu'était  cette  vie.  Les  annales  du  monastère 
présentent  de  regrettables  lacunes  sous  ce  rapport. 
Les  titres,  sauvés  de  la  destruction,  n'offrent  qu'une 
monotone  énumération  d'actes  de  donations,  ventes  et 
transactions  diverses,  au  moyen  desquels  on  peut 
reconstituer  des  catalogues  d'abbés,  les  tables  des 
droits  de  justice,  des  privilèges,  des  rentes  et  cen- 
sives,  en  un  mot  tout  le  mouvement  extérieur  et  tem- 
porel ;  mais  ils  ne  nous  apprennent  presque  rien  sur 
cr  (jui  F'(Mn|)lissait  les  journées  des  moines  et  consti- 
tuait leur  raison  crèlre,  en  tant  (jne  religieux. 

Cependant  les  vieux  manuscrits,  aujourd'hui  dis- 
parus, mais  analysés  par  les  érudits  du  siècle  dernier, 
quelques  notes  authentiques,  consei'vées  dans  nos 
grands  dépnts  littéraires  et  nos  archives  départemen- 
tales, nous  ont  permis  d'entrer  assez  avant  dans  le 
mystère  de  cette  vie  cachée,  pour  que  nous  puissions 
on  ac<juérir   une  connaissance  suffisante.  Avec  leur 


—  235  - 

aide,  il  sera  possible  d'en  tracer  le  tableau  ei  d'écrire 
un  chapitre  qui  ne  sera  pas  un  des  moins  instructifs 
de  cette  histoire.  ^^ 

La  communauté  monastique  de  Saint-Mesmin  était 
formée  d'hommes  qu'une  vocation  irrésistible  appe- 
lait à  la  vie  claustrale,  La  foi,  très  vive  au  moyen  âge, 
les  saisissait  dans  toutes  les  conditions,  au  sein  des 
fortunes  les  plus  diverses,  comme  à  toutes  les  périodes 
de  leur  existence.  Tantôt  c'étaient  des  gens  du  peuple, 
simples  et  peu  lettrés,  mais  au  cœur  pur  et  à  l'âme  ar- 
dente; tantôt,  des  guerriers  renommés  qui,  après  avoir 
versé  leur  sang  sur  les  champs  de  bataille,  suspendaient 
leur  glorieuse  épée  aux  piliers  de  l'église  abbatiale  et 
échangeaient  le  baudrier  contre  le  froc  monacal  ;  des 
seigneurs  quittaient  leurs  donjons,   des  marchands 
leurs  comptoirs,  des  paysans  leur  campagne.  Orléans 
en  donna  toujours  le  plus  grand  nombre.  Il  y  venait 
aussi  des  hommes  résolus  d'expier  quelque  grande 
faute,  et  d'autres  enfin,  simplement  désireux  d'assurer 
leur  salut  éternel  dans  la  voie  qui  leur  semblait  la 
meilleure  pour  y  parvenir.  Tous,  entraînés  par  un 
penchant  invincible,  venaient  vers   cette  pieuse  re- 
traite  pour   s'y   sanctifier    dans   Texercice    des   plus 
sublimes  vertus,    avec  la  certitude   de   la  béatitude 
future. 

Un  double  attrait  dirigeait  ces  âmes  d'élitr  ;  l'amour 
de  la  prière,  qu'elles  voulaient  faire  monter  sans 
cesse  vers  le  ciel  comme  une  ardente  supplication 
adressée  à  Dieu,  en  leur  nom  propre  et  en  celui  de 
l'humanité  entière;  et  le  besoin  de  l'expiation  })ar  la 


—  250  — 

souffrance  volontaire,  qu'elles  acceptaient  avez  joie, 
afin  d'olirir  à  la  justice  divine  une  satisfaction  suffi- 
sante pour  les  péchés  du  monde. 

La  règle  de  Saint-Benoît,  code  le  plus  parfait  qui 
ait  jamais  existé  de  la  vie  monastique,  les  guidait 
dans  cette  sublime  carrière,  et  les  conduisait  jus- 
qu'aux sommets  d'une  perfection  vraiment  angélique. 
Elle  dirigeait  tous  leurs  actes,  tous  les  mouvements 
de  leur  àme,  aussi  bien  que  ceux  de  leur  corps, 
fixait  les  heures  du  travail,  du  repos,  de  l'oraison,  et 
sanctifiait  jusqu'à  leur  sommeil,  donnant  ainsi  un 
plein  rassasiement  à  la  soif  de  prière  et  de  soutlVance 
dont  ils  étaient  altérés.  Dans  l'observance  quotidienne 
de  cette  règle,  ils  puisaient  le  véritable  esprit  reli- 
gieux, qui  rendait  humbles  ces  cœurs  si  fiers,  les 
pliait  à  mille  pratiques  longues,  pénibles,  parfois 
humiliantes,  les  rendait  avides  de  sacrifices,  transfor- 
mait leui-  être,  et  les  pénétrait  si  profondément  qu'il 
imprimait,  pour  ainsi  dire,  son  caractère  jusque  sur 
leur  physionomie. 

Les  moines  étaient  partagés  en  trois  ordres  dis- 
tincts. 

Pendant  une  année  entière,  et  parfois  davantage, 
I»»s  novices  faisaient  l'apprentissage  de  la  vie  mona- 
cale, sous  la  direction  d'un  vétéran  du  cloître.  On  ne 
leur  cachait  rien  de  ce  qu'ils  auraient  à  faire  et  à 
soullVir.  Jus(ju*au  dernier  jour  de  leur  noviciat,  ils 
étaient  libres  de  se  retirer  s'ils  se  sentaient  trop 
faibles  poui*  remplir  toutes  les  obligations  du  vrai  rch'- 
gieux. 


—  237  — 

Après  ce  temps  d'épreuve,  le  novice  était  admis  à 
prononcer  ses  vœux  solennels  ;  il  devenait  moine 
parfait  ou  profès,  participant  à  tous  les  sacrifices,  et 
aussi  à  tous  les  mérites  de  la  stricte  conventualité. 
Ces  vœux,  au  nombre  de  trois,  étaient  ceux  de  l'obéis- 
sance qui  maîtrise  et  guide  la  volonté  personnelle, 
de  la  chasteté  qui  triomphe  de  la  brutalité  des  ins- 
tincts naturels  et  de  la  pauvreté  volontaire  qui,  déta- 
chant l'àme  des  biens  terrestres,  excite  en  elle  de 
plus  vifs  désirs  pour  les  biens  éternels. 

Au  dernier  ordre  étaient  les  frères  convers,  géné- 
i'alement  illettrés.  Ils  faisaient  des  vœux  simples,  et 
n'assistaient  pas  à  tous  les  longs  offices  du  chœur; 
ils  exerçaient  les  emplois  matériels  du  monastère, 
cultivaient  ses  domaines  et  avaient  une  part  abon- 
dante dans  les  prières  et  mérites  des  profès. 

Les  dignités  ou  charges  claustrales  étaient  divisées 
entre  les  religieux  les  plus  capables  de  les  occuper  : 
le  chambrie?'  avait  la  garde  du  vestiaire  ;  le  sacris- 
tain, celle  du  trésor  de  l'église  ;  le  cellcrier  était 
l'intendant  du  temporel,  et  avait  de  ce  chef  une  lourde 
lâche  à  remplir;  VlintpJiei'  et  Vaumôniei'  soignaient 
les  voyageurs  el  les  pauvres;  le  premier  les  logeait, 
le  second  pourvoyait  à  leurs  besoins.  Les  doyens, 
mis  ordinairement  à  la  tète  de  dix  frères,  les  surveil- 
laient et  les  dirigeaient  d'une  manièie  particulière; 
enfin,  le  grand  prieur  remplaçait  l'abbé  absent  el 
l'aidait,  quand  il  était  présent.  Au-dessus  de  tous  se 
plaçait  Cabbé.^  chargé  du  gouvernement  général 
du  monastère,  tant  au  temporel  (ju'au  spirihnd. 


—  -258  — 

L'élection  de  l'abbé  était  empreinte  d'une  simplicité 
pleine  de  grandeur.  Les  profès  avaient  seuls  voix 
élective.  Us  se  réunissaient  au  cbœur  de  l'église,  dont 
les  portes  étaient  fermées.  Après  avoir  récité  à 
genoux  les  sept  psaumes  de  la  pénitence,  ils  s'as- 
seyaient et  déposaient  dans  une  urne  le  nom  de  celui 
qu'ils  jugeaient  le  plus  digne.  Les  portes  étaient 
alors  ouvertes.  Le  prieur  proclamait  le  nom  de  l'élu, 
et  le  conduisait  à  l'autel,  puis  au  siège  abbatial.  De  là, 
il  se  rendait  dans  la  salle  du  Chapitre,  où  les  religieux 
allaient  également.  ('Iiacun  deux  s'agenouillait  de- 
vant le  nouvel  abbé,  pour  lui  donner  le  baiser  de 
paix,  et  lui  promettre  obéissance.  Tous  les  officiers 
de  Tabbaye  venaient  déposer  à  ses  pieds  les  clefs  des 
différents  cénacles  aifectés  à  leurs  emplois,  et  les 
recevaient  ensuite  de  sa  main. 

Sous  la  direction  de  cet  abbé,  plulùt  père  que  maî- 
tre, et  des  autres  dignitaires  proposés  aux  fonctions 
monastiques,  les  religieux  de  Saint-Mesmin  passaient 
les  jours  et  les  années  de  leur  vie,  souvent  très  lon- 
gue, dans  l'accomplissement  régulier  de  leur  mission 
de  prière  et  de  sacrifices,  librement  acceptée  et  rem- 
plie avec  amour. 

Ils  se  levaient  chacjue  nuit  à  deux  heures,  plus  tôt 
en  été  et  aux  grandes  fêtes,  l  ii  frère  très  exact 
sonnait  le  réveil.  Us  descendaient  dans  le  cloître  pour 
se  laver  la  figure  et  les  mains.  De  là,  ils  allaient  au 
chœur  où  ils  faisaient  une  demi-heure  d'adoration  et 
d'oraison  mentale.  Us  chantaient  ensuite  les  matines, 
suivies   des  laudes.   Cet   ollicc  durait    euvirou   une 


—  -259  — 

heure  et  demie,  davantage  les  dimanches  et  à  certaines 
fêtes.  Vers  les  quatre  heures,  ils  réciiixieni  Y  A  7ig  élus. 
Les  prêtres  disaient  leur  messe  servie  par  les  moines 
non  prêtres,  qui  communiaient  au  moins  une  fois  par 
mois.  A  la  suite  se  tenait  le  Chapitre,  dans  la  salle 
capitulaire.  L'abhé  y  commentait  la  règle  et  faisait 
part  à  ses  frères  des  affaires  concernant  la  commu- 
nauté ;  il  leur  adressait  aussi  de  pieuses  exhortations 
ou  des  homélies  de  circonstance.  C'est  au  Chapitre 
qu'il  infligeait  des  pénitences  aux  moines  coupables 
de  quelques  fautes  contre  la  discipline.  A  six  heures, 
on  psalmodiait  prime;  puis  tous  se  livraient  au  tra- 
vail jusqu'à  l'office  de  tierce^  qui  se  disait  à  dix 
heures,  et  précédait  la  grand'messe  conventuelle, 
suivie  elle-même  de  sexte.  None  et  vêpres  se  chan- 
taient à  différentes  heures  de  l'après-midi,  qui  va- 
riaient selon  les  divers  temps  de  rannéo  et  les  ouvrages 
de  la  saison.  Dans  le  cours  de  la  journée,  les  religieux 
avaient  environ  cinq  heures  de  temps  libie,  indé- 
pendamniont  du  temps  plus  considérable  consacré 
aux  travaux  manuels.  Ils  l'employaient  en  lectures, 
chemins  de  croix,  visites  au  Saint-Sacrement,  prières 
au  cimetière. 

Avant  de  prendre  leur  repos,  profès  et  convers  se 
réunissaient  à  Téglise  et  chantaient  conipUcs,  magni- 
fique prière  du  soir,  appelant,  dans  les  ombres  de  la 
nuit,  la  lumière  radieuse  de  l'éternelle  félicité.  Vers 
huit  heures,  tous  montaient  au  dortoir.  Ils  s'y  cou- 
chaient tout  habillés,  sur  un  lit  fait  d'une  paillasse 
piquée,  étendue  sur  des  planches.  \ln  traversin  rempli 


—  -260  — 

de  paille  longue,  pour  reposer  la  tète,  et  deux  couver- 
tures en  composaient  la  irarniture.  Le  dortoir  était 
commun  ;  dt'S  cloisons  de  bois  élevées  jusqu'aux 
deux  tiers  des  murs  formaient,  pour  chaque  frère, 
une  sorte  de  cellule,  fermée  sur  le  devant  par  un 
rideau  de  grosse  toile.  Une  lampe  suspendue  au  pla- 
fond brûlait  toute  la  nuit. 

Les  moines  faisaient  deux  repas,  le  premier  à 
onze  heures,  le  second  à  six  heures,  excepté  les  jours 
de  g^rand  jeune,  le  carême,  lavent,  les  mercredi  et 
vendredi  de  chaque  semaine,  où  ils  n'en  faisaient 
(ju'un  seul.  Leur  abstinence  était  perpétuelle.  Les 
œufs,  la  graisse  el  la  viande  étaient  défendus  en  tout 
temps,  sauf  en  cas  de  maladie.  Pour  les  repas,  ils 
se  réunissaient  dans  leur  vaste  réfectoire,  garni  de 
tables  de  bois  ;  ils  mangeaient  en  silence,  sous  la 
présidence  de  l'abbé,  tandis  que  l'un  d'eux  faisait  une 
lecture,  tirée  de  l'Histoire  de  l'Eglise  ou  de  la  Vie  des 
saints. 

Leur  habillement  consistait  en  une  tunique  de 
laine,  avec  une  cucvlc  ou  coule,  grande  robe  noire, 
également  île  laine.  L'étoile  de  ces  vêlements,  plus 
épaisse  en  hiver,  plus  légère  en  été,  était  de  celles 
qu'on  trouvait  dans  le  pays.  <'t  au  meilleur  marché. 
Par  dessus,  ils  portaient  un  scapulaire.  de  même 
couleur,  ouvert  sur  les  côtés,  semblable  aux  capotes 
des  pauvres  et  des  ouvriers.  Pour  les  longs  offices  du 
chœur,  la  nuit  et  en  hiver,  ils  recouvraient  leurs 
vêlements  d'un  ample  manteau  ou  capucc,  garni  de 
manches  larges.  Il  était  fait  de  gros  drap  très  épais. 


-   261  — 

parfois  même  de  peaux  de  mouton  portant  leur  toison, 
cousues  ensemble,  avec  un  capuchon  qu'ils  rabattaient 
sur  leur  tête. 

C'est  dans  l'accomplissement  de  ces  exercices  reli- 
gieux que  les  moines  de  Micy  voyaient  s'écouler  leur 
vie  paisible  et  méritoire.  Les  jours  succédaient  aux 
jours,  les  années  aux  années  dans  une  uniformité 
parfaite,  où  tout  était  prévu  par  la  règle.  Parfois 
seulement  un  événement  imprévu,  la  visite  d'un 
grand  personnage,  un  acte  public  de  charité  ou  de 
dévouement  à  accomplir  interrompait  ce  qu'elles 
pouvaient  avoir  de  monotone  en  apparence  ;  car  dans 
la  réalité,  la  succession  des  observances  et  la  diver- 
sité des  occupations  variaient  cette  existence  et  la 
rendaient  pleine  d'attraits  pour  les  âmes  animées 
d'une  sincère  vocation. 

Quand  arrivait  pour  le  disciple  de  Saint-Mesmin 
l'heure  de  recevoir  la  récompense  de  ses  vertus,  on  le 
déposait  par  terre,  sur  un  cilice  recouvert  de  cendre 
répandue  en  forme  de  croix.  On  sonnait  alors  la 
cloche  de  l'agonie  ;  tous  ceux  qui  Tentendaicnt,  se 
hâtaient  d'accourir^  et  récitaient  le  Credo.  L'abbé, 
avec  l'étole,  portant  son  bâton  pastoral,  venait  aussi  ; 
il  récitait  les  litanies  des  mourants  et  donnait  au 
moribond  une  dernière  bénédiction.  Lorsque  celui-ci 
avait  rendu  son  âme  à  Dieu,  entouré  de  ses  frères, 
on  le  déposait  dans  la  tombe,  revêtu  de  ses  habits  de 
religion  ;  et  une  simple  croix  de  bois,  sans  nom, 
marquait  la  place  où  reposait  sa  dépouille  mor- 
telle. Chaque  prêtre  était  teiui  de  dire  sept  mess«^s  à 

is 


—  262   — 

son  inleution  ;  les  diacres  devaient  réciter  trois  psau- 
tiers et  les  autres  frères  trois  cents  pater  noster  ; 
puis  pendant  trente  jours,  sa  part  au  réfectoire  était 
donnée  aux  pauvres. 

Afin  d'entretenir  l'esprit  de  ferveur  dans  leur  com- 
munauté et  de  la  prémunir  contre  les  dangers  de 
l'isolement,  les  abbés  de  Micy  formaient  fréquemment 
des  affiliations  spirituelles  avec  d'autres  maisons  de 
leur  Ordre.  Tout  en  encourageant  sans  cesse  les 
vivants  par  l'échange  des  prières  et  Témulation  du 
bon  exemple,  ces  associations  se  proposaient  princi- 
palement pour  but  d'accorder  de  pieux  suffrages  aux 
frères  défunts.  Dès  qu'on  apprenait  le  décès  d'un  des 
membres  de  la  société,  toutes  les  maisons  unies 
s'empressaient  do  dire  des  prières  et  de  célébrer  des 
messes,  dans  les  conditions  convenues,  comme  nous 
l'avons  vu  dans  l'acte  passé  à  cet  effet  entre  les 
moines  de  Micy  et  ceux  de  Pont-Levoy  (1). 

La  nécessité  où  Ton  se  trouvait  d'avertir  de  la 
mort  d'un  frère  des  couvents  nombreux  et  parfois 
très  éloignés,  introduisit  dans  les  pratiques  monas- 
tiques une  touchante  coutume.  Quand  les  moines  de 
Saint-iMesmin  avaient  perdu  soit  leur  abbé  ou  quehpie 
dignitaire,  soit  un  bienfaiteur  insigne,  ils  déléguaient 
un  ou  deux  des  leurs  auxquels  ils  remettaient  une 
longue  bande  de  parchemin,  composée  de  plusieurs 
feuilles  cousues  les  unes  aux  autres.  Ce  parchemin 
roulé  sur  lui-même  ou  sur  un  bâton,  pour  pouvoir 

(1)  Pièce  justilicative  XXXI,  cliarte  d'union. 


—  263  — 

être  porté  plus  facilement,  s'appelait  le  rouleau  des 
morts  (1).  En  tête  ils  inscrivaient  répigraphe  annon- 
çant le  décès  de  celui  qu'ils  pleuraient,  et  contenant 
l'éloge  de  ses  vertus.  Ils  réclamaient  ensuite  les 
prières  des  corporations  associées,  pour  le  repos  de 
son  àme.  Les  porteurs  du  rouleau  allaient  de  couvent 
en  couvent.  A  leur  arrivée,  les  religieux  s'assemblaient 
au  Chapitre  et  lisaient  le  funèbre  message.  Presque 
toujours,  ils  y  répondaient  par  quelques  phrases, 
souvent  en  vers  latins,  à  la  louange  du  mort,  et  pro- 
fitaient de  Poccasion  pour  recommander  aussi  leurs 
propres  défunts.  C'était  dans  le  monde  monastique 
d'alors  un  échange  de  souvenirs  affectueux  et  surtout 
de  pieuses  intentions  :  puis,  quand  le  rouleau  avait 
parcouru  le  cercle  des  maisons  amies,  il  revenait  à 
son  point  de  départ,  où  on  le  conservait,  comme  un 
témoignage  de  l'estime  accordée  au  frère  décédé. 

L'usage  de  ces  rouleaux  des  morts  s'est  gardé  dans 
rOrdre  de  Saint-Benoît,  jusque  dans  ces  derniers 
temps.  11  s'est  sécularisé,  en  passant  dans  le  monde 
laïque,  car  on  reconnaît  dans  cette  pratique,  sortie 
des  cloîtres,  l'origine  respectable  et  la  haute  antiquité 
des  billets  de  faire  part,  envoyés  à  l'occasion  des 
déccs. 

L'abbaye  de  Micy  adressa  souvent  ces  sortes  de 
circulaires;  elle  en  reçut  fréquemment  aussi.  En  Id.'iO, 
on  y  apporta  le  rouleau  de  Guifred,  comte  de  Cer- 
dage,  mort  sous  Pliabit  religieux,  dans  le  monastère 

(1)  Du  latin  rolultts,  rouleau,  Du  change. 


—  :i64  — 

(le  Saint-Marlin  (le  Carrii^ou  (1).  Les  moines  y  répon- 
dirent par  (juel(|ues  vers  oii  ils  demandaient  une 
réciprocité  de  prières  pour  leurs  défunts,  dont  ils 
inscrivirent  les  noms  sur  le  parchemin  : 

Out»;  dodinius   vestris,  ea  dentur  mutua  nostris  ; 
Noniina  sunt  quorum  quœ  pangit  pagina  prœsens  (2). 

Ils  reçurent  encore,  au  \nr*  siècle,  à  une  année 
inconnue,  le  rouleau  de  Haïde,  abbesse  de  Saint- 
Amand,  de  Rouen,  et  inscrivirent  dessus  le  détail  des 
prières,  psaumes  et  messes  qu'ils  demandaient  à  leur 
lour  pour  leurs  frères  et  bienfaiteurs  défunts  (3). 

Les  religieuses  de  Montivilliers,  en  Normandie, 
leur  envoyèrent  le  rouleau  de  Marie  de  Noyers,  leur 
abbesse,  morte  en  1399;  elles  recommandaient  parti- 
culièrement à  leur  générosité  le  porteur  Guillaume 
Guéroult  (4). 

Le  plus  célèbre  de  ces  rouleaux  que  reçurent  les 
moines  de  Micy,  fut  celui  de  saint  lîruno,  mort 
en  [[i)[^  fondateur  de  l'ordre  des  Chartreux.  Ils 
firent  pour  la  circonstance,  deux  pièces  de  vers.  La 
première  contenait  une  allusion  au  séjour  prolongé 
du  saint  e[i  France,  où  il  fonda,  auprès  de  Grenoble, 
la  Grande  Chartreuse,  berceau  de  son  austère 
Institut. 

«"Celui  (|ue  la  Gaule,   sa  j)atrie   (d'adoption),   eut 

(l)  Al^Haye  Lt^'nôilictino,  au  diocèse  de  Tarbes. 

("2)  Léopold  Delisf.e,  les  Rouleaux  des  Morts,  p.  80. 

(3)  L.  Dkmslk,  p.  'lO'j. 

(«)    !..    1>KL1SLK,    )>.    'iTO. 


—  265  — 

du  ensevelir,  gît  maintenant,  dit-on^  dans  les  champs 
de  la  Calabre  (1).   » 

Quelques  lig-nes  de  prose,  ajoutées  aux  vers, 
souhaitaient  à  l'Ordre  en  deuil  un  chef  digne  de  celui 
qu'il  venait  de  perdre.  «  Daigne  le  Seigneur  vous 
donner  un  père  semblable  à  lui^  si  ce  n'est  par  l'éten- 
due de  sa  science,  du  moins  par  la  sainteté  de  sa 
vie  (2).  )) 

Ces  pratiques  montrent  combien,  dans  ces  temps 
de  vive  foi,  on  s'intéressait  au  sort  des  défunts.  On 
faisait  encore  de  nombreuses  fondations  de  messes  et 
de  services  à  leur  intention.  Beaucoup  de  fidèles 
demandaient  à  être  inhumés  dans  l'église  abbatiale 
de  Saint-Mesmin;  ils  espéraient,  reposant  dans  le 
lieu  même  oii  les  moines  adressaient  à  Dieu  une 
prière  incessante,  y  participer  d'une  manière  plus 
abondante. 

L'influence  religieuse  des  moines  de  Micy  ne  s'exer- 
çait pas  seulement  dans  l'étroite  enceinte  de  leur 
monastère;  ils  retendaient  encore  avec  efficacité 
dans  toute  la  région  orléanaise^  principalement  dans 
les  paroisses  placées  sous  leur  dépendance. 

A  l'origine,  ils  avaient  eux-mêmes  bâti  des  églises, 
au  centre  de  leurs  domaines  les  plus  importants;  les 
habitants,  disséminés  çà  et  là,  s'étaient  groupés  à 
l'entour.  Ces  agglomérations  avaient  donné  naissance 
à  des  paroisses,  bourgs  et  villages  toujours  existants. 

(1)  Gallia  quem  mira  sua  «leberet  sepelire, 
Ut   feitur,  Galabiis  nunc  sopiiltus  in  apris. 

(2)  L.  Delisle,  p.  7'iS. 


D'autres  fois,  les  seigneurs  féodaux,  grands  proprié- 
taires terriens,  ayant  fondé  aussi  des  églises  nouvelles 
sur  leurs  fiefs,  leur  en  confiaient  l'administration: 
ou  bien  encore  les  évéques  du  diocèse  oij  elles  s'éle- 
vaient les  le?ur  remettaient,  comme  on  l'a  vu  aux 
chapitres  précédents. 

C'est  ainsi  qu'au  xni'  siècle,  l'abbaye  de  Saint- 
Mesmin  réunit  sous  son  patronage  et  juridiction  vingt- 
cinq  églises  paroissiales,  situées  principalement  dans 
la  Beauce,  le  Yal  de  Loire,  la  Sologne,  jusque  dans 
le  Perche  et  le  Maine,  avec  douze  prieurés^  qui  avaient 
alors  leurs  revenus  et  leurs  titulaires  (1). 

Nécessairement,  l'abbé  de  Saint-Mesmin  ne  pouvait 
pas  envoyer  des  religieux,  pour  desservir  toutes  ces 
paroisses;  il  eut  entièrement  dépeuplé  son  monas- 
tère. Il  nommait  des  prêtres  séculiers,  qu'il  chargeait 
d'y  remplir  les  fonctions  curiales,  après  que  l'évêque 
diocésain  leur  avait  remis  leurs  pouvoirs  d'ordre. 
Avant  d'aller  prendre  possession  de  leur  cure,  ces 
prêtres  venaient  en  personne  au  Chapitre;  là,  devant 
tous  les  frères  assemblés,  ayant  l'étole  pastorale  à 
leur  cou,  et  la  main  étendue  sur  le  livre  des  saints 
Evangiles,  ils  prêtaient  serment  de  fidélité  et  juraient 
de  veiller  à  la  conservation  des  biens  du  monastère, 
de  payer  exactement  ce  qu'ils  devraient  à  l'église  de 
Saint-Mesmin,  et  de  reconnaître  sa  justice. 

De  son  côté,  l'abbé  veillait  au  bon  exeycice  du 
saint  ministère,  et  percevait  les  revenus.  Une  partie 
servait  à  la   subsistance    du    desservant  ;    une   autre 

(1)  Pièce  jiistificativo  XLI,  listo  des  Eglises. 


—  267  — 

subvenait  aux  dépenses  du  culte,  ainsi  qu'à  l'entre- 
tien des  édifices  et  de  l'école,  presque  toujours  annexée 
à  ces  églises.  Le  reste,  s'il  y  en  avait,  revenait  au 
couvent,  pour  être  employé  aux  dépenses  générales 
de  la  communauté. 

Au  point  de  vue  religieux,  les  moines  de  Micy 
exerçaient  donc  une  action  salutaire  parmi  une  popu- 
lation nombreuse.  Ils  maintenaient  et  vivifiaient  le 
sentiment  chrétien  par  leur  puissante  intervention 
qui,  de  l'abbaye  même,  comme  d'un  foyer  ardent^ 
rayonnait  sur  tous  les  points  de  leurs  vastes  domaines. 

Leur  action  sociale  n'obtenait  pas  des  résultats 
moins  heureux,  grâce  à  leur  infatigable  activité,  à 
leurs  relations  étendues  et  aux  nombreux  moyens 
qu'ils  savaient  mettre  en  œuvre. 

Un  monastère,  dans  ces  temps-là,  constituait  à  lui 
seul  ((  tout  un  monde  »  ;  car  il  lui  fallait  subvenir 
par  ses  propres  ressources  à  une  foule  de  services 
auxquels  le  commerce  el  l'industrie  se  chargent  de 
pourvoir  de  nos  jours.  La  célébration  du  culte  et  les 
observances  de  la  règle  exigeaient  une  église  princi- 
pale avec  des  chapelles  annexes,  des  sacristies,  un 
cloître,  une  salle  capitulaire,  un  parloir.  Pour  le  loge- 
ment, le  vêtement,  la  nourriture  des  moines  et  des 
serviteurs  du  couvent,  il  y  avait  des  dortoirs,  des 
vestiaires,  des  réfectoires,  une  cuisine,  des  celliers, 
un  pressoir,  un  fruitier,  plusieurs  moulins,  une  bou- 
lang(;rie,  des  magasins  à  farine  et  des  greniers  à 
céréales.  Pour  recevoir  les  étrangers  et  les  pauvres, 
il  v  avait  deux  maisons  :  une  hôtellerie  et  une  auino- 


—  268  — 

uerie  ;  pour  le  soulagement  des  malades,  une  iniir- 
merie  et  une  droguerie;  pour  la  justice  abbatiale, 
des  salles  d'audience  et  une  prison;  enfin  l'exploita- 
tion agricole  des  terres  environnantes  exigeait  des 
logis  nombreux,  ateliers  divers,  étables,  granges, 
greniers  et  iiangars  de  tout  genre. 

Deux  sortes  de  travaux,  Tétude  et  la  culture  du  sol 
exerçaient  surtout  l'activité  des  moines,  et  leur  don- 
naient une  grande  iniluence  morale  et  civilisatrice 
parmi  leurs  contemporains. 

Il  y  eut  toujours  à  Micy  deux  écoles,  lime  inté- 
rieure pour  les  oblats,  jeunes  enfants  offerts  par 
leurs  parents  et  se  destinant  à  la  vie  cénobitique  ; 
Tautre  extérieure,  pour  la  jeunesse  du  pays.  Bien  que 
ces  écoles  n'aient  pas  eu  tout  Téclat  dont  ont  brillé 
celles  de  Fleury-Saint-Benoit  et  de  Ferrières  du 
Gàtinais,  elles  étaient  très  fréquentées.  On  y  voyait 
les  fils  des  meilleures  familles  d'Orléans,  de  la  Beauce, 
de  Meung,  de  Beaugency,  de  lieux  beaucoup  plus 
éloignés,  qui  se  trouvaient  heureux  d"y  venir  recevoir 
une  solide  instruction,  en  même  temps  qu'une  édu- 
cation parfaite. 

De  savants  professeurs,  choisis  parmi  les  moines 
les  plus  instruits,  leur  enseignaient  la  lecture,  l'écri- 
ture, la  grammaire,  l'arithméliijue,  la  logi(jue  et  la 
théologie.  Les  études  se  rapportaient  à  deux  ordres 
d'idées,  les  lettres  proprement  dites,  et  les  sciences, 
à  peu  de  chose  près  telles  (ju'elles  avaient  été  trans- 
mises jKir  ranti()uité. 

En  outre,   il  ressort  des  documents  relatifs  à  ce 


—  269  — 

temps,  que  les  religieux  de  Saint- Mesmin  entretenaient 
des  écoles  plus  élémentaires  dans  les  paroisses  de 
leur  dépendance.  Ils  remplissaient  ainsi  la  mission 
utilitaire  de  l'enseignement  populaire,  laissé  dans  un 
si  triste  abandon,  presque  partout  ailleurs. 

11  convient  d'ajouter  ici  que  le  travail  de  la  trans- 
cription des  manuscrits  ne  cessa  jamais  à  Saint- 
Mesmin.  Si  des  catastrophes  désastreuses  n'avaient 
pas,  à  plusieurs  reprises ,  anéanti  les  ouvrages 
multipliés  par  la  patiente  application  de  ses  moines, 
nous  posséderions,  de  ce  chef,  un  trésor  inestima- 
ble. 

Les  religieux  de  Micy  avaient  reçu  de  vastes  terri- 
toires, donnés  par  les  rois,  les  seigneurs,  les  évoques 
ou  les  fidèles,  pour  leur  procurer  les  ressources 
nécessaires  à  leur  subsistance.  A  Torigine,  ces  terres 
étaient  le  plus  souvent  incultes,  de  maigres  bois, 
des  landes  stériles,  d'immenses  bruyères,  dans  les 
solitudes  alors  improductives  et  peu  habitées  de  la 
Sologne  et  aussi  de  la  Beauce.  Ils  les  exploitèrent 
d'abord  eux-mêmes,  avec  l'aide  des  frères  convers 
et  des  serfs  attachés  à  ces  domaines  ;  .plus  tard, 
lorsque  des  parties  considérables  eurent  été  défrichées 
et  rendues  fertiles  par  des  efforts  persévérants,  ils  y 
créèrent  des  centres  de  production  agricole,  bâtirent 
des  maisons  de  culture  pour  leurs  serviteurs,  sans 
oublier  une  église,  pour  raccomplissement  de  leurs 
devoirs  religieux.  Ils  y  attii'èrent  les  babilants  épars 
dans  la  contrée  et  les  y  attachèrent  par  des  baux  à 
longue  durée,  leur  imposant  robh'gation  dr  coiiliiiiiei" 


-270 


l'œuvre  commencée  (i).  La  plupart  des  bourgs,  vil 
lages  et  hameaux  de  la  région  orléanaise  n'ont  pas 
eu  une  autre  origine. 

Il  s'établit  ainsi  une  double  et  puissante  action, 
entièrement  favorable  au  pays.  Le  monastère  de  Saint- 
Mesmin  fut  d'abord  créateur  et  organisateur,  tuteur 
ensuite . 

L'abbaye  de  Micy  possédait  de  la  sorte,  aux  xnr'  et 
XIV''  siècles,  quinze  seigneuries  ou  fiefs  importants, 
entourés  eux-mêmes  de  plus  de  cinquante  villas  bu 
métairies,  en  pleine  culture  (2). 

Ces  biens,  de  grandeur  variable,  étaient  situés  sur 
les  deux  cotés  de  la  Loire.  Ils  se  trouvaient  dissémi- 
nés d'une  part  depuis  Vannes,  au  levant,  jusqu'à 
Ligny-le-Ribault  et  Cbaumont-sur-Tliaronne,  au  cou- 
chant, dans  la  Sologne;  d'autre  part,  ils  s'étendaient, 
dans  la  Beauce,  depuis  Chaingy  jusqu'au  pays  char- 
train,  formant  autour  de  Micy  une  magnifique  cou- 
ronne de  domaines. 

On  se  fait  difficilement  aujourd'hui  une  idée  de 
l'admiixistration  temporelle  d'un  grand  monastère  au 
moyen  âge-.  C'était  un  mouvement  d'affaires  inces- 
sant. Un  religieux  très  capable,  appelé  le  ccUerier,  en 
avait  la  direction,  sous  la  haute  surveillance  de  Pabbé  ; 
mais  ce  cellerier.  comme  les  autres  moines,  était  la 
plupart  du  temps,  dans  l'impossibilité  d'exercer  des 
fonctions  incompatibles  avec  sa  vocation  :  des  sécu- 
liers les  remplaçaient.    Le  nmire,  dans  le  principe 


(1)  Voir  au  chapitre  XI  de  cette  Histoire. 
fO^  Pi.Ve  justificative  XLII,  liste  des  biens. 


simple  économe  rémunéré  pour  faire  valoir  les  pro- 
priétés de  rabbaye,  devint  par  la  suite  un  mag-istrat 
municipal,  chargé  de  veiller  à  la  sécurité  publique; 
le  thélonier  percevait  les  dîmes  et  redevances 
annuelles  ;  le  bailli  exerçait,  au  nom  de  l'abbé,  les 
droits  de  haute,  moyenne  et  basse  justice.  Ces  fonc- 
tionnaires étaient  pourvus  de  commissions  rég-u  = 
lières  par  l'autorité  royale.  Jamais  Tabbé,  ni  les 
moines,  ne  portaient  une  sentence,  ni  n'inflig-eaient 
un  châtiment,  qui  eût  répugné  à  la  sainteté  de  leur 
état. 

Ces  grandes  propriétés  monastiques,  cultivées  avec 
soin  et  améliorées  sans  cesse  par  les  procédés  qu'en- 
seignent l'esprit  de  suite  et  une  longue  expérience, 
procuraient  aux  religieux  des  revenus  considérables. 
Ils  en  faisaient  l'usage  le  plus  sage  et  le  plus  profi- 
table aux  besoins  de  leurs  semblables. 

Naturellement,  le  bon  entretien  et  la  nourriture 
d'une  communauté  nombreuse,  quelque  austère  que 
fût  sa  vie,  en  absorbait  une  grande  partie.  La  lègle 
bénédictine  leur  commandait  de  verser  largement  le 
reste  dans  le  sein  des  pauvres.  Ils  le  faisaient  par  la 
pratique  de  la  charité  et  de  l'hospitalité. 

Un  religieux,  portant  le  nom  d^aumônie?^  accueil- 
lait tous  ceux  que  le  besoin,  la  maladie^  un  malheur 
imprévu  jetait  sans  ressources  dans  la  misère.  Les 
distributions  qu'il  faisait  se  montaient  chaque  jour 
h  une  forte  somme.  Dans  cette  société  du  moyen  âge, 
mal  défendue  contre  les  fléaux  naturels,  une  invasion 
subite,  une  famine,  une  peste,  ou  une  de  ces  inonda- 


972  

lions  si  fréquentes  sur  les  bords  delà  Loire,  ruinaient 
de  fond  en  comble  toute  une  province,  et  mettaient 
des  familles  entières  en  danger  de  mourir  de  faim. 
Les  moines  de  Saint-Mesmin  ouvraient  alors  toutes 
grandes  leurs  portes  à  ces  infortunes.  Ils  vidaienl 
leurs  greniers,  épuisaient  leurs  provisions;  quand  ils 
n'avaient  plus  rien,  ils  vendaient  leurs  objets  pré- 
cieux pour  se  procurer  de  nouvelles  ressources.  En 
satisfaisant  ainsi  à  des  besoins  pressants,  ils  sauvaient 
des  existences  nombreuses  et  se  conduisaient  en 
cbaritables  administrateurs  du  bien  des  pauvres. 

Leur  bospitalité  accueillait  généreusement  les 
voyageurs,  passagers  et  pèlerins  de  tout  genre,  lis 
rendaient  par  là  d'immenses  services  à  leurs  contem- 
porains. Les  liôtelleries  étaient  rares  alors,  et  coû- 
teuses; les  maisons  de  refuge  pour  les  faibles  et  les 
abandonnés,  à  peu  près  inconnues,  si  ce  n'est  dans 
les  monastères.  C'était  donc  un  bicMifait  social  que 
d'offrir  à  ces  désbérités  de  la  vie,  ne  serait-ce  que 
pour  (juelques  jours,  un  asile  où  ils  étaient  accueillis 
avec  empr<'ss(;ment.  soignés  avec  amour  et  traités 
comme  des  frères. 

Jusqu'aux  derniers  temps  de  leur  abbaye,  les  lîéné- 
dictins  de  Saint-Mesmin.  malgré  les  épreuves  (pi'ils 
subirent,  ne  cessèrent  jamais  de  remplii*  avec  un  égal 
dévouement,  le  double  ministère  de  la  cbarité  et  de 
rbospitalité,  sanctifiant  ainsi  leur  fortune,  tout  en 
contribuant  au  bonbeur  dv  leurs  semblables. 

Ainsi  en  travaillant  à  leur  perfection  spirituelle, 
les   moines  de  Micy  exerçaient  sur  les   babitanls  de 


—  273  ^ 

l'Orléanais  une  influence  grande  et  salutaire.  Par 
leur  vie  austère,  par  leur  pratique  de  la  pauvreté,  par 
leur  travail  continu  et  leur  dévouement  à  soulager 
toutes  les  misères  humaines,  ils  jouissaient  d'un 
prestige  qui  subjuguait  les  natures  rudes,  mais  sim- 
ples et  sincères  de  leurs  contemporains.  Dans  ces 
siècles  011  les  seigneurs  et  les  nobles  regardaient  la 
culture  de  la  terre  comme  un  déshonneur,  ils  encou- 
rageaient l'agriculture  et  favorisaient  le  commerce  ; 
quand  les  routes  étaient  semées  d'embûches,  ils 
ouvraient  à  tous  les  portes  d'une  large  et  sûre  hos- 
pitalité ;  et  quand  les  puissants  du  jour,  fiers  de 
ne  savoir  manier  que  l'épée,  se  glorifiaient  de  leur 
ignorance,  ils  donnaient  aux  fils  du  peuple  l'éduca- 
tion qui  agrandit  les  esprits  et  adoucit  les  mœurs. 

Pour  compléter  ce  tableau  d'un  monastère  bien 
réglé  comme  l'était  celui  de  Saint-Mesmin,  et  donner 
une  juste  idée  du  beau  spectacle  qu'il  oflVait  au 
monde,  nous  ne  pouvons  mieux  faire  que  d'emprunter 
les  paroles  oii  le  plus  éloquent  des  évèques  français 
nous  le  dépeint  dans  un  magnifique  langage  : 

a  Là  paraissent  avec  éminence  la  prudence  et  la 
simplicité,  l'humilité  et  le  courage,  la  sécurité  et  la 
douceur,  la  liberté  et  la  dépendance.  Là,  la  correction 
a  toute  sa  fermeté  ;  la  condescendance,  tout  son 
attrait  ;  le  commandement  loute  sa  vigueur,  et  la 
sujétion,  tout  son  repos;  le  silence  a  sa  gravité,  et  la 
parole,  sa  grâce  ;  la  force  son  exercice,  et  la  faiblesse, 
son  soutien  (1).  » 

(1)  BossuKT,  Panéyyrique  de  saint  Benoit. 


—   274  — 

Bientôt  ce  bel  état  va  changer  ;  une  terrible  tem- 
pête fondra  sur  le  pieux  asile  sanctifié  par  le  souve- 
nir de  saint  Mesmin.  et  en  exilera  pour  longtemps 
ses  disciples,  continuateurs  de  ses  vertus. 


-~  275  - 


CHAPITRE  XIII 

GUERRE  DE  CENT  A.\S.    l' ABBAYE    DE    MICY    PLUSIEURS  FOIS 

DÉVASTÉE     PAR     LES     ANGLAIS  ;     LONG    ABANDON.     —    SIÈGE 
d'oRLÉâNS  ;    COURAGE   ET  MISÈRE  DES  MOINES. 

(1^50-1438.) 

Les  pages  les  plus  attristantes  de  notre  histoire 
sont  assurément  celles  qui  nous  retracent  les  longues 
luttes  soutenues  contre  les  Anglais,  aux  xiv'^  et 
xv^  siècles.  Toutes  les  calamités  semblèrent  alors  se 
réunir  pour  accabler  notre  pays  :  la  guerre  étrangère 
dégénérant  en  brigandage  à  main  armée  ;  la  guerre 
civile,  la  trahison,  la  captivité  d'un  roi,  la  folie  d^'un 
autre,  l'avidité  des  princes,  et  la  misère  du  peuple 
enveloppant  dans  une  même  haine  tous  ceux  qui  le 
pillent  et  le  ruinent.  Avant  ces  jours  néfastes,  une 
sorte  de  courtoisie  chevaleresque  épargnait  les  faibles. 
les  pauvres,  les  gens  de  campagne,  les  églises  et  les 
monastères  ;  dans  ce  conflit  général,  les  soldats  de 
chaque  parti,  fi'anrais  et  anglais,  bourguignons  et 
armagnacs,  routiers,  malandrins,  écorcheurs,  parais- 
sent animés  d'une  sorte  de  fureur  :  rien  n'est  sacré 
pour  eux  ;  ils  no  gardent  aucun  ménagement  et 
n'épargnent  ni  l'âge,  ni  la  faiblesse,  ni  les  personnes 
ecclésiastiques,  ni  les  sanctuaires  les  plus  vénérés. 
Cette  horrible  lutte,  commencée  en  1338,  entre  Pbi- 


—  276  - 

lippe  VI.  de  Valois  el  Edouard  III,  d'Aiit;lclerre,  livra 
le  rovaume  aux  innombrables  bandes  ennemies, 
sabattanl  comme  des  troupes  de  vautours  sur  les 
provinces  mal  défendues,  ravageant  sans  retenue, 
égorg-eant,  sans  pitié,  et  brûlant  co  qu'elles  ne  pou- 
vaient emporter.  Aussi  la  France  n'apparaît  bientôt 
plus  que  comme  un  vaste  cliamp  de  carnage,  d'incen- 
die et  d'universelle  désolation,  couvert  de  toutes  parts 
de  cendres,  de  ruines  et  de  sang. 

L'iiistoire  ne  nous  a  pas  conservé  le  détail  des 
épreuves  subies  par  l'abbaye  de  Saint-Mosmin  durant 
cette  période  calamiteuse.  On  peut  cependant  en 
donner  une  idée  assez  exacte,  à  l'aide  des  documents 
que  nous  possédons  sur  l'Orléanais,  au  milieu  de  ces 
sanglantes  perturbations. 

Gautliier  II  avait  succédé  à  Jean  II  sur  le  siège 
abbatial  de  Micy,  en  13o0.  Les  premières  années  de 
son  administration  furent  paisibles.  Peu  après  sa 
promotion,  il  demanda  au  roi  l'autorisation  de  faire 
vérifier,  et,  comme  on  dit  aujourdbui,  autbentiquer 
les  litres  et  privilèges  de  son  monastère.  Pbilippe  de 
Valois  y  consentit  et  désigna,  pour  Texécution  de  ce 
travail,  Jean  Cordier,  garde  de  la  prévoté  d'Orléans, 
qui  examina  tous  ces  actes  et  constata  leur  véracité  (1). 

Quelques  dissentiments  intérieurs  troublèrent  vers 
ce  temps  le  bon  accord  qui  régnait  dans  la  commu- 
nauté de  Saint-Mesmin.  Pour  on  ne  sait  quels  motifs, 
Gautbier  fut  en  butte  à  Tanimadversion  de  ses  frères; 

(1)  Bibliothc^que  d'Orléans,  Dom  Verninac^  M.  S.  394s. 


—  277   — 

ils  l'accusèrent  de  dilapider  les  biens  de  son  couvent  ; 
on  prétendit  même  qu'il  s'était  approprié  des  objets 
précieux,  joyaux  et  pierreries,  légués  par  un  de  ses 
prédécesseurs,  Guillaume  de  TAunay,  à  l'église  abba- 
tiale. Les  choses  en  vinrent  à  un  tel  point  que  les 
moines  voulurent  le  chasser,  comme  indigne  de  les 
gouverner.  Gauthier  recourut  à  l'intervention  de 
Tévéque  d'Orléans,  et  s'en  remit  à  son  jugement. 
Jean  IV  de  Montmorency  examina  l'affaire.  Après 
s'être  soigneusement  informé,  il  reconnut  et  pro- 
clama l'innocence  de  l'accusé  ;  la  paix  fut  rétablie 
dans  le  monastère  (1). 

Cette  tranquillité  ne  fut  point  de  longue  durée. 
Après  la  funeste  bataille  de  Poitiers  (19  septembre 
J3o6),  où  la  noblesse  de  France  fut  presque  anéantie 
et  le  roi  Jean  le  Bon  fait  prisonnier,  les  troupes  en- 
nemies s'étaient  répandues  dans  les  provinces,  por- 
tant partout  la  dévastation  et  le  meurtre.  De  tous 
côtés  erraient  ou  s'établissaient  dans  les  lieux  forts 
des  bandes  anglaises.  Il  n'y  avait,  en  Anjou,  en  Tou- 
raine,  dans  la  Beauce,  dans  toute  la  vallée  de  la  Loire 
et  autour  d'Orléans,  aucun  coin  de  la  contrée  qui  ne 
fût  infesté.  «  Moult  gens  y  furent  mis  à  mort;  mainte 
femme  prude  outragée  ;  mainte  bonne  personne 
détruite  et  gastée,  mainte  église,  mainte  maison  arse 
et  brûlée,  et  maints  enfants  en  devinrent  oiplielins 
et  pauvres  mendiants  (2).    » 

Dans  l'espace  de    dix    à  douze  ans,  l'Orléanais  fut 

(1)  Gallia  Christiaxa,  Eccl.  Aurel.y  t.  VIII,  p.  {'i-M). 
i'I)  Ernest  Lavisse,  Histoire  générale,  t.  III,  p.  !»7. 

lu 


—  278  — 

ravag-é  trois  fois  par  les  Anglais.  En  1338,  Robert 
Knoles,  un  de  leurs  plus  fameux  capitaines,  à  la  tète 
d'un  corps  de  cinq  à  six  mille  soldats^  parcourut  les 
environs  de  la  ville.  Personne  ne  s'opposant  à  sa 
marche,  il  détruisit  tous  les  lieux  non  fortifiés,  bourgs, 
églises,  abbayes  et  maisons  des  champs  qu'il  ren- 
contra sur  son  passage  (1).  L'année  suivante,  1359, 
le  prince  de  Galles  s'avança,  avec  20.000  hommes 
jusqu'aux  portes  d'Orléans  qu'il  espérait  surprendre. 
Il  ne  put  pas  y  pénétrer  ;  mais,  en  se  retirant,  il  in- 
cendia tous  ses  faubourgs  (2). 

Une  immense  terreur  régnait  sur  les  campagnes 
livrées  sans  protection  à  l'insolence  de  ces  ennemis. 
<(  Us  gâtent  de  jour  en  jour  le  pays,  dit  un  chroni- 
queur du  temps,  tellement  que  nul  n'ose  bonnement 
y  demeurer  ni  habiter  ;  mais  la  France,  de  la  Somme 
à  la  Loire  est  demeurée  déserte  et  sans  labourage  » . 

Quoique  les  envahisseurs  cherchassent  surtout  à 
faire  du  butin  et  des  prisonniers,  pour  en  tirer  de 
fortes  rançons,  ils  commettaient  aussi  des  actes  de 
cruauté  qui  répandaient  l'épouvante  de  tous  côtés. 
Les  riverains  de  la  Loire  se  retiraient  dans  les  îles 
du  fleuve  et  s'y  fortifiaient  (3).  D'autres  se  réfugiaient 
au  fond  des  bois,  abandonnant  leurs  maisons  et  leurs 
champs.  Quant  aux  habitants  des  monastères,  ils  ne 
pouvaient  que  fuir  dans  la  ville  prochaine,  laissant 
leurs  cloîtres  à  la  barbarie  des  envahisseurs.  «  C'était, 

(1)  POLLUCHE,  M.  S.  434\ 

(2)  Lk  Maiuk  Histoire  des  évêqiies  cVOrléans,  ^.li'2 

(3)  Dahkstk,  Histoire  de  France^  t.  II,  p.  495. 


—  279  — 

disent  les  historiens,  un  spectacle  lamentable  de  voir 
accourir  vers  Orléans,  les  Aug-ustins  du  Portereau, 
les  Carmes  et  les  Chartreux  des  faubourgs,  les  Céles- 
tins  d'Ambert,  les  Bernardines  de  Voisin,  les  Cister- 
ciennes de  Saint-Loup,  tous  apportant  les  châsses  de 
leurs  églises,  pour  se  mettre  en  sûreté  derrière  les 
murs  de  la  cité  (1).  » 

Les  Bénédictins  de  Micy  firent  de  même.  Rien  ne 
les  protégeait  dans  leur  abbaye.  Ils  furent  contraints 
de  la  quitter.  Avant  de  partir,  ils  prirent  tout  ce  qu'ils 
purent  emporter  avec  eux,  les  châsses  contenant  les 
reliques  de  leurs  saints  fondateurs,  les  ornements 
sacerdotaux,  leurs  livres  et  manuscrits  les  plus  pré- 
cieux ;  puis  désolés,  ils  s'éloignèrent  de  leur  cher 
monastère,  de  leur  magnifique  église,  ne  prévoyant 
que  trop  le  sort  qui  leur  était  réservé,  et  vinrent 
tristement  se  renfermer  dans  leur  Alleu  d'Orléans, 
pour  y  mener,  pendant  plus  de  soixante  ans,  une 
existence  pauvre,  douloureuse  et  impuissante  (2). 

L'Alleu  des  moines  de  Micy,  jadis  accordé  par 
Clovis  à  Saint-Mesmin,  et  demeuré  depuis  lors  cons- 
tamment en  la  possession  de  ses  disciples,  se  trouvait 
dans  la  partie  septentrionale  de  la  ville.  Il  était  borné 
au  nord,  par  la  muraille  de  son  enceinte  fortifiée;  au 
midi,  par  la  rue  des  Hennequins  (3),  tellement  étroite 

(1)  Hubert,  M.  S.  /iSG^. 

(2)  Hubert,  M.  S.  4362,  fo  72. 

(3)  De  hinnus,  cheval,  nom  qu'on  lui  aurait  donné  à 
cause  des  écuries  destinées  à  la  cavalerie  qui  s'y  trouvaient, 
dit-on,  en  1200.  (^ette  rue  est  aujourd'hui  conjprise  dan» 
l'étendue  de  la  rue  .Jeanue-d'Arc. 


—  280  — 

et  sombre  qu'elle  permettait  à  peine  le  passage  d'une 
voiture;  à  l'est,  par  des  logis  venant  aboutir  au 
cloître  Sainte-Croix  ;  et  à  l'ouest,  par  les  édifices  qui 
devinrent  plus  tard  le  collège  des  Jésuites,  actuelle- 
ment le  Lycée.  Sa  superficie  ne  dépassait  pas  200 
mètres  en  longueur,  et  70  en  largeur.  La  plus  grande 
partie  de  sa  surface  était  occupée  par  Téglise,  dédiée 
à  Saint-Mesmin,  et  les  bâtiments  all'ectés  à  diverses 
destinations.  Le  reste  de  remplacement  libre,  long 
d'environ  80  mètres  sur  18  de  large,  formait  une 
basse-cour  et  un  petit  jardin.  Uno  grosse  tour,  faisant 
partie  des  défenses  de  la  ville,  s'élevait  au  nord  ;  on 
l'appelait  tour  de  Saiut-Mesmm.  C'est  dans  cet 
bumble  asile  que  la  communauté  de  Micy  passa  de 
longues  années,  presque  sans  ressources,  et  réduite 
à  un  petit  nombre  de  religieux,  victimes  des  maux  qui 
désolaient  la  patrie. 

Que  devenait,  pendant  ce  temps,  le  monastère 
môme  de  Saint-Mesmin  ?  Abandonné  de  ses  habitants 
incapables  de  le  défendre,  il  fut  successivement 
pillé.  t;uitnt  par  les  Anglais,  tantôt  par  les  bandes  de 
brigands  qui  sillonnaient  la  province.  Ces  barbares 
saccagèrent  ses  édifices  et  les  mirent  en  état  de 
ruine,  sans  cependant  les  démolir  entièrement  ;  ils  ne 
laissèrent  debout  (jiie  le  gi'os  œuvre  de  l'église,  bri- 
sant, prenant  et  bi'ùlant  tout  le  reste;  les  bâtiments 
cljujstranx,  salle  du  chapitre,  réfectoir,  cénacles  di- 
vers, furent  pres(jue  entièrement  renversés.  Quant 
aux  domaines,  ils  subirent  d'horribles  dévastations; 
fermes,  granges,  troupeaux,  récoltes  et  cultures,  les 


I 


—  283  — 

moines  virent  tout  anéanti,  et  les  ressources  qui  en 
provenaient  complètement  détruites.  Afin  de  donner 
une  idée  de  ce  que  devinrent  ces  belles  exploitations 
ag-ricoles,  l'ornement  et  la  richesse  de  la  Beauce  et 
de  la  Sologne,  il  suffit  de  citer  ces  lignes  d'un  écri- 
vain Orléanais  :  «  Il  est  remarquable  qu'en  cette 
année,  13o8^  la  France  fut  grandement  opprimée  et 
désolée  par  les  Anglais,  et  notamment  la  ville  d'Or- 
léans ;  que  cela  fit  cesser  le  labourage,  non  seule- 
ment dans  le  pays  Orléanais,  mais  partout,  et  causa 
une  famine  qui  fut  suivie  d'une  peslc  et  mortalité 
incroyable,  ce  qui  mut  le  pape  Clément  VI  de  don- 
ner à  tous  les  évoques  plein  pouvoir  de  départir,  par 
eux  ou  par  les  curés  des  paroisses,  le  bénéfice  d'ab- 
solution générale  à  tous  ceux  qui  mouraient  »  (1;. 

Une  preuve  bien  sensible  de  la  détresse  qui  s'abat 
tit  sur  notre  monastère,  durant  ces  malheureuses 
années,  c'est  l'absence  presque  complète,  dans  les 
archives,  d'actes  concernant  cette  époque.  Les  titres 
pour  les  locations,  baux,  contrats,  manquent  entiè- 
rement, soit  que  les  moines  fugitifs  n'eussent  fait 
aucune  de  ces  transactions,  soit  qu'il  n'y  ait  eu  per- 
sonne d'assez  hardi  pour  oser  cultiver  les  terres  en 
des  temps  si  critiques. 

Cet  état  se  prolongea  encore  longtemps  après  la 
paix  de  Brétigny,  en  1300.  L'abbé  Gautier  continuait 
de  gouverner  sa  communauté  réduite  à  un  petit  nom- 
bre de  religieux.  La  famine,  la  peste,  les  inquiétudes 

(1)  Le  Maire,  Histoire  des  evéques  d'Orléans,  p.  212. 


—  28i  — 

journalières  en  avaient  fait  périr  plusieurs;  d'autres 
avaient  quitté  le  pays  pour  chercher  ailleurs  une  sé- 
curité plus  grande.  11  n'en  restait  qu'une  dizaine, 
vivant  dans  la  tristesse,  et  soutenus  par  la  seule  espé- 
rance de  jours  meilleurs.  Leur  abbé  fit.  d'accord  avec 
Tévèque  d'Orléans,  un  règlement  portant  que,  durant 
la  désolation  causée  par  les  guerres,  le  nombre  des 
moines  serait  limité  à  neuf  profès  et  à  trois  no- 
vices (1).* 

Avant  de  mourir,  Gautier  revendiqua  pour  son  cou- 
vent le  droit  de  pacage  dans  les  bois  de  Mézières, 
que  lui  contestait  Philippe  de  Saint-Brice.  Il  s'endor- 
mit dans  le  Seigneur,  en  1366,  après  avoir  adminis- 
tré son  abbaye  pendant  une  des  périodes  les  plus 
douloureuses  de  sa  longue  existence. 

Après  Gautier,  Julien  le  Rolleur  fut  élu  abbé, 
étant  déjà  cellerier  du  monastère.  L'humilité  et  l'es- 
prit de  pénitence  brillaient  dans  le  nouveau  supé- 
rieur. Outre  les  prières  assidues  qu'il  faisait  avec 
ses  frères  dans  la  petite  église  de  l'Alleu,  pour  désar- 
mer la  justice  divine  appesantie  sur  la  France,  il  mor- 
tifiait son  corps  par  de  dures  austérités,  attribuant  à 
ses  péchés  et  à  ceux  du  peuple  les  calamités  dont  ils 
étaient  affligés. 

Le  règne  réparateur  de  Charles  V  le  Sage  apporta 
quelque  soulagement  à  ces  maux:  l'intrépidité  de  Du- 
guesclin  ramena  pour  un  temps  la  victoire  sous  les 
drapeaux    franijais  ;   les  grandes    Compagnies  furent 

(1)  Gallt.a.  Chhistiana,  Ecoles.  Aurel.y  t.  VIII,  p.  1530. 


—  285  — 

dispersées  hors  du  pays,  et  les  Anglais  repoussés  de 
toutes  parts.  Quand  Charles  V  mourut,  en  1380,  il 
avait  rétabli  la  paix  à  l'intérieur  et  chassé  l'ennemi 
de  presque  tout  le  royaume. 

Julien  le  RoUeur  profita  de  ces  circonstances  favo- 
rables pour  mettre  un  peu  d'ordre   dans  les  affaires 
de  son  abbaye.  Il  fît  confirmer,  en  1368,   par  le  roi, 
ses  droits  de  foire  et  de  marché  dans  la   paroisse  de 
Saint'Jean-de-la-Mothe_,   près  du  Mans^  et  ses  droits 
de  péag-e   sur  la  rivière  de   l'Oise.   Il  fit   également 
reconnaître,    en    1379,    par  Jean  V    de   Trémig-uer, 
évêque  d'Orléans,   son  droit  de  propriété  sur  l'église 
et  le   prieuré  de  Saint-Sigismond  (Ij.  Julien  le  Roi- 
leur  fit  encore  plusieurs  actes  administratifs  rendus 
nécessaires  par  la  triste  situation  où  était  tombée  la 
culture  des  domaines  de  son  monastère.  Il  donna  par 
des  baux  amphythéotiques,  c'est-à-dire  à  longs  termes, 
plusieurs  terres  devenues  incuites  ou  stériles,  par  le 
fait  de  l'abandon  et  des  longues  dévastations  qu'elles 
avaient  subies.   Les  gens   de  guerre  avait  pillé    les 
habitations  et  enlevé  le  bétail  ;  les  vignes   n'étaient 
plus  entretenues,  faute  d'ouvriers  ;  la  plus   part  des 
biens  demeuraient  en   friche.   Les   moines  n'avaient 
plus  le  moyen   de  relever  eux-mêmes  les  bâtiments 
ru i [lés  et  de  pourvoir  leur  métairies  des  animaux  et 
du  matériel  indispensables  à  leur  exploitation.   Aussi 
était-il  plus  avantageux  à  tous  de  les  concéder  pour 
un  long  temps,  généralement  cent  ans.  et  moyennant 

(1)  Le  Maire,  t.  II,  p.  214. 


—  286  — 

une  très  faible  redevance,  à  des  gens  qui  s'enga- 
geaient  à  reconstruire  les  bâtiments  et  à  mettre  en 
valeur  les  terres  redevenues  stériles.  Cette  quasi-pro- 
priété leur  donnait  un  zèle  plus  grand  pour  remettre 
toutes  choses  en  leur  état  primitif. 

Après  environ  trente  années  d'un  gouvernement 
sage,  à  travers  des  temps  diftîciles,  Julien  le  Rolleur 
se  démit  de  ses  fonctions  abbatiales,  en  1396.  Il  se 
plaça  volontairement  au  rang  des  simples  moines, 
afin  de  finir  paisiblement  sa  vie  dans  la  prière  et  la 
mortification,  sans  être  troublé  par  le  souci  des 
affaires.  Il  fonda  son  aniversaire,  consistant  en  une 
messe  chantée  de  requiem^  au  jour  de  sa  mort,  et 
une  messe  basse  le  lundi  de  Pâques  de  chaque  année. 
Pour  l'acquit  de  cette  fondation  il  fit  don  à  son  cou- 
vent d'une  maison  lui  appartenant,  appelée  maison  de 
Saint-Guillaume  ou  de  la  gerbe  d'or,  située  dans 
la  rue  Sainte -Catherine,  censive  de  Saint-Samson,  à 
Orléans  (1). 

Ces  pieuses  dispositions  étant  terminées,  l'abbé 
Julien  mourut,  entouré  de  ses  frères,  en  1401  (2). 

Laumer  de  Plsle,  élu  supérieur  de  la  communauté 
de  Saint-Mesmin,  après  la  démission  de  Julien  le 
Rolleur,  en  ^396,  était  docteur  en  décrets,  c'est-à-dire 
en  droit  ecclésiastique.  Il  profita  de  la  paix  relative 
dont  jouissait  la  France  pour  continuer  l'œuvre  de 
restauration  commencée  par  son  prédécesseur.  Il 
s'occupa  principalement  de  relever  les  édifices  ruinés 

(1)  Bibliothèque  nationale,  M.  S.  8778,  ^  57. 

(2)  Hubert,  M   S.  43C«,  fo  97. 


-  287  — 

de  son  monastère.  Ses  ressources  étant  trop  minimes 
pour  suffire  à  une  si  grande  dépense,  il  demanda, 
dès  la  première  année  de  son  abbatiat,  un  secours  à 
Louis,  duc  d'Orléans,  frère  de  Charles  YI.  Ce  prince 
s'efforçait  alors,  par  tous  les  moyens  en  son  pouvoir, 
de  réparer  les  désastres  causés  par  les  guerres  précé- 
dentes. L'abbaye  de  Micy  se  trouvait  d'ailleurs  dans 
le  duché  d'Orléans,  dont  il  était  apanagiste.  Il  ac- 
cueillit donc  favorablement  la  demande  de  Laumer, 
et  lui  accorda  une  aide  de  500  livres  (1)  à  prendre 
sur  ses  coupes  de  bois  de  Chaingy.  L'abbé  de  Saint- 
Mesmin  employa  cette  somme  aux  réparations  de 
l'église  de  Saint-Etienne  ;  il  s'efforça  de  faire  dispa- 
raître les  dégradations  qu'elle  avait  subies,  pour  pou- 
voir y  célébrer  de  nouveau  Poffîce  divin. 

Dans  le  dessein  d'accroître  les  ressources  de  ses 
frères,  Laumer  demanda  à  l'évêque  d'Orléans  d'élever 
au  rang  d'église  paroissiale  la  chapelle  de  leur  Alleu, 
qui  jusqu'alors  n'avait  servi  qu'à  leurs  exercices  mo- 
nastiques. Guy  de  Prunelé,  après  avoir  reçu  le  consen- 
tement du  Chapitre,  accorda  celte  faveur.  11  supprima 
la  petite  paroisse  de  Sainte-Marie-de-la-Mine,  contiguë 
à  l'Alleu  ;  de  ses  habitations  et  de  quelques  autres 
qu'il  V  ajouta,  il  forma  le  nouveau  groupement  reli- 
gieux désigné  désormais  sous  le  nom  de  paroisse  de 
r Alleu  Samt-Mesmln.  Elle  subsista  jusqu'à  la  Ré- 
volution, mais  ne  fut  jamais  bien  considérable.  Au 
témoignage  de  Le  Maire,  le  nombre  de  ses  maisons 

(1)  Au  commencement  du  xve  siècle  la  livre  valait  environ 
30  fr.  d'aujourd'hui  :  c'était  donc  un  secoure  de  l.'),fKK>  fr. 


—  288  — 

ne  dépassait  pas  44,  de  son  temps,  c'est-à-dire  en  1G40. 
Elle  formait  une  sorte  de  carré,  limité  par  les  rues  de 
la  Monnaye,  des  Hennequins,  du  Mouton-Blanc  et  des 
Quatre-Coins  (1). 

Pour  compléter  son  œuvre  et  s'assurer  des  res- 
sources rég-ulières,  sur  lesquelles  il  put  compter  dans 
l'exécution  de  ses  travaux,  Tabbé  Laumer,  d'accord 
avec  ses  religieux,  partagea  tous  les  biens,  censives, 
redevances  et  loyers  appartenant  à  l'abbaye  de  Saint- 
Mesmin  en  trois  parts  distinctes  :  la  première  fut 
affectée  à  l'abbé,  afin  de  pourvoir  à  toutes  les  dépenses 
occasionnées  par  les  nécessités  de  son  administration  ; 
on  destina  la  seconde  aux  besoins  des  moines,  nour- 
riture, vêtements  et  cbauffage,  ainsi  qu'aux  frais  du 
service  religieux;  quant  à  la  troisième  part,  elle  fut 
réservée  à  l'aumÙLie  pour  les  pauvres  et  à  la  répara- 
tion des  édiflces  conventuels  (2). 

Même  dans  leur  détresse,  les  enfants  de  Saint- 
Mesmin  n'oubliaient  pas  les  pauvres,  plus  nombreux 
que  jamais,  dans  ces  temps  de  misère  générale  ;  ils 
aimaient  mieux  retrancber  sur  leur  nécessaire,  (|ue 
manquier  au  grand  devoir  de  la  cluirité. 

Grâce  à  ces  heureux  arrangements,  le  monastère 
de  Micy  était  devenu  à  peu  près  habitable,  sans  avoir 
pu  cependant  être  tout  à  fait  rétabli  dans  sa  situation 
première.  11  y  a  tout  lieu  de  croire  qu'un  certain 
nombre  de  moines  y  étaient  rentrés  et  avaient  repris 
les  pratiques  de  la  vie  claustrale.  Mais  les  campagnes 

(1)  Le  Mkïre,  Antiquités  d'Orléans^  supplément,  p.  5. 

(2)  DoM  Verninag,  m.  S.  394,  fo  26. 


—  289  — 

n'étaient  pas  encore  sûres  ;  de  nombreuses  bandes 
de  pillards  profitaient  de  la  faiblesse  du  pouvoir  roval 
pour  les  parcourir  en  tous  sens  à  main  armée,  voler 
et  enlever  tout  ce  qu'elles  pouvaient  surprendre  sans 
protection.  Une  habitation  ouverte  ou  isolée  était 
sans  cesse  exposée  aux  pires  dangers.  L'abbé  Laumer 
demanda  ^autorisation  de  fortifier  son  couvent  pour 
le  mettre  à  l'abri  d'un  coup  d«  main.  Charles  YI  lui 
accorda  une  lettre  patente,  du  2  janvier  1410,  par 
laquelle  il  est  ordonné  qu'il  sera  fait  des  fortifications 
autour  de  l'abbaye,  a  Elles  consisteront  en  une  muraille 
épaisse  et  haute,  qui  enceindra  tous  les  édifices  de 
ladite  abbaye,  et  un  fossé  profond,  creusé  en  avant 
de  cette  muraille  »(1). 

On  ignore  si  ce  grand  travail  fut  exécuté.  Il  est 
probable  que  les  tristes  événements  survenus  peu 
après  l'envoi  de  cette  lettre  empêchèrent  môme  de  les 
commencer  ;  aucun  historien  n'en  fait  mention,  et 
l'étude  des  lieux  où  devaient  s'élever  ces  murailles 
protectrices  ne  permet  d'en  reconnaître  aucune  trace. 

Tout  en  s'occupant  de  ces  graves  affaires,  Laumer 
de  risle  s'efforçait  de  ramener  cliez  ses  frères  la 
ferveur  monastique,  affaiblie  par  les  épreuves  déjà 
subies.  Il  cherchait  surtout  à  les  prémunir  contre  le 
découragement  et  à  les  rendre  assez  forts  pour  sup- 
porter les  maux  futurs  que  lui  faisait  entrevoir  une 
sorte   de   pressentiment.  Lui-même   s'acquittait  avec 

{\)  Archives  du  Loiret,  Fonds  de  Saint-Mesmin,  ancienne 
cote  .'), 


—  290  — 

zèle  de  ses  devoirs  religieux.  En  prévision  de  sa  mort 
prochaine,  il  fit  son  testament  afin  d'assurer  l'exécu- 
tion de  ses  pieuses  intentions  au  sujet  de  sa  fortune, 
en  1414.  Il  désigna  pour  ses  exécuteur  testamen- 
taires messire  Raoul  du  Refuge,  docteur  en  l'un  et 
l'autre  droit,  chanoine  des  églises  de  Sainte-Croix  etde 
Saint-Aignan,  et  frère  Jean  de  Mornay,  alors  cham- 
brier  de  Fleury-Saint-Benoît,  lequel  fut  plus  tard  son 
successeur. 

Les  craintes  de  l'abbé  Laumer  ne  furent  pas  trom- 
peuses. Un  nouvel  orage,  plus  désastreux  que  les 
précédents,  fondit  bientôt  sur  le  monastère  de  Saint- 
Mesmin. 

Henri  V,  roi  d'Angleterre,  voulut  profiter  de  l'état 
de  faiblesse  de  la  France,  épuisée  })ar  les  sanglantes 
discordes  des  Ai'ihagnacs  et  des  Rourguignons,  pour 
faire  revivre  les  prétentions  d'Edouard  III,  s'emparer 
du  royaume  et  s'en  faire  proclamer  roi.  Le  2  juin 
1420,  ce  prince,  secondé  par  l'infâme  reine  Isabeau 
de  Bavière,  épousa  Catherine,  (ille  de  Charles  VI, 
dans  la  cathédrale  de  ïroyes  ;  et,  le  1"  décembre  sui- 
vant,  Paris  vit  entrer  dans  ses  murs,  à  coté  de  son 
vieux  roi,  sans  volonté  et  sans  raison,  l'orgueilleux 
étranger,  qui  venait  s'asseoir  sur  le  Irùne  de  saint 
Louis.  Pendant  ce  temps,  ses  troupes  se  répandaient 
dans  le  centre  de  la  France  qu'elles  conquéraient  par 
lambeaux.  Grâce  à  leur  supériorité  numérique,  et 
aussi  à  la  molle  résistance  du  régent,  Charles  VII, 
elles  enlevèrent  plusieurs  places  sur  les  bords  de  la 
Loire,  entre  autres  Beaugency  et  Meung.  passèrent 


le  fleuve  et  firent  dans  toute  la  contrée  d'horribles 
ravages  (1). 

De  Meung  à  Micy,  il  n'y  a  pas  loin  ;  le  monastère 
fut  encore  une  fois  pillé  de  fond  en  comble,  et  tous 
les  travaux  de  restauration  anéantis.  Les  moines 
s'étaient  réfugiés  dans  leur  Alleu  d'Orléans,  avant 
l'arrivée  des  ennemis,  sur  un  ordre  que  l'évèque  Guv 
de  Prunelé  avait  donné,  dès  le  mois  de  juillet,  à 
toutes  les  communautés  religieuses,  de  rentrer  dans 
la  ville  avec  les  reliques  conservées  dans  leurs 
églises  (1). 

Le  fléau  de  la  guerre  se  fixa  pour  longtemps  dans 
le  malheureux  pays  Orléanais,  devenu  le  champ  de 
bataille  des  nations  rivales.  Les  petites  villes,  les 
bourgs  et  les  villages  furent  tous  pris,  repris  et 
la  plus  part  brûlés.  Quant  aux  maisons  éparses  en 
grand  nombre  dans  la  campagne,  comme  elles  le  sont 
encore  aujourd'hui  dans  notre  région,  les  Anglais 
les  détruisirent  presque  toutes  ;  ils  se  montraient, 
dans  cette  besogne,  aussi  féroces  que  les  routiers  et 
les  écorcheurs;  ils  y  appliquaient  de  plus  leur  esprit 
méthodique  et  froidement  cruel.  Lorsqu'ils  séjour- 
naient dans  une  contrée,  ils  levaient  une  contribution 
considérable,  sous  le  nom  (Tappatis.  Quand  ils  étaient 
en  marche,  ils  exigeaient  un  impôt  de  guerre  sur  la 
la  localité  qu'ils  traversaient  ;  ils  en  régularisaient 
la  perception  par  des  commissaires  spéciaux,  pour 
n'omettre   personne.    Tls    faisaient   partout   de   noFu- 

(1)  Daiieste,  Histoire  de  France,  t.  III,  p.  r2. 
(1)  Hubert,  M.  S.  4.%,  t.  I,  f»  -i^'j. 


-•  292  — 

breux  prisonniers,  afin  d'en  tirer  le  plus  d'argent 
possible,  et  rançonnaient  jusqu'au  dernier  sou  tour- 
nois les  populations  déjà  épuisées  de  la  Beauce  et  de 
la  Sologne. 

A  Saint-Mesnîin,  ces  bordes  pillardes  trouvèrent 
labbaye  abandonnée,  au  mois  d'août  1420.  Furieux 
de  n'y  pouvoir  rien  prendre,  parce  que  les  moines 
avaient  sauvé  à  Orléans  tout  ce  (jui  était  transpor- 
lable,  ils  en  dévastèrent  encore  une  fois  les  édifices. 
Leur  cupidité  s'acbarna  sur  les  nombreuses  sépul- 
tures contenues  dans  l'église  abbatiale  ;  ils  en  fouil- 
lèrent les  tombes,  dans  l'espérance  d'y  découvrir  de 
l'or  ou  de  l'argent.  N'y  ayant  rien  trouvé,  il  les 
profanèrent  indignement.  Ils  jetèrent  çà  et  là  sans 
respect  les  ossements  des  vénérables  évèques  d'Or- 
léans ensevelis  dans  ce  lieu,  des  pieux  seigneurs  des 
environs  et  des  bumbles  moines,  abbés  de  la  maison; 
ils  brisèrent  les  pierres  tombales  cbargées  d'armoiries 
et  d'épitapbes  élogieuses,  et  ne  laissèrent  même  pas 
à  tant  d'illustres  morts  le  dernier  repos,  vainement 
cberclié  au  pied  des  autels  (1). 

L'abbé  Laumer  de  l'Isle  mourut  à  l'Alleu  Saint- 
Mesmin,  au  milieu  de  ces  tristes  circonstances, 
en  1420.  Les  religieux  lui  donnèrent  pour  successeur 
Jean  lll  de  Mornay,  cluimbrier  du  monastère  de 
Saint-Benoîl.  La  situation  lamentable  faite  aux 
moines  par  les  événements  de  la  guerre  se  prolongea 
enconî  pendant  plus   de    dix  années.    Le  plus  grand 

(1)  DoM  EsTiENNOT,  M.  S.  l'2730,  f«74. 


—  :>93  ~ 

désastre  qu'ils  éprouvèrent  leur  arriva  en  1428,  dans 
l'année  même  où  commença  le  siège  d'Orléans. 

Bedford,  régent  d'Angleterre,  après  la  mort 
d'Henri  Y,  avait  résolu  de  s'emparer  d'Orléans,  la 
dernière  grande  ville  tenant  encore  pour  Charles  VII. 
Sa  prise  lui  eût  d'ailleurs  assuré  le  passage  de  la 
Loire  et  le  libre  envahissement  du  centre  de  la  France. 
11  envoya  le  comte  Jean  de  Salisbury  l'assiéger,  à 
la  tète  d'une  nombreuse  armée,  au  mois  de  sep- 
tembre i428.  Le  général  anglais  voulut  commencer 
l'investissement  par  la  rive  gauche,  afin  d'intercepter 
les  secours  qui  pourraient  être  envoyés  des  provinces 
méridionales.  Il  s'empara  de  Beaugency,  puis  de 
Meung,  et  passa  la  Loire.  Lui-même  se  vante,  dans 
une  lettre  adressée  au  maire  de  Londres,  d'avoir 
pris  plus  de  quarante  places,  «  tant  villes  et  châteaux 
que  grandes  églises  ».  dans  ces  rapides  et  faciles, 
mais  cruelles  conquêtes  (1). 

Bientôt  il  occupa  léglise  collégiale  de  Notre-Dame 
de  Cléry.  Ce  sanctuaire  célèbre  par  de  nombreux 
miracles  était  rempli  d'objets  précieux,  vases  sacrés, 
reliquaires  d'or,  statues,  ex-voto  et  effigies,  ofi"erts 
par  la  piété  reconnaissante  des  fidèles.  Il  enleva  ces 
trésors,  et,  pour  cacher  ses  honteuses  rapines,  ren- 
versa l'église  entière. 

L'horreur  de  ce  forfait  sacrilège  retentit  doulou- 
reusement au  cœur  des  populations  orléanaises. 
Quand,  un    mois  après,  le   24  octobre,  Salisbury  fut 

(1)  J.  Dfxpit,  p. -238. 


—  -294   - 

frappé  au  visag^e  d'un  boulet  qui  le  tua,  pendant 
qu'il  prenait  ses  dispositions  pour  attaquer  notre 
ville,  tout  le  monde  vit  dans  ce  coup  un  châtiment 
céleste,  et  un  funeste  présage  pour  les  envahisseurs, 
dont  la  fortune  ne  cessa  pas  de  décliner  à  partir  de 
ce  moment. 

Saint-Mesmin  était  proche  de  Cléry.  Les  Anglais  y 
passèrent  nécessairement.   Ils   n'y  trouvèrent  rien  à 
piller,  après  tant  de  désastres  déjà  éprouvés  ;  mais 
les    capitaines    Sulfolk    ef    Talbot.     successeurs    de 
Salisbury,    voulant    construire    des    bastilles    autour 
d'Orléans,  pour  en  faire  le  blocus  et  contraindre  par 
la  famine  les   habitants  à  se   rendre,  démolirent  les 
bâtiments  du  monastère  afin  d'en  tirer  les  matériaux 
nécessaires   à    l'établissement    de   ces  redoutes.    Les 
Orléanais,  par  un  acte  de  généreux  dévoùment  à  la 
patrie,   avaient  détruit  tous    les    faubourgs   de  leur 
ville,  pour  que  l'ennemi  ne  pût  s'y  installer  et  faire 
de  leurs  maisons,  églises  et  couvents  autant  de  cita- 
delles d'où  il  aurait  attaqué  la  place.  Celui  du  Porte- 
reau/  aujourd'hui    Saint-Marceau,    fut    entièrement 
rasé,   et   toutes  ses  habitations  livrées  aux  flammes, 
en  sorte  que  l'armée  assiégeante  n'y  rencontra   |)lus 
que   cendres   et   amas  de   décombres  im[)ropres  à  la 
protéger.    Quand  les  Anglais  voulurent  élever  leurs 
deux  bastilles   de  la  rive   gauche,  celle  du  Charnp- 
Saint-Pryvé  et  celle  des  Augustins  (1),  et  les  entourer 

[i]  La  bastille  du  Cliamp-Saint-Pryvé  s'élevait  piès  du 
Chnnip  de  manœuvres  actuel,  en  face  l'église  Saint-Laurent; 
et  celle  des  Augustins,  derrière  les  Tourelles,  vis-à-vis  de  la 
rue  Sainte-Catherine, 


—  29o  — 

d'une  enceinte  de  fascines  et  de  pieux,  pour  en 
défendre  Tapproche,  ils  furent  obligés  d'aller  chercher 
assez  loin  les  pièces  de  bois  dont  ils  avaient 
besoin  (1). 

C'est  dans  cette  circonstance  qu'ils  causèrent  à 
l'abbaye  de  Saint-Mesmin  un  immense  dommage.  Ils 
découvrirent  sa  grande  église,  et  jetèrent  à  terre 
sa  toiture.  Toute  la  charpente,  poutres,  chevrons, 
solives,  fut  transportée  au  Portereau  et  employée  à 
la  fortification  des  bastilles.  Les  édifices  claustraux 
subirent  le  même  sort.  Bientôt,  les  voûtes  mises  à 
découvert,  furent  détrempées  par  la  neige  et  les  pluies 
de  l'hiver;  elles  se  fendirent,  puis  s'écroulèrent  avec 
fracas.  Le  monastère  n'offrit  plus  aux  regards  que  le 
spectacle  de  ruines  lamentables,  entassant  leurs 
débris  chaque  jour  davantage. 

Les  moines  de  Micy,  enfermés  dans  Orléans,  parta- 
gèrent les  souffrances  et  la  gloire  de  ses  habitants. 
Comme  eux,  ils  supportèrent  les  fatigues  de  ce  siège 
héroïque,  et  payèrent  vaillamment  de  leur  personne, 
en  repoussant  les  attaques  de  l'ennemi.  >[ais  la  ville, 
abandonnée  sans  secours  par  le  roi,  semblait  devoir 
succomber.  11  ne  fallut  rien  moins  que  Tintervention 
miraculeuse  du  ciel  pour  la  sauver.  Après  huit  mois 
d'une  courageuse  résistance,  le  peuple  épuisé  com- 
mençait à  désespérer,  quand  vint  la  délivrance, 
apportée  par  une  envoyée  de  Dieu.  Cette  vierge  libé- 
ratrice, cette  vaillante  fille  du  peuple,  ce  fut  Jeanne 

(1)  .Tournai  du  Siège  d'Orléans. 


—  29t)  — 

d'Arc.  Eclairée  de  lumières  surnaturelles,  et  soutenue 
par  une  force  surhumaine,  elle  délivra  Orléans  en 
quelques  jours^  fit  sacrer  à  Reims  le  roi  Charles  YII, 
et  chassa  de  toutes  parts  les  Anglais  vaincus.  Ceux-ci 
se  vengèrent  lâchement,  en  condamnant  aux  flammes 
(lu  bûcher  la  sainte  héroïne,  livrée  entre  leurs  maius 
par  la  trahison.  Crime  inutile  !  Jeanne  d'Arc  avait 
donné  au  patriotisme  français  une  irrésistible  impul- 
sion. Charles  VU  sortit  rnfin  de  son  long-  en^rour- 
«lissement;  ses  capitaines,  ses  soldats  combattirent 
avec  un  invincible  courage  :  la  victoire  fidèle  n'aban- 
donna plus  les  armées  royales,  jusqu'au  jour  où  le 
dernier  Anglais  ((  eut  été  bouté  hors  de  France  », 
selon  la  promesse  prophétique  de  la  vierge  de 
Domremy. 

La  défaite  des  ennemis  et  la  levée  du  siège  d'Or- 
léans avaient  rendu  la  liberté  aux  relii?ieux  de  Saint- 
Mesmin.  Ils  ne  s'en  trouvèrent  pas  moins  dans  une 
situation  pitoyable.  Leurs  biens  meubles  étaient 
perdus,  leurs  revenus  réduits  à  rien,  leurs  maisons 
démolies.  Quant  à  leur  belle  église,  voici  comment 
un  chroniqueur  anonyme  la  dépeint,  vingt  ans  après 
l'expulsion  des  Anglais  :  «  De  ceste  esglize,  on  ne 
void  (jue  restes,  pilliers  et  murs  croulants,  aussi  bien 
(|ue  dou  cloistres.  où  tant  do  saincts  moynes  qui  y 
sont  inhumez  sont  foulez  au  pies  parles  bestes  »  (i). 

Leurs  domaines,  semblables  à  des  déserts,  ne 
rapportaient    plus   lien  :    tout    était  à  recommencer. 

(1/  Biblioth.  nation.,  M.  S.  fr.  11583. 


-    -297   — 

a  Jusqu'à  Tan  1440.  il  n'y  eut  dans  les  campagnes 
ni  paix,  ni  sécurité.  Les  laboureurs  n'osaient  pas 
cultiver  la  terre  ;  vilains  et  manants  se  tenaient 
cachés  dans  les  bois,  parce  que  les  ^jens  d'armes  les 
prenaient  partout  et  mettaient  à  rançon.  Quarante 
années  de  g-uerre  avaient  à  ce  point  désolé  le  pays, 
que  beaucoup  de  paroisses  étaient  dépeuplées.  Les 
champs  abandonnés  sans  culture  s'étaient  couverts 
de  bois  ;  et  les  villages  eux-mêmes,  n'ayaut  plus 
d'habitants,  étaient  envahis  par  les  épines  et  les 
broussailles  »  (1). 

Pour  sortir  de  cette  détresse,  nourrir  ses  moines, 
réparer  les  bâtiments  et  mettre  les  biens  en  culture, 
.lean  de  Mornay  eut  recours  à  divers  moyens.  Depuis 
longtemps  un  seigneur  du  val  de  la  Loire,  Jehan  de 
Marescot.  seigneur  du  château  de  la  Source,  désirait 
acquérir  la  partie  du  Loiret  qui  baignait  ses  terres. 
Les  religieux  avaient  toujours  refusé  d'accéder  à  sa 
demande  ;  mais  dans  ce  temps,  pressés  par  la  néces- 
sité, ils  consentirent  à  lui  céder  toute  l'eau  de  la 
rivière  du  Loiret,  depuis  le  bouillon  de  sa  source  • 
jusqu'au  chemin  des  Courtiniers.  Cette  concession 
n'était  pas  une  vente  définitive,  mais  une  location, 
par  bail  à  long  terme,  convenue  moyennant  une 
redevance  annuelle  de  six  muids  de  blé  mouture  (2). 

Malgré  ses  efforts,  l'abbé  dr  Saint-Mesinin  ne  put 
faire  que  peu  de  choses  ;  les   désastres  étaient   trop 

[h)  Aveu  de  Jehan  de  >fareuil,  de  1445. 
(•?)  Titrer  «lu  ch.Ueau  <le  la  Sourre. 


—  -208  — 

grands,  et  les  populations  trop  profondément  apau- 
vries,  pour  pouvoir  lui  donner  des  secours  efficaces. 

J)ès  l'année  qui  suivit  leur  délivrance,  les  habitants 
d'Orléans  instituèrent  une  procession  solennelle,  pour 
rendre  grâce  à  Dieu  et  honorer  la  Pucelle,  leur  libé- 
ratrice. Jean  de  Mornay  fut  appelé  à  prendre  part  à 
cette  belle  cérémonie,  avec  l'évêque,  le  clergé  tant 
régulier  que  séculier,  les  magistrats  et  tous  les 
notables  de  la  ville.  La  châsse  de  Saint-Mesmin, 
portée  par  cinq  hommes,  s'avangait  dans  le  cortège, 
avec  toutes  celles  des  patrons  de  nos  églises  ;  les 
religieux  de  son  monastère  l'entouraient,  tenant  à  la 
main  des  torches  ardentes.  Ils  firent  de  même  tant 
que  les  reliques  de  leur  saint  fondateur  demeurèrent 
dans  la  chapelle  do  leur  Alleu  d).  Ils  avaient  été 
à  la  peine  ;  c'était  justice  qu'ails  fussent  à  l'honneur. 

Jean  de  Mornay  mourut  le    il   novembre  14.S8.  Il 
ne    fut    pas    immédiatement   remplacé,   et    le     siège 
abbatial  de  Micy  demeura  vacant   durant   un  inter 
règne  d'environ  un  an  (2). 

(1)  Le  Maire,  Antiquités,  t.  I,  p.  201. 

(•?)  0\Lr,i\  r.HRisTiANA,  Eccles.  Ai/relA.  VIll,  p.  1.">.S7. 


—  299  — 


CHAPITRE  XIY 

Lent  et  pénible  relèvement  du  monastère.  —  Jean  IV 
d'Eschines  et  Ajasson,  derniers  abbés  réguliers.  — 
La  Commende;  ses  funestes  résultats.  —  Deux  cardi- 
naux ABBÉS  GOMMENDATAIRES  DE  MlCY. 

(1438-1559) 

Les  temps  qui  suivirent  l'invasion  anglaise  furent, 
pour   les    Bénédictins    de    Saint-Mesmin,    tristes    et 
douloureux.   Privés  de  leurs  ressources   ordinaires, 
ils  vécurent,  dans  une  extrême  pauvreté,  des  aumônes 
que  leur  faisaient  des  gens  charitables,  presqu'aussi 
misérables  qu'eux-mêmes.  On  ne  pouvait  pas  encore 
s'aventurer  dans  les  campagnes,  toujours  parcourues 
par  des  bandes  de  pillards  qui,  sous  le  nom  de  roton- 
deurs  et  (Vécorcheurs,  dévastaient  le  plat  pays,  et 
n'épargnaient  pas  plus  les   personnes  que   les   pro- 
priétés.   Des    hommes    avides  du  bien  des    moines 
profitaient   de  leur  éJoig'nemenI    pour  envahir  leurs 
domaines  ;    les    uns    reculaient   les    l)ornes  h'milant 
leurs  champs;  les  autres,  comptant  sui-  l'impunité  ou 
sur  la  perte   des   titres  de  l'abbaye,  s'appropriaient 
sans    scrupule   les   terres  à  leur  convenance.   Pour 
remettre  do  Tordre,  faire  rentrer  les  biens  usurpés, 
cultiver  ceux  qui  étaient  devenus  incultes,  il  fallut  de 
long-ues   démarches,    des    procès    coûteux,    de   nom- 


—  300  — 

breuses  négociations,  et,  pendant  ce  temps,  les 
moines,  manquant  des  choses  les  plus  nécessaires  à 
la  vie,  ne  pouvaient  rien  entreprendre  pour  le  relè- 
vement de  leur  abbaye. 

Une  autre  cause  augmentait  encore  leur  dénùment: 
c'étaient   les  contributions  imposées  par  le    roi.  La 
France   épuisée   ne   fournissait   que  peu  de  subsides 
au  trésor  royal,  et  tout  était  à  réparer  et  à  réorganiser: 
administration,  armée,  services  publics.  Dans  les  cas 
pressants,  on  recourait  au  clergé,  tant  régulier  que 
séculier.    En   outre   des    contributions    dont    il    était 
frappé    par  les  Etats    généraux    et    provinciaux,    il 
devait  fréquemment  payer  des  décimes  prélevés  sur 
ses  biens  et  exigés  avec  tant  de  rigueur  qu'on  vendait 
ses  terres  et  ses  meilleurs  domaines,  quand  il  n'avait 
pas  pu  s'acquitter  dans  les  délais  fixés.  Depuis  \:V^S, 
de  deux  ans  en  deux  ans^  le  roi  demandait  au   pape 
la  dixième   partie   du   revenu   des    églises,   pour  les 
besoins   du  loyaume.    Le    pape  protestait,   cl  cédait 
toujours  (1). 

Le  monastère  de  Saint-Mesmin  eut  à  payer  sa 
large  part  dans  ces  impositions.  Pour  les  acquitter,  il 
fut  obligé  de  contracter  des  emprunts  et  d'engager 
une  partie  de  ses  biens.  Ces  dures  exigences  contri- 
buèrent grandement  à  le  maintenir,  pendant  de 
longues  années,  dans  un  état  précaire  et  malheureux. 
On  ne  connait  aucun  des  actes  administratifs  de 
Pierre  II  Coihart,  élu  abbé  en    1138.  après  Jean  III 

(1)  Lavisse,  Histoire  générale,  \.  111,  p.  82. 


—  301  — 

"de  Mornay.  Il  était  licencié  en  droit,  et  occupa  dix  ans 
le  siège  abbatial.  On  croit  cependant  qu'il  ramena  ses 
religieux  au  monastère  de  Micy,  vers  1440  (Ij. 

L'année  suivante,  1441,  il  obtint  de  Charles  d'Or- 
léans, comte  de  Blois,  la  libre  jouissance  de  deux 
moulins,  acquis  par  les  moines  de  Micv,  sur  les 
bords  du  Loiret,  en  réparation  des  dommages  éprouvés 
par  eux  durant  les  dernières  guerres^  oii  ils  avaient 
perdu  la  majeure  partie  de  leurs  biens  (2). 

Il  est  facile  de  s'imaginer  en  quel  état  déplorable 
ils  trouvèrent  leur  couvent.  Ce  n'était  plus  qu'une 
ombre  de  ce  qu'il  avait  été  jadis.  Partout  des  ruines 
accumulées,  qu'envahissaient  déjà  les  ronces  et  les 
herbes  parasites;  des  logis  sans  toiture,  des  murailles 
renversées,  des  tombes  profanées,  les  autels  brisés 
et  les  meubles  brûlés.  Avant  de  songer  aux  répara- 
tions, il  fallait  à  tout  prix  se  procurer  des  vivres 
pour  nourrir  les  religieux.  Aussi  ne  fit-on  presque 
rien  au  monastère.  Ceux-ci  s^'installèrent  comme  ils 
purent,  au  milieu  des  décombres  ;  ils  déblayèrent  un 
coin  de  l'église,  afin  d'y  dire  leur  office,  après  l'avoir 
couvert  de  planches  et  placé  un  autel  mobile.  Poui' 
se  loger,  ils  disposèrent  provisoirement  (juelqucs 
cellules,  attendant  que  des  circonstances  meilleures 
leur  permissent  d'entreprendre  une  restauration  sé- 
rieuse (3).  Ce  provisoir<'  dura  plus  de  trente  ans. 

Robert    \\    de   \'ille(juier   fui    élu    abbé   de    Sainl- 

(1)  Hubert,  M.  S.,  436  -^  fo  75. 

(2)  Archives  nationales,  R.  K.  8'27,  fo  138  vo. 
*(3)  DoM  Verninac,  :M.  S.,  30'j*. 


—  302  — 

Mesmin  apr?'S  la  mort  de  Pierre  II  Coiliart,  en  1448. 
11  t'tait  docteur  en  théologie.  Comme  son  prédé- 
cesseur, il  travailla  mu  relèvement  de  son  ahbave, 
sans  pouvoir  l'avancer  beaucoup,  tant  l'œuvre  était 
considérable  et  les  ressources  insuffisantes.  Afin  de 
se  procurer  quelque  argent,  d'accord  avec  ses  frères, 
il  consentit  à  la  vente  du  bois  de  Cliarennes,  sur  la 
paroisse  de  Mézières,  en  Sologne.  L'acte  d'aliénation 
de  ce  bien  portait  formellement  que  le  prix  à  en 
provenir  serait  employé  aux  réparations  du  cloître  et 
de  l'église,  ainsi  qu'à  l'achat  de  vitres  pour  les  fenêtres, 
de  livres  pour  le  chœur,  d'ornements  sacerdotaux  et 
d'autres  objets  servant  aux  offices  divins. (i). 

Robert  (le  Villequier  mourut  en  14oo.  Il  eut  pour 
successeur  Jean  IV  d'Eschines.  Placé  à  la  tète  du 
monastère  de  Micy  par  le  snllVage  de  ses  frères,  ce 
religieux  se  distingua  particulièrement  par  son  zèle 
pour  sa  restauration.  Deux  ans  après  son  élection, 
Jean  d'Kschines  fut  encore  nommé  abbé  de  Fleury- 
Saint-Benoit,  dont  il  a  été  le  dernier  supérieur  régu- 
lier. Il  n'en  conserva  pas  moins  le  gouverneFiient  de 
Sainl-Mesmiii  :  il  en  prit  le  titre  d'admiriistrateur 
perpétuel,  inaugurant  ainsi  le  régime  désorganisateur 
d«'s  cofumendataires,  qui  eommenrait  h  s'établir  dans 
toute  la  France.  Cet  abbé  semble  avoir  toujours  eu 
une  préférence  marquée  pour  Saint-.Mesmin.  Les 
actes  accomplis  «mi  sa  faveur  témoignent  de  sa  vive 

(1)  Arcliives  du  Loiret,  Fonds  de  5.  Mesmin,  Inventaire 
des  titres  ;  en  parclieniin.  f"  10. 


—  303  — 

sollicitude   et  de   l'ardeur  de   sa  charité  pour  cette 
maison. 

Emu  de  l'état  de  dégradation  où  étaient  encore  ses 
édifices,  il  mit  tout  en  œuvre  pour  les  reconstruire. 
Pendant  les  trente-quatre  ans  de  son  abbatiat,  il  eut 
recours  à  tous  les  moyens  propres  à  lui  créer  des 
ressources,  tout  en  régularisant  l'administration  de 
ses  domaines.  Au  mois  de  décembre  1457,  il  envoya 
une  lettre  circulaire   à  toutes   les   abbayes   bénédic- 
tines de  France,  les  priant  de  lui  venir  en  aide.  11  y 
expose    la    misère    de    ses    religieux,    tant    de    fois 
éprouvés    par   les   interminables    guerres   anglaises^ 
l'état  de  ruine  de  son  couvent,  et  l'impossibilité  où  il 
se  trouve  de  le  relever  par  ses  seuls  moyens.  Cette 
lettre,  écrite  en  termes  fort  tendres  et  à  la   fois   très 
énergiques,   était  capable,    dit  le    chanoine   Hubert, 
d'émouvoir   tous    les   cœurs   (1).    Peu    après,    il   en 
adressa   une  seconde,    aussi  éloquente,  aux    monas- 
tères  unis   en  association  de   prières   avec  celui   de 
Saint-Mesmin.    Il    y    donne    la   liste    de    toutes    ces 
maisons  «  que  la  charité,  dit-il,  doit  rendre  sœurs  et 
disposer    à    s'accorder    une    aide   mutuelle  ».    Enfin 
Jean  dEschines  s'adressa  successivement  aux   sou- 
verains   pontifes   Sixte  IV   et   Innocent  YIII.    Il   en 
obtint   plusieurs  bulles  exhortant  les  fidèles   à  con- 
courir à  l'œuvre  de  Micy,  et  accordant  des  indulgences 
en  récompense  de  leur  générosité  {2). 

{{)  Hubert,  M.  S.,  430,  f"  77. 
(2)  DoM  Verninac,  m.  s.,  :Wr^. 


—  304  -- 

Tous  ces  ellorls  produisirent  d'heureux  résultats  ; 
mais  telle  était  alors  la  pauvreté  générale  et  l'étendue 
des  désastres  causés  par  les  guerres^,  il  y  avait  tant 
d'églises  démolies,  d'abbayes  ruinées  et  de  malheu- 
reux sollicitant  des  secours,  que  l'abbé  d'Eschines  ne 
put  pas  encore  réparer  tous  les  désastres.  Il  rebâtit 
cependant  un<'  grande  partie  des  logis  claustraux  ;  ses 
armoiries,  de  sable,  à  la  fasce  fuselée  cTargent, 
qu'on  voyait  encore,  il  y  a  cent  ans,  sculptées  à  plu- 
sieurs voûtes,  prouvent  que  ces  bâtiments  lui  devaient 
leur  leconstruction.  Il  échangea  aussi  et  vendit  phi- 
sieurs  terres  dans  les  conditions  les  plus  favorables 
à  son  couvent.  Le  10  février  1 480,  il  acheta  trois 
arpents  de  vigne,  situés  près  de  Saint-Mesmin.  à 
Toussaint  Lemaire. 

Sentant  sa  mort  approcher,  Jean  d'Eschines  lit  une 
fondation  pour  le  repos  de  son  àme.  Elle  consistait  en 
une  messe  (jiie  les  religieux  devaieiit  dire  à  son  in- 
tention le  premier  lundi  de  chaque  mois,  à  perpé- 
tuité. Aliii  d'en  assurer  la  célébration,  il  donna  aux 
iVèies  -  (l(î  Micy  sa  maisoii  de  la  (Iroix-Hlanche  et 
ses  dépendances,  à  Saint-llilaire,  dont  les  revenus 
devaient   former  l'honoraire  de  ces  messes  {{'). 

iViu  après  avoir  établi  cette  pieuse  fondation, 
en  I  i80,  Jean  d'Eschines  se  démit  du  titre  et  des 
fonctions  d'abbé  de  Saint-Benoit.  Il  conserva  seule- 
ment le  monastère  de  Saint-Mesmin,  où  il  mourut,  le 

(1)  liibliolh.  Nation.,  n'»  S} 78,  Invenlaive  des  titres  et 
revenus,  f»  24. 


—  305  — 

2i')  octobre  1488.  Son  corps,  transporté  à  Saint- 
Benoît,  fut  inhumé  dans  la  grande  basilique  de 
Sainte-Marie,  devant  le  maître-autel. 

Après  la  mort  de  Jean  d'Eschines,  les  moines  de 
Micy.  réunis  dans  leur  salle  capitulaire,  élurent  à 
l'unanimité  Louis  Ajasson.  pour  leur  abbé,  au  mois 
de  mai  1489.  Ce  fut  la  dernière  fois  qu'ils  usèrent 
de  ce  droit  détection  que  leur  conférait  la  règle  béné- 
dictine, et  auquel  leur  abbaye  avait  dii  tant  de  chefs 
saints  et  habiles.  Bientôt  la  commende  leur  enlèvera 
ce  droit;  elle  leur  imposera  comme  supérieurs  des 
hommes  étrangers  à  leur  vocation,  désireux  seule- 
ment de  posséder  un  monastère  pour  s'enrichir  de 
ses  revenus. 

Ajasson  était  né  dans  le  Berry,  d'une  famille  noble. 
Elevé  à  Micy,  il  s'y  fit  remarquer  par  son  application 
à  l'étude,  et  prit  le  grade  de  bachelier  en  droit. 
Quand  il  eut  été  élu  abbé  par  le  libre  suffrage  de  ses 
frères,  il  demanda  à  l'évéque  d'Orléans  de  confirmer 
son  élection.  François  P'"  de  Brilhac  occupait  alors  le 
siège  de  saint  Aignan.  Il  ne  se  contenta  pas  de  lui 
accorder  la  confirmation  demandée  ;  en  témoignage 
de  son  estime,  il  vint  lui-même  l'installer  dans  ses 
fonctions  abbatiales.  On  remarque,  dans  la  lettre 
épiscopale  accordée  à  cette  occasion,  la  permission, 
donnée  à  Ajasson,  de  célébrer  la  sainte  messe  sur  un 
hôtel  portatif,  jusqu'au  complet  achèvement  de 
l'église  Saint-Etienne.  C'est  qu'en  effet  il  restîiit 
encore  beaucoup  à  faire  pour  compléter  la  restaura- 
tion de   cet  édifice.    Les    prédécesseurs    d'Ajasson, 


—  306  — 

effrayés  sans  doute  par  la  grandeur  et  les  frais 
d'une  telle  entreprise,  l'avaient  presque  laissée  de 
côté,  jusqu'à  cette  époque.  Leur  activité  s'était 
portée  vers  les  autres  bâtiments  du  monastère  :  le 
cloître,  la  salle  capitulairc,  le  réfectoire,  les  dortoirs 
et  les  autres  loiiis  conventuels  avaient  été  ré})arés.  et 
otfiaient  aux  moines  une  habitation  convenable. 
Pendant  ce  temps  là,  la  magnifique  égalise,  bâtie  du 
temps  de  saint  Louis,  avec  ses  voûtes  elfondrées, 
ses  hautes  colonnes  découronnées,  se  dressant  au 
milieu  des  décombres,  et  ses  murailles  lézardées,  at- 
tendait toujours  une  main  assez  puissante  et  un  cœur 
assez  hardi  pour  oser  entreprendre  sa  restauration. 

Ajasson  rut  cette  hardiesse,  et  ce  fut  sa  gloire. 

Ses  relations  nombreuses  et  inlluentes  lui  obtinrent 
d'abondants  secours  ;  son  habile  administration  lui  en 
créa  d'autres.  En  moins  de  cinq  années,  Timmense 
tâche  fut  terminée.  On  consolida  les  murailles  ;  une 
couverture  neuve  abrita  toutes  les  parties  de  l'édilice  ; 
des  voûtes  arrondirent  leurs  arceaux  au-dessus  des 
larges  nefs,  et  bientôt  les  bateliers,  naviguant  sur  le 
lleuve  de  Loire,  virent  s'élever  sur  le  clocher  une 
flèche  surmontée  de  la  croix,  qui  leur  indiquait  cet 
asile  de  la  prière.  A  l'intérieur,  des  autels  dédiés  aux 
saints  de  Micy  furent  construits  dans  les  divers  sanc- 
tuaires, et  des  stalles  de  bois  ouvragé  placées 
autour  du  chœur.  On  déblaya  la  crypte  sous  le  grand 
autel;  et  les  religieux»  après  un  si  long  deuil,  purent 
à  nouveau  célébrer  les  offices  dans  leur  basilique 
rendue  à  son  ancienne  splendeur. 


—  307  — 

Quand  Ajasson  eut  achevé  ces  travaux,  il  voulut 
couronner  son  œuvre  en  i-apportant  dans  l'église 
restaurée  les  reliques  de  Saint-Mesmin^  laissées 
jusqu'à  ce  jour  dans  la  chapelle  de  l'Alleu  d'Orléans. 
Cette  translation  eut  lieu  le  8  août  1493.  Un  cortège 
nombreux,  en  longue  procession,  accompagna  sur 
tout  le  parcours  les  châsses  des  fondateurs  de  Micv. 
Outre  l'évcque  et  son  clergé,  les  quatre  échevins  de  la 
ville  y  assistèrent^  avec  leurs  valets  portant  des 
torches  ardentes,  autour  des  reliques  (I).  Les  corps 
saints  furent  placés  avec  honneur  dans  la  crvpte 
disposée  pour  les  recevoir.  Un  grand  concours  de 
fidèles  vint  bientôt  les  y  vénérer.  Quand  quelque 
fléau,  des  pluies  trop  abondantes  ou  une  longue 
sécheresse  menaçait  les  biens  de  la  terre,  les  habi- 
tants de  Saint-Hilaire  et  ceux  des  paroisses  environ- 
nantes venaient  demander  aux  moines  de  porter  leurs 
reliques  en  procession  jusqu'à  leurs  églises,  ce  qui  ne 
leur  était  jamais  refusé. 

L'abbé  Ajasson  gouverna  vingt-quatre  ans  son 
couvent,  avec  autant  d'habileté  que  de  succès.  Il 
eut.  disent  les  auteurs  contemporains,  un  grand  zèle 
pour  l'avancement  spirituel  de  sa  communauté,  une 
sagesse  admirable  pour  ses  intérêts  matériels,  et  une 
tendre  ad'ection  pour  ses  frères  qu'il  dirigeait,  non 
comme  un  maître,  mais  comme  un  père  (2). 

Les    seuls    actes   administratifs    qui    nous    restent 

(1)  Bibliothèque  d'Orléans,  M.  S.,  Dubois. 

(2)  E  Prompluario  Mic.iacensi,  Go,  fo  43. 


—  3U8  — 

d'Ajasson  concernent  l'église  de  Saint-Marceau,  au 
faubourg  méridional  d'Orléans.  Ce  prieuré  avait  par- 
ticulièrement souffert  de  l'invasion  anglaise.  Les 
habitants  avaient  eux-mêmes  brûlé  leur  église,  r»'n- 
versé  le  prieuré  et  démoli  toutes  les  maisons,  pour 
empêcher  Tennemi  de  s'y  loger,  pendant  le  siège,  ft 
d'en  faire  des  forteresses  d'attaque.  (Juand  la  paix 
eut  été  rétablie,  le  prieuré  fut  disjoint  de  l'église 
paroissiale  que  gouverna  un  curé  nommé  par  l'abbé 
de  Micy.  Ajasson  lit  reconstituer  les  titres  de  pro- 
priété de  son  abbaye  sur  plusieurs  maisons,  terres  et 
bois  de  cette  paroisse  :  il  conclut  des  accords  avec  le 
curé,  apaisa  diverses  contestations,  et  détermina  la 
somme  des  redevances  dues  à  son  couvent.  Une 
grosse  liasse  de  titres  originaux,  la  plupart  en  mau- 
vais état^  relatifs  à  ces  arrangements,  existe  aux 
Archives  du  Loiret  (1). 

Ln  15U2.  le  supérieur  de  Saint-Mesmiu  fut  délégué 
par  bulle  spéciale  du  pape  Alexandre  VI,  du  14  jan- 
vier, pour  examiner  le  prieur  de  Saint-Samson  {'2), 
et  confirmer  son  élection  (3). 

Malgré  tout  son  mérite.  Tabbé  Ajasson  ne  put  pas 
garder  jusqu'à  la  fin  de  ses  jours  le  gouvernement  de 
son  monastère  (jii'il  avait  si  brillamment  relevé.  Une 
ambition  plus  puissante  (jue  sa  vertu  convoitait  sa 
place.  Uené  de  Prie,  prélat  courtisan,  désira  l'abbaye 

(1)  Archives  du  Loiret,  casier  27  F,  carton  vîO. 

(2)  Eglise  collégiçile  d'Orléans,  prés  de  l'Alleu  Saint- 
Mesmin. 

(3)  Gallia  Christiana,  Eccles.  Aurel.,  t.  VIII,  p.  1536. 


—  309  — 

de  Saint-Mesmin,  parce  quelle  était  située  à  proxi- 
mité des  châteaux  royaux  oii  la  Cour  faisait  de  fré- 
quents séjours,  et  finit  par  l'obtenir.  Ajasson  fut 
contraint  de  résig-ner  son  abbatiat;  on  ne  lui  laissa 
que  la  faculté  de  choisir  une  autre  communauté.  Celle 
dissoudun  (1),  qui  se  trouvait  peu  éloig-née  du  lieu  de 
sa  naissance,  lui  fut  accordée  sur  sa  demande.  Il  s'y 
retira  avec  quelques-ans  de  ses  religieux  qui  n'avaient 
pas  voulu  se  séparer  de  leur  vénéré  supérieur,  au 
mois  d'octobre  lol3. 

René  de  Prie  inaugura  à  Saint-Mesmin  le  régime 
de  la  commende,  qui  fut  une  cause  de  décadence 
irrémédiable  pour  les  Institutions  monastiques,  et  les 
conduisit  progressivement  à  une  ruine  inévitable. 

Le  pape,  pour  obtenir  la  suppression  de  la  pragma- 
tique sanction  et  la  permission  de  percevoir  les 
annates  (2),  consentit  à  l'abolition  des  élections  cano- 
niques aux  bénéfices  ecclésiastiques  devenus  vacants. 
Le  roi,  pour  accroître  son  autorité,  et  mettre  la  main 
sur  le  clergé  entier,  s'attribua  la  nomination  aux 
sièges  consistoriaux,  évèchés,  abbayes  et  prieurés 
du  royaume.  Ainsi,  les  Chapitres,  pour  le  choix  des 
évoques,  et  les  religieux  pour  celui  des  abbés,  se 
virent  enlever  leur  antique  droit  d'élection.  Le 
fameux  Concordat,  conclu  entre  Léon  X  et  François  P% 
le  j'i  août  lol6,  en  établissant  définitivement  cette 
situation,  livra  l'Eglise  de  France  au  pouvoir  tem{jo- 

(1)  Aljbaye  bénédictine,  au  diocèse  de  Bourges. 
("2)  Payement,  fait  au  pape,  de  la  première  ann-edes  reve- 
nus d'un  bénéfice  devenu  vacant. 

21 


—  310  — 

rel.  Il  laissait  la  faculté  de  nommer  à  toutes  les 
cliarg"es  ecclésiastiques  au  roi,  et,  en  réalité,  aux 
courtisans,  aux  ministres  et  à  leurs  commis.  On  vit 
bientôt  apparaître  (ie  toutes  parts  les  funestes  résultats 
d'un  pareil  changement.  Les  titulaires  des  monas- 
tères mis  en  commcnde,  selon  l'expression  consa- 
crée, ne  furent  plus,  comme  l'exigeait  la  règle,  un 
membre  de  l'Ordre  ou  de  l'abbaye,  recommandé  au 
clioix  de  ses  frères  par  sa  vertu,  son  expérience  et  sa 
baute  capacité  ;  ce  fut  un  évèque  pourvu  déjà  de 
plusieurs  bénéfices,  et  ne  résidant  en  aucun  d'eux, 
ou  un  abbé  courtisan,  parfois  un  laïc,  un  enfant, 
ou  un  ca})itaine  que  le  roi  voulait  récompenser,  en 
lui  octroyant  un  couvent,  comme  il  faisait  d'une  pen- 
sion. On  vit  même  des  Huguenots  pourvus  d'urie 
abbave,  et  des  moines  obligés  de  supporter,  poui' 
supérieur,  un  ennemi  mortel  de  leur  vocation  I  Ces 
chefs  étranges  jouissaient  de  tous  les  biens  du  monas- 
tère à  titre  d'usufruitiers.  N "étant  astreints  ni  à  la 
résidence,  ni  à  aucune  des  obligations  de  la  conven- 
tualité,  ils  demeuraient  presque  toujours  iiors  de  leur 
bénéfice,  à  Paris,  ou  ailleurs.  Ils  venaient  à  peine, 
de  loin  en  loin,  le  visiter,  seulement  poui*  en  tirer  le 
plus  de  i-evenus  possible.  Un  régisseur  en  adminis- 
trait tous  les  domaines  en  leur  nom  ;  il  percevait 
durement  les  rentes  et  censives  qu'il  envoyait  à  son 
maître,  et  ne  laissait  aux  moines  (ju'une  maigre  pen- 
sion, à  pei[ie  sufJisante  pour  h^s  faiie  vivre.  Ainsi  ces 
biens,  jadis  accordés  aux  mon;istèrrs  par  de  pieux 
donateurs,    afin    d'(»nlretenir   la   vie   régulière,   faire 


—  311   — 

monter  vers  le  ciel  une  prière  incessante,  et  soulager 
par  la  charité  toutes  les  misères  humaines,  furent 
transformés  en  autant  d'apanages  pour  les  favoris  du 
roi.  Ils  ne  tardèrent  pas  à  devenir  l'objet  d'un  trafic 
révoltant,  et  ne  servirent  plus  qu'à  nourrir  le  luxe  et 
les  passions  ^d'hommes  qui  n'avaient  même  pas  le 
nom  d'ecclésiastiques. 

D'autre  part,  une  autorité  ferme,  intelligente  et 
toujours  présente  était  indispensable  au  maintien  de 

la  ferveur  et  de  la  discipline  dans  une  communauté 
religieuse.  Avec  la  commende,  cette  autorité,  exer- 
cée jadis  par  l'abbé  régulier,  disparut  complètement. 
Le  commendataire,  n'étant  pas  un  religieux,  ne  rési- 
dait presque  jamais  dans  sou  couvent,  où  rien  ne 
rattachait.  Un  prieur  claustral  dirig-eait  ses  frères; 
mais  son  pouvoir  n'était  que  de  second  ordre  :  par- 
tant il  manquait  d'initiative  et  de  fermeté,  et  se  trou- 
vait souvent  réduit  à  Timpuissance.  Les  moines  ne 
se  sentirent  plus  soutenus  par  une  surveillance  active  ; 
leur  nombre  fut  diminué  par  l'avarice  de  l'abbé  (jui 
percevait  d'autant  plus  de  rentes  qu'il  avait  moins  de 
personnes  à  nourrir  dans  son  abbaye  ;  obligés  sou- 
vent de  vivre  dans  une  pénurie  voisine  de  la  misère, 
ils  se  découragèrent,  négligèrent  leurs  devoirs,  et, 
tombant  dans  le  relâchement,  finirent  par  perdre 
l'esprit  de  leur  vocation. 

Il  y  eut  sans  doute  des  exceptions  à  cet  état  de 
choses;  on  vit  des  abbés  commendataires  pieux, 
bons  pour  leurs  religieux  et  sincèrement  désireux 
d'entretenir  leurs  bénéfices  dans  un   état   prospère  ; 


—   31:i  - 

mais  ils  furent  rares,  et,  dans  la  généralité,  leur  con- 
duite fut  cause  de  la  décadence  et  de  la  ruine  des 
Institutions  monastiques. 

Nous  nous  sommes  un  peu  étendu  sur  la  Coni- 
mende  et  ses  funestes  résultats.  C'est  là,  en  ellet,  la 
clef  de  la  plupart  des  événements  qui  vont  se  succé- 
der pendant  les  trois  derniers  siècles  de  l'existence 
de  l'abbaye  de  Saint-Mesmin.  Elle  y  suscita  d'innom- 
brables contestations,  procès  et  sévices,  dont  nous 
aurons  l'affligeant  spectacle,  mettant  trop  souvent  le 
désaccord  entre  les  abbés,  qui  s'efforcent  de  tirer  de 
leur  bénéfice  le  plus  d'argent  possible,  et  les  moines, 
toujours  en  lutte  pour  résister  à  leurs  exigences. 

René  de  Prie,  gratifié  par  Louis  XII  du  monastère 
de  Saint-Mesmin,  en  fut  le  premier  abbé  commenda- 
taire.  Il  possédait  déjà  au  même  titre,  celui  du 
Pré  (1).  Il  était  encore  évéque  de  Limoges  et  de 
Baveux.  Le  pape  Alexandre  VI  l'avait  créé  cardinal 
de  TKglise  romaine,  du  titre  de  Sainte-Sabine.  Mais 
Jules  II  le  priva  de  cette  dignité,  en  punition  de  la 
part  qu'il  prit  au  conciliabule  de  Pisc,  rassemblé  par 
Louis  XII  contre  l'autorité  pontificale  (2).  Plus  tard 
Léon  X,  ayant  fait  la  paix  avec  le  roi,  lui  rendit  son 
litre  cardinalice.  Il  'mourut  en  1516,  et  fut  inhumé 
dans  l'église  abbatiale  du  Pré  (3). 

Pendant  son   court   passage  à  Micy,  René  de  Prie 

(1)  Abbaye  bènédictinp,  près  <Ui  ^^ans. 

(2)  Darras,  Histoire  de  l'Eglise,  t.  XXXII,  p.  303. 

(3)  (tallia  Ghristiaxa,  Ecclesia  Aurcli(ine?isis,  t.  Mil, 
p.  1537. 


—  313  — 

avait  fait  dresser  un  inventaire  exact  des  biens  du 
monastère,  afin  de  connaître  quels  en  étaient  les 
revenus.  De  ce  travail,  il  n'est  resté  qu'un  pouillé 
ou  état  des  bénéfices  à  la  nomination  de  Tabbé  (1). 
On  y  voit  qu'ils  produisaient  annuellement  une  somme 
de  7,700  livres.  Elle  provenait  des  droits  perçus  sur 
les  cures,  sur  les  prieurés,  et  sur  plusieurs  chargées 
auxquelles  étaient  affectées  des  redevances  spé- 
ciales (2). 

Quand  les  moines  de  Saint-Mesmin  apprirent  la 
mort  de  René  de  Prie,  ils  redemandèrent  pour  abbé 
leur  ancien  supérieur,  Ajasson,  qu'ils  reg-rettaient 
toujours.  Ajasson  lui-même  désirait  vivement  rentrer 
dans  cette  maison,  où  il  avait  passé  de  long-ues  et 
heureuses  années  ;  il  fit  plusieurs  démarches  pour  y 
revenir.  Tout  fut  inutile.  L'abbé  dépossédé  dut  se 
résigner  à  rester  à  Issoudun.  Il  y  finit  pieusement  ses 
jours  (3). 

Le  candidat  auquel  le  roi  de  France  destinait 
Saint-Mesmin  était  encore  un  grand  personnag^e, 
Jean  Y  de  Lon^^ueville,  fils  de  François,  comte  de 
Longueville  et  d'Agnès  de  Savoie,  de  la  famille  de 
Dunois  d'Orléans.  Il  avait  été  placé  fort  jeune  sur  le 
siège  archiépiscopal  de  Toulouse,  et  possédait  déjà 
en  commende  l'abbaye  de  Notre-I)ame-de-Bec  (4), 
quand  François  V^  \\i\  donna  celle  de  Micy,  en  JulG. 

(1)  Hubert,  M.  S.,43ô\ 

(2)  Pièce  justificative  XLIV,  pouillé  des  bén«!'fices. 

(3)  Hubert,  ^l.  S.,  43G^  f-  182. 

(4)  Ahl^aye  bénédictine,  au  diocéso  d»^  Rouen. 


—  M\  - 

C'était  un  prélat  d'un  rare  mérite,  non  moins  recom- 
mandabJe  par  sa  science  des  lettres,  que  par  l'inté- 
grité de  sa  vie  et  léclat  de  ses  vertus  (1). 

Pendant  que  Jean  de  Longueville  était  abbé  com- 
inendataire,  en  1518,  Charles  de  Cliabannes,  chèvecier 
du  monastère,  voulut  contraindre  Laurent  Loyer, 
curé  de  Sairit-Paul,  à  lui  payer  une  rente  annuelle 
de  00  sous  parisis,  à  lui  due  a  en  raison  de  son  office, 
laquelle,  prétendait-il.  lui  avait  été  payée  de  tout 
temps.  »  Appelé  en  jugement  devant  rOfficial  d'Or- 
léans, il  ne  put  fournir  la  preuve  de  ce  qu'il  avauijait, 
et  fut  débouté  de  ses  prétentions. 

J<*an  V  possédait  l'abbaye  de  Saint-Mesmin  depuis 
six  ans.  quand  il  fut  nommé  évéque  d'Orléans,  sur 
la  recommandation  de  Franrois  P',  et  confirmé  par 
Léon  X,  qui  lui  permit  de  conserver  l'archevêché  de 
Toulouse.  Il  résigna  alors  son  monastère,  1.522,  pour 
se  consacrer  tout  entier  aux  soins  de  son  nouveau 
diocèse.  Clément  Vil  le  créa  cardinal,  du  nom  de 
Saint-Marlin-du-Mont,  en  1537.  Il  mourut  à  Taras- 
con,  Tannée  suivante,  âgé  seulement  de  42  ans. 

Après  la  résignation  de  Jean  de  Longueville,  Fran- 
çois F""  de  Moulins,  dil  de  Kochefort,  reçut  du  roi 
l'abbaye  de  Saint  Mesmiii.  Il  avait  été  son  précepteur 
et  portail  «Micore  le  titre  de  grand  aumônier,  qu'il 
consi'rva  du  8  octobre  i51î)  au  mois  de  juin  [V)2i\.  II 
fut  douze  ans  abbé  commendataire,  de  1522  à  1534  (3). 

(1)  La  Saussayk,  Annales,  lib.  XIII,  y>.  r.il. 

(2)  Archivos  du  Loiret,  casier,  24,  article  7. 

(3)  (talua  CiiuisTiANA,  Ecclet.  Aureî.,  t.  VIIL   p.   1,537. 


—  :Uo  — 

Dans  cette  dernière  année,  il  fut  appelé  au  siège 
épiscopal  de  Condom  ;  mais  il  ne  put  pas  en  prendre 
possession.  On  ignore  pour  quels  motifs. 

En  1327,  une  très  forte  inondation  de  la  Loire  et 
du  Loiret,  qui  unirent  leurs  eaux,  emporta  le  pont 
de  Saint-Mesmin  presqu'en  entier,  sur  cotte  dernière 
rivière.  N'ayant  pas  les  moyens  de  le  reconstruire, 
les  religieux  y  établirent  un  bac  pour  le  passage  des 
voyageurs.  Ils  y  perçurent  un  droil  de  péage,  en 
leur  qualité  de  seigneurs  de  cette  rivière.  Ce  fléau 
avait  beaucoup  endommagé  le  monastère  et  renversé 
plusieurs  de  ses  bâtiments.  Afin  de  les  relever,  l'abbé 
François  de  Moulins  obtint  du  pape  Clément  YII  une 
bulle  accordant  des  indulgences  à  ceux  qui  contri- 
bueraient à  sa  restauration   par  leurs  aumônes  (1). 

Pierre  III  Palmier  fut  le  successeur  de  François 
de  Moulins.  D'origine  napolitaine,  il  avait  été  d'abord 
doyen,  puis  arcbevèque  de  Vienne,  et  maître  de  la 
chapelle  du  roi.  11  possédait  également  en  commende 
l'abbaye  de  Resbais  (2),  quand  il  obtint  encore  celle 
de  Saint-Mesmin.  Il  la  garda  de  1534  à  Joo8.  Les 
Annales  du  monastère  font  le  plus  grand  éloge  de 
cet  excellent  supérieur.  Il  fut  un  des  rares  commen- 
dataires  qui  eut  à  cœur  les  intérêts  de  sa  commu- 
nauté et  travailla  sérieusement  à  accroître  sa  prospé- 
rité. Palmier  était  très  bon  ;  il  aimait  sincèrement 
les  moines,  ses  subordonnés  ;  pendant  les  vingt- 
(jiiatre  années  (ju'il  fut   bnir  abbé,   il    les   assista  de 

(1)  DoM  Verninac,  m.  s.,  3di,  fo  12. 

{2)  Abbaye  bénédictine,  au  diocèse  de  Meaux. 


—  :\\i\  — 

loiilo  manière,  avec  une  sollicitude  vraiment  pater- 
nelle. Il  ne  les  appelait  pas  autrement  que  ses  frères. 
OuanJ  les  ressources  faisaient  défaut,  ou  étaient 
insuffisantes  pour  pourvoir  à  leurs  besoins,  il  prenait 
de  son  propre  bien,  et  fournissait  généreusement  ce 
qui  était  nécessaire.  Sa  piété  se  manifestait  surtout 
dans  son  zèle  pour  la  célébration  du  culte  divin  ;  il 
voulait  que  tout  y  fût  décent,  régulier  et  solennel. 
Aussi,  tant  qu'il  fut  à  la  tète  du  couvent,  il  pourvut 
presque  seul  à  la  dépense  de  l'église  (1). 

Afin  de  perpétuer  ses  pieuses  pratiques,  il  fit  avec 
ses  religieux  un  concordat  destiné  à  fixer  leurs 
conditions  d'existence.  Cet  acte  déterminait  la  manière 
dont  ils  devaient  vivre,  conforme  aux  changements 
apportés  par  les  événements  du  siècle  précédent, 
réglait  en  quel  nombre  ils  devaient  être,  et  allouait 
chaque  année  des  sommes  spéciales  pour  le  service 
religieux,  l'entretien  et  hi  réparation  des  édifices 
conventuels. 

Grâce  à  ces  heureux  arrangements,  la  ferveur 
augmenta  dans  la  communauté  ;  des  novices  deman- 
dèrent à  y  entrer,  et  le  nombre  des  religieux  profès 
s'éleva  jusqu'à  vingt,  chilfre  inconnu  depuis  long- 
temps (2). 

Ce  n'était  [)as  sans  besoin  (jue  l'abbé  commen- 
dataire  venait  en  aide  aux  moines  de  son  bénéfice. 
Car  indépendamment  du  peu  de  revenus  (ju'ils 
pouvaient  tirer  de  leurs   propriétés,  ils  se  trouvaient 

(1)  E  Promptuario  Miciacensi,  C«',  f"  32. 
("2)  E  Protnpluario  Miciacensi,  Qo^  fo37. 


—  317  — 

accablés  par  des  taxes  onéreuses  qui  absorbaient  la 
meilleure  partie  de  leurs  ressources.  Les  guerres 
malheureuses  de  François  P''  et  ses  fastueuses  cons- 
tructions épuisaient  sans  cesse  le  trésor  royal.  Pour 
le  remplir  il  avait  imposé  à  ses  sujets,  et  particuliè- 
rement au  clergé,  de  lourds  subsides.  L'abbaye  de 
Saint-Mesmin  fut  taxée  à  plusieurs  reprises.  A  défaut 
d'argent,  qu^ils  n'avaient  pas,  les  moines  furent  obligés 
de  vendre  quelques-uns  de  leurs  domaines  ;  ils  en 
engagèrent  d'autres,  pour  emprunter  des  sommes 
dont  ils  payaient  de  gros  intérêts,  ce  qui  les  mettait 
encore  dans  la  gêne. 

Dans  cette  situation  précaire,  ils  évitaient  avec 
soin  tout  ce  qui  pouvait  augmenter  leurs  dépenses 
et  était  pour  eux  une  cause  de  dérangement.  Il 
résulta  de  cette  conduite  plusieurs  difficultés,  parti- 
culièrement avec  le  Chapitre  de  Sainte-Croix. 

On  sait  que  les  religieux  de  Saint-Mesmin  étaient 
tenus  à  venir  chaque  année,  le  2  mai^  chanter  les 
Matines  de  la  fête  de  l'Invention  de  la  sainte  Croix, 
d'après  la  convention  conclue  par  l'abbé  Humbaud, 
en  J216.  A  la  suite  des  malheurs  causés  par  les 
guerres  anglaises,  ils  se  montrèrent  moins  exacts  à 
remplir  cette  obligation  ;  ils  y  manquèrent  même 
plusieurs  fois,  notamment  en  looO.  Le  2  mai  de  cette 
année,  un  Chapitre  fut  tenu  par  .Messieurs  de  Sainte- 
Croix,  pour  sommer,  à  la  porte  du  chœur,  l'abbé  et 
les  religieux  de  Saint-Mesmin  de  venir  chanter 
Matines  ;  et  comme  ils  ne  comparurent  pas,  il  fui 
ordonné  qu'on  rendrait  plainte.  Le  Chapitre  pour  la 


—  :ns  - 

circonstance,  s'était  fait  assister  de  quatre  avocats 
et  baillis  de  justice,  MM.  Daniel,  Jamet,  Picoté  et  de 
Gyvès.  Les  moines  firent  dire  qu'ils  avaient  été 
empêchés  pour  ce  jour-là,  et  promirent  de  venir  plus 
exactement  les  années  suivantes  (1  ). 

En  1558.  Pierre  IIÏ  Palmier  fut  remplacé  sur  le 
siège  abbatial  de  Micy  par  Sébastien  de  TAubespine, 
lils  de  Claude  de  TAubespine,  avocat  à  Orléans  et 
bailli  de  Saint-Euverte.  La  faveur  royale  l'avait  déjà 
pourvu  de  l'évécbé  de  Limoges  et  de  plusieurs 
monastères  en  commende,  quand  il  reçut  encore 
celui  de  Saint-Mesmiu.  Il  le  conserva  deux  ans  seule- 
ment, après  les({uels  il  le  céda,  nous  ne  savons 
pour  quels  motifs,  à  François  11  Pic  de  la  Miran- 
dole,   15.JÎ)  (2V 

La  plupart  de  ces  abbés  commendataires  sont  peu 
intéressants  ;  ils  demeurent  pour  ainsi  dire  étrangers 
à  leur  abbaye,  dont  ils  ne  considèrent  la  possession 
le  plus  souvent,  que  comme  un  facile  moyen  d'aug- 
menter leur  fortune.  L'bistoire  aime  mieux  considérer 
les  événements  auxquels  les  religieux  onx-mémes  se 
trouvèrent  mêlés  dans  les  années  suivantes,  où  ils 
virent  encore  (rclfroyables  malheurs  briser  leur 
paisible  existence,  et  anéantir  ce  (ju'ils  avaient  rétabli 
avec  une  si  grande  peine. 

(1)  Arcliives  de  TÉvêché  ;  Registres  cnju'tulaires. 

(2)  G.ALLi.\  (iHRisTiASA,  Eccles.  Auvel.,   t.  VIII,  p.  1537. 


—  319 


CHAPITRE  XV 

Les  guerres  de  religion  dans  l'Orléanais.  —  Micy  pillé 

et  détruit  par  les  protestants  ;    affreux   excès.  

Reconstruction  du  monastère.  —  La  Ligue.  —  Relâ- 
chement ET  EXPULSION  DES  BÉNÉDICTINS. 

(1559-1608) 

François  II  Pic  de  la  Mirandole  succéda,  en  1559, 
à  Sébastien  de  l'Aubespine,  dans  la  possession  de  la 
commende  de  Saint-Mesmin.  II  était  d'une  noble 
famille  d'Italie,  dont  un  membre.  Jean  Pic  de  la 
Mirandole,  mort  en  1494,  avait  été  fort  célèbre  par 
la  précocité  et  Tétendue  de  son  savoir  presqu'uni- 
versel.  Cet  abbé  occupa  son  bénéfice  quatre  années 
seulement,  et  le  céda,  en  Io63,  à  Ilippolyte  d'Esté, 
qui  le  conserva  jusqu'à  sa  mort,  arrivée  en  1572. 

Durant  la  domination  de  ces  deux  personnages^  le 
monastère  de  Micy  subit  des  désastres  tels  (ju'il 
n'en  avait  pas  éprouvé  de  plus  terribles  depuis  sa 
fondation. 

Au  commencement  du  \\f  siècle,  Lutber,  fils 
révolté  de  l'Église  catbolique,  avait  poussé  un  cri 
de  haine  et  de  destruction  contre  sa  doctrine  et  ses 
institutions.  A  sa  voix,  dr  nombreux  sectaires,  sou- 
levés aussi  bien  contre  le  pouvoir  civil  que  contre 
l'autorité  ecclésiastique,  avaient  pris  les  armes  et 
allumé   dans    l'Europe    entière    rincendie  des   luttes 


-  320  — 

reliiîieuses.  La  France  leur  dut  une  des  époques  les 
plus  calamiteuses  qu'elle  ait  jamais  traversées.  La 
guerre,  rendue  inévitable  par  le  fanatisme  des  héré- 
tiques, y  éclata  bientôt  pour  durer  plus  de  trente  ans, 
signalée  par  des  combats  acharnés,  d'affreuses 
cruautés  et  de  trrriblos  représailles,  qui  la  couvrirent 
de  sang-  et  de  ruines. 

Un  écrivain  contemporain  fait  voir,  en  quelques 
lignes, quels  maux  en  éprouva  notre  pays.  «Depuis lors, 
dit-il.  le  royaume  a  été  exposé  à  la  merci  de  toutes 
sortes  de  gens  qui  avaient  le  désir  de  mal  faire,  ayant 
de  là  pris  une  habitude  de  piller  les  peuples  et  de 
les  ran(;onner^  de  tous  âges,  qualités  et  sexes, 
saccager  les  villes,  raser  les  églises,  briser  les 
reliques,  rompre  et  profaner  les  sépultures,  brûler 
les  villages,  usurper  les  biens  des  ecclésiastiques, 
hier  les  prêtres  et  religieux,  et  bref,  exercer  par 
toute  la  France  les  plus  détestables  cruautés.  De 
façon  (|ue.  dans  les  dix  ou  douze  premières  années, 
l'on  a  fait  mourir,  à  Toccasion  des  guerres  civiles, 
plus  d'un  million  de  gens  de  toute  condition,  le  tout 
souîs  pi'étexte  d<'  religion,  dont  les  uns  et  les  autres 
se  couvraient  »  (il. 

La  caractéristique  de  ces  guerres  fut  la  haine  des 
Prolestants,  appelés  alors  du  nom  de  Huguenots, 
contre  tout  r.o  qui  portail  le  signe  de  la  religion, 
haine  atroce,  impitoyable,  qui  n'épargnait  Fii  les 
personnes,  ni  les  choses  consacrées  à  Dieu.  Les  églises 
et  les  monastères  pillés  et  incendiés,  puis   démolis, 

(1)  Michel  DE  Castelnau,  Mémoires,  cli.  VI. 


—  321  — 

es  reliques  saintes  foulées  aux  pieds  et  jetées  dans 
es  flammes,  les  précieuses  archives  et  les  biblio- 
hèques  savantes  dévastées,  tels  étaient  leurs  exploits 
labituels.  Quant  aux  prêtres,  chanoines,  moines  et 
[•eligieuses,  ils  les  poursuivaient  avec  une  rage 
l'extermination.  Ils  massacraient  tous  ceux  qu'ils 
30uvaient  saisir,  et,  avant  de  leur  donner  le  coup  de 
a  mort,  se  faisaient  un  jeu  barbare  de  les  torturer 
lans  les  plus  horribles  supplices  (1). 

L'Orléanais  fut  une  des  contrées  ofi  cet  antago- 
nisme causa  des  maux  plus  grands  et  plus  nombreux. 
Orléans  était  un  centre  stratégique  et  administratif 
[jue  les  ennemis  se  disputaient  tour  à  tour.  Les 
ardentes  passions  des  adversaires  firent  de  cette 
ville  et  de  la  région  environnante  le  cliamp  de 
bataille  de  leurs  plus  furieuses  rencontres.  Les 
historiens  de  ce  temps  affirment  que  les  ruines  et  les 
meurtres  n'y  furent  pas  moindres,  après  trente  ans 
de  guerres  religieuses,  qu^elles  ne  Pavaient  été  après 
les  cent  ans  de  guerres  avec  les  Anglais  (2). 

Les  malheureux  habitants  des  campagnes  vécurent 
constamment  dans  des  angoisses  terribles  «  pillés, 
ruinés  et  capturés  par  les  soldats  des  deux  partis  qui 
les  rançonnaient,  enlevaient  leurs  animaux,  et  les 
battaient  eux-mêmes  s'ils  ne  leur  donnaient  jusqu'à 
leur  dernier  sou  »  (3). 

(1)  Théâtre  des  cruautés  des  Huguenots  en  France. 
imprimé  avec  gravures,  à  Anvers,  1583. 

(2)  La  Saussaye,  Sympiiohirn  Guyon,  Lé  Maire,  passim. 

(3)  Mémoire  de  Claude  Hatton,  de  l.ïTl». 


-  :i±i  — 

Quant  à  la  ville,  il  est  impossible  de  dire  tout  ce 
qu'elle  a  souffert  pendant  ces  funestes  années  où 
elle  tomba  par  deux  fois  entre  les  mains  des  fana- 
tiques Huguenots.  En  borreur  du  nom  cbrétien.  ils 
y  commirent  dindignes  excès,  cbassèrent  les  l^atbo- 
licjues  à  plusieurs  reprises,  dévastèrent,  puis  démo- 
lirent ses  églises  et  monastères,  et  massacrèrent  avec 
d'affreux  raffinements  de  cruauté  les  prêtres  tombés 
entre  leurs  mains. 

Pour  donner  une  idée  des  souffrances  accumulées 
sur  le  seul  diocèse  d'Orb''ans,  pendant  ces  années,  il 
nous  suffira  de  citer  quelques  cbiffres,  CFiipruntés  aux 
documents  les  plus  diiines  de  foi.  En  moins  de  dix 
ans,  les  Protestants  y  pillèrent,  démolirent  et  incen- 
dièrent plus  de  trois  cents  églises  «  détruisant  en  un 
jour  ce  qui  avait  été  bâti  en  (|ualre  cents  ans,  sans 
pardonner  aux  sépultures  de  nos  pères.  »  A  Orléans, 
Pilbiviers,  Patay,  Beaugency,  (lien,  Sully-sur-Loire, 
«  des  prêtres,  cbanoines  et  moines  furent  pris,  au 
nombre  de  deux  cents,  ou  environ,  et  tués,  aprèsquo 
les  ennemis  de  la  religion  leur  eurent  fait  souffrir 
toutes  les  cruautés  qu'ils  purent  inventer.  »  IJeau- 
coup  de  Calboliques,  en  baine  de  leur  foi,  furent 
pendus,  arcjuebusés  et  mis  à  maie  mort.  Jl  y  en  eut 
juscju'à  buit  cents  de  massacrés  à  Jargeau  :  et,  à 
Sully-sur-Loire  «  entrant  par  la  brècbo,  ils  tuèrent 
tant  d'bommes  (ju'ils  en  ti-ouvèreiil  devant  eux,  savoir 
(juelques  buit  et  neuf  vingts  gens  d'église  ou  babi- 
tants  ;  le  lendemain  de  leur  entrée,  ils  ne  cessèrent 
de  tuer  les  cacbés  1    p 


—  3-23  - 

Terrible  ell'et  de  la  fureur  barbare  qui  précipitait 
les  uns  contre  les  autres  des  bommes  aveuglés  par  le 
fanatisme  relig'ieux  ! 

Après  l'exposé  de  ces  faits,  nécessaire  pour  l'intel- 
ligence de  ce  qui  s'est  passé  à  Saint-Mesrain,  il  nous 
faut  revenir  au  l'écit  des  événements  particuliers  dont 
notre  abbaye  fut  le  tbéàtre. 

Dès  l'année  1360,  les  Protestants  s'éiaient  agités 
en  France,  et  avaient  formé  une  conjuration  pour 
enlever  le  roi  Cbarles  IX.  Le  duc  do  Guise  le  sauva 
en  le  faisant  retirer  au  cbàteau  d'Amboise.  Fran(;ois 
de  Yiéville,  gouverneur  du  ducbé  d'Orléans,  fut 
cbargé  par  le  roi  de  garder  cette  ville  ;  il  avait  en  outre 
pour  mission  de  surveiller  les  communications  par 
terre  et  par  eau,  afin  d'arrêter  les  conjurés  en  fuite. 
Il  passa  avec  cinq  cents  arquebusiers  au  monastère 
de  Saint-Mesmin,  et  y  séjourna  quelque  temps.  Les 
éclievins  et  capitaines  de  ville  vinrent  l'y  saluer  et 
recevoir  ses  ordres. 

Durant  les  années  suivantes,  les  Huguenots  aug- 
mentèrent considérablement  leur  nombre  et  leur 
audace.  Le  2  avril  1562,  le  prince  de  Condé,  leur 
cbef,  entra  par  surprise  dans  Orléans  à  la  tète  d'une 
grande  troupe.  Malgré  sa  promesse  de  respecter  la 
liberté  religieuse  des  babitants  et  la  sécurité  des  per- 
sonnes ecclésiastiques,  ses  soldats  ne  lardèrent  pas  à 
se  livrer  aux  plus  odieux  excès.  Dans  la  nuit  du  20  de 
ce  même  mois,  ils  commencèrent  h  pénétrer  dans  les 
églises  pour  les  piller.  Partout  le  service  divin  lui 
interrompu,  a  Pendant  une  amiée  entière,    ils  exei- 


—  324  — 

cèrent  impunément  leurs  dévastations  dans  tous  les 
lieux  consacrés  au  culte.  Ils  enlevèrent  tous  les  objets 
précieux,  et  les  portèrent  à  la  Tour-Neuve,  oii  le 
prince  de  Condé  les  faisait  fondre  et  convertir  en 
argent  monnayé.  Le  resie  fut  brisé,  puis  brûlé.  Leur 
baine  sacrilège  et  leur  cupidité  n'épargna  rien,  de 
même  que  leur  cruauté  n'omit  aucun  genre  de  tor- 
ture envers  leurs  victimes.  »  Ils  dévastèrent  de  la 
sorte  toutes  les  églises  d'Orléans,  sans  exception,  et 
en  démolirent  vingt-deux  de  fond  en  comble.  Celle  de 
TAlleu  Saint-Mesmin  subit  le  sort  des  premières.  Elle 
fut  entièrement  dépouillée.  II  ne  lui  resta  que  sa  toi- 
ture et  ses  murailles  nues.  Tout  le  reste,  son  mobi- 
lier religieux,  ses  lapis,  ses  ornements  sacerdotaux, 
ses  tableaux,  autels,  livres  liturgiques,  orgue  et 
clocbe  furent  enlevés  ou  rompus  (1). 

Le  vingt-neuf  du  même  mois,  les  Protestants  se 
portèrent  en  foule  à  l'église  de  Saint-Aignan.  Ils  bri- 
sèrent la  magnifique  cbàsse  du  saint  évèque  avec  plu- 
sieurs autres,  au  nombre  descpielles  se  trouvait  celle 
où  étaient  contenus  les  ossements  de  saint  Euspice, 
premier  abbé  deMicy.  Ils  en  arracbèrent  les  reliques, 
el,  ayant  allumé  un  grand  feu  sur  le  parvis,  ils  les 
brillèrent  toutes  en  présence  du  peuple  impuissant  et 
fondant  en  larmes  (2). 

Pi'esque  tout  le  clergé,  et  beaucoup  de  Catboliques, 
menacés  sans  cesse  d'une  mort  cruelle,  (piitlèrent  la 
ville,   et  cbercbèrent    un   refuge    de   divers   côtés,  à 

(1)  La  Saussaye,  Ann.  Kccl.  Axr.,  p.  G'i5. 

(2)  DoM  Verninac,  m.  s.,  394.  f"  10. 


—  325   - 

Paris^  à  Tours ^  à  Angers,   à  Chartres,  où   sévissait 
moins  violemment  la  persécution  des  hérétiques. 

Tout  en  poursuivant  dans  la  ville  leur  œuvre  de 
destruction,  les  Huguenots  «  allèrent  aux  champs  à 
grandes  bandes,  oii  ils  pillèrent  les  églises  et  monas- 
tères, et  massacrèrent  les  moines  qu'ils  purent 
prendre.  Ces  forcenés  les  attachaient  à  la  queue  de 
leurs  chevaux,  leur  crevaient  les  yeux,  leur  coupaient 
le  nez  et  les  poulces,  les  mutilaient  de  la  manière  la 
plus  abominable  et  les  tuaient  à  coups  d'arquebuse. 
Et  estoient  les  plus  favorisés  ceux  auxquels  ils  se 
contentaient  de  couper  la  tète  (1).  » 

Vers  le  15  avril,  une  de  ces  «  grandes  bandes  » 
sortit  inopinément  d'Orléans  et  se  dirigea  du  côté  de 
Cléry  pour  en  dévaster  la  basilique  vénérée.  Arrivés 
au  bourg  de  Saint-Mesmin.  situé  à  mi-chemin,  les 
Huguenots  se  précipitèrent  avec  leur  fureur  accou- 
tumée vers  l'abbaye,  dont  ils  convoitaientles  richesses. 
Les  moines  y  étaient  restés  jusqu'au  dernier  moment. 
Hs  n'avaient  pas  pu  se  retirer  à  Orléans,  occupé  et 
opprimé  par  les  hérétiques,  et  où  leur  Alleu  venait 
d'être  ravagé.  Ils  espéraient  sans  doute  (ju'on  ne  les 
inquiéterait  pas  dans  leur  solitude.  Mais  avertis  de 
rapproche  de  leurs  pires  ennemis,  ils  s'enfuirent  à 
la  hâte,  sans  pouvoir  rien  emporter  de  leur  cou- 
vent. 

Les  Protestants  Tenvahissent  eu  lumulte.  Furieux 
de  n'y  trouver  personne  sur  (|ui  ils  puissent  assouvir 
leur   rage    impie,    ils   s'acharnent   contre  les  choses 

(1)  Symphorikn  (iuYON,  Histuifi'  d'Orléans,  pjijs'e  398. 


—   l'rH) 


abandonnées  à  leur  fanatisme.  Pénétrant  dans  l'église 
abbatiale,  ils  enlèvent  d'abord  tous  les  objets  de 
valeur,  croix,  calices  d'or,  livres  couverts  d'argent, 
ornements  précieux  donnés  par  les  rois.  Ils  les  pro- 
fanent en  les  faisant  servir  à  leurs  orgies,  puis  les 
jettent  sur  des  chariots,  avec  les  chandeliers,  encen- 
soirs et  tout  ce  qui  était  de  bronze  ou  de  cuivre,  pour 
les  conduire  à  la  Tour-Neuve  d'Orléans  {[). 

Les  autels  et  les  tabernacles  sont  abattus  ;  les 
tableaux,  stalles  et  statues  de  bois  sont  brûlés  ;  les 
images  de  pierre,  les  vitraux  et  oinements  d'archi- 
tecture sont  brisés  à  grands  coups  dr  masses  de  fer. 
Les  Huguenots  descendent  les  cloches,  qu'ils  rompent 
pour  en  fondre  des  canons;  ils  détachent  le  plomb 
des  fenêtres  pour  en  faire  des  balles,  et  arrachent 
tous  les  ferrements  de  l'édifice,  qu'ils  vendent  à  vil 
prix. 

Non  contents  d'une  pareille  dévastation,  ils  vont 
dans  la  cry[>te  souterraine  où  reposaient,  entourées 
de  la  vénération  publique,  les  reliques  des  saints 
Mesmin  l'Ancien,  Tliéodemir,  Mesmin  le  Jeune  et  de 
beaucoup  d'autres,  que,  dans  de  pareilles  circons- 
tances, les  moines  avaient  pu  sauver  de  la  barbarie 
des  Northmans  et  des  Anglais.  Ils  les  tirent  de  leurs 
châsses,  les  foulent  aux  pieds,  puis  les  jettent  dans 
un  grand  feu  allumé  avec  les  débris  de  l'éghse  ;  ils 
les  réduisent  en  cendres  et  les  dispersent  au  souffle 
du  vent  (2). 

li)  DoM  Verninac.  m.  s.,  394,  fo28. 
(2)  DoM  Verninac,  M.  S.,  394,  fo  29. 


—  327  — 

En  même  temps  qu'ils  dépouillent  l'église,  les 
hérétiques  parcourent  le  monastère  où  ils  commeitent 
d'effroyables  dégâts.  Ils  brûlent  la  bibliothèque,  si 
riche  en  rares  et  précieux  ouvrages  épargnés  jusqu'à 
ce  jour.  Manuscrits  et  papiers,  bulles  originales  des 
papes,  chartes  des  rois,  des  seigneurs  et  des  évéques, 
titres  terriens,  tout  fut  lacéré  et  livré  aux  Uammes. 
Ces  missels  enluminés,  ces  bibles  imao-iées.cesmasrni- 
fiques  livres  de  chœur,  ces  raretés  bibliographiques 
qu'on  achèterait  aujourd'hui  au  poids  de  l'or,  sans 
parler  de  l'éclat  des  fermoirs,  des  belles  étoffes,  des 
ornements  d'ivoire  et  d'argent  dont  la  piété  des  moines 
se  plaisait  à  les  recouvrir,  ont  péri  pour  toujours. 
Quelques  parchemins,  deux  ou  trois  bulles  et  un 
petit  nombre  d^écrits  anciens  se  trouvaient  hors  du 
monastère,  et  furent  sauvés  comme  par  miracle.  Les 
autres  logis  claustraux,  salle  capitulaire.  dortoirs, 
infirmerie,  réfectoire  et  cloître,  sont  également 
dévastés,  puis  démolis.  Enlin,  ils  détruisent  tout 
entièrement,  jusqu'aux  celliers,  aux  étables  et  aux 
habitations  des  serviteurs. 

Voulant  mettre  le  comble  à  ces  actes  de  vanda- 
lisme, ils  entreprennent  de  renverser  l'église  abba- 
tiale. Ils  en  sapent  les  murailles  et  en  abattent  des 
pans  considérables.  Les  piliers  sont  ébranlés,  les 
voûtes  crevées,  le  haut  clocher  jeté  en  bas.  Ils  pour- 
suivent leur  œuvre  de  destruction  jusqu'à  ce  ((u'enhii. 
épuisés  par  la  fatigue  et  vaincus  par  la  solidité  de  ces 
constructions,  ils  rassemblent  en  un  monceau  tous 
les  débris,    planchers    et    meubles   brisés,    poutres* 


—  328  — 

chevrons,  bois  de  toute  sorte,  et  allument  un  immense 
incendie  (1). 

Ce  fut  la  lin  de  leurs  barbares  exploits,  et  aussi 
celle  do  Tabbaye. 

Du  temple  magnifique,  bâti  du  temps  de  saint 
Louis,  dans  le  plus  pur  slyle  ogival,  et  des  édifices 
relevés  avec  tant  de  peine,  après  les  guerres  anglaises, 
une  partie  fut  dévorée  par  les  fiammes,  et  l'autre 
n'otfrit  plus  aux  regards  attristés  qu'un  amas  de 
ruines  informes.  Le  monastère  disparut  presqu'entier 
dans  cette  catastrophe,  «  abaissé  au  niveau  de  la  terre 
même  »,  selon  Ténergique  expression  de  Dom  Vcr- 
ninac  (2).  Tel  fut  l'état  déplorable  où  la  fureur  des 
ennemis  de  la  religion  réduisit  cet  établissement  si 
longtemps  llorissant  par  la  prière,  le  travail  et  la 
vertu  ! 

Le  duc  François  de  Guise,  à  la  tète  d'une  forte 
armée  catholique,  était  venu,  du  coté  du  Portoreau, 
assiéger  la  ville  d'Orléans,  pour  la  délivrer  et  enlever 
aux  Protestants  leur  meilleure  place  d'armes.  Afin 
de  faciliter  les  communications  de  ses  troupes,  il  (it 
réparer  les  ponts  d'Olivet  et  de  Saint-Mesmin.  coupés 
par  l'ennemi  ;  il  fortifia  aussi  les  moulins  de  Saint- 
Samson,  et  logea  une  partie  de  ses  soldats  dans  le 
bourg  et  parmi  les  iiiines  de  Saint-Mesmin.  Lui- 
même  donnait  ses  audiences  dans  la  salle  de  justice 
des  Chalelliers,  près  de  la  léproserie,  et  habitait  un 
château  voisin   appelé  Caubray,   d'ofi    il  alhiit   assi- 

(1)  SvMi'iiouiKN  liuvoN,  Jlistoii'c  (i'Orlcans . 
(•2)  UoM  Verninag,  m.  s.,  394,  f^lO. 


—  329  — 

dûment  visiter  les  travaux  du  siège.  Il  les  poussait 
avec  activité,  et  paraissait  sur  le  point  de  s'emparer 
de  la  place,  quand  le  huguenot  Poltrot  de  Méré  le 
blessa  mortellement  d'un  coup  de  pistolet,  comme  il 
revenait  à  son  logis,  le  18  février  lo63,  dans  un 
chemin  couvert  passant  sur  la  rive  gauche  du  Loiret, 
un  peu  en  amont  du  pont  de  Saint-Mesmin.  Catherine 
de  Médicis,  régente  du  royaume  pendant  la  minorité 
de  Charles  IX,  se  hâta  de  faire  la  paix.  Elle  fut 
conclue  dans  une  île  où  se  réunissaient  les  né^^o- 
ciateurs,  en  face  de  Saint-Pryvé.  d'oii  elle  reçut  le 
nom  de  Paix  de  TIle-aux-Bœufs,  que  portait  cette  île  ; 
on  l'appela  aussi  a  paix  de  Saint-Mesmin  »  (1). 

Que  devenaient  les  malheureux  moines  de  Micy, 
pendant  que  leur  abbaye  était  le  théâtre  de  ces  tra- 
giques événements  !  L'histoire  ne  nous  donne  aucun 
détail  particulier  à  leur  sujet  ;  mais  il  est  facile^ 
d'après  ce  qui  a  été  dil  jusqu'ici,  de  conjecturer 
quelle  dut  être  leur  existence.  Errants,  traqués  comme 
des  bètes  fauves,  ils  se  cachaient  oii  ils  pouvaient, 
dans  quelque  chaumière,  au  fond  des  bois  de  la 
Sologne,  ou  chez  quelque  habitant  de  petite  ville  qui 
exposait  sa  vie  pour  les  sauver.  Car  ils  ne  pouvaient 
pas  rentrer  à  Orléans,  où  leurs  persécuteurs  n'au- 
raient pas  manqué  de  les  massacrer.  Quand  la  paix 
de  Saint-Mesmin  eut  fait  sortir  de  la  ville  Condé  et 
les  Protestants,  les  moines  de  Micy  rentrèrent  dans 
leur  Alleu  (2).    Ils  firent  réparer  à  la  hâte  quelques 

(1)  Dareste,  Histoire  de  France,  t.  IV,  p.  20,"). 
(•2)  DoM  Verninac,  m.  s.,  394,  f-,  28. 


salles  pour  se  lo^er,  et  repriient,  au  milieu  d'un 
(Jéiiùrnent  complet,  leurs  exercices  religieux  dans 
leur  petite  église  dévastée,  en  attendant  que  la  Provi- 
dence leur  donnât  des  jours  meilleurs. 

Vers  ce  temps,  1563,  François  II  Pic  de  la  Miran- 
dole,  qui  ne  paraît  pas  s'être  occupé  de  Saint-Mesmin 
pendant  ses  désastres,  fut  remplacé  sur  le  siège 
abbat'alpar  Ilippolyte  d'Esté,  (ils  d'Alphonse  d'Esté, 
duc  de  Ferrare,  et  de  Lucrèce  Borgia  ;  il  se  trouvait 
par  sa  naissance  cousin  de  François  T"  et  de  Henrill. 
Ces  princes  lui  donnèrent  successivement  les  arche- 
vêchés d'Auch.  de  Milan  et  de  Lyon,  avec  les  évèchés 
d'Autun  et  de  Xarbonne.  Créé  cardinal  en  J.j39.  puis 
légat  dans  les  terres  du  patrimoine  de  Saint-Pierre,  il 
porta  le  titre  de  protecteur  des  églises  de  France. 
Outre  ces  grands  bénéfices,  il  obtint  encore  plusieurs 
abbayes,  entr'aulres  celle  de  Pontigny  (1),  en  l.")o9, 
et  celle  de  Saint-Mesmin,  en  1563. 

Plusieurs  années  s'écoulèrent  tristement  pour  les 
religieux  de  Micy,  sans  apporter  d'amélioration  à  leur 
pénible  situation.  Une  animosité  réciproque  aigrissait 
toujours  Catholiques  et  Protestants,  qui  n'attendaient 
qu'une  occasion  favorable  pour  recommencer  les 
hostilités.  La  guerre  éclata  de  nouveau  en  15()7. 
avec  autant  de  fureur  que  la  première  fois. 

Le  dimanche,  28  septembre  de  cette  année,  le  ca- 
j)itaine  huguenot  de  la  Noue  entra  de  nouveau  dans 
Orléans,    grâce  à    la  connivence    de    ses    coréligion- 

(1)  Abbaye  cistercienne  de  l'ancien  diocèse  d'Aiixerre. 


-   831  — 

naires  habitant  la  ville.  Le  prince  de  Condé  et 
l'amiral  de  Coligny  l'y  rejoig-nirent  avec  de  nombreux 
soldats  (1).  ^ 

On  vit  aussitôt  recommencer  les  affreux  excès  de  la 
première  occupation.  Nous  n'en  referons  pas  le  récit. 
Une  différence  cependant  est  à  signaler  dans  la  ma- 
nière d'agir  des  envahisseurs.  Gomme  ils  ne  trouvaient 
plus  rien  à  prendre  dans  les  églises  pillées  de  fond  en 
comble  cinq  ans  auparavant,  ils  se  mirent  à  démolir 
celles  qui  étaient  restées  debout,  «  avec  une  rage  et 
une  impétuosité  non  pareilles.»  (2)  Dix-huit  églises 
furent  ainsi  entièrement  détruites,  parmi  lesquelles 
il  faut  compter  l'insigne  cathédrale  do  Sainte-Croix, 
alors  une  des  plus  belles  de  France.  La  modeste  chapelle 
de  l'Alleu  Saint-Mesmin  n'échappa  point  au  sort 
commun.  Les  Protestants  brisèrent  sa  couverture, 
sapèrent  ses  murailles  et  n'en  laissèrent  pas  debout 
pierre  sur  pierre.  (3) 

Quelques  religieux,  cacliés  dans  les  maisons 
environnantes  sentirentdouloureusement  retentir  dans 
leur  cœur  les  coups  qui  renversaient  ce  sanctuaire, 
leur  dernier  asile,  et  mettaient  le  comble  à  leur  in- 
fortune ! 

La  paix  de  Longumeau,  du  25  mars  luG8.  fit  cesser 
les  hostilités.  Les  guerres  de  religion  ne  finirent  pas 
encore;  elles  ne  se  terminèrent  définitivejncnl  (ju'en 
l'j93,  par  l'abjuration  d'Henri  IV.  Mais  les  luttes  (jui 

(1)  Le  Maire,  Antiquités  d'Orléans,  p.  239. 

(2)  Symphorien  Guyon,  Histoire  cV Orléans,  p.  'i  1 1 . 

(3)  La  Saussaye,  Annales,  p.  650, 


^  33-2  — 

suivirent  n'eurent  plus  l'Orl(''anais  pour  théâtre.  Ses 
malheureux  habitants  purent  désormais  vivre  en  sécu- 
rité, et  s'ootîuper  à  réparer  leurs  pertes. 

Après  tant  de  désastres,  les  Bénédictins  de  Micy 
se  trouvèrent  plongés  dans  une  profonde  détresse . 
Une  dizaine  de  moines,  échappés  au  fer  des  hérétiques, 
formaient  le  personnel  de  la  communauté.  C'est  tout 
ce  qui  restait  d'une  Institution  jadis  célèbre  par  le 
nombre,  aussi  bien  que  par  la  ferveur  de  ses  religieux. 
Ils  manquaient  de  tout,  sans  pain,  sans  abri,  impuis- 
sants à  tirer  aucune  ressource  de  leurs  propriétés 
territoriales.  «  Car,  dit  un  contemporain  déjà  cité, 
l'agriculture  était  délaissée  ;  les  villes  et  les  villages, 
en  quantité  inestimable,  étant  saccagés,  pillés  et  brûlés, 
s'en  allaient  en  déserts,  et  les  pauvres  laboureurs, 
chassés  de  leurs  maisons,  spoliés  de  leurs  meubles  et 
bétails,  pris  à  rançon  et  volés  aujourd'hui  des  uns, 
demain  des  autres,  s'enfuyaient  comme  bétes  sau- 
vages, abandonnant  tout  ce  qu'ils  avaient,  pour 
demeurer  à  la  miséricorde  de  ceux  qui  étaient  sans 
merci.  »  (1) 

Quant  à  leur  abbaye  elle-même,  ils  la  virent,  quand 
ils  y  revinrent,  dans  un  état  de  désolation  impossible  à 
décrire.  Là  où  s'élevaient  de  beaux  et  spacieux  édifices, 
un  cloître,  une  salle  capitulaire,  des  réfectoires,  si 
propres  aux  exercices  de  la  vie  monastique,  et  une 
admirable  église  tant  aimée,  leurs  regards  baignés  de 
larmes  n'aper(;urent  plus  que  des  restes  de  poutres 
noircies  par  le  feu,  des  murailles  pendantes,  le  cloître 

(1)  MiCHKi.  Di:  (lASTELNAU,  mémoires.  Cli.  vi. 


—   333  — 

renversé,  les  toitures  effondrées,  des  voiites  crevées, 
les  piliers  à  demi  calcinés,  et,  partout,  de  vastes 
imas  de  décombres  déjà  envahis  par  les  ronces  et 
es  épines. 

Les  moines  cependant  ne  perdirent  pas  courage . 
ils  vinrent  s'établir  au  milieu  de  ces  ruines,  et  com- 
Tiencèrent  activement  l'œuvre  de  réparation.  Ils 
5'adressèrent  d'abord  à  leur  supérieur,  le  riche  et 
)uissant  Hippolyte  d'Esté.  Le  cardinal-abbé  comprit 
"importance  des  devoirs  que  lui  imposait  la  situation 
le  son  abbaye.  Il  ne  négligea  ni  soins,  ni  dépenses 
30ur  faire  oublierles  malheurs  passés.  Dans  ce  dessein. 
1  fit,  avec  le  prieur  claustral  de  Micy,  u[i  concordat 
ixant  le  nombre  des  membres  de  sa  communauté  à 
louze  religieux-prêtres  et  à  deux  novices.  Il  désigna 
es  biens  destinés  à  assurer  leur  subsistance,  et,  sans 
•ien  vouloir  retenir  pour  lui-même,  consacra  le  reste 
les  revenus  à  provenir  de  son  bénéfice  à  l'entière 
•econstruction  des  bâtiments.  Les  hautes  fonctions 
ju'il  remplissait,  tant  auprès  du  souverain  pontife 
ju^'à  la  cour  des  rois,  le  retenaient  constamment  loin 
l'Orléans.  Pour  que  ses  intentions  fussent  remplies 
exactement,  il  donna  sa  procuration  à  Sacripante 
^edocca,  son  camerlingue,  et  le  chargea  de  réaliser, 
)ar  tous  les  moyens  possibles,  le  reh\'vement  du  mo- 
lastère  (i). 

A  la  faveur  du  désordre  engendré  par  les  guerres 
îiviles,  ils'étaitrencontré,  même  parmi  lesCalholiques, 
les  gens  avides   de  pillage    et    envieux  du    bien  des 

(1)  Le  chanoine  Hubert.  M.  S.,  4:^,  f^  1C9. 


-  :i34  — 

moiiK'S,  qui  avaient  profité  de  la  confusion  géné- 
rale pour  se  mêler  aux  Huguenots  et  dévaliser 
avec  eux  églises  et  couvents.  Plusieurs  iiabitants 
d'Orléans  avaient  agi  de  la  sorte.  Quand  l'ordre 
fut  rétabli^  en  1570.  Charles  IX  rendit  une  ordon- 
nance qui  enjoignait  au  bailli  de  la  ville  et  aux 
prévôts  des  marchands  d'informer  contre  les  dévas- 
tateurs de  Saint-Mesmin,  et  de  rechercher  dans  les 
maisons  désignées  par  les  religieux  les  objets  dérobés 
durant  les  troubles  précédents.  On  saisit  un  des  prin- 
cipaux voleurs,  nommé  Lefriche.  Mis  en  prison  et 
convaincu  d'avoir  agi  en  haine  de  la  religion,  il  fut 
condamné  à  rendre  les  dépouilles  du  monastère,  qu'il 
avait  encore  en  sa  possession,  à  payer  1000  livres 
d'indemnité  pour  celles  qu'il  n'avait  plus,  et^  en  outre, 
h  faire  amende  honorable,  tète  et  pieds  nus,  tenant 
une  torche  allumée  en  mains,  devant  les  portes  du 
palais  de  justice  d'Orléans,  par  sentence  du  30 
mai  1370.  (1) 

(iCtte  restitution,  et  plusieurs  autres  de  moindre 
iinportance,  ainsi  que  les  faibles  revenus  annuels  pro- 
duits par  les  biens  de  l'abbaye,  étaient  insuffisants 
pour  procurer  les  sommes  considérables  que  nécessi- 
taient les  grands  travaux  de  reconstruction  devenus 
indispensables,  il  falltil  recourir  à  une  mesure 
extrême,  l'aliénation  des  domaines. 

Dès  l'année  loOO,  les  moines  vendirent  à  Jehan 
Levoy,  seigneur  de  la  Source,  la  propriété  <le  la 
rivière  du   Loiret,  depuis  cette  source  jusqu'au  clie- 

(1)  DoM  Verninac,  >[.  S..  394.  fo2S. 


—  335  — 

in  des  Courtiniers  (i)  transformant  ainsi  en  une 
ssion  définitive  la  location  à  long-  terme  faite  à 
han  Marescot,  en  1427. 

Dans  les  années  suivantes,  d'accord  avec  le  repré- 
ntant  de  leur  abbé,  ils  vendirent  encore  la  plus 
ande  partie  de  ce  que  leur  monastère  possédait, 
puis  des  siècles,  au-delà  de  la  Loire,  notamment  à 
laingy  et  à  la  Chapelle-Saint-Mesmin.  Ils  aliénèrent 
)rs,  pour  toujours,  leur  prévôté  de  la  Cliapelle, 
s  moulins,  ses  fermes,  ses  vignes,  ses  prairies 
ses  bois.  Tout  se  partagea  de  ce  côté  entre  les 
urgeois  d'Orléans,  empressés  à  profiter  d'une 
le  occasion,  et  les  dispensateurs  des  bénéfices, 
i  tailla  sur  la  mouvance  de  Micy  plusieurs  petits 
fs  et  quelques  prébendes.   L'église  de  la  Chapelle 

fut  plus  qu'une  cure  ordinaire,  à  la  collation  de 
vèque,  sur  la  présentation  de  l'abbé  de  Saint-Mes- 
n. 

Les  sommes  retirées  de  ces  ventes  furent  employées 
la  reconstruction  générale  de  l'abbaye.  Un  ne  la 
eva  pas  dans  son  ancienne  ordonnance  ;  le  plan 
imitif  eut  été  trop  vaste  et  trop  dispendieux.  On 
tit  les  nouveaux  édifices  dans  un  genre  plus  mo- 
3te  et  avec  une  moindre  somptuosité  architectu- 
e.  Ils  formaient,  à  angle  droit,  deux  côtés  d'un 
rallélogramme,  dont  la  nouvelle  église  occupa  le 
lisième.  Quant  au  quatrième  côté,  il  demeura  ouvert 

côté   du   levant,    donnant    entrée    dans    la    cour 

1)  Titres  du  chHteau  de  la  Source 


—  336  — 

(riionneiir,  an  iiiiiiua  des  bâtiments  (1).  Ceux- 
étaient  à  deux  étages  au-dessus  du  rez-de-cliaussé( 
Ils  comprenaient,  en  bas,  la  salle  capitulaire  et 
réfectoire  avec  la  cuisine  ;  au-dessus,  s'alignaient  U 
cellules  des  moines  et  rinfirmorie.  La  bibliotlièqi 
était  installée  à  Pétage  supérieur  avec  divers  o 
naclês. 

Quand  on  voulut,  à  son  tour,  entreprendre  la  rép; 
ration  de  l'église  abbatiale,  les  religieux  se  trouv 
rent  en  présence  d'une  grave  difliculté.  Pour  la  re 
taurer  entièrement,  consolider  ou  refaire  ses  muraille 
relever  les  piliers,  rétablir  les  voûtes,  refaire  la  to 
ture  et  meubler  l'intérieur,  il  eût  fallu  des  somuK 
énormes,  impossibles  à  se  procurer  dans  l'état  actu 
de  la  communauté.  Elle  eut  d'ailleurs  été  bors  de  pn 
portion,  et  beaucoup  trop  vaste  pour  le  petit  nombi 
de  ses  membres. 

On  résolut  donc  de  la  laisser  telle  qu'elle  se  troi 
vait,  comme  un  témoignage  permanent  de  la  pui 
sauce  créatrice  des  bumbles  moines  qui  l'avaient  éd 
fiée,  et  aussi  de  la  barbarie  inintelligente  desennem 
de  la  religion,  (jui  l'avaient  ainsi  ruinée.  Ses  solid( 
piliers,  ses  liantes  murailles  percées  de  longues  bai( 
ogivales,  les  robustes  assises  de  son  clocber  demn 
rèrent  debout,  et  bravèrent  encore,  plus  de  tro 
cents  ans,  les  ravages  du  temps. 

Désireux  d'assurer   la  conservation   de  ces  beau 

(1)  Bibliothèque  nationale.  To|>o^raphio  de  la  Franc 
tome  93.  Le  cours  du  Loiret,  par  Beaurain,  géographe  d 
roi,  17.'^. 


Vue  de  lAbbave  de  Micv.  au  wii"  siècle. 


—  831i  — 

ébris,  l'abbé  commendataire  obtint  du  roi  une  sen- 
înce,  comme  quoi  les  religieux  habitant  le  monas- 
3re  ne  pourraient,  de  leur  autorité,  démolir  aucune 
artie  des  ruines  de  l'ancienne  église^  ni  s'en  appro- 
rier  les  matériaux,  sans  le  consentement  dudit  abbé, 
3  14  septembre  lo73  (1). 

Elles  étaient  encore  dans  le  même  état  vers  1780, 
uand  le  peintre  Orléanais  Desfriches,  les  a  dessinées, 
îUes  que  les  représente  la  gravure  placée  en  tète  de 
ette  Histoire.  Lorsqu'une  colonne  menaçait  de  tomber 
u  qu'une  partie  de  ces  énormes  blocs  de  pierre 
ffrait  quelque  danger,  on  les  démolissait,  sans  tou- 
her  au  reste.  C'est  seulement  vers  1820  que  la  main 
e  l'homme,  plus  forte  pour  détruire  que  les  siècles 
ccumulés,  a  renversé  entièrement  ces  débris  gran- 
ioses,  et  les  a  fait  disparaître  pour  toujours. 

L'abandon  de  l'ancienne  église  ayant  donc  été 
3solu,  les  moines  en  construisirent  auprès  d'elle  une 
utre,  beaucoup  plus  petite,  suffisante  pour  la  situa- 
on  présente  de  l'abbaye.  Elle  eut  environ  trente 
lètres  de  longueur,  une  seule  nef,  à  laquelle  on 
jouta  deux  collatéraux  en  1026,  un  chœur  et  plu- 
îeurs  autels.  On  la  termina  par  un  clocher  de 
loyenne  hauteur,  dont  \a  toiture,  en  forme  de  pyra- 
lide  à  quatre  pans,  surpassait  de  (|uelques  toises  les 
uines  de  l'ancienne  tour.  On  en  aperçoit  le  sommet, 
ans  le  dessin  de  M.  Desfriclies. 

Dans  le  même  temps,  on  commença  la  construction 

(1)  Archives  du  Loiret,  Ancien  fonds  de  6at/il-Mcs//nn, 
Dte  ~j. 


—  340  — 

(lu  logis  abbatial.  Depuis  que  rintroductioii  de  la 
Coinmende  avait  modifié  les  conditions  d'existence 
des  Institutions  monastiques,  l'abbé  commendataire 
ne  logeait  plus  avec  les  religieux,  n'étant  pas  religieux 
lui-même.  11  avait  une  babitation  distincte  qu'on 
appelait  maison  ou  palais  abbatial,  selon  sa  gran- 
deur et  l'importance  de  celui  qui  l'occupait.  La  mai- 
son abbatiale  de  Saint-Mesmin,  assez  simple  dans  son 
arcbitecture,  était  formée  d'un  corps  principal,  ter- 
miné par  deux  ailes,  en  équerre.  Une  cour,  ouverte 
au  nord,  s'étendait  au  milieu  ;  des  jardins  et  des  bou- 
(juets  de  bois  l'entouraient  de  tous  cotés  (1). 

Ce  n'était  pas  sans  raison  que  les  religieux  de 
Saint-Mesmin  restreignaient  leurs  dépenses  le  plus 
possible,  dans  la  reconstruction  de  leur  monastère. 
Car,  outre  le  peu  de  profits  qu'ils  pouvaient  retirer 
des  domaines  leur  restant,  et  encore  mal  exploités, 
ils  se  voyaient  cbaque  année,  et  plusieurs  l'ois  dans  1;» 
même  année,  contraints  de  payer  au  fisc  royal  des 
impositions  qui  prolongeaient  leur  appauvrissement. 

La  guerre  contre  les  Huguenots  durait  toujours. 
Pour  la  soutenir,  le  roi  demandait  continuellement 
des  subsides  nouveaux.  11  s'adressait  en  particulici" 
au  clergé  qu'il  regardait  comme  étant  le  plus  inté- 
ressé au  succès  de  ses  armes.  Prétexte  faux,  car  les 
princes  du  sang  et  les  seigneurs,  (jui  dirigeaient  les 
Protestants,  menaçaient  encore  plus  l'autorité  du  roi 
(jue  la  foi  séculaire  de  la  France. 

(1)  Bibliothèque  nationale,  Estampes,  t.  9.3. 


—  341   - 

En  I068,  Catherine  de  Médicis  sollicita  à  Rome 
me  bulle  du  pape  qui  lui  permit  de  vendre  pour 
70,000  écus  de  biens  de  l'Église  (1).  Pie  V  accorda 
ette  bulle,  au  mois  de  septembre  de  la  même  année. 
Jn  édit  de  Charles  IX  notifia  cette  permission  à  tous 
?s  ecclésiastiques,  et  leur  ordonna  d'avoir  à  verser 
ette  somme  au  Trésor,  les  autorisant  pour  s'acquit- 
3r,  à  vendre  les  vases  sacrés  de  leurs  églises,  à 
mprunter  sur  leurs  propriétés  foncières,  et  à  alié- 
er  leurs  réserves  de  bois,  ou  même  leurs  domaines, 
n  tout  ou  en  partie.  Ce  moyen  de  se  procurer  de 
argent  était  trop  facile,  pour  qu'on  n'y  recourût  pas 
ouvent.  Charles  IX,  Henri  III,  et  les  autres  rois, 
^urs  successeurs,  n'eurent  garde  d'y  manquer. 

L'imposition  accordée  était  divisée  entre  chaque 
iocèse,  d'après  l'évaluation  de  ses  biens,  puis  répar- 
ie entre  chaque  établissement  religieux,  proportion- 
ellement  à  sa  fortune.  Diaprés  des  calculs  semblables, 
laint-Mesmin  fut  taxé  : 

Le  23  janvier  I06O,  de  100  livres  (2); 

Le  8  avril,  même  année,  de  80  livres; 

Le  J4  mars  1570,  de  200  livres: 

Le  12  mai  lo70,  de  400  livres; 

Le  17  juin,  même  année,  de  49  livres; 

Le  19  septembre,  même  année,  de  85  livres  (3). 

Ce    sont   là    seulement    quelques-unes    des    nom- 

(Ij  Dareste,  Histoire  de  France,  t.  IV.  p.  -245. 

(2)  En  1560,  100  livres  parisis  valaient  environ  8(X)  francs 
ctuols. 

(3)  Archives  nationales,  G.  8S  1:387,  n'^  398. 

23 


—   342  — 

l)rt'uses  coiilrihutions  que  notre  monastère  dut  acquit- 
ter dans  ce  temps.  Il  en  supporta  beaucoup  d'autres, 
avant,  après,  et  pendant  même  cette  période,  (jui 
nous  sont  inconnues.  Comme  les  moines  n'avaient  pas 
à  leur  disposition  les  sommes  ej^igées  sans  délai,  ils 
durent  les  emprunter,  puis,  pour  rembourser  leurs 
emprunis,  vendre  des  parties  souvent  considérables 
de  leur  patrimoine  abbatial,  notamment  à  Ghaingy, 
en  Beauce  et  dans  le  Perclie. 

Ces  exigences  fiscales  expliquent  la  disparition  de 
propriétés  qu'on  ne  retrouve  plus  parmi  les  biens  de 
Micy.  Elles  expliquent  aussi  la  longue  pauvreté  des 
religieux,  et  l'amoindrissement  de  leur  monastère  à 
ccjte  époque. 

Le  cardinal  d'Esté  étant  mort,  en  1572,  Catberine 
de  Médicis,  comme  ducbesse  d'Orléans,  pourvut  de 
l'abbaye  de  Saint-Mesmin  Sacripante  I'""  Pédocca.  un 
des  nombreux  gentilsbommes  venus  à  sa  suite  d'Italie 
en  France,  oii  ils  se  disputaient  sa  faveur  et  les 
dignités  lucratives.  Celui-ci  l'avait  déjà  administrée, 
penxlant  les  dernières  années  d'IIippolyte  d'Esté,  en 
(jualité  d<.'  camerlingue  ou  régisseur.  Dès  qu'il  eut 
été  pourvu  de  ce  bénéfice  à  titre  personnel,  il  s'em- 
pressa de  faire  un  accord  ou  concordat,  pour  le  par- 
tage de  ses  revenus,  entre  la  menso  abbatiale  et  la 
mense  conventuelle,  attribuant  spécialement  aux  reli- 
gieux ce  dont  ils  pourraient  disposer  pour  leur  entre- 
lien (  J  ). 

Déjà,  à  plusieurs  repi'ises,  les  rois  de  France,  Fran- 

{i)  HuiiEUT,  M.  s.,  436ï,l"  107. 


—  343  — 

çois  !«''  et  Henri  II,  avaient  passé  près  de  saint  Mesmin, 
lors  de  leurs  fréquents  voyages  à  Chambord.  Ils 
avaient  été  chaque  fois  reçus  par  les  moines,  à  leur 
maison  des  Chatelliers,  située  sur  le  bord  de  la 
grandVoute  qu'ils  suivaient.  En  1.j83,  Henri  lll  se  ren- 
dit en  pèlerinage  à  Cléry,  avec  une  partie  de  sa  cour. 
Après  avoir  couché  à  Orléans,  il  arriva,  le  2  octobre, 
aux  Chatelliers,  où  l'abbé  Pédocca  le  reçut  magnifi- 
quement dans  la  salle  de  justice.  On  l'avait  pour  la 
circonstance  «  bien  adornée  de  sculptures  et  de  tapis- 
series de  Flandre  (l).  » 

Vers  la  fin  du  règ-ne  de  ce  prince  ,  l'abbave  de 
Micy  fut  encore  éprouvée  par  les  troubles  de  la  Ligue. 
Les  habitants  d'Orléans,  dont  la  vive  foi  se  révoltait 
à  la  pensée  de  voir  un  roi  huguenot  monter  sur  le 
trône  de  saint  Louis,  Henri  de  Navarre,  devenu  seul 
héritier  de  Henri  IH,  avaient  pris  parti  dans  l'union 
religieuse  formée  de  tous  côtés  sous  le  nom  de  sainte 
Ligue,  pour  repousser  le  prétendant  hérétique.  En 
l.'jHT,  ils  apprirent  que  Henri  de  Navarre  devait  venir 
par  la  rive  gauche,  et  tenter  de  passer  la  Loire  sur 
le  pont  de  leur  ville,  pour  remonter  vers  Paris.  Hs 
envoyèrent  aussitôt  des  troupes  pour  lui  barrer  le 
passage,  sous  la  conduite  de  Jacques  Richard,  investi 
du  commandement  de  Saint-Mesmin  et  des  moulins  de 
Saint-Samson.  Ce  capitaine  envahit  le  monastère  avec 
ses  soldats,  et  le  mit  en  état  de  défense.  Il  lit  percer 
des  meurtrières  dans  les  murs  des  bâtiments,  et 
ci-euser  des   fossés   tout   autour.    Malgré  rop[)Osition 

(1)  Hubert,  M.  S.,  WO-',  1"  168. 


-    344  — 

des  relig"ieux,  il  fit  rompre  le  pont  rétabli  sur  le  Loiret, 
et  répara  le  fort  construit  pour  garder  la  route.  Ces 
travaux  de  fortification  furent  inutiles;  car  Henri  IV, 
ne  voulant  pas  s'exposer  à  perdre  beaucoup  de  monde 
pour  les  forcer,  préféra  les  tourner.  Il  descendit  plus 
bas  dans  la  Sologne  et  alla  passer  la  Loire  à  Jargeau, 
d'où  il  se  dirigea  vers  Paris  (1). 

L'état  de  guerre  et  d'agitation  causé  par  la  Ligue 
dura  jusqu'à  l'abjuration  du  roi,  en  1593.  A  cette 
époque  seulement,  la  paix  fut  complètement  rendue 
à  rOrléanais  et  au  monastère  de  Micy.  Son  abbé  et 
ses  religieux  en  profitèrent  pour  réclamer  de  la  ville 
d'Orléans  une  indemnité,  à  raison  des  notables  dom- 
mages qu'ils  avaient  éprouvés  du  fait  de  l'occupation 
de  leur  couvent  par  les  troupes  de  la  Ligue.  Leur 
demande  fui  reconnue  fondée,  et  la  ville  condamnée 
à  leur  payer  IfiO  écus  (2)  pour  les  réparations  de  leurs 
maisons  et  édifices  claustraux  (3). 

Déjà  Sacripante  T'"  Pedocca  avait  résigné  son  béné- 
fice de  Saint-Mesmin,  en  faveur  de  son  neveu,  du 
même  nom  que  lui.  Sacripante  II  Pedocca,  en  1;)89. 

(let  abbé  obtint,  en  l.')!)3,  l'abolition  définitive  de 
l'obligation,  pour  les  moines,  de  venir  chanter  à  la 
cathédrale  d'Orléans,  le  2  mai,  les  Matines  de  Vlit- 
renlion  de  la  sainte  Croix.  Il  y  avait  chaque  année 
des  tiraillements  au  sujet  de  cette  coutume.  On  avait 
peu  à  peu  consenti  à  ce  (jue   les   religieux   vinssent 

(1)  Dareste,  Histoire  de  France,  t.  IV,  p.  428. 

(2)  Environ  4,300  francs  de  notre  monnaie. 

(3)  Hubert,  M.  S.,  i36«,  f"  171. 


—  345  — 

seulement  cinq  ou  six,  puis  trois  ou  quatre  remplir 
cet  office.  Enfin,  vu  la  diminution  constante  de  leur 
communauté,  et  après  des  dispenses  sans  cesse  renou- 
velées, il  fut  permis  aux  Augustins  de  les  remplacer, 
((  sans  que  cela  tirât  à  conséquence  »  (1).  Ainsi  cessa 
cette  pratique  séculaire. 

Pedocca,  quoique  n'étant  pas  engag-é  dans  l'ordre 
ecclésiastique,  résidait  habituellement  à  la  maison 
abbatiale  de  Saint-Mesmin.  Il  venait  souvent  à  Or- 
léans, où  il  prenait  part  aux  cérémonies  publiques, 
dans  le  rang  que  lui  assignait  son  titre  d'abbé.  Le 
2  avril  1593,  M.  Alleaume,  président  et  lieutenant 
général  au  bailliage  d'Orléans,  étant  mort,  tous  les 
corps  de  la  ville  assistèrent  à  ses  funérailles.  Après 
sa  famille  en  deuil,  et  sous  la  conduite  de  lévèque 
Jean  de  l'Aubespine,  vinrent  l'abbé  de  Saint-Mesmin, 
Sacripante  II,  le  président  et  le  prévôt  de  la  cité, 
suivis  des  huissiers  et  ordonnanciers,  des  échevins, 
capitaines  et  notables  bourgeois  (2). 

Vers  la  fin  de  l'abbatiat  de  Pedocca,  la  grotte  du 
dragon,  sur  la  rive  droite  de  la  Loire,  fut  murée  et 
disparut  pour  une  durée  de  trois  siècles.  Jadis  pillée 
par  les  Northmans,  elle  avait  été  délaissée  par  les 
fidèles.  Au  xvi'^  siècle,  les  Protestants,  ne  trouvant  rien 
à  y  prendre,  dévastèrent  l'église  de  La  Chapelle- 
Saint-Mesmin,  bâtie  au-dessus,  et  y  mirent  le  feu, 
après  avoir  fait  main  basse  sur  les  biens  que  Micy 
possédait  de  ce  coté  du  lleuve.  Les  grandes  inonda- 

(1)  Archives  de  l'Evôché,  Registres  capitulaires. 

{'1}  Lk  Maire,  Antiquités  de  t' Église  d'Orléans,  p.  283. 


—  l^iO  — 

lions,  survenues  à  cette  époque,  avaient  profondément 
miné  le  sol;  la  sécurité  de  Téglise  se  trouvait  menacée. 
Quand  on  voulut  remédier  à  ce  dang^er,  la  grotte,  dont 
on  avait  oublié  rillustralion,  parut  de  peu  d'impor- 
tance et  ne  compta  pour  rien  dans  les  plans  de  conso- 
lidation tracés  par  les  injiénieurs  du  ministre  Sully. 
On  rejeta  dans  cet  antre  béant  les  décombres  accu- 
mulés sur  la  rive  :  un  mur  épais  et  solide  protégea  le 
coteau  et  soutint  l'église,  mais  en  même  temps  ferma 
complètement  le  lieu  vénéré  oij  avaient  reposé  les  os 
des  saints  fondateurs  de  Micv.  Celte  disparition  dura 
trois  cents  ans.  A  notre  siècle  seulement  fut  donnée 
la  joie   de  lendre  à  la  lumière  ce  sanctuaire  que  la 
foi  de  nos  pères  gaulois  et  francs  a  longtemps  visité, 
avec  une  piété  et  une  confiance  souvent  récompensées 
par  d'éclatants  miracles. 

Les  religieux  de  Saint- Mesmin.  amoindris  par 
chaque  concordat  que  faisait  un  nouvel  abbé  entrant 
dans  son  bénéfice,  n'étaient  plus  que  huit.  Trois  rési- 
daient dans  les  prieurés  dont  ils  étaient  titulaires; 
cinq  habitaient  le  monastère.  Les  cruelles  épreuves 
auxquelles  ils  avaient  tant  de  fois  été  en  butte,  l'ab- 
sence d'une  autorité  ferme  et  indépendante,  et  enfin 
leui"  prtit  nombre  même,  qui  rendait  impossible  la 
pratique  de  la  plupart  de?  obsi^rvances  claustrales, 
avaient  |>eu  à  peu  entraîné  cette  minime  communauté 
dans  un  tiiste  relâchement.  La  loi  de  l'obéissance 
n'était  plus  respectée  :  chacun  allait  où  il  voulait, 
mangeait  à  son  goût  el  vivait  à  sa  guise.  Prières  au 
chrpur,    ferventes   oraisons,    mortifications   austères, 


—  347  — 

l'essence  même  de  la  vie  monacale,  tout  était  aban- 
donné, pour  faire  place  à  une  existence  molle,  sans 
grandes  fautes  peut-être,  mais  sans  mérites  assuré- 
ment. Bien  qu'on  ne  puisse  les  accuser  d'aucun 
désordre  notable,  dont  on  ne  trouve  pas  de  trace 
dans  les  écrits  contemporains,  ces  moines,  négligents 
de  leur  devoirs,  scandalisaient  les  fidèles  et  se  mon- 
traient indignes  de  leur  sublime  vocation. 

Leur  abbé  commendataire,  simple  laïc,  menait  une 
vie  plus  cbrétienne  que  ces  religieux  ;  il  ne  pou- 
vait pas  voir,  sans  une  tristesse  profonde,  leur  con- 
duite si  peu  conforme  à  la  sainteté  de  leur  état.  Il  les 
reprenait  souvent  et  les  avertissait  que  leur  manque 
de  ferveur  les  perdrait  (Ij.  Vains  avertissements  î  Ils 
persistèrent  dans  leur  relâchement,  jusqu'au  jour  où 
se  réalisa  la  menace  prophétique  de  leur  supérieur. 

Henri  IV,  enfin  devenu  paisible  possesseur  de  la 
couronne,  voulut  remédier  aux  maux  de  l'Église  de 
France,  oii  s'étaient  introduits  de  nombreux  abus  sous 
les  règnes  précédents.  Kn  l.jî)'),  on  comptait  environ 
trente  à  quarante  évèchés  sans  titulaires  et  cent  vingt 
monastères  sans  abbés.  On  voyait  des  propriétés  ecclé- 
siastiques usurpées  par  des  gentilshommes  et  des  ab- 
bayes données  à  des  gens  de  guerre,  à  des  huguenots, 
à  des  laïcs,  sans  aucun  titre  religieux  (•'^i. 

Celle  de  Saint-Mesmin  se  trouvait  dans  ce  dernier 
cas.  Déjà  le  roi  avait  accordé  plusieurs  édits.  j)()iir 
laider  à  réparer  les  ravages  des  dernières  guerres  et 

(1)  Le  chanoine  Hubeut,  M.  S  ,  't^C*^,  P'  17'2. 

(2)  Darestk.  Histoire  de  France,  t.  IV,  p.  lxSO. 


—  348  — 

lui  permettre  d'aliéner  quelques  biens,  afin  de  conti- 
nuer la  reconstruction  de  ses  édifices  (1).  En  1598, 
il  voulut  régulariser  la  situation  de  son  abbé.  Sacri- 
pante  II  Pédocca  fut  mis  en  demeure  de  résigner  son 
bénéfice,  ce  qu'il  fit  en  échange  d'une  pension  viagère 
que  lui  paya  son  successeur  (2). 

La  commende  de  Micy  étant  ainsi  devenue  vacante, 
Henri  IV  la  transmit  à  François  III  de  La  Rochefou- 
cauld qui,  dix  ans  plus  tard,  expulsa  du  monastère 
les  disciples  dégénérés  de  saint  Benoît,  en  1H08,  et 
leur  substitua  les  Cisterciens  réformés,  connus  sous 
le  nom  de  Feuillants. 

Les  Bénédictins,  qui  finirent  si  tristement,  après 
avoir  longtemps  brillé  dans  la  pratique  des  plus  admi- 
rables vertus,  avaient  occupé  l'abbaye  de  Saint- 
Mesmin  pendant  787  ans,  de  821  à  1608. 

(1)  Archives  nationales,  G.  8',  120i. 

(2)  DoM  Yernixac.  m.  S.,  .39'4\  f^  30. 


TROISIÈME  PÉRIODE 


LES  FEUILLANTS 


CHAPITRE  XYI 

Le  cardinal  de  La  Rochefoucauld  réforme  l'abbaye  .  — 
Résistance  des  anciens  religieux.  —  Introduction  des 
Feuillants.  —  Leur  organisation  et  vie  intérieure. 

(1598-1613) 

François  III  de  La  Rochefoucauld,  issu  d'une  branche 
cadette  de  l'illustre  famille  de  ce  nom,  était  fils  de 
Charles  P^"  de  La  Rochefoucauld,  comte  de  Randon  et 
de  Fulvie  Pic  de  la  Mirandole,  dame  d'honneur  de  la 
reine.  Il  naquit  à  Paris,  le  8  décembre  1558,  el  lit  de 
brillantes  études  à  Clermont.  A  quinze  ans,  il  reçut 
en  commende  l'abbaye  de  Tournus,  (1)  une  des  plus 
riches  de  France,  et  celle  de  Saint-Porcirn.  Il  n'avait 
encore  que  vingt-deux  ans^  quand  Henri  III  U} 
nomma  évêque  de  Clermont,  1580.  Défenseur  ardent 
de    la    foi    catholique,    il   se  déclara   partisan   (h*   hi 

{{)  Abbaye  bénédictine,  au  diocèse  de  Chàlon-sur-Saùne. 


-  3r>o  — 

Ligno,  ot  n'connut  Henri  IV  seulement  quand  ce 
prince  eul  fait  son  abjuration.  Depuis  lors,  il  le 
servit  avec  autant  de  zèle  (jue  d'intelligence  ;  il  fut, 
pour  lui  et  pour  son  successeur,  Louis  XIII,  un  con- 
seiller éclairé  et  toujours  écouté. 

En  Jo98,  le  roi  lui  donna  encore  le  monastère  de 
Saint-Mesmin,  en  partie  relevé  de  ses  ruines,  mais 
dont  les  religieux  étaient  peu  à  peu  tombés  daïis  le 
relâcbement  et  la  négligence  des  devoirs  de  leur  état. 
Le  nouvel  abbé  était  un  prélat  d'un  esprit  supérieur 
et  d'une  vertu  austère.  Il  se  distinguait  surtout  par 
un  caractère  énergique,  qu'aucune  difdculté  ne  faisait 
flécbir.  Sans  rien  livrer  an  basard,  il  mûrissait 
sérieusement  ses  projets,  et,  une  fois  qu'il  les  avait 
arrêtés,  il  en  poursuivait  l'exécution  jusqu'au  bout . 

François  III,  en  prenant  possession  de  son  béné- 
iice  de  Micy,  forma  la  double  résolution  d'en  acliever 
la  restauration  matérielle,  et  d'en  opérer  en  même 
temps  le  relèvement  spirituel.  Pour  réaliser  la 
première  partie  de  son  dessein,  sa  liante  situation 
dans  l'Eglise  de  France  lui  procura  des  secours  abon- 
dants, et  toutes  les  autorisations  royales  dont  il  eut 
besoin.  Le  23  janvier  KIOC).  il  vendit  à  Antoine  de 
Hossy  -JHO  arpents  de  bois  dans  les  forêts  de 
(^baingy.(l)  Les  sommes  retirées  de  cette  vente,  et 
plusieurs  autres,  lui  permirent  de  terminer  à  peu 
près  entièrement  les  bâtiments  du  monastère,  le  logis 
conventuel  cl  la  maison  abbatiale    Tous  ces  édifices,  - 

(1)  Arcliivfts  du  Loiret,  A.nc\en  fonds  de  Saint-Mesminy 


-  351  — 

refaits  à  neuf,  formèrent  un  ensemble  imposant  clans 
leur  simplicité  digne  et  commode;  ils  ne  subirent 
plus  aucun  changement,  jusqu'au  jour  où  ils  furent 
abattus,  après  la  Révolution, 

L'œuvre  de  réformation  morale  fut  plus  difficile. 
De  La  Rochefoucauld  avait  cependant  grandement  à 
cœur  d"y  réussir.  Son  vif  sentiment  religieux  et  son 
amour  de  l'ordre  le  portaient  naturellement  à  Fentre- 
prendre.  Il  ne  faisait  d'ailleurs  en  cela  que  se  con- 
former aux  prescriptions  du  Concile  de  Trente.  Dans 
ses  chapitres  de  discipline,  Tauguste  assemblée  avait 
renouvelé  les  anciens  règlements  touchants  les  ré- 
formes, et  commandé  que  tous  les  religieux  vivraient 
exactement  selon  leur  règle.  Enfin  les  ordonnances 
royales,  conformes  aux  vues  du  Concile,  avaient 
enjoint  aux  évêques  de  rétablir  partout  l'observance 
monastique  suivant  les  premières  institutions. 

D'autre  part,  les  moines  de  Saint-Mesmin  étaient 
accusés  par  la  voix  publique  d'enfreindre  la  règle  de 
leur  Ordre,  de  mener  une  vie  peu  édifiante  dans  l'oi- 
siveté et  les  plaisirs  mondains,  sans  plus  remplir  les 
obligations  de  leur  sainte  vocation.  L'ignorance  et  la 
dissipation  régnaient  là  où  l'étude,  le  recueillement 
et  la  prière  auraient  seuls  dû  briller  de  l'éclat  des 
anciens  jours.  Sans  qu'on  pût  les  accuser  de  fautes 
graves,  ils  étaient  manifestement  déchus  de  la  régula- 
rité primitive,  et  ne  gardaient  plus  guère  de  religieux 
(jue  le  nom . 

Le  vertueux  réformateur  essaya  d'abord  de  remé- 
dier à  un  si  grand  mal  par  les  voies  de  la  persuasion 


—  352  ^ 

et  de  la  douceur.  Il  s'ellorra  par  des  lettres,  des  visites 
et  de  pressantes  exhortations,  de  faire  rentrer  les 
moines  dans  le  sentiment  de  leur  devoir  et  la  pra- 
tique exacte  de  la  vie  claustrale. 

Efforts  inutiles.  Les  derniers  Bénédictins  lui  oppo- 
sèrent une  résistance  d'autant  plus  difficile  à  vaincre 
tju'elle  paraissait  plus  modérée  dans  sa  forme.  Ils 
recevaient  ses  avis,  écoutaient  ses  conseils,  subis- 
saient même  ses  menaces,  sans  tenir  compte  de  rien, 
incorrigibles  dans  l'indolence  oii  ils  vivaient,  et  bien 
résolus  à  n'en  pas  sortir  (i). 

Plusieurs  années  se  passèrent  ainsi,  en  luttes  sté- 
riles, jusqu'en  itiO".  François  III  jugea  alors  que  sa 
longue  patience  devait  avoir  un  terme,  et  qu'il  fallait 
mettre  fin  à  ce  scandale  public. 

Deux  moyens  s'oflVaient  à  lui,  pour  atteindre  son 
but  :  maintenir  les  anciens  moines  dans  Tabbaye,  en 
leur  adjoignant  des  religieux  réformés,  qui  peu  à  peu, 
par  suit»'  de  la  disparition  des  premiers,  eussent  pro- 
duit une  nouvelle  communauté  :  ou  bien  faire  sortir 
les  Bénédictins,  même  de  force,  s'il  le  fallait,  et  leur 
substituer  d'autres  religieux,  sur  la  ferveur  desquels 
on  pouvait  compter. 

Le  premier  procédé  était  plus  régulier  ;  mais  il 
eût  entraîné  des  longueurs,  des  luttes  intérieures  et 
peut-être  de  vives  contestations,  qui  eussent  fini  par 
compromettre  le  succès  de  l'entreprise.  Le  second 
était  moins  correct  au  point  de  vue  juridique,  parce 
qu'il  méconnaissait  le  droit  (ju'avaient  les  moines  de 

(1)  HuBKRT,  M.  S.,  436*,  fo  173. 


—  353  — 

rester  au  monastère  où  ils  avaient  fait  leur  profession 
religieuse  et  leur  vœu  de  stabilité  ;  mais  il  était 
plus  expéditif  ;  il  assurait  une  réforme  complète  et 
immédiate. 

C'est  ce  dernier  parti  qu'adopta  François  de  La 
Rochefoucauld.  Sur  de  Tappui  du  roi,  il  en  prépara 
l'exécution  sans  délai. 

Depuis  peu  d'années  s'était  formée  dans  le  Midi 
une  nouvelle  congrégation  qui  édifiait  la  France 
entière  par  l'austérité  de  vie  de  ses  religieux  et  Péclat 
de  leurs  vertus.  C'était  la  congrégation  des  Cister- 
ciens réformés,  sous  le  nom  de  Feidllants,  fondée 
en  1583,  au  monastère  de  Feuillant,  près  Toulouse, 
par  Jean  de  la  Barrière.  D'abord  abbé  commenda- 
taire  de  cette  maison,  il  se  convertit  ensuite  et  en 
devint  un  des  plus  fervents  religieux.  Il  entreprit 
alors  de  réformer  ses  frères  ;  et  il  y  parvint  après  de 
grandes  difficultés,  qui  ne  servirent  qu'à  relever  son 
mérite.  Son  humilité  et  sa  piété  vainquirent  toutes 
les  résistances  ;  de  nombreux  disciples  se  rangèrent 
bientôt  sous  sa  conduite.  Lrurs  austérités  étaient 
effrayantes.  Ils  portaient  la  haire  sur  leur  chair  nue, 
se  donnaient  souvent  la  discipline,  allaient  tète  et 
pieds  nus,  dormaient  tout  vêtus  sur  des  planches, 
et  prenaient  leurs  repas  à  genoux  sur  le  sol,  dans  de 
grossiers  plats  de  terre.  Ils  ne  buvaient  pas  de  vin, 
et  se  contentaient  d'une  soupe  faite  d'herbos  cuites  à 
l'eau,  et  de  pain  d'orge  pétri  avec  le  sou.  Après  les 
exercices  religieux,  ils  travaillaient  de  leurs  mains  à 
la  terre,  et  à  divers  métiers,  [)Our  gagner  leur  vie  et 
éviter  l'oisiveté  qui  est  la  ruine  des  âmes. 


—  3oi  — 

Le  nombre  des  Feuillants  augmenta  avec  leur 
ferveur  :  ils  furent  bientôt  1  i(l  à  l'abbaye  de  leur 
oi'ig-ine.  Jean  de  la  barrière  lit  approuver  sa  réforme 
par  le  pape  Sixte  V,  en  lo8().  Lu  peu  de  temps,  ce 
nouvel  ordre  excita  un  enthousiasme  général  dans  le 
monde  chrétien.  Sixte  \'  appela  plusieurs  de  ses 
membres  à  Rome,  pour  y  fonder  im  monastère,  en 
l')87  .  L'année  suivante.  Henri  III  les  fit  venir  à  Paris. 
Ils  y  arrivèrent  au  nombre  de  iO,  et  s'v  ét;d)lirenl 
dans  leur  couvent  de  la  rue  Saint-llonoré,  où  ils 
édifièrent  toute  la  ville  par  le  spectacle  de  leur  vie 
surhumaine. 

L'abbé  de  La  Rochefoucauld  partagea  Tadmiration 
commune  pour  des  religieux  si  parfaits  :  il  résolut 
de  les  installer  à  Saint-Mesmin.  en  la  place  des  Béné- 
dictins dégénérés,  et  enticprit  aussitôt  les  démarches 
nécessaires.  Nommé  cardinal  parle  pape  Paul  \',  en 
l()l)7,  en  récompense  de  ses  grands  mérites,  il  se 
rendit  à  Rome  pour  y  recevoir  les  insignes  de  sa 
dignité.  Le  pape,  informé  de  son  projet  de  réforma- 
tion, l'approuva  hautement.  Lui-même  appréciait  les 
vertus  des  Feuillants,  établis  sous  ses  yeux,  à  Rome. 
Il  lui  donna  donc  un  bief  pontifical,  rédigé,  sur  ses 
propres  indications,  en  termes  très  sévères  pour  les 
anciens  moines,  par  lequel  il  l'autorisait  à  lesex()ulser 
de  Micy,  et  à  metti'e  les  Feuillants  en  leur  place. 

Ce  bref  adressé,  selon  l'usage,  à  révécjue  diocésain, 
alors  Gabriel  de  TAubespine,  s'exprime  en  ces  termes  : 
"  Il  est  de  noire  devoir  d'agir  sé\èrement  envers  les 
religieux  <pii  mènent  une  vie  mauvaise,  (juaiid  il  n'y 


•j  v;  V 
ODD    

a  aucun  espoir  de  les  corrig-er,  de  peur  que  leurs 
exemples  ne  détournent  les  autres  de  la  vraie  piété, 
et  ne  refroidissent  la  foi  de  plusieurs.  Nous  avons 
donc  appriS;,  non  sans  une  vive  douleur  d'àme,  par 
le  rapport  qui  nous  a  été  fait  de  la  part  du  roi  de 
France  Henri,  et  de  notre  fils  spirituel  de  La  Roche- 
foucauld, perpétuel  abbé  coinmendataire  de  Saint- 
Mesmin,  que  les  moines-profès  de  cette  abbaye,  (jui 
sont  au  nombre  de  iiuit,  dont  trois  desservent  des 
prieurés  de  ladite  maison,  se  sont  g-ravement  écartés 
de  la  voie  de  leur  Institut  régulier,  vivant  dans  l'igno- 
rance et  se  plongeant  dans  le  désordre  au  point  de 
scandaliser  le  peuple  de  Pillustre  cité  d'Orléans,  voi- 
sine de  leur  établissement,  et  qui  est  comptée  parmi 
les  plus  nobles  villes  du  royaume  de  France.  En 
outre,  ledit  monastère,  fondé  par  Clovis,  le  premier 
roi  de  France  qui  ait  embrassé  la  foi  catholique,  et 
entretenu  somptueusement  par  la  piété  des  princes,  ses 
successeurs,  ayant  été  ruiné  parles  dernières  guerres, 
ne  peut  être  relevé,  et  la  discipline  ne  peut  y  être 
rétablie  que  si  on  y  introduit  des  hommes  nouveaux, 
vrais  et  sincères  religieux.  Aussi,  nous  voulons  y 
mettre  les  Cisterciens  réformés,  dits  Feuillants,  qui, 
par  leur  bonne  renommée_,  par  leur  talent  de  prédica- 
tion et  l'austérité  de  leur  vie.  brillent  parmi  tous  les 
autres  religieux.  La  vue  <le  leur  conduite  sainte  lou- 
chera les  fidèles  qui  seront  portés  à  leur  donnei-  géné- 
reusement des  aumônes  pour  relever  lein-  nmnastère. 
C'est  pourcjuoi,  accédant  au  désii'  du  roi  r\  de  l'abbé 
de  La  Rochefoucauld,  nous  vous  mandons  de  su[)pri- 


—  356  — 

mer  à  toujours  et  d'éteindre  toute  existence  de 
rOrdre  bénédictin  en  ce  lieu,  ainsi  que  la  mense  con- 
ventuelle, et  de  remettre  aux  dits  religieux  Feuil- 
lants l'église  et  ses  ornements,  avec  toutes  les  choses 
sacrées  et  profanes^  les  logis  du  monastère,  la  mense 
conventuelle,  tous  ses  biens  tant  de  ville  que  de  cam- 
pagne, ainsi  que  leurs  droits  et  dépendances,  pour 
qu'il  y  ait  au  moins  douze  religieux,  lesquels,  sous 
ia  direction  d'un  prieur  claustral,  y  vivront  confor- 
mément à  leur  règle  et  édifieront  le  peuple  chrétien 
par  la  piété  de  leur  vie.  Quant  aux  religieux  actuels 
de  ladite  maison,  nous  vous  chargeons  de  les  trans- 
férer dans  d'autres  couvents  de  leur  Ordre,  avec  une 
pension,  qui  sera  prise  sur  les  revenus  de  celui  de 
Saint-Mesinin.  Donné  à  Tusculum.  sous  l'anneau  du 
pécheur,  le  douze  octobre  i()07,  la  troisième  année 
de  notre  pontificat  »  (1  ) . 

Muni  de  ce  bref,  le  cardinal  revint  en  France,  pour 
en  presser  l'exécution.  A  Paris,  il  entra  en  négocia- 
tions avec  dom  Fran(;ois  de  Sainte-Madeleine,  provin- 
cial, et  dom  Delarue  de  Sainte-Catherine,  supérieur 
général  de  l'Ordre.  Il  en  oblint  douze  l'eligieux  pour 
Sainl-Mesmin,  et  établit  aussitôt  un  concordat  réglani 
les  situations  respectives  de  l'abbé  et  des  moines,  et 
fixant  la  part  de  revenus  qu'il  leur  attribuait,  pour 
leur  entrelien,  le  1''  août  10U8.  En  môme  temps,  il 
lit  auprès  du  roi  les  démarches  nécessaires.  Henri  IV 
l'estimait  giandemenl.  et  encourageait  ses  projets.  Il 

(1)  Bibliothèque  Nationale,  M.  S.,  10U90,  1°  6. 


—  357  — 

lui  octroya  deux  lettres  patentes  adressées,  Tune  à 
l'évêque,  le  18  juillet,  et  l'autre  au  bailli  d'Orléans, 
le  14  août  1608,  leur  enjoignant  de  prendre  les 
mesures  utiles  pour  mettre  hors  de  Micy  les  anciens 
religieux,  et  y  installer  les  nouveaux,  (i) 

Quand  les  Bénédictins  furent  sommés  de  sortir  de 
leur  monastère,  ils  refusèrent  énergiquement  et  pro- 
testèrent contre  leur  expulsion,  par  une  résistance 
opiniâtre.  11  s'ensuivit  une  longue  lutte  où  ils  dé- 
ployèrent toutes  les  ressources  de  leur  esprit  d'op- 
position; ils  furent  même  un  moment  sur  le  point  de 
faire  triompher  ce  qu'ils  appelaient  la  justice  de  leur 
cause. 

Tout  d'abord,  sans  sortir  de  leur  couvent,  ils  en 
appelèrent  comme  d'abus  au  Parlement  de  Paris.  Le 
roi  délégua  M.  de  Marcillac,  gouverneur  du  duché 
d'Orléans,  pour  faire  une  enquête.  Celui-ci  se  trans- 
porta à  Saint-Mesmin  où  il  fit  comparaître  en  sa  pré- 
sence toutes  les  personnes  intéressées  dans  l'affaire, 
les  interrogea  et  consigna  leurs  réponses  dans  un 
long  procès-verbal  (2).  Il  contient  en  résumé  ce  qui 
suit  : 

Dom  César  Guillaume,  prieur  de  Micy,  répondit  : 
((  Dans  ce  ({ui  s'est  passé  à  Rome,  il  y  a  eu  surprise 
(lu  pape  et  grande  exagération  dans  les  torts  qui  nous 
sont  imputés.  Vai  voici  la  meilleure  preuve  :  si  nous 
étions  aussi  coupables  qu'on  le  dit,  on  nous  aurait 
arrêtés  et  jetés  en  prison  sans  miséricorde.  Au  con- 

(1)  Bibliothèque  nationale,  M.  S.,  lUJDO,  f°  14. 
{2}  Bibliothèque  nationale,  M.  S.,  KH):»!,  f-  S. 


—  :J58  — 

traire,  on  nous  ordonne  simplement  de  sortir  du 
monastère,  où  nous  avons  fait  vœu  de  stabilité,  sans 
nous  infliger  aucun  châtiment,  mais  en  nous  offrant 
des  pensions.  Le  cardinal  veut  me  donner  le  prieuré 
de  Saint-André  de  la  Flèche,  et  assigne  une  rente 
viagère  à  mes  frères.  S'il  y  a  abus  dans  notre  conduite, 
qu'on  procède  à  notre  égard  par  une  réformalion 
canonique,  mais  non  par  une  expulsion  illégale.  » 

Dom  Nicolas  Chartier,  aumônier  et  prieur  de  Saint- 
Marceau,  dit  qu'il  ne  résidait  pas  dans  son  prieuré, 
parce  qu'il  n'était  pas  habitable,  n'ayant  pas  été 
reconstruit  depuis  les  guerres  protestantes  et  grevé 
de  procès.  Néanmoins,  ne  voulant  pas  déshonorer 
l'habit  religieux,  ni  sa  famille,  il  avait  toujours  mené 
une  vie  régulière,  comme  l'attestaient  les  certificats 
de  bonne  vie  et  mœurs  à  lui  décernés  par  les  Iiabi- 
lanls  du  Portereau  :  il  ajoutait  que  les  termes  du 
rescrit  papal  leur  étaient  gravement  préjudiciables 
par  l'exagération  de  leurs  reproches. 

Les  autres  Bénédictins  parlèrent  de  même,  et  tous 
demandèrent  des  délais  pour  établir  pleinement  leur 
justification. 

il  ressort  de  ces  réponses,  auxquelles  ne  fut  oppo- 
sée aucune  réfutation,  que  le  plus  grand  crime  de  ces 
moines  était  leur  résistance  à  la  volonté  de  leur  puis- 
sant supérieur.  Le  cardinal  de  La  Rochefoucauld  ne 
tint  pas  compte  de  leurs  réclamations;  il  poursuivit 
la  réalisation  de  son  dessein  avec  cette  force  tranquille 
(pli  ne  connaît,  pas  plus  qu'elle  ne  souflVe,  d'opposition. 
L'évéque  d'Orléans,  chargé  de  l'exécution  du  bref  de 


~  359  — 

Paul  V,  fixa  de  200  à  300  livres  la  pension  allouée  à 
chacun  d'eux,  plus  12  à  30  livres  d'indemnité  de 
déménagement;  il  leur  assigna  comme  lieu  de  rési- 
dence le  monastère  de  Bonne-Nouvelle,  à  Orléans  (1). 
Puis  les  agents  de  M.  de  Marcillac,  parent  de  l'abbé 
de  La  Rochefoucauld,  leur  intimèrent  l'ordre  de  sor- 
tir sur  le  champ  de  Saint-Mesmin.  Il  n'y  avait  plus 
à  résister.  Les  Bénédictins  cédèrent  à  la  force  ;  ils 
abandonnèrent  Micy,  mais  n'allèrent  pas  à  Bonne- 
Nouvelle. 

On  put  alors  procéder  à  l'installation  des  Feuillants. 
Le  10  décembre  1608,  ils  furent  mis  solennellement 
en  possession  réelle,  actuelle  et  corporelle  de  l'abbaye, 
avec  ses  revenus  et  dépendances,  par  le  grand  vicaire 
de  l'évoque^  assisté  de  deux  chanoines  du  Chapitre 
de  Sainte-Croix.  Ces  dignitaires  leur  en  firent  l'inves- 
titure par  la  tradition  de  quelques  calices  et  de  divers 
ornements  sacrés,  par  le  baiser  de  l'autel,  par  l'ou- 
verture des  livres,  la  sonnerie  des  cloches  et  la  remise 
des  clefs.  Après  quoi  les  nouveaux  religieux  furent 
introduits  dans  le  cloître,  puis  dans  la  salle  destinée 
aux  réunions  capitulaires,  et  enfin  ramenés  proces- 
sionnellement  à  l'église  par  la  porte  principale  ;  là, 
pour  célébrer  leur  établissement,  on  chanta  Yèpres 
et  Complies,  suivies  du  Te  Deum  (2). 

Procès-verbal  fut  aussitôt  dressé  pour  garder  la 
mémoire  de  cet  événement  et  enregistrer  la  substitu- 

(1)  Abbaye  bénédictine,  à  Orléans,  sur  l'emplacement  ac- 
tuellement occupée  par  la  Préfecture  du  Loiret. 

(2)  Bililiotlièque  nationale,  \[.  S.,  10091,  fo  22, 


—  360  — 

tion  définitive  des  disciples  de  saint  Bernard  à  ceux 
de  saint  Benoît  (1). 

La  piété,  la  discipline  et  le  travail  refleurirent  enfin 
dans  le  vieux  monastère  de  Saint-Mesniin,  trop  long- 
temps déshonoré  par  Tindifrérence,  la  mollesse  et 
l'oisiveté  de  ses  habitants. 

Afin  d'assurer  l'existence  des  Feuillants,  le  cardi- 
nal (le  La  Rochefoucauld  agit  à  leur  égard  avec  une 
grande  générosité  et  montra  bien ,  en  pourvoyant 
largement  à  leurs  besoins,  qu'aucune  pensée  d'intérêt 
ne  l'avait  inspiré  dans  l'aflaire  de  la  réformation.  Par 
le  concordat  conclu  avec  le  provincial,  le  l^*"  août  KiOS, 
il  convint  que  Tabbé  commendataire  n'aurait  aucune 
juridiction  sur  les  religieux,  ni  pour  la  nomination  des 
officiers  claustraux,  ni  pour  aucune  chose  concernant 
la  direction  intérieure  du  monastère.  Il  supprima  la 
prévôté  et  maintint  la  chévecerie  (2)  ainsi  (jue  lan- 
mùnerie  [3).  A  chacune  de  ces  charges,  il  assigna 
30  livres  de  rente. 

Comme  propriétés  foncières,  destinées  à  produire 
les  revenus  nécessaires  à  leur  entretien,  il  donna  aux 
Feuillants  : 

1 .  Le  bois  de  Charenne,  sur  Mézières,  du  côté  de 
la  Sologne,  d'environ  500  arpents,  alfermé  249  livres 
en    1595  et  augmenté  de    100   livres   en   1592,   plus 

(1)  Bibliothèque  nationale,  M.  S.,  12779,  fo  317. 

(2)  Chevecier  ou  Trésorier,  religieux  qui  avait  la  garde 
du  trésor  de  l'église. 

(3)  Aumônier,  religieux  chargé  de  distribuer  les  aumônes 
aux  pauvres,  en  argent  ou  en  nature. 


—  361    — 

diverses    dîmes    et    pâtures    dans    ces    bois^    louées 
100  livres  en  plus  ; 

2.  Le  Moulin-Neuf,  celui  de  la  Grande-Roue  et 
celui  à  Bac,  sur  le  Loiret,  tous  trois  affermés  moyen- 
nant 47  muids  de  blé  ou  84G  livres,  à  raison  de 
18  livres  le  muid; 

3.  Le  profit  de  la  pèche  du  Loiret,  affermée  moyen- 
nant une  quantité  déterminée  de  poisson  fourni  en 
nature,  plus  une  somme  de  130  livres  en  argent  ; 

4.  La  rente  annuelle  de  80  poinçons  de  vin,  payée 
par  la  commune  de  Chaing-y,  en  remplacement  de  la 
dîme  supprimée  en  1607.  L'abbé  aura  20  poinçons, 
les  moines  60  ; 

5.  Sur  les  domaines  de  Fourneaux  ou  ailleurs, 
environ  240  arpents  de  pré^  quantité  suffisante  pour 
leur  constituer  chaque  année  un  rt^venu  de  1 ,040  livres 
tournois,  lequel  fut  porté  à  1,700  livres  par  le  bail 
de  1612; 

6.  A  ces  biens  furent  ajoutés  quelques  vignes  de 
l'ancienne  mense  conventuelle,  des  cens  sur  les 
domaines  cédés  à  l'abbé ,  plusieurs  rentes  à  long 
terme  sur  des  maisons  sises  à  Orléans  et  à  la  Chapelle- 
Saint-Mesmin;  enfin  quelques  dîmes  sur  les  paroisses 
de  Tigy,  de  Sigloy^  de  Sennely,  etc.  (l). 

Les  Feuillants  se  trouvèrent  ainsi  pourvus  do 
grandes  ressources  par  la  générosité  de  leur  abbé 
commendataire.  On  pourrait  peut-être  dire  qu'ils  le 
furent  trop  larg(iment  ;  car,  malgré  la  prescription  de 
Paul  y,  dans  sa  bulle  d'institution,  ils  ne  résidèrent 

(1)  Bibliothèque  nationale,  .\r.  S.,  K H  11)1,  f  .")'!. 


—  30:>  — 

pas  longtemps  au  noml)re  de  douze  dans  l'abbaye  de 
Micy.  Réduits  à  un  cliiirre  inférieur  à  celui-là,  d'abord 
liuit  ou  neuf,  puis  cinq  ou  six.  ils  devinrent  d'autant 
plus  riches,  et  purent  être  tentés  de  mollesse  au  sein 
d'une  trop  grande  abondance. 

Restait  à  résoudre  une  question  délicate.  Les 
Bénédictins,  en  partant,  avaient  laissé  des  dettes 
dans  le  pays.  Les  bénéficiers  précédents  percevaient 
presque  tous  les  revenus  de  Tabbaye  ;  les  moines 
recueillaient  ce  qu'ils  pouvaient  sur  le  reste  du  bien. 
Soit  incurie,  soit  impuissance,  ils  n'entretenaient  rien, 
et  payaient  peu.  Ils  devaient  ainsi  2.000  livres,  au  mo- 
ment de  leur  départ,  dont  210  écus  au  boulanger  et 
200  au  boucher.  Les  Feuillants  furent  chargés  d'ac- 
quitter cette  dette  jusqu'à  concurrence  de  1 ,500  livres  ; 
l'abbé  paya  le  reste. 

Satisfait  d'avoir  réalisé  son  dessein  et  établi  à 
Saint-Mesmin  une  communauté  de  vrais  religieux, 
fervents  et  réguliers,  le  cardinal  de  La  Rochefoucauld 
ne  garda  pas  plus  longtemps  cette  abbaye  en  com- 
mende.  Les  nombreux  emplois  qui  lui  furent  confiés 
ne  lui  permettaient  plus  de  s'en  occuper  activemeiit, 
et  il  la  résigna  en  100!).  Il  fut  d'abord  appelé  à  l'évè- 
ché  de  Seiilis,  puis  nommé  président  du  Conseil 
d'Ltat.  et  grand  aumônier  de  France.  Malgré  les 
occupations  que  lui  créaient  ces  hautes  fonctions,  il 
trouvait  cncoi'c  le  temps  d'écrire  des  statuts  pour  les 
prélres.  et  des  mandements  pour  les  fidèles  de  son 
diocèse,  ainsi  (ju'iiii  traité  sur  ï Autorité  de  CEglise 
en  ce  qui  concerne  la  foi  et  la  religion.  En  l()2i,  il 


-   363  — 

se  démit  de  toutes  ses  dignités,  titres  et  honneurs, 
gardant  seulement  Pabbaye  de  Sainte-Geneviève,  où 
il  établit  la  congrégation  de  ce  nom,  appelée  aussi 
Congrégation  de  Frayice.  Ce  prélat  éminent  con- 
sacra les  dernières  années  de  sa  vie  à  la  réforme  des 
ordres  relig-ieux^  dont  Grégoire  XY  et  Louis  XIII 
l'avaient  chargé.  Il  mourut  en  1645,  àTàge  de  87  ans, 
justement  réputé  Tun  des  hommes  les  plus  saints  et 
les  plus  méritants  de  son  siècle. 

Comme  nous  l'avons  dit,  c'est  en  1609  que  Fran- 
çois III  de  La  Rochefoucauld  avait  résigné  la  com- 
mende  de  Saint-Mesmin,  en  même  temps  que  son 
évèché  de  Clermont.  Il  céda  ces  deux  bénéfices  à 
Antoine  Rose,  évèque  de  Senlis,  qui,  de  son  côté, 
s'était  démis  de  son  évêché  en  sa  faveur  (1). 

A  peine  cet  abbé  eut-il  été  mis  en  possession,  (jue 
les  anciens  religieux  intriguèrent  de  nouveau  pour 
revenir  dans  le  monastère.  Au  lieu  d'entrer  au  cou- 
vent de  Bonne-Nouvelle^  comme  ils  en  avaient  reçu 
l'ordre^  ils  étaient  restés  dans  le  bourg-  de  Saint- 
Mesmin,  où  il  avaient  des  amis,  hantaient  leurs  mai- 
sons, et  tenaient  des  propos  malveillants  contre  leurs 
remplaçants.  En  1609,  ils  adressèrent  au  Parlement 
[le  Paris  un  long;  mémoire  explicatif,  où  ils  revendi- 
[]uaient  leurs  droits,  et  se  plaignaient  de  l'injuste 
spoliation,  dont  ils  se  disaient  victimes.  Appuyée  par 
par  quelques  personnages  influents,  leur  requête  fut 
bien  accueillie,  et  la  (loiir  l'ondit  un  nrrêt  en  N'ur 
faveur.  Aussitôt  ils  renlrenl  au   ujonastère,  imi    font 

(1)  Gallia  ('.hhistiaxa,  Kccles.  Aurel,  t.  VIII,  p.  VhMi. 


—  3G1  — 

sortir  les  Feuillants,  du  moins  en  partie,  et  s'y 
réinstallent  en  maîtres.  Cette  situation  bizarre  dura 
deux  années  entières,  grâce  au  trouble  causé  par  la 
mort  de  Henri  IV,  assassiné  vers  ce  temps.  Mais  le 
27  mai  1611,  sur  la  plainte  des  Feuillants,  le  Conseil 
d'Etat  annula  l'arrêt  du  Parlement,  et  rendit  une  sen- 
tence définitive.  Cet  acte  résume  les  motifs  des 
appelants,  énumère  les  pièces  do  ce  long-  procès, 
confiime  la  première  décision  lendue  en  faveur  de  la 
réformation,  et  ordonne  la  sortie  des  Bénédictins, 
sans  appel  (1). 

Cependant  ceux-ci  opposèrent  une  telle  résistance 
que,  deux  ans  plus  tard,  Tafifaire  n'élait  pas  encore 
terminée.  Enfin,  les  deux  parties,  lasses  de  si  longues 
contestations  fatigantes  pour  tous ,  consentirent 
une  dernière  transaction,  le  J 8  juillet   KM  3. 

Les  Bénédictins  dépossédés  s'engagèrent  solennel- 
lement à  ne  plus  s'autoriser  des  arrêts  obtenus  du 
Parlement,  à  se  désister  de  toute  nouvelle  poursuite 
dans  Tavenir  et  à  quitter  Saint-Mesmin  pour  toujours, 
movennant  une  augmentation  de  225  livres  de  leur 
pension  viagère,  plus  900  livres  une  fois  données  (2). 
Les  Feuillants  acceptèrent  cet  arrangement.  Comme 
ils  n'avaient  pas  la  somme  stipulée,  ils  fiieiit  un 
emprunt  pour  se  la  procurer.  Ainsi  finit,  assez  triste- 
ment, à  prix  d'argent,  cette  longue  contestation. 

Un  des  premiers  soins  d'Antoine  Bose,  le  nouveau 
bénéficiaire  de  Micy,  fut  de  faire  confirmer  par  Paul  Y 

(1)  Arcliives  <lu  Loiret,  casier  7,  carton  !.'>. 

(2)  Bil)liolh.  Nation.,  M.  S.,  10,0îK).  f  17. 


—  365   - 

le  concordat  de  1608  (1).  Quelques  désaccords  étant 
survenus  entre  lui  et  les  religieux,  en  1610,  il  soumit 
les  points  contestés  à  l'arbitrage  de  Pierre  Foujeu, 
sieur  d'Escures,  bailli  d'Orléans.  Il  fut  convenu  d'un 
mutuel  consentement  qu'on  observerait  strictement  le 
concordat  de  1608,  que  le  prieur  ne  pourrait  pas  s'at- 
tribuer le  titre  de  supérieur,  que  les  grosses  cloches 
seraient  à  la  disposition  du  seul  abbé,  et  qu'enfin  des 
80  poinçons  de  vin  donnés  par  Chaingy,  pour  sa  dîme, 
20  appartiendraient  à  l'abbé  et  60  aux  moines  (2). 

L'évêque  Rose,  pendant  son  court  abbatial,  aliéna 
quelques  biens  pour  se  procurer  les  ressources  dont 
il  avait  besoin.  Le  2  avril  1611,  il  vendit  à  Ducbon, 
seigneur  de  Mézières,  pour  3,000  livres  tournois,  les 
droits  de  justice,  de  censive  et  de  dîme,  que  le  monas- 
tère possédait  sur  la  paroisse  de  Saint-Avit  de  Mé- 
zières, ainsi  que  celui  de  présentation  à  la  cure  de 
ladite  paroisse.  Il  n'excepta  que  les  droits  établis  sur 
la  terre  et  métairie  de  Beaulieu,  situées  au  même 
endroit  (3). 

Soit  qu'Antoine  Rose  eût  excédé  ses  pouvoirs,  soit 
qu'il  y  eût  erreur  ou  tromperie,  cette  vente  fut  entachée 
d'irrégularité.  Plusieurs  de  ses  successeurs,  Gedoyn 
et  Colbert,  réclamèrent  son  annuhition.  Ce  fut  seu- 
lement deux  cents  ans  plus  tard,  en  J784,  que  l'abbé 
de  Rastignac  parvint  à  faire  rentrer  l'abbaye  dans  ses 
droits  indûment  aliénés  (4). 

(1)  DoM  Verninag,  m.  s.  304,  fo  29. 

(2)  Archives  du  Loiret,  Fonds  de  Saint-Mesmi)i,  ancienne 
cote  5. 

(3)  Archives  nationiiles,  (i.  8  ',  2,619,  n^  2'i;3. 

(4)  Arcliives  nationales,  (J.  Si,  2.011),  n'»  ''«•41. 


—  :u»6  - 

L'abbé  Rose  ne  conserva  pas  longtemps  sa  com- 
mende.  Il  mourut  le  4  janvier  1()13,  Tannée  même  où, 
par  leur  arrangement  délinitif  avec  les  derniers  Béné- 
dictins, les  Feuillants  restèrent  paisibles  possesseurs 
du  monastère  de  Micy.  Désormais,  l'antique  Institution 
fondée  par  Saint-Mesmin  pourra  vivre  encore  près 
de  deux  siècles,  dune  existence  moins  glorieuse  peut- 
être  que  par  le  passé,  mais  aussi  moins  agitée  et  qui 
ne  fut  pas  sans  utilité  et  sans  mérites.  Elle  continuera 
sa  longue  carrière,  jusqu'au  jour  de  sa  suppression, 
dans  le  recueillement,  la  prière,  l'étude  et  l'exercice 
de  la  charité.  C'est  aux  disciples  réformés  de  saint 
Bernard,  aux  Feuillants,  qu'elle  fut  redevable  de  cette 
édifiante  situation.  Aussi  est-il  nécessaire  d'exposer 
ici  ce  qu'étaient  ces  religieux,  leur  organisation  et  le 
principe  de  leur  ferveur  persévérante. 

Ce  qui  avait  conduit  les  Bénédictins,  par  un  abaisse- 
ment progressif,  jusqu'à  une  iiiine  inévitable,  celait 
l'isolement.  Leurs  monastères  n'étaient  reliés  les  uns 
aux  autres  par  aucun  lien  étroit,  n'étaient  régis  par 
aucune  autorité  supérieure,  ni  aucun  mode  commun 
et  uniforme  de  gouvernement.  Leur  indépendance  les 
eût  perdus,  si  l'Eglise,  dans  sa  sagesse,  ne  les  avait, 
pour  ainsi  dire,  réunis  de  force  par  la  décision  prise 
à  b'ur  égard  au  Concile  de  Trente.  Elle  les  assembla 
en  congrégations,  dont  l'action  |)lus  complète,  plus 
puissante  et  mieux  dirigée,  sauva  TOrdre  bénédictin 
entier,  près  de  s'éteindre. 

On  appelait  congrcgafion y  au  xvii''  siècle,  une 
société  formée   de   plusieurs   monastères,  ne  faisant 


—  367  -^ 

qu'un  seul  corps,  soumise  à  une  même  règle  et  gou- 
vernée par  un  supérieur  commun  élu  dans  une  assem- 
blée générale  qui  se  tenait  de  temps  en  temps,  pour 
faire  cette  élection  et  pourvoir  à  tout  ce  qui  pouvait 
maintenir  la  piété  et  la  régularité. 

La  congrégation  des  Feuillants  fut  un  des  premiers 
et  meilleurs  fruits  de  la  mesure  prise  par  le  Concile 
de  Trente.  Nous  avons  rapporté  son  institution  au 
commencement  de  ce  chapitre.  Quant  à  son  organisa- 
tion, elle  était  simple  et  forte  tout  à  la  fois.  Les  cons- 
titutions fondamentales,  rédigées  par  six  religieux 
éclairés,  furent  présentées  au  Chapitre  général  de  15î)o, 
qui  les  approuva,  puis  imprimées  à  Rome,  où  elles 
reçurent  également  l'approbation  de  Clément  VMIL 
Elles  plaçaient  à  la  tète  du  nouvel  Ordre  un  supé- 
rieur général,  élu  pour  trois  ans,  par  fous  les  prieurs 
réunis.  Ce  supérieur  devenait  abbé  du  monastère  de 
Feuillant,  près  Toulouse,  érigé  ainsi  en  chef  d'ordre, 
en  faveur  duquel  Henri  lY  céda  pour  toujours  son 
droit  de  nomination. 

Afin  de  lier  les  maisons  feuillantines  par  lunilé 
des  mêmes  observances  et  par  une  forte  hiérarchie, 
les  constitutions  établirent  une  sorte  de  tribunal  su- 
prême, appelé  chapitre  général,  composé  de  la  réu- 
nion de  tous  les  prieurs,  sous  la  présidence  de  l'abbé 
de  Feuillant.  Il  traitait  de  tous  les  grands  intérêts  de 
la  (compagnie  et  prenait  des  décisions  dans  les  affaires 
importantes  qui  lui  étaient  soumises.  11  nommait.  [)our 
trois  ans,  le  supérieur,  ainsi  que  tous  les  prieurs  des 
diverses  maisons,  dont  1rs  jjouvoirs  étaient  limités  à 


—  368  — 

une  pareille  durée.  Des  visites  fréquentes,  faites  avec 
un  soin  minutieux  par  le  supérieur  général,  mainte- 
naient l'unité  de  direction,  la  ferveur  spirituelle  et  le 
bon  ordre  dans  l'administration  de  chaque  commu- 
nauté (1). 

La  vie  intérieure  et  les  observances  régulières  de 
la  vie  monastique  furent  définitivement  réglées  au 
Cliapitre-général  de  1G34.  Déjà,  dès  1595,  on  avait 
apporté  de  grands  adoucissements  aux  austérités 
excessives  pratiquées  par  Jean  de  la  Barrière  et  ses 
premiers  compagnons.  Elles  étaient  trop  dures  pour 
la  faiblesse  humaine,  et  avaient,  à  l'origine  de  la 
réformation,  causé  la  mort  de  nombreux  religieux. 

L'habit  des  Feuillants  consistait  en  une  robe  ou 
coule  blanche,  (2)  sans  scapujaire,  avec  un  grand 
capuce  de  la  même  couleur,  se  terminant  en  rond  par 
devant,  jusqu'à  la  ceinture,  et  en  pointe  par  derrière, 
jusqu'au  milieu  de  la  jambe.  Leur  robe  en  laine  était 
serrée  par  une  ceinture  d'étoffe  pareille  ;  ils  n'avaient 
point  d'habillement  particulier  pour  le  chœur.  Ils  pou- 
vaient porter  des  cbapeaux  pour  sortir  ;  à  la  n)aison, 
ils  chaussaient  des  sandales  de  bois,  et  des  souliers 
seulement  (juand  ils  allaient  on  route. 

Leur  nourriture  était  fort  pauvre  et  austère,  puis- 
qu'ils faisaient  une  abstinence  perpétuelle.  Leur  règle 

(1)  Hét.îot,  Histoire  des  Ordres  religieux,  t.  II,  p.  2(5.'), 
édition  Migne. 

(2)  De  lii,  le  nom  de  moines  bla?^cs^  «{u'on  leur  donna  <lan>; 
notre  pays,  par  opposition  aux  moines  noirs,  qni  «'taient  les 
Bénédictins. 


—  369  — 

leur  permettait  l'usage  des  œufs,  du  poisson,  du 
beurre^  de  l'huile  et  du  vin  ;  ils  devaient  seulement 
s'abstenir  d'oeufs  et  de  poisson  les  mercredis  et  ven- 
dredis de  chaque  semaine.  Les  jours  de  jeune  de 
l'Eglise,  en  avent  et  en  carême,  ils  ne  pouvaient  ni 
boire  de  vin,  ni  user  de  laitage.  Outre  les  jeûnes 
ecclésiastiques,  ils  avaient  encore  les  jeûnes  de  règle 
tous  les  mercredis  et  vendredis,  et  depuis  l'Exaltation 
de  la  Sainte-Croix  jusqu'à  Pâques. 

Les  prêtres  et  les  clercs  devaient  tour  à  tour  servir 
à  la  cuisine,  et  n'employaient  que  de  la  vaisselle  de 
terre  grossière.  Ils  couchaient  tout  vêtus  dans  des 
cellules,  et  dormaient  sur  des  paillasses  piquées,  avec 
une  ou  deux  couvertures,  selon  las'aison. 

Chaque  nuit,  ils  se  levaient  à  deux  heures  pour 
dire  Matines.  Ils  récitaient  les  autres  parties  de  l'Office 
aux  heures  convenables,  qui  se  conciliaient  le  mieux 
au  temps  de  l'année,  et  à  leur  genre  de  travail.  Les 
heures  laissées  libres  parles  exercices  religieux  étaient 
remplies,  par  diverses  occupations;  car  les  moines  ne 
devaient  jamais  demeurer  oisifs.  Les  uns  s'employaient 
aux  ouvrages  matériels,  à  la  culture  du  jardin,  aux 
métiers  utiles  pour  l'entretien  et  les  réparations  de 
la  maison.  D'autres  s'adonnaient  à  l'étude,  à  la 
littérature,  à  la  composition  de  savants  écrits.  Nous 
rencontrerons,  dans  la  suite  de  ce  récit,  plusieurs 
Feuillants  de  Saint-Mesmin  qui  se  sont  distingués 
dans  ces  travaux.  Enfin,  ils  exerçaient  aussi  le  minis- 
tère pastoral,  avec  un  grand  talent,  et  souvent  avec 
beaucoup  de  fruit  ;    ils   prêcliaient  dtis  sermons  aux 


-    H"0     - 

letes  de  Tannée,  faisaient  des  retraites,  et  donnaient 
des  missions  dans  les  villes  et  les  campagnes,  prêtant 
ainsi  au  clergé  paroissial  une  aide  efficace. 

En  entrant  dans  la  congrégation,  les  Feuillants 
quittaient  leur  nom  de  famille  pour  prendre  celui 
d'un  saint,  ajouté  à  leur  nom  de  baptême;  dom  Jean 
de  la  liarrière,  leur  fondateur,  s'appela  dom  Jean  de 
Saint-Henoît;  dom  Jean  Gualleron,  premier  supérieur 
général,  dom  Jean  de  Saint-Jérome;  le  premier  abbé 
triennal  régulier  fut  dom  Jean  de  Saint-Maurice  ; 
celui  qui  installa  ses  religieux  à  Micy  fut  dom  Dela- 
rue  de  Sainte-Catberine,  et  le  prieur  claustral  dom 
Jean  de  Saint-François  (1). 

Telles  étaient  'les  constitutions  du  nouvel  Ordre 
réformé.  Introduites  a  Saint-Mesmin  et  fidèlement 
observées,  elles  y  firent  relleurir  la  vertu  dans  la 
régularité  claustrale.  L'abbaye  ne  vit  plus  les  scan- 
dales qui,  à  plusieurs  reprises,  avaient  atlristé  son 
bistoire  dans  les  temps  passés.  Les  deux  derniers 
-siècles  de  son  existence  s'écoulèrent  paisible  el  édi- 
fiants. File  n'aura  plus  cette  large  influence,  ces 
nombreux  moines,  Li  ces  grandes  œuvres  accomplies 
au  moyen  âge.  Les  conditions  sociales  sont  cban- 
gées.  Mais  la  petite  communauté  feuillantine  de  Micy 
n'en  fera  pas  moins  du  bien,  dans  sa  vie  humble  el 
pieuse.  Le  narrateur  aura  désormais  peu  de  faits 
considérables  h  raconter  :  des  procès  pour  défendre 
ses  droits,  les  visites  des  supérieurs  généraux,  quel- 

(1)  Héuot,   Histoire  drs  Ordres  rclipieu.r,  t.  lî.  p.  270, 
«édition  Migne. 


—  31]   — 

ques  dissentiments  avec  les  abbés-commendataires_, 
des  actes  de  charité,  des  changements  dans  l'admi- 
nistration de  la  maison  ;  tels  sont  les  actes  qui  vont 
se  dérouler  devant  nos  yeux^  et  qu'il  convient  cepen- 
dant de  relever,  pour  compléter  cette  étude  monas- 
tique et  conduire  jusqu'à  sa  dernière  heure  cette 
Institution,  jadis  si  grande,  dont  nous  avons  vu  la 
naissance  et  suivi  la  trace,  à  travers  les  âges,  avec  un 
pieux  intérêt. 


—  37-2  — 


CHAPITRE  XVII 

DANIEL    ET    CHARLES     DE    VASSAN,    GEDOYN,    ABBÉS    COMMENDA- 

TAIRES  ;    LEURS  VERTUS.  ÉTAT  PAISIBLE  DE  l'aBBAYE.    

AFFAIRES    diverses;     SOIN    DE   LA    BIBLIOTHÈQUE  :     SÉJOUR    A 

l'alleu;  les  donats:  la  grande  aumône.  —  le  p.  andré 
et  balzac.  contestations  et  procès. 

(16ia-1692) 

Après  qu'Antoine  Rose  fut  mort,  deux  frères, 
d'une  ancienne  et  noble  famille,  Daniel  et  Charles  de 
Vassan,  occupèrent  successivement  le  siège  abbatial 
de  Saint-Mesmin.  Ces  abbés  se  montrèrent  constam- 
meiil  bienveillants  à  l'égard  des  religieux  et  vécurent 
avec  eux  dans  une  cordiale  entente  et  une  mutuelle 
édification. 

Le  premier,  Daniel  de  Vassan,  était  fils  de  Zacharie 
de  Vassan,  vicomte  de  Daubilly.  en  Champagne,  et 
seigneur  de  Puiseux,  en  Valois,  et  de  Madeleine 
Féret  (1).  Il  avait  les  titres  de  Conseiller  et  d'Aumù- 
nier  du  roi,  quand  il  fut  pourvu  de  la  Commende  de 
Micy.  Il  reçut  ses  bulles  de  provision  de  Paul  V, 
en  Hr\'A. 

Homme  actif  et  prudent.  Daniel  de  Vassan  accrut 
la  prospérité  de  son  bénéfice  par  son  liabile  adminis- 
tration. L'église  conveiihiolle,  bàlie  un  peu  à  la  bàle, 

(1)  Lé  Maire,  Antiquités  d'Orléans,  p.  87. 


—  373  — 

à  la  suite  des  guerres  de  religion,  et  dans  des  propor- 
tions restreintes,  qu'avait  fait  adopter  la  pauvreté  des 
moines,  parut  trop  modeste  et  trop  étroite,  quand 
leur  fortune  fut  redevenue  plus  florissante.  Sans  la 
reconstruire  entièrement,  on  résolut  de  lui  donner 
un  notable  agrandissement  en  lui  adjoignant  deux 
nefs  collatérales.  L'exécution  de  ce  travail  fut  confiée 
à  Jean  Bouthibon,  maître  maçon,  à  Orléans,  le  22  jan- 
vier 1626.  Il  s'engagea  à  livrer  l'église  entièrement 
terminée,  et  en  bon  état,  le  jour  de  Saint-Micbel 
suivant,  29  septembre,  moyennant  une  somme  de 
28,000  livres^  payable  en  6  ans.  Il  ne  l'acheva  cepen- 
dant que  six  mois  plus  tard,  le  26  avril  1627.  Quand 
il  s'agit  de  vérifier  son  ouvrage,  l'abbé  refusa  de  le 
recevoir;  la  couverture  était  trop  légère  et  mauvaise, 
à  dire  d'experts.  Bouthibon  fut  condamné  à  la  refaire 
entièrement,  à  ses  dépens,  travail  (jui  fut  accompli 
par  Jean  Testu,  couvreur  ordinaire  du  monastère,  et 
accepté  le  18  juin  1627  (1). 

Pour  payer  la  somme  considérable  que  coûta  cette 
construction,  on  eut  recours  à  divers  moyens.  L'abbé 
de  Yassan  donna  1,000  livres  sur  sa  fortune  person- 
nelle (2).  Puis,  le  prieur  claustral  adressa  une  lettre 
circulaire  aux  curés  et  habitants  des  paroisses  dépon- 
dant du  monastère,  pour  solliciter  une  contribution 
proportionnée  à  leurs  ressources.  Tous  envoyèrent 
leur  offrande.  La  petite  paroisse  de  Saint-Nicolas- 
Saint-Mesmin,    sur    laquelle    s'élevait    Micy,    donna 

(1)  Bibliothèque  d'Orléans,  Hubert,  M.  S.,  iSC^,  T-  'u. 

(2)  Archives  du  Loiret,  cote  27  F,  N.  3. 

25 


—  37i  — 

47  livres,  qui  lurent  consacrées  au  paiement  dune 
partie  de  la  couverture  (1).  Quelques  aumônes,  des 
économies  réalisées  sur  les  dépenses  ordinaires 
finirent  de  payer  l'église,  dans  les  délais  convenus. 
Pour  compléter  l'ensemble  de  cette  œuvre,  on  plaça 
des  lambris  de  cbéne  sur  les  murailles  intérieures  ; 
les  nouvelles  nefs  furent  pavées  en  belles  dalles  de 
pierre,  d'un  appareil  régulier,  en  1(336;  et  enfin  on 
éleva,  sur  le  pignon  méridional  de  la  grande  nef,  un 
petit  clocber  en  charpente,  recouvert  d'ardoises  et 
destiné  à  contenir  deux  petites  cloches  pour  sonner 
les  messes  en  semaine,  les  Angélus  et  les  exercices 
journaliers  des  moines  [2).  Cette  dernière  construc- 
tion coûta  700  livres,  y  compris  la  suspension  des 
cloches.  Tous  ces  travaux  furent  exécutés  du  consen- 
tement et  avec  l'aide  de  l'abbé. 

Le  même  prieur  lit  dresser,  vers  ce  temps,  un 
inventaire  exact  des  titres  et  papiers  concernant  le 
revenu  total  de  la  mense  conventuelle  de  Saint-Mes- 
min,  tel  (ju'il  se  percevait  en  1025.  Ce  relevé  impor- 
tant fut  écrit  en  deux  exemplaires  encore  existants, 
l'un  à  la  HibHothè(jU(?  nationale^  à  Paris  (^3),  l'autre 
aux  Archives  du  Loiret,  à  Orléans  (4).  Il  suffira  de 
dire  ici  que  celte  mense  productive  du  revenu  destiné 

(1)  Archives  du  Loiret,  Registres  capHulaires  des  Feuil- 
lants, année  16'27. 

(2)  On  aperçoit  ce  petit  clocher,  à  droite  du  grand,  sur  le 
dessin  de  M.  Desfriches,  reproduit  en  tête  de  cette  Histoire. 

(3j  Bibliothèque  nationale,  M.  S.,  8778. 
('i)  Archives  du  Loiret,  Ancien  fonds  de  !Saint-Mesmiy\^ 
cote  5. 


—  375  — 

à  pourvoir  à  Tentretien  et  à  la  nourriture  des  moines, 
comprenait  une  partie  de  l'enclos  même  du  monas- 
tère, les  métairies  de  l'Ardoux  et  de  Foullon,  la  dîme 
de  Chaing-y  transformée  en  une  redevance  de  60  poin- 
çons de  vin,  les  dîmes  de  Tig-y,  de  Sennely,  de  Saint- 
Nicolas,  des  terres  labourables,  prés,  vignes  et  bois, 
quatre  moulins,  plusieurs  maisons,  tant  à  Orléans 
qu'à  Saint-Mesmin,  des  droits  de  pèche,  de  patronat, 
et  enfin  des  fondations  de  messes  et  de  services  reli- 
gieux. 

G^est,  à  peu  de  choses  près,  ce  que  le  cardinal  de 
la  Rochefoucauld  avait  concédé  aux  premiers  Feuil- 
lants par  le  concordat  de  1608. 

Un  autre  inventaire,  d'un  genre  différent,  plus 
intéressant  peut-être,  fut  encore  composé  à  la  même 
époque.  Les  religieux  de  Notre-Dame  de  la  Celle,  en 
Brie  (1),  avaient  demandé  à  ceux  de  Micv  de  leur 
prêter  quelques  livres.  Ceux-ci  acquiescèrent  à  leur 
prière;  mais  avant  d'en  envoyer,  ils  voulurent  faire 
le  catalogue  complet  de  ceux  qui  remplissaient  leur 
bibliothèque.  Ils  s'élevaient  déjà  au  nombre  de  quatre 
ou  cinq  mille  volumes.  Accroissement  merveilleux, 
après  la  destruction  complète  de  Tancienne  collection 
littéraire  de  Micy.  par  les  Huguenots,  moins  d'un 
siècle  auparavant!  C'est  que  les  Feuillants  aimaient 
passionnément  les  livres,  instruments  indispensables 
d'études  sérieuses.  Ils  consacraient  chaque  année 
une  partie  de  leurs  ressources  disponibles  à  en  acqué- 
rir de  nouveaux  et  prenaient  grand  soin  à  les  con- 

(1)  Abbaye  bénédictine,  au  diocèse  de  Meaiix. 


-   376  — 

server.  Les  Constitutions  de  leur  Ordre  leur  prescri- 
vaient de  veiller  attentivement  sur  les  imprimés  et 
sur  les  manuscrits.  «  Ces  derniers  devaient  être  tenus 
sous  clef  et  on  ne  pouvait  les  lire  qu'avec  la  permis- 
sion expresse  du  supérieur  (1).  > 

Malheureusement,  le  catalogue  de  162.j  a  disparu^ 
et  avec  lui,  presque  tous  les  ouvrages  de  ce  riche 
dépôt.  Il  en  reste  un  petit  nombre  seulement,  échap- 
pés aux  Vandales  de  la  Révolution,  que  conserve  la 
Bibliothèque  publique  d'Orléans.  Plusieurs,  reliés  en 
beau  parchemin  blanc,  portent,  sur  les  deux  plats,  le 
le  sceau  de  l'abbaye  qui  indique  leur  origine.  Ce 
sceau  (2),  adopté  par  les  Feuillants  de  Micy,  est  ovale, 
de  0"'()57  millimètres  de  hauteur  et  de  0'"  040  milli- 
mètres de  largeur.  L'écusson  est  celui  de  Saint- 
Mesmin  :  cTazu)'  au  sautoir  de  gueules  chargé  de 
cinq  étoiles  d^or ;  il  est  cantonné  à  dextre,  à  senestre 
et  en  pointe  de  trois  fl«nirs  de  lys  d'argent;  en  chef 
s'étend  une  guiilande  de  feuillage,  avec  une  rose  au 
milieu.  Sur  le  pourtour,  on  lit  ces  mots,  en  latin  : 
sceau  du  7nonastère  royal  de  iSaint-MesmiJi  de  Miaj; 
sur  d'antres,  il  y  a  cette  variante:  sceau  du  ynonastère 
royal  desFeuillants  de  Saint-Mesmin  (3). 

On  croit  que  ce  catalogue  littéraire,  de  162;),  fut 
dressé  par  doin  Jean  de  Saint-Martin  .  religieux  de 
Micy,  où  il  séjourna  longtemps.  Moine  fort  instruit  et 

(1)  Consliluiio7ics  Congregalionis:  />.  Marur  Fulicnsis, 
Pnrisis,  l(l>7,  j).  {V2. 

(2)  Bihliollièque  d'Orléans,  M.  S.,  E.  3i46  et  E.  il3. 

(3)  Voir  la  gravure  de  ces  armoiries. 


—  377  — 

chercheur  infatigable,  il  était  passionné  pour  l'histoire 
de  son  abbaye.  Il  recueillit  tous  les  souvenirs,  tradi- 
tions, textes  et  titres  qu'il  put  retrouver,  et  en  com- 
posa deux  ouvrages,  restés  manuscrits.  Dans  le  pre- 
mier, intitulé  le  Sanctorale ,  il  raconte  la  vie  de 
tous  les  personnages,  ayant  vécu  à  Saint-Mesmin,  qui 
furent  honorés  du  titre  de  saints.  Le  second,  beaucoup 
plus  considérable  et  divisé  eu  cinq  livres,  s'appelle  le 


Sceau  des  Feuillants. 

Promptuarium  miciacense ;  il  y  rapporte  une  foule 
de  faits,  de  noms  d'abbés,  de  chartes  anciennes,  de 
paroles  et  de  choses  concernant  son  monastère  et  la 
ville  d'Orléans  (1).  Par  malheur,  ces  sortes  de  «:hro- 
niques,  composées  en  latin,  sont  dilluses,  remplies  de 
digressions  et  de  longueurs  ;  on  y  trouve  peu  d'ordre 

(1)  Gallia  ClHHisTiANA,  EccUs.  AurcL,  t.  Mil,  [).  1Ô27. 


—  378  — 

méthodique.  Comme,  d'autre  part,  elles  sont  d'une 
écriture  très  fine,  irrégulière  et  pâlie  par  le  temps, 
leur  étude  en  est  fort  difficile.  Il  y  a  là  cependant 
une  mine  précieuse,  oii  de  patients  érudits  pourraient 
recueillir  une  moisson  abondante  de  documents  à  peu 
près  inconnus  (1). 

A  mesure  que  les  Feuillants  se  trouvaient  en  pos- 
session de  quelques  sommes  importantes,  ils  les 
employaient  à  dégager  les  biens  aliénés  pour  payei' 
les  subventions  frappées  par  le  roi  sur  le  Clergé,  au 
siècle  précédent.  Un  arrél  du  Grand  Conseil  privé, 
du  9  février  1G38,  leur  permit,  d'une  manière  géné- 
rale, de  retirer  tous  les  biens  ainsi  engagés,  chaque 
fois  (ju'ils  le  pourraient,  à  la  charge,  pour  eux.  de 
rembourser  tous  les  frais, dépenses  et  améliorations(2). 
Ces  rachats  eurent  lieu  surtout  au  faubourg  du  Por- 
tereau  d'Orléans,  pour  les  dépendances  du  prieuré 
de  Saint-Marceau.  Des  actes  nombreux  furent  faits, 
de  d610  à  1040,  pour  la  reconstitution  des  biens  de 
cette  cure  :  titres  de  rentes  et  censives,  dénombre- 
ment des  revenus,  baux  de  location  pour  les  logis, 
terres  et  bois,  retrait  des  maisons  aliénées,  restitution 
de  biens  détournés,  règlements  de  contestations,  etc. 
Ces  papiers  attestent  l'activité  avec  laquelle  les  Feuil- 
lants s'appliquaient  à  mettre  de  l'ordre  dans  toutes 
ces  choses  (3). 

M)  Ribliotlipquo  d'Orlôans.  cinq  manuscrits  non  cata- 
logués, 

(2)  Archives  du  Loiret,  carton  52,  N.  5. 

(3)  Arcliives  du  Loiret,  casier  27  F.,  carton  20. 


-   379  ~ 

Pendant  qu'ils  s'occupaient  du  nnonastère  de  Micy, 
de  ses  prieurés  et  domaines,  les  religieux  n'avaient 
garde  de  négliger  leur  Alleu  d'Orléans,  qu'on  appe- 
lait alors  communément  le  petit  Saint-Mesmin.  Ils 
avaient  réparé  et  rendu  logeables  les  bâtiments  dévas- 
tés par  les  Huguenots,  à  leur  première  occupation; 
réglise,  entièrement  démolie  à  la  seconde,  avait  été 
rebâtie  sans  recherche  architecturale,  mais  avec  la 
décence  et  l'ornementation  simple  nécessaires  au  ser- 
vice divin.  Les  Feuillants  pensèrent  qu'un  établisse- 
ment dans  la  ville  même  leur  serait  plus  avantageux 
que  leur  isolement  à  la  campagne.  Sans  vouloir  aban- 
donner entièrement  leur  abbaye,  ils  résolurent,  d'ac- 
cord avec  leur  abbé,  d'installer  dans  l'Alleu  une 
partie  de  leur  communauté.  Mais  une  double  diffi- 
culté parut  d'abord  devoir  rendre  impossible  la  réa- 
lisation de  ce  dessein. 

Plusieurs  des  bâtiments  de  TAUeu  étaient  loués  à 
divers  locataires  par  des  baux  non  encore  expirés;  il 
fallait  en  obtenir  la  résiliation.  D'autre  part,  les 
Jésuites,  dont  le  Collège  était  conligu  à  l'Alleu, 
faisaient  une  grande  opposition.  Ils  convoitaient  son 
jardin  et  ses  logis  pour  s'agrandir  et  voyaient  d'un 
mauvais  œil  un  nouveau  couvent  s'établir  à  leurs 
côtés.  Ils  s'efforcèrent  d'influencer  Tévéque  d'Orléans, 
l'abbé  môme  de  Micy  et  plusieurs  personnages  puis- 
sants de  la  ville.  Mais  les  Feuillarits  ne  cédèrent  pas. 
Ils  obtinrent,  moyennani  mie  indemnilé  dr  70(1  livres, 
la  rétrocession  des  locaux  de  PAlleu:  (juant  à  Top- 
position  des  Jésuites,  ils  passèr«'nt  outre,  sirnplenieiil. 


—  380  — 

Le  jour  des  Saints-Innocents,  28  décembre  1623,  les 
Pères  de  Saint-Mesmin  vinrent  prendre  possession  de 
leur  nouvel  (''lahlissenient  a  avec  le  contentement  et 
joie  de  tout  le  peuple  de  la  ville  (^1)  ».  Ils  y  remplirent 
leurs  exercices  réguliers  et  rendirent  de  nombreux 
services  au  clergé  des  paroisses  par  leurs  éloquentes 
prédications. 

Cependant  cette  occupation  ne  fut  pas  de  longue 
durée.  En  raison  de  la  double  dépense  qu'elle  occa- 
sionnait, le  prieur  claustral,  en  162.j,  rappela  à  Saint- 
Mesmin  ses  religieux  d'Orléans,  laissant  à  l'Alleu  un 
seul  prêtre,  pour  desservir  l'église.  Quant  aux  loge- 
ments, une  partie  lui  louée  à  nouveau,  moyennant  un 
loyer  annuel  de  120  livres,  au  Receveur  des  gabelles 
d'Orléans  et  de  Beaugency ,  par  bail  passé  devant 
i>P  Boys,  notaire,  le  4  février  1026.  En  reconnais- 
sance des  services  rendus  par  leur  abbé,  les  religieux 
lui  abandonnèrent  le  reste  des  logis,  savoir  :  «  La 
jouissance  d'une  cliambre,  d'une  garde-robe,  de  deux 
cénacles  au-dessus  de  la  cuisine,  et  de  la  communauté 
de  la  cuisine  »,  pour  lui  servir  de  pied-à-terre,  quand 
il  viendrait  à  Orléans.  Plus  tard,  en  1641.  tous  ces 
divers  logements,  restaurés  et  agrandis,  furent  loués 
à  un  seul  locataire,  les  dames  de  llebers,  sur  le  prix 
de  420  livres  par  au  poui*  le  tout  (2). 

L'abbaye  de  Saint-Mesmin,  comme  toutes  celles  de 
France,  avait  toujours  eu  des  frères  oblats  ou  donats, 

(1)  Archives  du  Loiret,  Registres  capituhiires,  année  i()-23. 
{"2)  Archives  du  Loiret,  Registres  capUulaires,  année  lUVl. 


—  381  ~ 

On  appelait  ainsi  des  laïcs  qui  s'offraient  à  Dieu  et 
se  donnaient  entièrement  à  un  monastère  avec  leurs 
biens.  Ils  n'étaient  pas  des  religieux  proprement  dits, 
mais  promettaient  solennellement  de  garder  la  pau- 
vreté, la  chasteté  et  l'obéissance.  Ils  portaient  une 
robe  blanche  venant  jusqu'à  mi-jambe,  un  scapulaire 
de  toile  pour  le  travail  et  un  chapeau  avec  un  man- 
teau, quand  ils  sortaient. 

Un  de  ces  donats,  frère  Noël  de  Saint-Joseph,  jadis 
nommé  dans  le  monde  Pincepré,  fut  pris  d'étranges 
scrupules,  en  1630.  Il  répétait  qu^'il  ne  pouvait 
plus  se  sauver  dans  la  vie  religieuse,  qu'il  y  per- 
dait son  àme  ;  et,  finalement,  demanda  à  sortir  du 
monastère,  ajoutant  qu'il  saurait  bien  en  sortir 
seul,  si  on  ne  voulait  pas  le  laisser  aller.  Le  père 
pi'ovincial ,  dom  Jean  de  Saint-François,  vint  à  Micy 
pour  faire  cesser  ce  scandale.  Il  examina  Pincepré 
et  prononça  son  exclusion.  Devant  les  frères  assem- 
blés en  chapitre,  il  le  dépouilla  de  son  habit  monacal 
et  le  renvoya  au  siècle,  pendant  qu'on  sonnait  les 
cloches  (1). 

La  même  année,  26  octobre  1630.  un  autre  donat, 
du  nom  de  Ligier,  désira  être  reçu  moine  convers. 
Avant  de  l'admettre,  le  prieur  lui  exposa  ses  obhga- 
tions.  Quand  il  les  lui  eut  bien  fait  comprendre,  il  lui 
demanda  s'il  persistait  dans  son  désir.  Ligier  répon- 
dit qu'il  persistait.  11  fut  alors  reçu  en  chapitre  rt 
prit  le  nom  de  F.  Claude  de  Sainl-Pliilij)pe.   Pendant 

(1)  Registres  capuulaires,  unnée  lOoU. 


—  38-2  — 

de  nombreuses  années,  il  édifia  ses  frères  par  sa  vie 
simple  et  fervente  (1). 

Un  autre  acte  des  registres  capitulaires  montre  avec 
quelle  promptitude  et  sévérité  toute  faute  était  punie 
et  humblement  réparée  par  le  coupable. 

Le  frère  François  de  Saint-Denis,  rentrant  au  cou- 
vent, avec  une  arquebuse  cbarg-ée  et  bandée  dans  ses 
mains,  ajusta  par  imprudence  dom  Bartbélemv  de 
Saint-Jérùme.  ('.elui-ci  lui  fit  observer  l'accident  qui 
pouvait  en  résulter,  et  le  meiiaça  de  le  dénoncer  au 
prieur  (jui  ne  manquerait  pas  de  le  punir.  Dom  Fran- 
çois en  colère  répondit  qu^.  s'il  le  faisait,  il  lui  sau- 
terait au  collet  et  le  punirait  lui-même  durement. 
Pour  ces  paroles,  le  Chapitre  enjoij^nit  en  pénitence 
au  coupable  de  demander,  sur  la  dernière  marche  du 
grand  escalier,  pardon  audit  Barthélémy,  en  lui  bai- 
sant les  pieds,  de  jeûner  au  pain  et  à  l'eau  au  ven- 
dredi ensuivant,  à  genoux  au  milieu  du  réfectoire,  et 
de  dire  devant  riniaiie  du  saint  patron,  le  psaume 
miserere  mei.  Ce  qui  fut  fait  (2). 

Les  empiétements  de  voisins  injustes  ou  avides  du 
bien  d'autrui,  furent  constamment,  dans  ces  deux 
derniers  siècles,  cause  de  procès  pour  les  moines, 
obligés  de  défendre  leurs  droits  méconnus.  M.  d'Es- 
cures,  d'uiîe  grande  famille  orlôanaise,  possédait  le 
beau  château  du  Poulil,  sur  le  coteau  descendant 
jusqu'au  Loiret.  Il  refusa,  en  1(>2*J,  de  payer  aux 
moines  de  Micy  une  rente   annuelle  de  2o  sous  qu'il 

(D  Registres  capitulaires,  année  ITvSÔ. 
(2)  Registres  capitulaires.  année  11)31. 


—  383  — 

leur  devait.  De  plus,  il  entretenait,  malgré  eux,  de 
nombreux  cygnes  sur  la  rivière,  où  i.ls  détruisaient 
le  menu  poisson.  Il  comptait  sur  sa  haute  situation  et 
et  ses  relations  à  la  Cour.  Mais,  cité  en  justice  à 
Orléans,  il  fut  condamné,  en  dépit  de  tout  son  crédit, 
à  payer  la  rente,  et  à  supprimer  ses  cygnes,  soit  en 
es  tuant,  soit  en  les  vendant  (1). 

Quelques  difficultés  s'élevèrent  aussi  entre  les 
moines  et  leur  abbé  qui  prétendait  posséder  un  cer- 
tain droit  de  pèche  dans  le  Loiret.  Ne  voulant  pas 
aigrir  la  cause,  ils  lui  permirent,  en  1627,  de  pren- 
dre du  poisson  dans  un  espace  déterminé  de  Teau  de 
la  rivière,  et  de  faire  construire  une  petite  maison 
près  de  leur  propre  pêcherie:  Ils  se  montrèrent  plus 
exigeants  au  sujet  de  leurs  vignes  de  Chaingv. 
Daniel  de  Vassan  avait  fait  démolir,  sans  leur  assenti- 
ment, les  pressoir  et  cellier  de  ce  lieu,  puis  vendu 
les  matériaux  à  son  seul  profit.  Peu  après  ces  actes, 
il  fut  obligé  de  leur  procurer  un  autre  cellier,  pour  y 
déposer  les  60  poinçons  de  vin  provenant  de  leur  dîme 
dans  ce  canton  (2). 

L'année  suivante,  le  jour  de  Saint-André,  20  mai 
1628,  les  frères,  chantant  Matines  au  chœur  à  l'Iieure 
accoutumée,  furent  interrompus  par  les  eaux  débor- 
dées de  la  Loire  et  du  Loiret.  Les  deux  rivières, 
ayant  réuni  leurs  flots,  avaient  envahi  le  monastère 
subitement.   Elles  montèrent  jusqu'à    la  hauteur  de» 

(!■  Registres  capitula  ires,  ann/'e  1027. 
i*2i  Registres  cnpilalaires,  annôe  in28. 


—  381  — 

bancs  sur  lesquels  on  s'asseyait  dans  la  salle  capilu- 
laire,  à  environ  deux  pieds  dans  le  cloître,  et  ainsi 
partout.  Les  reli*^ieux  durent  se  réfugier  aux  étages 
supérieurs  où  on  leur  ap[)orta  des  vivres  en  bateau, 
tant  que  dura  l'inondation  (1). 

A  lépoque  où  Daniel  de  Yassan  était  abbé  coni- 
mendataire  de  Saint-Mesmin,  plusieurs  Feuillants  y 
cultivaient  les  lettres  et  les  sciences  avec  succès. 
Parmi  eux  se  distinguait  doni  André  de  Saint- 
Denis,  moine  dune  intelligence  supérieure,  qui 
avait  sérieusement  étudié  les  auteurs  anciens,  grecs 
et  latins.  C'était  en  Ki^.j.  Alors  florissait,  dans  tout 
l'dclat  de  sa  renommée  Jean  Louis  de  Balzac,  bel 
esprit  et  liabile  écrivain,  fort  estimé  de  ses  contempo- 
rains. Dans  ses  Lettres,  le  meilleur  de  ses  ouvrages, 
ayant  sans  doute  à  se  plaindre  de  quelques  moines, 
il  les  avait  attaqués,  les  comparant  «  aux  rats  et 
autres  animaux  iinparfaits  qui  estaient  dans  l'ar- 
cbe  (2).  »  Dom  André  prit  fait  et  cause  pour  ses 
frères  ;  il  le  critiqua,  l'accusa  de  plagiat  dans  ses 
écrits,  et  le  prouva.  De  là  grande  colère,  et  polémi- 
que ardente  de  part  et  d'autre.  Le  religieux  était 
érudit,  sa  plume  mordante,  et  la  réputation  littéraire 
du  père  de  ^éloquence  frcmçaUe,  comme  on  appe- 
lait alors  Balzac,  fut  un  iiistant  compromise.  La  lutte 
se  continuait  encore,  quand  Balzac  tomba  gravement 
malade  d'un  vomissement  de  sang.  Dom  André, 
moine   plein   de   cbarité,  déposa  aussitôt  les  armes 

(1)  Registres  capitulaires,  année  1C'28. 

(2)  Balzac,  Œuvres  complètes,  t.  I,  p.  lil. 


—  383  — 

Comme  il  était  devenu  prieur  de  Micy,  il  réunit  ses 
frères  et  les  exhorta  à  joindre  leurs  prières  aux 
siennes,  pour  demander  à  Dieu  la  guérison  de  son 
antagoniste.  Puis,  un  peu  plus  tard,  ayant  appris 
son  rétablissement,  il  lui  écrivit  une  lettre  des  plus 
courtoises,  où  il  lui  en  exprimait  sa  joie.  Balzac  fut 
touché  de  ce  procédé,  et  de  là  data  l'amitié  très  vive 
qui  unit  ces  deux  hommes. 

Plus  tard,  en  I60I,  dom  Pierre  de  Saint- Jean  étant 
prieur,  l'écrivain  offrit  aux  religieux  de  Micy  une 
cassolette  d'argent,  du  prix  de  400  livres,  destinée  à 
brûler  des  parfums  devant  Tautel  de  leur  église 
a  pour  marque  de  l'estime  et  affection  qu'il  avait 
pour  tout  rOrdre  des  R.  P.  Feuillants,  et  en  particu- 
lier pour  ledit  monastère  de  Saint-Maximin,  près 
Orléans,  dont  le  P.  André  de  Saint-Denis,  son  cher 
ami,  fait  sa  résidence  (1)  ».  L'entretien  et  fourniture 
de  parfums  pour  la  cassolette  coûtait  2o  livres  par 
an.  Le  donateur  assura  celte  somme  par  un  contrat 
de  constitution  de  rente,  rachetahle  au  capital  de 
oOO  livres,  et  pour  sûreté  de  laquelle  il  consentit  une 
hypothèque  sur  tous  ses  biens,  le  17  janvier  if).")!  {'2). 

Balzac  et  dom  André  restèrent  toujours  amis  ;  ils 
échangeaient  une  correspondance  assidue,  et  corri- 
geaient mutuellement  leurs  ouvrages.  En  IGu.j,  le 
célèbre  écrivain  s'éteignit  pieusement,  entre  les  bras 
de  l'humble  religieux.  Cette  amitié  durable  succédant 

(1)  POLLUCHE,  M.   s.  401,  f<^  1:27. 

(2)  P.  NiGERON,  Mémoires  pour  servir  à  Vhistoire  des 
hommes  illustres^  t.  XXIII,  p.  31."). 


—  386  — 

à  l'acrimonie  de  leurs  débats,  cet  oubli  des  griefs  ré- 
ciproques, ne  font  pas  moins  l'éloge  du  moine  que 
celui  du  littérateur.  C'est  un  noble  exemple  qui 
honore  le  caractère  de  chacun  d'eux. 

La  rente  fut  fidèlement  payée  tant  que  vécut 
Balzac.  Après  sa  mort,  il  y  eut  (juehjues  retards  de  la 
part  de  ses  héritiers,  puis  plusieurs  interruptions, 
jusqu'en  1718.  Les  payements  furent  versés  ensuite 
jusqu'en  1728.  pour  cesser  encore  pendant  16  ans. 
Enfin  les  derniers  héritiers  de  M.  de  Balzac  les  re- 
prirent en  1744  (1).  Depuis  lors,  et  sans  interruption, 
la  cassolette,  g^age  dune  pieuse  amitié,  ne  cessa  plus 
d'embaumer  de  ses  parfums  le  sanctuaire  de  Micy. 

Pendant  que  ces  divers  faits  se  passaient  à  Saint- 
Mesmin.  Daniel  de  Vassan,  tenu  par  son  litre  d'abbé 
commendataire  en  dehors  du  g-ouvernement  intérieur 
du  monastère,  exerçait  de  divers  côtés  l'activité  de 
son  zèle.  Orateur  savant  et  fort  goûté  des  fidèles,  il 
faisait  de  fréquentes  prédications  dans  les  églises 
d'Orléans  et  d'autres  villes.  Le  talent  de  sa  parole, 
non  moins  que  le  sentiment  de  piété  répandu  sur  son 
visage,  sa  réputation  de  vie  sainte  et  ses  exemples  le 
rendaient  célèbre,  et  produisaient  les  plus  heureux 
fruits  (2). 

Après  28  ans  d'abbatiat,  il  sentit  ses  forces  dimi- 
nuer,  et  eut  comme  un  [)ressentiment  de  sa  fin  [)ro- 
chaine.  Il  voulut  se  détacher  entièrement  des  soins  de 

(1)  Registres  capitulaires,  années  1718,  17-28,  1744. 

(2)  Le  Maire,  Familles  nobles  de  VOrléanais,  p.  89. 


—  387  — 

ce  monde,  pour  se  préparer  uniquement,  clans  la  soli- 
tude, à  paraître  devant  Dieu.  Il  se  démit  de  tous  ses 
titres  et  bénéfices,  en  faveur  de  son  frère  cadet, 
Charles  de  Vassan,  et  mourut  peu  après,  en  1643. 

Charles  de  Vassan  était  conseiller  et  aumônier  du 
roi,  et  doyen  de  l'ég-lise  collégiale  de  Notre-Dame  de 
Cléry.  D'un  âge  déjà  avancé  quand  il  reçut  la  com- 
mende  de  Saint-Mesmin,  il  y  brilla  par  d'éclatantes 
vertus.  Les  annalistes  Orléanais  sont  unanimes  à 
faire  son  éloge  (1).  Sa  piété  sincère  et  fervente  se 
manifestait  par  sa  tenue  à  Téglise  ;  d'une  bonté  sin- 
gulière envers  tous,  il  ne  pouvait  voir  aucune  dou- 
leur sans  tâcher  de  la  soulager  par  l'affabilité  de  sa 
parole,  la  sagesse  de  ses  conseils  et  Tabondance  de 
ses  aumônes.  Dans  ses  courses  à  travers  la  cam- 
pagne, il  se  plaisait  à  consoler  les  paysans  dans  leurs 
peines  et  à  adoucir  les  soufTrances  des  infirmes. 
Véritable  père  des  pauvres  et  des  orphelins,  il  ven- 
dit sa  vaisselle  d'or  et  d'argent  pour  les  nourrir,  dans 
un  temps  de  disette.  Ce  sacrifice  n'ayant  pas  été 
suffisant,  il  se  défit  de  sa  voiture  et  de  ses  chevaux, 
«  aimant  mieux,  disait-il,  se  fatiguer  en  marchant  à 
pied,  que  voir  souffrir  ses  semblables  ».  Aussi  fut-il 
environné  de  l'estime  populaire,  et  sa  mémoire 
demeura  longtemps  en  bénédiction  dans  nos  contrées. 

A  l'égard  de  ses  religieux^  il  se  montra  toujours 
d'une  grande  douceur  et  d'une  inépuisable  généro- 
sité. Aussi  ne  l'appelèrent-ils  jamais  que  leur  bon  abbé. 

(1)  DoM  Verninag,  m.  s.  39i,  «  f^  63;  —  Hubert,  M  S. 
43G,  *  1"  77;  —  Le  Maire,  Antiquités  d'Orléans,  p.  87. 


—  388  — 

Charles  de  Vassan  eut  d'abord  à  régler  quelques 
difficultés  survenues  au  sujet  des  biens  temporels  de 
son  abbaye.  Il  obtint,  en  [(\o2,  une  transaction  entre 
une  dame  Coulon  et  les  Feuillants,  au  sujet  des  mou- 
lins à  tan  et  à  papier  que  ces  derniers  possédaient 
sur  le  Loiret. 

L'alFaire  de  la  grande  aumône  du  Jeudi-Saint  fut 
plus  grave.  Ce  jour-là,  on  donnait  à  tous  ceux  qui  se 
présentaient  à  la  porte  du  monastère,  pauvres  ou  non. 
une  miche  entière  de  pain.  Cette  coutume  entraîna 
de  grands  abus  ;  car  bientôt  on  vint  en  foule,  de  tous 
côtés,  chercher  le  pain,  dont  beaucoup  n'avaient  pas 
besoin  ;  on  finit  même  par  considérer  cette  donation 
comme  une  dette,  exigible  auprès  des  religieux.  Afin 
de  mettre  de  l'ordre  dans  cette  distribution  et  en 
faire  profiter  surtout  les  nécessiteux  du  pays,  les 
Feuillants  la  supprimèrent  dans  ce  qu'elle  avait  d'abu- 
sif, en  \(}Cy2.  Ils  la  remplacèrent  par  un  pain  donné  à 
chaque  véritable  indigent  de  Saint-Hilaire  et  de  Saint- 
Nicolas.  Cette  aumône  se  faisait  sur  une  liste  dressée 
par  les  curés  de  ces  deux  paroisses,  et  commençait  le 
premier  dimanche  après  Noël,  pour  se  continuer 
pendant  huit  dimanches  consécutifs,  à  raison  de  cinq 
mines  de  blé  chaque  dimanche. 

Au  commencement,  les  gens  du  pays,  frustrés  de  ce 
profit,  murmurèrent  contre  les  moines:  leur  mécon- 
tentement alla  jusqu'aux  menaces;  ils  ne  parlaient 
rien  moins  que  de  piller  et  de  brûler  le  monastère. 

L'abbé,  effi-ayé  de  ces  violences,  craignit  pour  la 
sécurité  de  sa  personne  et  de  la  maison  abbatiale.  Il 


—  389  — 

fit  des  remontrances  aux  religieux,  en  présence  de 
M^  Buisson,  notaire  à  Orléans,  le  5  avril  1662.  Il 
leur  représenta  que  cette  aumône,  donnée  de  tout 
temps  et  continuité,  n'était  pas  facultative,  mais 
oblig-atoire  ;  qu'elle  constituait  l'emploi  nécessaire  des 
biens  affectés  à  sa  distribution,  et  qu'ils  ne  pouvaient 
pas  enfreindre  le  contrat  de  leur  aumônerie.  Il  ajou- 
tait que  si,  par  leur  faute,  il  lui  arrivait  quelque 
malheur  dans  sa  personne  ou  dans  son  bien,  il  se 
pourvoirait  contre  eux  pour  tous  dépens,  dommages 
et  intérêts. 

Les  Feuillants  répondirent  que  l'abbé,  en  tant  que 
commendataire,  n'avait  ni  sujet,  ni  pouvoir  de  leur 
adresser  sommation  ;  ils  faisaient  donner  tous  les  ans  la 
grande  aumône,  selon  les  ressources  de  leur  monastère, 
amoindries  notablement  par  les  guerres  passées  ; 
elle  absorbait  chaque  année  quarante  mines  de  blé 
commun,  mais  bon;  c'est  tout  ce  qu'ils  pouvaient 
donner  ;  enfin  ils  voulaient  bien  secourir  les  vrais 
nécessiteux,  mais  non  prodiguer  leur  avoir  sans 
besoin. 

Malgré  les  menaces,  les  moines  tinrent  bon;  la 
pratique  adoptée  passa  en  coutume,  pour  le  plus 
grand  avantage  de  tous,  a  Sous  devons  souhaiter 
qu'elle  se  continue  h  jamais,  écrit  le  secrétaire  du 
Chapitre:,  pour  la  gloire  de  Dieu,  le  soulagement  des 
pauvres  et  la  prospérité  spirituelle  el  temporelle  de 
l'abbaye.   »  M). 

(i)  Registres  capitulaires,  année  lt>t)-2. 

2C 


-  300  — 

Un  procès,  engagé  d'cibord  pour  un  motif  de  peu 
d'imporlance,  entraîna  par  la  suite  de  longues  polé- 
miques et  damères  récriminations.  Les  Feuillants 
voulaient  se  servir  d'un  sentier  suivant  le  bord  du 
Loiret,  pour  atteindre  un  petit  port  où  était  établie 
leur  pêcherie.  Or,  ce  sentier  passait  sur  l'extrémité 
d'une  prairie  aboutissant  à  la  rivière,  laquelle  appar- 
tenait à  un  chanoine  de  Sainte-Croix  d'Orléans, 
nommé  Lié  Chassinat,  qui  s'opposa  énergiquement  à 
leur  passage  sur  sa  terre.  Delà,  un  procès. 

Les  moines  prétendaient  que,  d'après  leurs  litres 
de  fondation,  le  fonds,  la  pèohe  elles  bords  du  Loiret 
leur  ap[)artenaient,  avec  tous  les  droits  féodaux  on 
dépendant  ;  que  d'ailleurs  cette  rivière  a  toujours 
été  navigable  dès  sa  source,  et,  partant,  du 
domaine  public,  avec  ses  rives;  que  par  une  transac- 
tion de  1571,  la  Compagnie  des  marchands  de  Loire 
leur  avait  concédé  tous  ses  droits  et  usa2:es  sur  la 
dite  livière  ;  et  qu'enfin  les  prédécesseurs  de  Chassi- 
nat [l'avaient  jamais  empêché  qu'on  passât  sur  le 
bord  du  Loiret,  le  sentier  en  question  étant  le  chemin 
des  processions  et  convois  pour  arriver  aux  ponts 
d'Olivet  et  de  Saint-Mesmin. 

Lié  Chassinat  publia,  en  1659,  un  long  mémoire  en 
réponse  aux  allégations  des  religieux.  Ce  factum,  ou 
plutôt  ce  pamphlet,  de  plus  de  OG  pages  in-quarto 
imprimées,  révèle  une  certaine  érudition  et  de 
longues  recherches  (1).  Le  chanoine  y  affirme  et  pré- 

(1)  Bibliothèque  d'Orléans,  2102.  no  8. 


—  391  — 

tend  prouver  que  l'histoire  des  saints  Euspice  el 
Mesmin  est  une  fable,  que  toutes  les  chartes  de  Micy 
sont  apocryphes,  que  le  Cartulaire  d'Adam  de  1257 
n'est  pas  son  ouvrage,  mais  a  été  fabriqué  de  toutes 
pièces  à  la  fin  du  xv'^  siècle;  qu'ainsi  Pabbaye  de 
Saint-Mesmin  n'est  pas  de  fondation  royale,  et  que 
ses  titres  sont  sans  valeur  et  ses  droits  nuls. 

Ce  long  travail,  qui  abonde  en  détails  curieux,  est 
rempli  d'exagérations  manifestes,  d'affirmations  sans 
preuves,  de  fausses  interprétations  et  de  graves 
erreurs  de  chronologie.  Ces  défauts  lui  enlevèrent 
toute  autorité,  malgré  son  intérêt  incontestable. 

Ce  procès,  après  avoir  été  plaidé  à  Orléans,  fut 
porté  au  Parlement  de  Paris.  La  sentence  fut  rendue 
en  1663.  Elle  rejeta  la  demande  des  religieux  relative 
au  chemin,  sans  qu'il  y  fût  donné  atteinte  à  l'authen- 
ticité de  leurs  titres  (1). 

Charles  de  Yassan  occupa  24  ans  le  bénéfice  de 
Saint-Mesmin.  Sa  bienveillance  envers  les  religieux 
ne  se  démentit  jamais.  A  plusieurs  reprises,  quand 
les  troubles  de  la  Fronde  étendus  jusque  dans  l'Orléa- 
nais, les  inondations  de  la  Loire,  ou  quelque  autre 
calamité  amoindrissait  leurs  moyens  d'existence,  il 
venait  généreusement  à  leur  secours,  et  pourvoyait  à 
leurs  besoins  de  ses  propres  deniers.  Il  mouruten  1666, 
dans  la  maison  abbatiale  qu'il  avait  presque  constam- 
ment habitée.  On  l'inhuma  dans  l'église  conventuelle, 
où  un  très  beau  monument  de  marbre  fut  élevé  sur  sa 

(1)  Archives  du  Loiret,  Ancien  fonds,  N.  52. 


—  392  — 

tombe.  La  reconnaissance  des  moines  y  grava  cette 
épitaphe,  dont  les  éloges  n'ont  rien  d'exagéré. 

((  Ici  repose  Cliarles  de  Vassan,  prêtre,  do  la  no- 
ble famille  de  Vassan,  abbé  de  cette  maison  pendant 
vingt-quatre  ans,  plus  recommandable  encore  par  sa 
piété  envers  Dieu,  sacbarité  envers  le  prochain  et  l'a- 
bondance de  ses  aumônes  aux  pauvres,  que  par  l'illus- 
tration de  sa  naissance.  Son  testament  nous  apprend 
combien  il  fut  un  dispensateur  fidèle  et  désintéressé 
des  revenus  de  son  bénéfice  ;  car  il  ne  reconnut  pour 
héritiers,  du  peu  qu'il  ne  put  pas  distribuer  de  son 
vivant,  que  ses  domestiques,  les  églises  et  les  pau- 
vres du  territoire  de  son  abbaye.  La  religion  qu'il 
pratiqua  toute  sa  vie.  il  la  conserva  jusqu'au  jour  où 
il  rendit  sa  belle  àme  à  Dieu,  29  avril  1666  »  (1). 

Nicolas  Gedoyn,  aumônier  du  roi.  rci^'ut  en  com- 
mende  le  monastère  de  Saint-Mesmin,  Tannée  même 
de  la  mort  de  Charles  de  Vassan.  C'était  un  prêtre 
très  pieux.  Il  avait  consacré  une  partie  de  sa  vie  aux 
missions  qu'il  prêciiait  avec  fruit.  Quand  cet  apos- 
tolat très  fatigant  ne  fut  plus  possible  à  ses  forces 
affaiblies,  il  se  retira  dans  une  maison  dépendant  de 
l'hôpital  de  la  Salpêlrière,  de  Paris,  pour  y  continuer 
son  ministère  auprès  des  pauvres  et  des  malades.  Il 
les  instruisait  de  sa  parole  toujours  éloquente,  et 
les  secourait  des  deniers  de  sa  bourse  (2).  L'arche- 
vêque de  Paris  le  nomma  supérieur  des  Ursulines  de 
Saint-Cloud,    el    Louis   XIV  lui    donna  l'abbaye  de 

(1)  Bibliothèque  nationale,  M.  S.,  12739,  f-  307, 

(2)  DoM  Verninac,  m.  s.,  3'J4,  »  fo  26. 


—  393  - 

Saint-Mesmin.  Il  ne  pouvait  pas  faire  un  choix  plus 
heureux.  Gedoyn  passa  ses  vingt-sept  dernières  an- 
nées dans  cette  vie  d'humble  dévouement,  faisant 
avec  joie  le  sacrifice  des  avantages  que  sa  naissance, 
ses  talents  et  son  mérite  pouvaient  lui  procurer  dans 
le  monde  (1). 

Les  questions  d'étiquette  et  de  préséance  tenaient 
une  grande  place  dans  la  société  du  XVIP^  siècle. 
Des  personnages,  même  dépourvus  de  tout  orgueil, 
y  attachaient  beaucoup  d'importance,  et  ne  souffraient 
pas  qu'on  en  blessât  les  règles  à  leur  égard.  Ce  fut 
le  cas  de  l'abbé  Gedoyn.  Comme  il  venait  rarement  à 
Saint-Mesmin.  le  prieur  claustral  crut  pouvoir  siéger 
dans  sa  stalle,  presque  toujours  vacante,  pour  prési- 
der les  offices  au  chœur.  Naturellement  Gedoyn  en 
fut  bientôt  informé.  Il  envoya  ses  serviteurs  pour  lui 
enjoindre  de  quitter  cette  place.  Les  moines,  prenant 
parti  pour  leur  prieur,  les  reçurent  fort  mal,  et  même 
les  chassèrent  de  l'église  en  leur  jetant  à  la  tète  les 
carreaux  (coussins),  dont  était  garni  le  prie-Diou  ab- 
batial. Gedoyn  porta  l'affaire  au  Parlement  de  Paris. 
Les  religieux  furent  condamnés  à  laisser  inoccupé  le 
siège  de  leur  supérieur,  tant  qu'il  ne  plairait  pas  à 
celui-ci  de  le  remplir. 

Afin  d'éviter  le  retour  de  semblables  contestations, 
le  vicaire-général  des  Feuillants,  dom  Cosme  de  Saint- 
Michel,  vint  à  Micy  ;  d'accord  avec  les  religieux,  il 
rédigea  un  concordat  réglant  tcjus  les  droits,  privi- 
lèges   et    honneurs    dus     à    l'abbé    commendataire, 

(1)  PoLLUCHE,  M.  S.,  434  ^  f"  194. 


—  39i  ^ 

quand  il  viendrait  au  couvent  et  irait  à  l'église  (1). 
C'est  un  curieux  code  d'élicjuetto  religieuse.  On  y 
voit  jusqu'à  quel  point  on  poussait  alors  la  suscepti- 
bilité en  fait  de  préséance.  Comme  ce  document  est 
le  seul  de  ce  genre  que  nous  ayons  rencontré  au  cours 
de  nos  longues  études  monastiques^  nous  le  donnons 
aux  pièces  justificatives  (1). 

11  y  eut  encore,  à  Micy,  vers  ce  temps,  qutdques 
contestations,  sans  que  l'on  sache  exactement  de  quel 
côté  étaient  les  droits  et  les  torts.  Elles  furent  d'ail- 
leurs facilement  apaisées.  Une  inondation  avait  en- 
dommagé le  pont  de  Saint-Mesmiii.  à  la  fin  de  J670. 
Pendant  qu'on  le  réparait,  les  religieux  avaient  établi 
un  bac  sur  le  Loiret,  pour  passer  les  voyageurs,  et 
prétendaient  jouir  seuls  du  péage,  comme  seigneurs 
de  ce  lieu.  Gedoyn  soutenait,  d'autre  part,  que  ce 
droit  lui  revenait,  comme  appartenant  à  la  mense 
abbatiale.  Après  quelques  explications,  les  parties 
s'entendirent,  et  convinrent  de  le  partager  entre  elles. 
En  1(572,  un  homme,  péchant  pour  l'abbé,  avaient 
jeté  ses  filets  daiis  l'eau  des  moines.  Averti  par  le 
sergent  de  leur  justice,  ils  lavaient  injurié  et  même 
frappé.  Gedoyn  le  défendit  d'abord  ;  mais  bientôt 
mieux  informé,  il  reconnut  son  tort  el  fit  lui-même 
punir  le  coupable  (2). 

Ainsi  (ju'on  l'a  vu  précédemment,  la  dîme  des  vi- 
gnes de  la  paroisse  de  Chaingy  avait  été  convertie, 

(1)  Pièces  justificatives  XLIV,  concordat  pour  les  pré- 
séances. 

(2)  Registres  capitulaires,  année  1672. 


—  395  — 

en  1608,  en  une  redevance  fixe  et  annuelle  de  60  poin- 
çons de  vin,  dont  40  pour  les  moines  et  20  pour 
l'abbé.  A  leur  sujet  s'éleva^  en  1675,  un  désaccord  qui 
dégénéra  en  un  procès.  Gedoyn  voulait  que  cette 
redevance  lui  fut  remise  en  nature  ;  les  Feuillants 
désiraient  au  contraire  qu'elle  leur  fût  payée  en  es- 
pèces, par  une  somme  représentant  le  prix  de  ce  vin; 
((  car,  disait  le  procureur  du  couvent,  l'achatdes  poin- 
çons, les  frais  de  transport  à  la  grange  dîmeresse,  la 
dépense  d'un  religieux  et  d'un  valet  qu'il  fallait  en- 
tretenir à  Chaingy  pendant  quinze  jours,  montaient  à 
plus  de  soixante  livres  par  an  ».  Finalement,  moines 
et  abbé  convinrent  d'affermer  cette  dîme  au  prix  de 
650  livres  par  an.  Cette  somme  leur  fut  attribuée, 
dans  la  même  proportion  que  le  vin,  c'est-à-dire  deux 
tiers  aux  premiers,  et  un  tiers  au  second  (1). 

La  paix,  un  instant  troublée  par  ces  litiges,  fut  ré- 
tablie pour  durer  ensuite  tant  que  vécut  l'abbé  Ge- 
dovn.  Celui  ci  se  montra  toujours  bienveillant  à 
l'égard  des  religieux,  qui,  de  leur  coté,  s'appliquèrent 
à  lui  être  constamment  agréables.  Le  20  mai  1675, 
un  accident  étant  arrivé  à  la  clocbe  du  petit  clocber, 
destinée  à  sonner  les  exercices  de  la  communauté, 
l'abbé  permit  de  descendre  la  petite  clocbe  du  grand 
clocber,  et  de  la  mettre  en  la  place  de  celle  qui  était 
endommagée,  tant  qu'il  serait  supérieur  de  la  mai- 
son (2). 

Conformément    à  un  anti(jue  usage,    b'  sanctuaire 

(1)  Archives  <lu  Loiret,  procédures,  pmcès,  etc  ,  carton  53. 

(2)  Registres  capitclaires,  année  in75. 


—  390  — 

de  l'église  étail  «-ami  de  grands  rideaux  qu'on  tenait 
fermés  pendant  une  partie  du  sacrifice  de  la  messe. 
Par  une  décision  prise  en  Chapitre,  le  17  octobre  1685, 
les  moines  consentirent  à  ce  que  ces  rideaux  du 
chœur  fussent  tirés ,  quand  labbé  assisterait  à 
l'Office  ilV 

Quelques  années  plus  tard,  1690,  l'assemblée  capi- 
tulaire  décida  de  déplacer  le  maître-autel,  et  de  le 
porter  en  avant  de  l'entrée  du  chœur  ;  on  prolon- 
irerait  les  deux  nefs  latérales  d'une  travée,  et  les  au- 
tels  de  la  sainte  Vierge  et  de  saint  Mesmin  seraient 
mis  sur  une  même  ligne  avec  celui  du  milieu.  Nicolas 
Gedoyn  approuva  ce  projet  ;  il  donna  300  livres  pour 
contribuer  à  son  exécution,  et  permit  d'abattre  plu- 
sieurs eros  arbres,  ormes  et  novers,  entourant 
l'église,  jusqu'à  concurrence  d'une  somme  de  3iO 
livres,  pour  le  même  emploi  (2). 

L'année  suivante,  les  pères  Capucins  tinrent  leur 
Chapitre  provincial,  en  leur  couvent  de  Saint-Jean- 
le-Blanc,  près  le  Portereau  d'Orléans.  Comme  ils 
étaient  fort  pauvres,  ils  adressèrent  aux  Feuillants 
«  une  humble  prière  à  l'ellet  d'obtenir  une  aumône, 
pour  couvrir  les  frais  de  leur  assemblée.  »  Les  moines 
de  Micy  en  délibérèrent,  et  votèrent,  «  à  l'unanimité 
des  ballottes,  de  leur  faire  cette  graciosité  ».  Us  leur 
remirent  une  somme  de  quinze  livres,  plus  un  petit 
baril  de  vin  (3).  L'abbé  s'associa  à  leur  charitable 
action,  et  fit  aussi  son  offrande. 

(1)  Registres  capitulaires,  année  1685. 

(2)  Registres  capitulaires,  année  1690. 

(3)  Registres  capitulaires,  année  1691. 


—  397  — 

Après  une  longue  carrière  saintement  remplie, 
Nicolas  Gedoyn  voulut  mourir  humble  et  pauvre, 
ainsi  qu^il  avait  toujours  vécu.  Retiré  à  la  Salpètrière, 
il  y  rendit  le  dernier  soupir,  le  10  juin  1692,  entouré 
des  malheureux  qu^il  avait  tant  aimés,  et  fut  enterré 
comme  l'un  d'eux,  dans  le  cimetière  de  l'hôpital  (i), 

(1)  DoM  Verninac,  m.  s.,  394  2  fo  29. 


—  398  — 


CHAPITRE  XVIlï 

Vie  pieuse  et  active  des  moines   pendant  le  xyhT  siècle. 

DfiSASTRUJSES   INONDATIONS  DE  LA  LoiHE.  AFFAIRES 

LITIGIEUSES.  —  Charges  fiscales.  —  Homme  vivant  et 

MOURANT  ;     OBLAT    DU     ROI.      —     PLUSIEURS    ACCIDENTS.    — 
DUFAURE  DE  PlBRAC   ET  EmMAMUEL   DE  ChÉPY,   ABBÉS. 

(169-2-1749) 

Nicolas  Gedoyn  étani  mort,  le  duc  d'Orléans  pré- 
senta au  roi,  pour  le  remplacer,  Jérôme  Dufaure  de 
Pibrac,  son  confesseur  et  son  maître  de  chapelle,  de 
la  célèbre  famille  des  Dufaure.  de  Toulouse.  Ce 
choix,  appuyé  d'une  si  puissante  recommandation,  ne 
rencontra  aucune  difficulté.  Louis  XÏV  pourvut  le 
candidat  de  son  frère  de  l'abbave  de  Saint-Mesmiii, 
par  lettres  royales,  du  23  août  1602.  (i  ).  Celui-ci 
reçut  {»cu  de  temps  après  ses  bulles  pontificales,  et 
vint  lui-même  prendre  possession,  au  mois  de 
novembre  suivant.  Quand  il  fit  son  entrée  solennelle, 
le  prieur,  dom  Jean-Baptiste  de  Sainte-Marie, 
s'avança  à  sa  rencontre  jusqu'à  l'entrée  de  l'église, 
et  lui  adressa  une  harangue  de  bienvenue  ;  après 
quoi  il  lui  offrit  l'eau  bénite.  Cette  nomination 
agréait  beaucoup  aux  religieux  ;  car  labbé  de  Pibrac 
était  un   prêtre  distingué,  docteur  en  théologie,  que 

(1)  Gallia  Ghristiana,  £"00/.  Aurel.,  t.  VIll,  p.  [7x>'i, 


—  399  — 

sa  science,  son  éloquence  et  ses  éminentes  vertus 
firent  successivement  choisir  pour  grand-vicaire  de 
Bayeux  et  supérieur  p^énéral  des  Carmélites  de 
France. 

Pendant  son  abbatial,  d'une  durée  de  quatorze  ans^ 
les  Feuillants  de  Micy  continuèrent  à  mener  la  vie 
régulière,  conforme  aux  prescriptions  de  leur  Ordre, 
variée  seulement  par  les  incidents  ordinaires  aux  com- 
munautés reliofieuses  :  visites  du  chef  de  la  conorég-a- 

O  Do 

tion,  affaires  litigieuses  et  actes  divers,  qui  interrom- 
paient de  temps  en  temps  la  tranquille  uniformité  des 
pratiques  claustrales. 

Vers  la  fin  du  xvn^  siècle,  Louis  XIV,  considérant 
que  la  maladie  de  la  lèpre,  si  fréquente  au  moyen 
âge,  ne  se  rencontrait  presque  plus  en  France,  avait 
attribué  aux  chevaliers  du  Mont-Carmel  et  de  Saint- 
Lazare  l'administration  perpétuelle  de  toutes  les 
maladreries.  hôpitaux  et  maisons-Dieu  du  royaume, 
où  il  n'y  avait  plus  de  malades  hospitalisés,  en  1092. 
En  vertu  de  cette  décision,  la  maladrerie  des  Chatel- 
liers  et  ses  dépendances  fur(Mit  unies  aux  hospices 
d'Orléans,  par  une  ordonnance  du  mois  de  dé- 
cembre 1693.  Les  bâtiments  et  les  terres  furent 
affermés  par  un  bail  ampliythéoli(|ue  de  99  ans.  qui 
stipulait  la  conservation  de  la  chapelle  de  Saint- 
Etienne.  Elle  demeura  en  l'état  de  simple  prébende, 
jusqu'en  1793  ;  le  chapelain,  resté  comme  par  le 
passé,  à  la  nomination  de  l'abbé  de  Saint-Mesmin, 
percevait  des  administrateurs  des  hospices  son 
modeste  revenu  consistant  en  deux  mines  de  seigle. 


-   400  — 

Cette  situation  dura  jusqu'à  la  Révolution,  oiî  les 
Chatelliers  furent  vendus  comme  bien  national  (1).  En 
cédant  le  domaine  de  la  maladrerie  aux  chevaliers  de 
Saint-Lazare,  les  moines  s'étaient  réservé  la  jouis- 
sance d^ine  maison  qui  lui  était  continue,  pour  on 
alfecter  le  loyer  à  l'entretien  de  la  petite  église  de  leur 
Alleu  d'Orléans  (2). 

Les  charges  imposées  pai'  la  royauté  aux  établis- 
sement ecclésiastiques  devenaient  de  plus  en  plus 
lourdes,  à  mesure  que  s'augmentaient  les  dépenses 
d'administration  publique.  Le  9  janvier  1697,  le 
prieur  exposa  à  la  communauté,  réunie  en  Chapitre^ 
qu'il  lui  était  impossible,  avec  les  ressources  ordi- 
naires de  la  mense  conventuelle,  de  suffire  aux 
subventions,  taxes  et  impositions  extraordinaires 
frappées  sur  le  clergé.  En  conséquence,  il  proposa  à 
ses  frères  d'emprunter  1 ,200  livres  à  M.  Gernier,  mar- 
chand de  boisa  Orléans,  pour  s'acquitter  envers  le  fisc 
loyal.  Avis  favorable  fut  donné,  et  l'emprunt  réalisé 
peu  après  (3). 

Il  fallut,  quelques  mois  plus  tard,  3  juin,  recourir 
au  même  moyen  pour  faire  réparer  la  chaussée  du 
moulin  à  bac,  sur  le  Loiret^  gravement  endommagée 
par  les  grandes  eaux.  Sa  réfection  exigea  une 
somme  de  2,000  livres,  qu'on  emprunta  au  denier 
cinq. 

{{)  Papiers  des  Chatelliers 

(2)  Mémoires  de  là  Societc  archrologique  (rOrléa7îs, 
t.  VI,  p.  189. 

(3)  Archives  du  Loiret,  Registres  capitulai res,  année  1G97, 


—  401  — 

Malgré  leur  désir  de  vivre  en  paix,  les  moines  se 
voyaient  fréquemment  obligés  d'engager  des  procès, 
pour  soutenir  leurs  droits  méconnus  et  se  défendre 
contre  les  agissements  de  voisins  malveillants.  Un 
sieur  Dubourg,  d'Orléans,  avait  établi  une  rafflnerie 
de  sucre  sur  le  bord  du  Loiret.  Pour  se  débarrasser 
des  immondices  provenant  de  son  industrie,  il  avait 
pris  l'habitude,  depuis  trois  ou  quatre  ans,  de  tout 
jeter  à  la  rivière,  pots  cassés,  tessons,  débris  de 
toute  sorte,  cliaux  éteinte  et  eaux  corrompues,  qui 
écrasaient,  empoisonnaient  et  faisaient  mourir  tout 
le  poisson.  En  outre,  trouvant  près  de  son  usine  une 
cave  non  occupée,  bien  qu'elle  appartînt  aux  reli- 
gieux de  Saint-Mesmin,  il  s'en  servait  sans  permis- 
sion, et  y  avait  emmagasiné  des  tonneaux  de  sirop, 
dont  les  émanations  imprégnèrent  tellement  les  murs 
que  de  longtemps  on  ne  put  y  mettre  du  vin.  Le 
prieur,  dom  Jean  de  Sainte-Barbe,  lui  adressa  une 
assignation,  en  avril  1704,  et  le  lit  condamner  à 
nettoyer  la  rivière,  et  à  quitter  cette  cave  ainsi  qu'à 
la  désinfecter,  avec  une  indemnité  pécuniaire,  pour 
le  dommage  causé  et  les  intérêts  dus.  L'année  sui- 
vante^ les  deux  parties  adverses  se  réconcilièrent,  et 
firent  un  accord,  le  31  octobre  J70o,  d'après  lequel 
les  moines  louèrent  leur  cave  à  Dubourg,  pour  un 
loyer  de  40  livres,  et  lui  en  abandonnèrent  Tusage,  à 
condition  qu'il  n'y  mettrait  ni  sirops,  ni  mélasses, 
mais  seulement  des  poinrons  de  vin  (l). 

(1)  Archives  du  Loiret,  procédures,  eto  ,  liasâe  '27  F. 


—  40-2  — 

Ils  Turent  moins  heureux  dans  leurs  démêlés  avec 
le  curé  de  Saint-Michel  de  La  Ferlé-Sainl-Aubiii.  En 
vertu  d'une  bulle  d'Innocent  III,  citée  précédem- 
ment (1),  l'abbé  de  Saint-Mesmin  exerçait  un  droit  de 
patronat  sur  plusieurs  églises.  Cette  protection  était 
représentée,  au  xvin^  siècle,  par  une  redevance  telle- 
ment légère  qu'elle  devait  être  considérée  plutôt 
comme  l'expression  d'une  reconnaissance  de  supé- 
riorité que  comme  une  charge  fiscale.  L'abbaye 
exerçait  ce  droit  sur  les  églises  de  Cléry,  de  Saint- 
André  de  Cléry,  de  Mezières,  et  sur  plusieurs  autres 
où  elle  percevait,  de  chacune  d'elles,  un  cens  d'une 
livre  et  cinq  sols.  Elle  l'exerçait  encore  sur  celles  de 
Saint-Michel  de  la  Ferlé^  et  de  Saint-Aubin,  près  la 
Ferlé  ;  chacune  de  ces  deux  églises  ne  payait  qu'un 
cens  de  dix  sols  par  an. 

Malgré  la  modicité  de  cette  coutume,  les  curés  se 
mettaient  sans  cesse  en  révolte  contre  elle,  ou  plutôt 
contre  la  supériorité  dont  elle  était  le  signe  sensible. 
En  1704.  le  curé  de  Saint-Michel  était  en  retard  de 
dix-huit  annuités,  pour  le  payement  de  sa  redevance 
de  dix  sous.  Cependant  Tabbaye  voulait  être  payée, 
ou  mieux,  voulait  que  son  patronat  fût  reconnu.  Elle 
ht  un  procès  au  curé,  qui  le  perdit.  11  n'en  paya  pas 
davantage.  En  171(1.  il  devait  encore  ses  dix  sous  par 
an.  Les  moines  obtinrent  enfin  qu'il  a«:()uiesçàt  à  la 
sentence  rendue  contre  lui  ;  puis,  satisfaits  sur  ce 
point,  et  en  considération  de  sa  pauvreté,  ils  lui  firent 
remise  de  tout  l'arriéré.   Dans  la  suite,   le  curé   ne 

(1)  Voir  au  chapitre  X  «le  cette  Histoire. 


—  403  — 

paya  pas  plus  que  par  le  passé;  en   171o,  il  devait 
encore  les  trois  dernières  années  échues  (1). 

Ces  détails  révèlent  combien  était  grand  le  chan- 
gement survenu  dans  les  habitudes  sociales,  depuis 
les  temps  du  moyen  âge.  Cette  abbaye,  jadis  si 
riche  et  si  puissante,  avait  vu  sa  fortune  tellement 
amoindrie,  qu'elle  était  réduite  à  réclamer  par  les 
voies  judiciaires  une  redevance  presqu'insignifiante  ; 
son  autorité  était  abaissée  à  ce  point  qu'elle  se  trou- 
vait impuissante  à  la  faire  reconnaître  par  un  simple 
desservant  de  campagne. 

En  dehors  de  ces  contestations  et  difficultés  inhé- 
rentes aux  conditions  du  siècle  dans  lequel  ils 
vivaient,  les  religieux  de  Micy  menaient  une  exis- 
tence paisible,  dans  la  pratique  des  vertus  de  leur 
vocation. 

En  1698,  désireux  de  rendre  un  culte  plus  solennel 
à  saint  Mesmin,  patron  de  leur  monastère,  ils  déci- 
dèrent en  Chapitre  de  relever  son  Office  et  de  le 
célébrer  avec  une  plus  grande  pompe.  Ils  répondaient 
ainsi  aux  vœux  du  sentiment  populaire.  Les  fidèles 
de  l'Orléanais  conservaient  toujours  une  vive  dévo- 
tion au  saint  fondateur  de  Micy  ;  quoique  ses  reliques 
n'existassent  plus,  ils  venaient  toujours  prier  au  lieu 
oii  elles  avaient  longtemps  reposé  ;  dans  les  jours  de 
calamité,  ils  demandaient  aux  religieux  de  porter  en 
procession,  à  travers  leurs  campagnes,  la  statue  du 

(t)  Archives  du  Loiret,  ancien  fonds  de  Saint-Mesmln, 
procédures ^  etc.,  liasse  27  F. 


—  404  — 

saint,  avec  un  fragment  de  ses  ossements,  échappé  à 
la  fureur  destructive  des  Huguenots  (1). 

Le  supérieur  général  de  la  congrégation  des  Feuil- 
lants, le  R  P.  Bonaventure  de  Saint-Franrois,  vint, 
en  1702,  faire  la  visite  régulière  du  couvent  de 
Saint-Mesinin.  A  peine  arrivé,  il  fut  saisi  d'une  mala- 
die grave  qui  le  conduisit  au  tombeau,  en  moins  de 
dix  jours.  Les  moines  lui  firent  des  obsèques  solen- 
nelles, et  l'inhumèrent  dans  leur  église,  au  milieu  de 
la  nef  de  droite,  consacrée  à  la  sainte  Vierge,  le 
13  juin  (2). 

De  nombreuses  personnes  avaient  déjà  été  enter- 
rées dans  cette  église,  depuis  sa  reconstruction  Les 
sentiments  de  foi  encore  très  vifs  chez  beaucoup 
de  chrétiens,  leur  faisaient  désirer  de  trouver  leur 
dernier  repos  dans  le  sanctuaire  d'oii  chaque  jour  des 
prières  montaient  vers  Dieu.  Ils  espéraient  ainsi,  avec 
raison,  en  obtenir  une  participation  plus  abondante. 

Jeanne  Cornier,  femme  d'une  vertu  et  d'une  reli- 
gion tout  à  fait  distinguées,  était  morte  dans  la  mai- 
son abbatiale,  où  elle  tenait  l'emploi  de  gouvernante, 
le  11  septembre  1G08.  Avant  d'expirer,  elle  avait 
demandé  instamment  à  être  enterrée  dans  Téglise 
conventuelle.  Quand  donc  elle  eut  rendu  le  dernier 
soupir,  le  curé  de  Saint-Nicolas,  paroisse  dont  dépen- 
dait le  monastère,  présenta  son  corps  sur  le  seuil  de 
Téglise,  et  l'abbé  de  Pibrac  l'inhuma  lui-même,  avec 

(1)  L  abbé  Rocher,  Xotice  sur  Saint-HUaive-  S(i  int- 
Meimin. 

(2)  Archives  du  Loiret,  Regist.  capit.,  année  1702. 


—  405  — 

les  cérémonies  ordinaires,  à  l'extréniité  de  la  nef  de 
droite,  près  de  la  tour  du  clocher,  au  milieu  d'un 
grand  concours  de  peuple  [i). 

Les  Feuillants  de  Saint-Mesmin  menaient  une  vie 
active  et  régulière,  sous  la  direction  de  leur  prieur 
claustral,  nommé  pour  trois  ans  par  le  supérieur 
général.  Ce  renouvellement  triennal  empêchait  le 
titulaire  de  s'attarder  trop  longtemps  dans  la  même 
maison,  et  d'y  prendre  des  habitudes  qui  pouvaient 
facilement  dégénérer  en  relâchement  ;  il  mettait  à  la 
tête  de  la  communauté  des  hommes  expérimentés, 
déjà  formés  au  gouvernement,  et  désireux  de  mainte- 
nir leurs  frères  dans  la  ferveur.  Ceux-ci  étaient  aussi 
changés  de  temps  en  temps  ;  on  les  envoyait,  tantôt 
l'un,  tantôt  l'autre,  dans  des  couvents  de  la  congré- 
gation, où.  leurs  aptitudes  particulières  pouvaient  être 
utilisées  pour  le  plus  grand  profit  de  tous.  Ces  reli- 
gieux, tout  en  pratiquant  dans  une  certaine  mesure 
les  austérités  des  anciens  Cisterciens,  s'adonnaient 
au  ministère  des  âmes,  avec  autant  de  zèle  que  de 
succès.  Ceux  de  Micy  faisaient  fréquemment  des  ser- 
mons, aux  grandes  fêtes,  dans  les  églises  d'Orléans 
et  de  la  région  environnante  ;  ils  dirigeaient  des 
retraites,  prêchaient  des  missions,  là  oii  les  curés  les 
appelaient,  procurant  ainsi  au  clergé  paroissial  un 
concours  fort  utile  (2), 

Afin  de  rendre  leurs  religieux  plus  capables  d'exer- 
cer ces  différents   offices,   les  supérieurs  envoyaient 

(1)  Registres  capitidaires,  année  1008. 

(2)  Registres  capitulaires,  passini. 


—  406  — 

leurs  novices  perfectionner  leurs  études  aux  grandes 
écoles  de  Paris.  En  161)0.  le  prieur  dom  Guillaume 
du  Saint-Esprit,  puis  dom  Claude  de  Saint-Pierre,  en 
1702,  firent  ainsi  instruire  plusieurs  sous-diacres  aux 
cours  de  la  Sorbonne  ;  quelques-uns  se  distinguèrent 
par  la  science  qu'ils  y  acquirent,  et  obtinrent  plus 
tard  le  grade  de  docteurs  en  théologie.  D'autres  sui- 
virent les  leçons  de  notre  Université  orléanaise  ;  on 
retrouve  leurs  noms  sur  ses  registres.  Ils  demeu- 
raient dans  les  logis  de  l'Alleu,  pendant  le  temps  de 
leurs  études,  et  retournaient  ensuite  à  Saint-Mesmin 
reprendre  les  exercices  delà  vie  monastique  (1). 

A  la  fin  de  l'année  1706,  Dufaure  de  Pibrac  fut 
nommé  abbé  commendataire  de  Saint-Benoit,  sur  la 
présentation  du  duc  d'Orléans^  et  en  prit  possession 
par  procuration,  le  17  août  1707.  En  acceptant  cette 
abbaye,  il  ne  voulut  pas  contrevenir  aux  décisions  du 
Concile  de  Trente,  qui  interdisait  la  pluralité  des 
bénéfices.  Il  résigna  donc  celui  de  Saint-Mesmin. 

On  lui  doit  Tintroduclion  de  la  cause  de  béatifica- 
tion de  sainte  Gey^maine^  dite  de  Pibrac,  parce 
qu'elle  naquit  et  vécut  au  village  de  Pibrac  (2),  ber- 
ceau de  la  famille  des  Dufaure.  Il  la  fit  présenter  à 
Rome  par  lintermédiaire  de  son  neveu,  Guy,  comte 
de  Pibrac,  maréchal  de  camp,  puis  andjassadeur  de 
Louis  XIV  auprès  du  Saint-Siège. 

Après  avoir  dignement  occupé  la  cliarge  d'abbé  de 

(1)  Arcliives  <la  Loiret,  rt/irie/î  fondsi  de  Sa'nit-^Jesmhi, 
piissiii) . 

(2)  Commune  du  canton  de  Léguevin,  (Haute-Garonne). 


—  407  — 

Saint-Benoit,  oii  il  résidait  habituellement,  pendant 
vingt-six  ans,  Jérôme  Dufaure  de  Pibrac  y  mourut 
en  1733.  Il  fut  inhumé  dans  le  bras  septentrional  du 
transept  de  l'église,  à  l'endroit  où  on  lit  encore,  pour 
toute  épitaphe,  cette  humble  inscription  :  «  Ci-gît  dom 
Jérôme  de  Pibrac,  abbé  de  ce  lieu.  » 

Augustin  Emmanuel  de  Grouches  de  Chepy,  fils 
d'Auguste,  marquis  de  Chepy,  et  d'Anne-Marie  Char- 
reton  de  la  Terrière,  obtint  Pabbaye  de  Saint-Mes- 
min,  le  24  décembre  170G,  après  la  résignation  du 
précédent  abbé.  Un  arrêt  du  Grand  Conseil  l'autorisa 
à  prendre  de  suite  possession  de  son  bénéfice,  à  la 
charge  d'obtenir  ses  bulles  pontificales  dans  un  délai 
de  six  mois.  Il  les  reçut  au  commencement  de  Tannée 
suivante,  1707.  Cet  abbé  mourut  en  1750  ;  il  fut 
ainsi  44  ans  possesseur  de  la  commende  de  Saint- 
Mesmin.  C'est  le  plus  long  règne  bénéficier  qu'on 
trouve  dans  l'histoire  de  ce  monastère.  Durant  cette 
occupation,  de  près  d'un  demi-siècle,  la  petite  com- 
munauté feuillantine  de  Micy  vécut  paisiblement, 
sous  la  protection  de  l'autorité  royale,  et  la  surveil- 
lance des  supérieurs  généraux  de  l'Ordre.  Les  reli- 
gieux s'y  livrèrent  régulièrement  aux  exercices  de  la 
vie  monastique,  partagée  entre  la  prière,  l'étude  et 
les  œuvres  de  zèle.  On  relève  seulement  sur  leurs 
registres  capitulaires,  pendant  celte  période  étendue, 
les  faits  habituels  à  cetteépocjucjdes  transactions  admi- 
nistratives, des  réclaiTiations  au  sujet  des  exigences 
fiscales,  et  surtout  des  procès,  qui  naissaient  à  tout 
propos  dans  ce  dix-huitième  siècle,  essentiellement 
procédurier  et  ami  de  la  chicane. 


—  408  — 

Les  premières  années  de  l'abbatiat  d'Emmanuel  de 
Chepy  furent  signalées  par  les  grands  désastres  que 
causèrent  les  inondations  de  la  Loire.  Ce  fleuve,  si 
capricieux  dans  son  cours,  eut,  en  octobre  et  en 
novembre  1707,  des  crues  très  violentes  ;  la  der- 
nière fit  vingt-trois  brèches  dans  ses  digues,  sur  la 
seule  région  orléanaise.  La  même  catastrophe  se 
renouvela  en  1708  et  en  1709,  et  encore  en  1711. 
Les  moines  de  Micy  éprouvèrent  de  grandes  pertes 
du  fait  de  ces  inondations.  Colle  de  1707  emporta  le 
pont  de  Saint-Mesmin,  dont  trois  arches  furent  ren- 
versées. Il  fallut  rétablir  le  bac,  pour  le  passage  des 
voyageurs.  Leurs  fermiers  virent  presque  toutes 
leurs  récoltes  détruites  par  les  eaux  ;  il  fut  néces- 
saire de  leur  faire  remise  de  la  pkis  grande  partie  de 
leurs  fermages,  et  de  réparer  les  bâtiments  d'exploi- 
tation agricole.  Jacques  Fioutin.  un  de  leurs  meuniers, 
eut  son  moulin  emporté.  11  consentit  à  le  rebâtir  à 
ses  frais,  moyennant  une  dimiriution  de  100  livres 
sur  son  loyer,  jusqu'à  la  fin  de  son  bail.  Les  débor- 
dements de  juin  et  juillet  1709  causèrent  aussi  de 
notables  dommages  aux  propriétés  territoriales  du 
monastère.  Celui  de  1711  fut  doublement  désastreux, 
parce  que  tous  les  blés  ayant  été  détruits  en  terre 
par  une  terrible  gelée  d'hiver,  hi  disette  et  la  misère 
se  firent  sentir  de  toutes  parts  (1). 

L'abbé  de  Chepy  était  depuis  peu  arrivé  h  Saint- 
Mesmin.  A  hi  demande  de  l'évèque  (TOrléans,  Louis- 
Gaston  Fleuriau,  il  écrivit  un  élo(juent  mémoire  sur 

(1)  Hc(;istres  cajiHulaires,  années  1/07,  1709  et  1711. 


—  409  — 

ces  tristes  événements,  afin  de  plaider  la  cause  des 
victimes  de  ces  fléaux  auprès  des  pouvoirs  publics. 
Il  contribua  ainsi  à  leur  obtenir  d'importants  secours, 
en  vivres,  en  vêtements,  et  en  objets  de  première 
nécessité. 

Pour  achever  ce  qui  concerne  ces  désastres,  l'inon- 
dation de  1733,  plus  forte  que  toutes  les  précédentes, 
renversa  une  partie  des  bâtiments  du  monastère,  et 
presque  toutes  ses  fermes  situées  dans  le  Yal.  Les 
fermiers,  épuisés  par  tant  de  pertes  continues,  furent 
pour  plusieurs  années  dans  l'impossibilité  de  payer 
aucun  fermage.  Les  réparations  indispensables  aux 
habitations^  aux  digues  des  cours  d'eaux^  aux  moulins 
et  autres,  nécessitèrent  de  grandes  dépenses.  Il  fallut 
encore  recourir  à  des  emprunts,  dont  les  renies  gre- 
vèrent lourdement  les  ressources  des  religieux.  Ils 
sollicitèrent  et  obtinrent,  le  7  mai  1734,  un  arrêt, 
ordonnant  la  coupe  du  quart  de  la  réserve  de  tous 
les  bois  leur  appartenant,  pour  le  prix  de  leur  vente 
être  employé  aux  reconstructions  et  aux  réparations 
des  dégâts  causés  à  leurs  édifices  (1).  Malgré  ce 
secours,  les  Feuillants  se  trouvèrent  longtemps  dans 
une  très  grande  gêne,  augmentée  encore  par  les  exi- 
gences du  fisc. 

Des  écrivains  mal  informés  ont  prétendu  que  l'an- 
cien clergé,  comblé  de  faveurs  et  de  privilèges  de 
tout  genre,  ne  participait  pas  aux  charges  publiques, 
et  ne  payait  aucun  impôt.  Rien  n'est  plus  faux.   (]ar 

(1)  Archives  niitionalt's,  Arrêts  du  Parlement,  ann<''fi  17.S4. 


—  410  — 

de  tous  temps  les  rois  ont  prélevé  sur  les  établisse- 
ments ecclésiastiques,  personnes  et  biens,  des  contri- 
butions considérables,  allant  parfois  jusqu'à  les 
ruiner. 

Parmi  des  témoignages  innombrables,  Saint-Mesmin 
fournit  une  preuve  indéniable  de  ce  fait.  On  a  déjà 
vu.  dans  tout  le  cours  de  cette  Histoire,  combien 
souvent  ses  moines  avaient  dû  payer  à  l'Etat  des 
contributions,  demandées  sous  les  noms  de  décimes, 
de  cens,  de  dons  gratuits,  de  secours  au  roi.  On 
exigeait  ces  impôts  divers  avec  tant  de  sévérité,  que 
maintes  fois  ils  furent  contraints  d'aliéner  leurs 
domaines  pour  se  procurer  les  sommes  don!  ils 
avaient  besoin,  a(in  de  s'acquitter  sans  délai. 

A  la  suite  des  désastres  causés  par  les  inondations, 
vers  1735,  Fabbé  de  Cbepy  rédigea  successivement 
trois  mémoires  très  documentés,  sur  la  situation 
financière  de  son  bénéfice.  Il  s  y  plaint  que  les  contri- 
butions imposées  à  Saint-Mesmin  sont  trop  considé- 
rables, qu'il  n'y  a  ni  ordre  ni  égalité  dans  la  répartition 
des  quotités  fixées  pour  le  diocèse  d'Orléans  ;  il 
termine  en  disant  que  son  abbaye,  désolée  par  tant 
de  calamités,  est  dans  l'impossibilité  de  payer  la  taxe 
qu'on  lui  demande. 

«  Les  impositions  mises  sur  le  Clergé,  dit-il,  se 
composent  des  décimes,  (jui  prennent  leur  origine 
en  1516,  et  des  contributions  extraordinaires,  appelées 
don  gratuit,  accordées  à  sa  Majesté  par  l'assemblée 
de  Mantes,  de  l(i4l.  (les  deux  impôts  réunis  ont  été, 
pour  Saint-Mesmin  :  « 


—  411    - 

De  1,376  livres,  en  1725; 

De  993  livres,  en  1730; 

Et  de  1,137  livres,  en  1733. 

Outre  ces  impôts,  réguliers  et  permanents,  Tabbave 
a  encore  à  sa  charge  : 

Les  portions  congrues,  de  750  livres,  avec  les 
rentes  anciennes  et  nouvelles,  de  o40  livres.  Toutes 
ces  sommes  forment  ensemble,  pour  l'année  1735, 
un  total  de  2,427  livres.  Qu'on  Pote  du  revenu 
complet  produit  par  Tabbayo,  lequel  ne  dépasse  pas 
8,000  livres,  il  ne  reste  plus  qu'environ  3^300  livres, 
avec  lesquelles  il  faut  faire  vivre  les  moines  et  pour- 
voir à  tous  les  besoins.  Quelle  part  aura,  dès  lors, 
Tabbé  commendataire  ?  »  (1). 

En  terminant  son  troisième  mémoire,  l'abbé  de 
Cbepy  attaque  très  vivement  Messire  Jean  de  Muret, 
cbanoine  de  l'Église  d'Orléans  et  syndic  du  Clergé, 
répartiteur  des  impositions.  Il  lui  reproche  décharger, 
sans  aucune  justice,  certains  établissements,  pour 
dégrever  d'autant  Tévêque  et  autres  privilégiés,  flont 
il  veut  gagner  les  faveurs.  «  La  balance  est-elle 
juste,  dit-il  en  finissant  ;  dans  quelles  mains  suis-je 
tombé,  pour  me  voir  ainsi  dépouillé  ?  »  (2). 

Nous  ignorons  à  quels  résultats  aboutirent  ces  récla- 
mations. Les  mémoires  de  l'abbé  commendataire  de 
Saint-Mesmin  font  du  moins  connaître  que  son  monas- 
tère payait  à  l'État,  avant  la  Révolution,  en  impôts 
directs,  près  du  tiers  de  son  revenu  total. 

(1)  Bibliothèque  nationale,  G»x,  2.'>15,  n*»  427. 

(2)  Bibliothèqup  nationalp,  G«x,  2r)l6,  n"  /i27. 


—  412  - 

A  mesure  qu'on  avançait  dans  le  xvui*  siècle,  la 
société  française  se  transformait  sensiblement.  Le 
régime  féodal  allait  salfaiblissant  de  jour  en  jour  ; 
il  n'en  restait  plus  guère  que  les  formes  extérieures. 
Les  habitants  des  bourgs  et  campagnes,  qui  dépen- 
daient plus  ou  moins  de  notre  abbaye,  méconnaissaient 
ses  droits  surannés.  Ils  devenaient  plus  hardis  pour 
empiéter  sur  ses  l)iens.  L'irréligion,  propagée  par 
une  philosophie  impie,  s'infiltrait  progressivement 
dans  les  masses  populaires  et  y  excitait  une  perpé- 
tuelle jalousie  contre  les  gens  d'église,  leur  fortune 
et  leurs  privilèges.  De  là  naissaient  de  nombreux 
procès,  que  les  religieux  étaient  obligés  de  soutenir, 
procès  que  l'esprit  procédurier  de  ce  temps  prolon- 
geait indéfiniment,  avec  des  frais  considérables. 

Un  sieur  Esticnne  Seurrat,  d'Orléans,  exploitait 
une  raffinerie  de  sucre  à  Saint-Mesmin .  11.  jetait 
journellement  dans  le  Loiret  des  ordures,  fragments 
de  chaux,  mâchefer,  tests  et  autres  débris  qui  tuaient 
et  enipoisonnaient  le  poisson.  Les  Feuillants  lui 
intentèrent  un  procès,  en  1735,  pour  qu'il  eût  à 
cesser  ces  pratiques.  Il  fut  condamné  à  vider  les 
canaux  infectés,  et  défense  lui  fut  faite  de  recom- 
mencer à  l'avenir  (1). 

L'année  suivante,  une  autre  assignation  fut  adressée 
à  Guillaume  Thiboust,  cabaretier  et  marchand  de 
poissons  à  Saint-Mesmin.  Il  avait  sur  le  Loiret 
plusieurs  bateaux  et  réservoirs,  qu'il  remplissait    en 

(1)  Registres  capitiilaires,  ^nnée  1735. 


—  413  ^ 

péchant  à  Tépervier,  et  «  vendait  le  poisson  comme 
en  boulique  ».  Les  religieux,  propriétaires  de  l'eau 
de  la  rivière  lui  contestèrent  le  droit  d'at^ir  ainsi. 
Thiboust,  par  sentence  du  21  juillet  1736,  dut  sup- 
primer ses  réservoirs,  et  s'entendit  interdire  d'em- 
ployer Tépervier  pour  prendre  le  poisson  (1). 

Les  héritiers  de  Balzac  ne  payaient  plus  la  rente 
fondée  par  le  savant  écrivain  et  ne  répondaient  pas 
davantage  aux  sommations  à  eux  adressées.  Déjà, 
en  1740,  le  prieur  dom  Philippe  de  Sainte-Barbe, 
avait  donné  procuration  à  un  religieux  de  son  Ordre, 
dom  Simon  de  Saint-Bernard,  qui  se  rendait  à 
Poitiers,  lieu  de  résidence  de  ces  débiteurs  obstinés, 
pour  qu'il  leur  rappelât  leur  obligation,  fît  payer  les 
arrérages  échus,  et  obtînt  une  nouvelle  reconnais- 
sance de  la  dette,  par  toutes  voies  possibles.  Cette 
tentative  n'aboutit  à  aucun  résultat.  En  1743,  le 
prieur  engagea  une  procédure  contre  ces  gens,  afin 
d'arj'iver  à  obtenir  le  paiement  interrompu  depuis 
longtemps.  Un  a  vu  au  chapitre  précédent  que 
l'affaire  eut  enfin  une  issue  favorable  aux  moines. 

Une  contestation  se  produisit  aussi  entre  eux  et 
leur  abbé,  au  sujet  du  bateau  passant  en  rivière  de 
Loire,  en  face  de  la  Chapelle  Saint-Mesmin.  M.  de 
Chepy  prétendait  avoir  seul  le  droit  d'en  percevoir 
le  péage.  Un  arrêt  du  Parlement,  chi  24  mai  1732. 
lui  ordonna  de  présenter  les  titres  d'après  lesquels 
il  revendiquait  ce  droit.  Il  ne  [»ut  pas  les  fournir,  et 
fut  débouté  de  sa  prétention  (2). 

(1)  Archives  du  liOiret,  casier  vî7  F.,  carton  26,  dossier  0. 

(2)  Archives  nationales,  Arrêts  du  Parlement,  année  ITSl. 


—  414  — 

Quelques  actes  administratifs  sont  encore  à  signaler 
vers  ce  temps.  Durant  les  44  années  que  Tabbé  de 
Cbepy  occupa  la  commende  de  Saint-Mesmin,  qua- 
torze prieurs  claustraux  dirigèrent  successivement  la 
communauté  des  Feuillants,  à  raison  du  renouvelle- 
ment triennal  prescrit  par  les  Constitutions.  Plusieurs 
ont  déjà  été  nommés  dans  le  cours  des  affaires 
survenues  jusqu'ici.  Nous  pouvons  encore  rappeler 
le  souvenir  de  dom  Estienne  de  Saint-Jean,  qui  étant 
prieur  de  Micy,  fut  élu  supérieur  général  delà  Congré- 
gation, le  11  mars  1708.  Il  fit  aussitôt  ses  adieux  à 
ses  frères,  et  partit  prendre  possession  de  son 
nouveau  poste,  au  monastère  de  Feuillant,  près 
Toulouse.  Dom  François  de  Saint-Laurent  fut  prieur 
claustral  en  1711  ;  dom  Alexandre  de  Saint-Jacques 
étant  venu  à  Micy,  simple  moine  délégué  au  Chapitre 
général  tenu  dans  cette  maison,  en  1723,  en  fut  élu 
prieur  ;  plus  tard,  dom  Nicolas  de  Saint-Mesmin  le 
fut  en  1731.  Ce  dernier  eut  à  faire  choix  crun  homme 
vivant  et  mourant,  pour  la  maison  appartenant  aux 
moines  à  Orléans,  rue  de  la  Porle-Dunois. 

Voici  ce  (ju'on  entendait  par  cette  expression.  Les 
monastères,  chapitres,  fabriques  paroissiales  et  autres 
établissements  de  main-morte,  possédant  des  fiefs, 
n'en  reconnaissaient  pas  eux-mêmes  le  seigneur,  et 
ne  lui  rendaient  pas  non  plus  eux-mêmes  foi  et 
hommage.  Ils  s'acquittaient  de  ce  devoir  de  vassalité 
par  une  tierce  personne,  supposée,  par  une  fiction 
légale,  propriétaire  du  (ief  relativement  au  seigneur 
dominant.  Cette  personne  satisfaisait  ainsi  au  devoir 


-  415  — 

de  vassal  pour  les  gens  de  main-morte  ;  on  la  nommait 
homme  vivant  et  mowran^.  Quand  elle  était  décédée, 
on  lui  donnait  un  successeur  cjui  renouvelait  sa 
prestation  d'hommage,  accompagnée  d'une  certaine 
redevance  pécuniaire.  Naturellement  les  commu- 
nautés choisissaient  d'ordinaire  un  homme  fort  jeune, 
pour  les  représenter  dans  cet  acte,  afin  d'avoir  à 
subir  moins  souvent  cette  onéreuse  obligation.  Ainsi, 
dom  Nicolas  de  Saint -Mesmin  prit,  pour  hoinme 
vivant  et  mourant  de  la  maison  de  la  Porte  Dunois, 
Charles  Jousse,  âgé  de  16  ans,  le  24  mars  1732. 
Dans  une  autre  circonstance,  Messire  Jean  Guillon, 
chanoine  de  Saint-Pierre-Empont.  étant  mort,  tandis 
qu'il  remplissait  le  même  office  pour  l'Alleu  d'Or- 
léans, les  moines  choisirent  en  sa  place  Nicolas 
Odigier,  âgé  de  22  ans,  vicaire  de  la  paroisse  de 
Saint-Eloi,  fils  de  >P  Claude  Odigier,  notaire  (1). 

Les  Feuillants  de  Saint-Mesmin  usaient  de  la 
permission  de  manger  du  poisson,  accordée  à  certains 
jours  par  leurs  Constitutions.  Ils  s'en  faisaient  remettre 
la  quantité  nécessaire  par  les  pécheurs  auxquels  ils 
affermaient  leurs  eaux  du  Loiret.  Un  bail  très 
curieux,  de  1740^  fait  connaître  quel  était  alors  le 
prix,  à  la  livre,  des  hrochels,  tanches,  carpes, 
brèmes,  etc  ;  quelle  quantité  devait  leur  être  livrée, 
et  aussi  la  facilité  avec  laquelle  ils  savaient  adoucir 
les  conditions  primitivement  consenties  (2).  Ilslouaient 
leurs  rivières  à  prix  d'argent,  et  stipulaient  une  quan- 

(1)  Registres  capitiilaires,  ann^îes  1732,  17*^i. 

(2)  Pièce  justificative  XLV,  bail  à  p«*'che. 


—  416  — 

tité  déterminée  de  poissons  en  nature,  pour  l'usage  de 
la  communauté.  Quand  ils  croyaient  que  le  preneur 
ne  gagnait  pas  sa  vie  au  prix  convenu,  ils  diminuaient 
spontanément  le  loyer.  Ils  agirent  ainsi  en  faveur  de 
la  fermière  d'une  partie  de  leur  pèclie.  laquelle  était 
devenue  veuve  :  ils  lui  accordèrent  un  bail  moins 
élevé,  et  lui  firent  remise  d'un  arriéré  de  110  livres 
et  6  deniers,  en  1740  [i). 

Les  ruines  de  Tancienne  église  abbatiale,  construite 
du  temps  de  saint  Louis,  demeuraient  toujours  debout, 
à  côté  de  la  nouvelle,  en  l'état  où  les  Protestants 
l'avaient  mise.  Une  ordonnance  royale  du  li  sep- 
tembre 1573,  défendait,  même  aux  religieux,  d'en 
démolir  aucune  partie  et  d'en  employer  les  matériaux 
pour  leur  usage  (2).  Cependant,  quand,  par  suite  des 
orageSj  de  l'infiltration  des  eaux,  de  la  vétusté  ou 
des  inondations,  ces  pans  de  murailles,  ces  hauts 
piliers  se  désagrégeiiient  et  offraient  quelque  péril 
pour  la  sécurité  des  habitarits  du  monastère,  on  abat- 
tait la  partie  compromise.  Cette  opération  ne  se  faisait 
pas  toujours  sans  danger.  Le  23  avril  1738,  on  vit 
tout  à  coup  une  profonde  lézarde  s'ouvrir  dans  un 
pilier-boutant  de  la  grande  nef.  Vi\  ma(;on  du  pavs, 
Claude  (luillol,  sur  la  demande  des  moines,  se  char- 
gea d'abattre  le  haut  de  ce  pilier.  Mais  il  prit  mal  ses 
mesures;  le  malheureux  fut  entraîné  par  la  chute 
d'une  grosse  pierre  et  mourut  de  ses  blessures, 
quelques  jours  plus  tard  (3). 

(1)  Registres  capilulaires,  année  1740. 
^2}  Voir  le  (".hapilre  XV  de  celle  Histoire. 
(3)  Registres  capitulaires,  année  1738. 


—  417  — 

Un  vieux  soldat  du  régiment  de  Castres,  Claude 
Rousseau,  était  assis  sous  un  des  arceaux  de  cette 
ancienne  église,  le  d  avril  iToo.  Celui-ci  s'affaissa 
inopinément,  et  Rousseau  fut  écrasé  sous  ses 
ruines  (1).  Cet  homme  était  un  oblat  du  roi.  On 
appelait  ainsi  des  soldats  âgés,  estropiés  ou  infirmes, 
•que  le  souverain  plaçait  dans  les  abbayes  de  fonda- 
lion  royale.  Ils  y  recevaient,  pour  nourriture,  la  por- 
tion des  moines,  et  étaient  occupés  dans  le  couvent  à 
divers  petits  emplois.  Louis  XIY  en  réunit  le  plus 
grand  nombre  dans  le  magnifique  Hôtel  des  Inva- 
lides, qu'il  fonda  à  Paris,  pour  leur  servir  de  retraite; 
mais,  jusqu'à  la  Révolution,  il  en  resta  q'ielques-uns 
dans  les  monastères,  selon  l'antique  usage. 

On  ne  connait  aucun  détail  relatif  aux  derniers 
actes  d'Emmanuel  de  Chepy.  Accablé  de  vieillesse  et 
d'infirmités,  il  résigna  son  abbaye  en  1749,  et  mourut 
Tannée  suivante. 

(1)  Registres  capitulaires,  année  17i5. 


—  ils  - 


CHAPITRE  XIX 

Etat  de  Micy   avant  la   Révolution.  —  M.  dr  Colbert. 
—    Règlement  de    queloues    affaires.    —    Derniers 

PRIEURS  ET  DERNIERS  MOINES.   —   M.  ChaPT  DE  RaSTIGNAC  I 
SES  VERTUS  KT  SON  MARTYRE.    —   FiN   DE  LABBAYE. 

(1749-179-2) 

Louis  XV  donna  à  Etienne-Edouard  de  Colbert, 
prêtre  du  diocèse  de  Toulon  et  docteur  en  Sorbonne. 
la  commende  du  monastère  de  Saint-Mesmin,  devenue 
vacante  par  la  résignation  d'Emmanuel  de  Cbepy. 
Ce  nouvel  abbé  sollicita  aussitôt  en  cour  de  Rome  ses 
bulles  de  provision,  et  les  reçut  de  Benoît  XIV,  au 
mois  d'octobre  1749.  Cet  acte  pontifical  a  été  con- 
servé (1).  Le  pape  l'adresse,  selon  l'usage,  à  Tévcque 
d'Orléans,  qui  était  alors  Mgr  Nicolas-Joseph  de  Paris. 
Il  y  expose  d'abord  que  le  Saint-Siège  ne  doit  pas 
laisser  inoccupés  les  églises  et  les  monastères  deve- 
nus vacants,  mais  mettre  à  leur  tète  des  personnes 
instruites  cl  de  bonne  conduite,  qui  puissent  leur 
assurer  un  sage  gouvernement. 

«  Nous  avons  appris,  continue-t-il.  cjue  notre  très 
cher  fils  Louis,  roi  de  France,  en  verlu  du  C-oncordat 
conclu  par  François    I'*"  pour  les  nominations  ecclé- 

(1)  Archives  du  Loiret;  Registres  capitulaires  des'Feuil- 
lanls,  année  1749. 


—  419  — 

siastiques,  a  donné  l'abbaye  de  Saint-Mesmin  à 
Edouard  de  Colbert,  prêtre.  Vous  nous  avez  informé, 
après  l'enquête  faite  à  son  sujet,  que  Je  dit  Colbert 
est  de  bonne  vie  et  mœurs,  et  qu'il  n'a  encouru 
^  aucune  peine  ni  censure  ecclésiastique.  Puisque  la 
commende  dudit  monastère  est  devenue  vacante  par 
la  résignation  d'Emmanuel  de  Chepy,  faile  par 
devant  notaire,  dans  les  formes  prescrites  parles  lois 
canoniques,  nous  la  transmettons  à  Edouard  de  Col- 
bert, dans  les  mêmes  conditions  oii  l'a  possédée  son 
prédécesseur^  et  nous  vous  mandons  de  le  placer  à 
la  tête  de  ce  bénéfice,  qui  n'apas  charge  d'âmes,  et  est 
taxé  de  200  florins  en  la  Chambre  apostolique.  Il  sup- 
portera toutes  les  obligations  attachées  à  cet  office, 
telles  que  la  réparation  et  ^entretien  des  édifices,  la 
conservation  des  ornements  et  le  soulagement  des 
pauvres  par  l'aumône.  Le  tiers  de  tous  ses  revenus 
et  profits  sera  consacré  à  la  nourriture  et  aux  besoins 
des  moines,  conformément  aux  accords  conclus  anté- 
rieurement. Il  lui  est  absolument  interdit  d'aliéner 
aucun  des  biens,  immeubles  ou  meubles  précieux,  du 
monastère.  Il  pourvoira  seulement  à  son  administra- 
tion spirituelle  et  temporelle  et  à  celle  de  ses  dépen- 
dances, conformément  aux  constitutions  de  Boni- 
face  IV  et  de  nos  autres  prédécesseurs.  Nous  voulons 
encore  que  le  culte  divin  ne  soit  point  amoindri  dans 
cette  maison,  que  le  nombre  des  moines  ne  soit  pas 
diminué  et  que  tout  soit  conservé  dans  l'ordre  actuel- 
lement établi.  Avant  d'en  prendie  possession,  ledit 
abbé   prêtera   entre   vos    mains  serment  de   fidélité. 


—  A'IO  — 

dans  les  termes  de  la  formule  annexée  à  celle  huile, 
el,  après  l'avoir  signée,  sans  y  faire  aucun  change- 
ment^ il  nous  l'enverra  le  plus  tôt  possihle,  munie  de 
son  sceau  et  du  vôtre.  S'il  ne  fail  pas  ainsi,  que  sa 
commende  cesse  et  que  ledit  monastère  redevienne 
vacant;  au  contraire^  sil  le  fait,  qu'il  en  soit  déclaré 
légitime  supérieur,  à  la  date  des  jours,,  mois  et  an 
de  ce  décret. 

u  Donné  à  Rome,  à  Sainte-Marie -Majeure,  l'an  de 
l'Incarnation  du  Seigneur  1749,  le  17  des  calendes 
d'octohre  (16  septemhre),  la  dixième  année  de  noire 
pontificat.   » 

Aussitôt  après  la  réceplioii  de  ces  pièces^  l'ahhé  de 
Colbert  fit  son  entrée  solennelle  dans  le  monastère, 
avec  le  cérémonial  usité  en  pareil  cas.  Il  rcvèlit  le 
surplis  avec  lélole  et  fut  présenté  à  la  porte  de 
l'église  par  le  vicaire-gé[iéral  de  l'évéque,  (jui  lut  la 
huile  de  Benoît  XIV  aux  religieux  réunis  sur  le  seuil. 
Puis  il  entra  et  fui  conduit  au  maître-autel.  Il  le 
baisa,  alla  ensuite  tinter  la  petite  cloche  deux  ou 
trois  coups,  monta  dans  le  siège  ahhalial  paré  avec 
élégance,  et  y  demeura  tout  le  temps  que  dura  le 
Te  Deum  chanté  par  les  moines,  el  pendant  lequel  on 
sonna  les  cloclies.  Il  termina  en  récitant  l'oraison  de 
la  Trinité  el  celle  de  saint  Mesmin.  Q^iî^^^i^l  ^1  eut  été 
ainsi  installé,  l'évéque  d'Orléans  le  nomma  vicaire- 
général  et  doyen  du  chapitre  de  sa  cathédrale. 

Edouard  de  (Colbert  était  d'un  caractère  doux  el 
conciliant,  ennemi  de  la  chicane  et  des  procès.  Il 
préférait  vivre  en  paix,  dussent  ses  intérêts  en  souf- 


—  421  — 

frir,  plutôt  que  de  se  laisser  engager  dans  des  procé- 
dures longues  et  toujours  pénibles.  Cette  crainte  des 
difficultés  alla  même,  plus  tard,  jusqu'à  lui  faire  man- 
quer à  son  devoir,  comme  nous  le  verrons  bientôt,  à 
propos  du  Jansénisme. 

Un  de  ses  premiers  actes  administratifs  fut  le  règle- 
ment définitif  de  la  nomination  à  la  cure  de  Saint- 
Paul,  qui  depuis  sept  siècles  avait  soulevé  de  si  nom- 
breuses contestations,  et  si  souvent  scandalisé  les 
[îdèles.  L'évéque  d'Orléans  désirait  depuis  longtemps 
'éunir  en  une  seule  paroisse  les  deux  portions  de  cette 
îglise,  dont  l'une  était  au  choix  du  Chapitre  de  Saint- 
Pierre-le-Puellier,  et  l'autre  à  celui  de  l'abbé  de  Saint- 
^lesmin.  Vers  la  fin  de  1749,  il  demanda  simulta- 
nément aux  deux  présentateurs  de  renoncer  à  leur 
Iroit,  pour  reporter  sur  une  seule  tète  la  faculté 
rélire  un  titulaire  à  cette  cure.  Après  quelques  pouF- 
)arlers,  l'abbé  de  Colbert  offrit  au  Chapitre  de  lui 
:éder  son  droit  de  présentation,  pourvu  que  le  dit 
Chapitre  voulut  bien  lui  abandonner  par  réciprocité 
e  droit  qu'il  avait  de  présenter  à  la  cure  de  Saint- 
dichel,  d'Orléans  (1).  Les  chanoiiK's,  après  en  avoir 
lélibéré,  consentirent  volontiers  à  cette  mutation, 
/affaire  fut  dès  lors  facilement  arrangée.  L'église  de 
iaint-Paul  n'eut  plus  qu'un  seul   curé  nommé  par  le 

(1)  L'église  de  Saint-Michel  avait  été  doniK-e  au  Chapitre 
e  Saint-Pierre,  avec  celle  de  Saint-Paul,  en  l(»l'i,  par  le 
oi  Robert.  Elle  devint  paroissiale  au  commencement  du 
vie  siècle.  Vendue  en  1791,  elle  fut  convertie  en  salle  de 
pectacle  ;  c'est  aujourd'hui  le  théâtre  municipal  d'Orléans. 


_  4-22  — 

Chapitre  de  Saint-Pierre.  L'évèque  approuva  cette 
solution  d'une  question  demeurée  si  longtemps 
insoluble,  par  un  décret  iriHiion  du  7  mars  1750, 
et  Louis  XV  la  confirma,  par  lettre  patente  du 
.5  juillet  suivant,  enregistrée  au  Parlement  le  5  fé- 
brier  17ol  (1). 

L'abbé  de  ColberL  apporta  le  même  esprit  de  con- 
ciliation dans  ses  relations  avec  les  Feuillants.  Voulant 
ôter  tout  prétexte  de  désaccord,  tant  dans  le  présent 
que  dans  l'avenir,  il  fit  avec  eux  une  convention 
réglant  leurs  droits  mutuels  de  pèche  dans  la  Loire 
et  le  Loiret,  le  17  avril  1752.  il  leur  reconnut  et  con- 
firma celle  du  Loiret,  comprise  dans  la  mense  conven- 
tuelle. Quant  à  celle  de  la  Loire,  qui  entrait  dans  la 
mense  abbatiale,  depuis  la  Madeleine,  près  d'Orléans, 
jus(jue  vis-à-vis  le  (piocher  de  Mareaii.  en  aval  du 
Douve,  il  la  leur  loua,  moyennant  un  prix  de  230  livres, 
plus  deux  aloses,  payables  à  Noid  et  à  la  Saint-Jean- 
Baptiste  de  chaque  année  (2). 

Les  r(digieux  furent  d'autant  plus  satisfaits  de  cette 
concession,  qu'elle  leur  abandonnait  exclusivement 
la  prise  des  ablettes^  petit  poisson  alors  très  abon- 
dant dans  le  Loiret,  et  très  recherché  pour  ses  écailles 
argentées,  dont  on  tirait  une  sorte  d'enduit  nacré, 
employé  à  garnir  l'intérieur  des  fausses  perles.  Sa 
pèche  produisait  ainsi  un  i'e\  eiui  assez  considérable. 
Cette  industrie  a  cessé,  depuis  que  la  chimie  moderne 
a    inventé    des    procédés    pins     rapides     et     moins 

(1)  Archives  do  Tôglise  de  Saint-Paul. 

('^)  Archives  du  Loiret,  casier  '27  F.,  carton  28. 


—  423  — 

oùteux,  pour  imiter  plus  parfaitement  le  brillant  des 
erles  naturelles. 

De  nombreuses  transactions,  baux,  locations,  ventes 
t  échang-es  eurent  encore  lieu  à  cette  époque.  Le 
7  septembre  J751,  le  moulin  à  foulon,  construit  sur 
m  des  bras  du  Loiret,  fut  détruit  par  un  incendie.  On 
valuaà  1900  livres  le  dommage  causé  par  ce  sinistre. 
Musieurs  moulins  à  farine  eurent  besoin  de  grandes 
éparations,  au  cours  de  l'année  1756.  Les  moines 
mpruntèrent  4000  livres,  garanties  par  le  patrimoine 
e  leur  monastère.  Sur  cette  somme,  ils  employèrent 
000  livres  à  reconstruire  le  moulin  à  foulon,  qui 
ut  transformé  en  moulin  à  farine  ;  ils  achetèrent, 
our  le  prix  de  1200  livres  le  bras  du  Loiret,  appar- 
enant  à  la  mense  abbatiale,  sur  lequel  il  était  établi; 
vec  le  reste,  ils  firent  aux  autres  les  réparations 
lécessaires  (1). 

L'existence  de  ces  moulins,,  possédés  par  les  moines 
e  Micy  au  nombre  de  cinq  ou  six,  était  d'une  grande 
mportance,  non  seulement  pour  eux,  mais  aussi  pour 
es  habitants  d'Orléans,  dont  ils  assuraient  l'alimen- 
ation.  Ils  transformaient  en  farine  tous  les  blés  de 
e  la  Beauce  achetés  par  leurs  boulangers.  Aussi  veil- 
ait-on  avec  un  soin  particulier  à  tout  ce  qui  concer- 
lait  leur  conservation.  Au  mois  d'avril  17G4,  le  gou- 
erneur,  de  la  ville  M.  de  Cypierre,  autorisa  les 
feuillants  à  acquérir  une  petite  maison,  près  de  leur 
noulin  à  deux  roues,  pour  le  logement  du  miMmier, 

car,  dit-il  dans  son  ordonnance,  tous  ces  moulins 

(1)  Registres  capitulaires,  année  1656. 


—   424  — 

du  Loiret  sont  nécessaires  à  rapprovisionnement 
d'Orléans,  et  si  on  ne  lo^e  pas  le  meunier,  il  ne 
moudra  pas  »  (1). 

La  vie  intérieure  de  la  communauté  se  continuait 
avec  sa  régularité  habituelle.  En  17o8,  dom  Jean- 
Bapliste  de  Sainte- Anne,  supérieur  général  de  la  Con- 
grégation, vint  faire  la  visite  canonique  en  la  manière 
accoutumée.  Il  trouva  tout  en  bon  ordre,  et  se  retira 
satisfait.  C'était  la  cjuinzième  que  recevaient  les 
Feuillants,  depuis  leur  entrée  à  Saint-Mesmin  (2). 

Grâce  à  cette  surveillance  attentive  et  continuelle, 
on  ne  vit  à  Micy  ni  les  errements,  ni  les  désordres 
trop  souvent  rencontrés  dans  d'autres  maisons  reli- 
gieuses, à  cette  époque.  La  conduite  des  moines  y 
fut  toujours  édifiante,  et  leur  vie  conforme  à  leur 
vocation.  Leur  doctrine  se  conserva  pure  de  toute 
adhésion  au  Jansénisme,  dont  le  venin  avait  alors 
pénétré  dans  de  nombreux  monastères.  Quand  Louis 
de  Montmorency- Laval,  évèque  d'Orléans,  ordonna 
à  son  clergé  de  signer  le  formulaire  d'union  à  la  doc- 
trine de  l'Eglise,  selon  la  prescription  d'Alexandre  VIL 
dom  Louis  de  Saint-Antoine,  prieur  de  Micy  en  17G0. 
s'empressa  d'y  apposer  sa  signature,  en  témoignage 
de  l'intégrité  de  sa  foi.  On  la  voit  encore,  sur  Pacte 
original,  avec  celle  de  Messire  Dumuys,  curé  de  l'Al- 
leu Saint-Mesniin,  parmi  celles  des  plus  respectables 
ecclésiastiques  d'Orléans  et  d'une  foule  de  notables 
de  toutes  conditions  (3). 

{\)  Archives  nationales,  6«  406,  p.  109. 

(2)  Kcffistres  capitula  ires  ^  années  i7;38. 

(3)  Archives  du  Grand-Séminaire  d'Orléans. 


—  425   = 

L'abbé  de  Colbert  ne  montra  pas  toujours  la  même 
fermeté.  Tremblant  à  la  vue  des  persécutions  exer- 
cées parle  Parlement  contre  les  prêtres  qui  refusaient 
l'absolution  aux  Jansénistes  opiniâtres,  il  craignit  de 
perdre  ses  bénéfices,  et  s'enj^ag-ea,  devant  les  magis- 
trats, à  administrer  ces  hérétiques  obstinés,  ainsi  que 
M.  Huard,  sous-chantre,  et,  comme  lui,  vicaire-géné- 
ral de  Tévêque.  Mgr  de  Montmorency-Laval  punit 
avec  sévérité  cette  indig-ne  faiblesse.  Il  retira  aussi- 
tôt à  M.  Huard  ses  lettres  de  vicaire-général  ;  il 
allait  en  faire  autant  à  M.  de  Colbert,  quand  celui-ci 
se  hâta  de  les  lui  renvoyer,  pour  éviter  un  pareil 
châtiment  (1).  Il  mourut  obscurément,  en  1772. 

Son  successeur  fut  Armand-Anne-Auguste-Anto- 
nin  Sicaire  de  Chapt  de  Rastignac,  le  dernier  abbé  de 
Saint-Mesmin.  Issu  d'une  ancienne  et  très  noble 
famille  du  Périgord,  il  naquit  en  J726,  au  château  de 
Laxion,  près  de  Sarlat.  Un  de  ses  grands  oncles  avait 
été  archevêque  de  Toulouse,  et,  de  son  vivant,  son 
oncle  paternel  fut  évêque  de  Nevers,  puis  archevêque 
de  Tours.  Le  jeune  de  Rastignac  fit  de  fortes  études: 
il  obtint  legrade  de  docteuren  Sorbonne,  aprèsavoir  été 
ordonné  prêtre.  Ensuite  il  fut  nommé  successivement 
vicaire  général  par  l'archevêque  d'Arles,  et  prévôt  en 
l'église  de  Saint-Martin,  fie  Tours. 

C'était  un  homme  de  vie  pure  et  d'une  conscience 
profondément  honnête,  qui  ne  lui  permit  jamais  de 
transiger  avec  son  devoir.  Il  avait  une  foi  éclairée, 
vive  et  convaincue  :    en    aucune  circonstance,    il   nr 

(1)  V.  Pelletier,  les  EvfV|ne>^  d'Orléans,  p.  l">0 


—  426  — 

voulut  entrer  en  compromission  avec  les  Jansénistes. 
Député  aux  assemblées  du  Clergé  de  illVô  et  de  171)0, 
il  vota  pour  le  refus  des  sacrements  aux  adversaires 
delà  bulle  Unlgenihis.  Avec  sai^rande  science  et  sa 
liaula  capacité,  il  était  d'une  telle  modestie,  qu'on  le 
vit  jusqu'à  trois  fois  refuser  Tépiscopat.  Possesseur 
d'une  fortune  considérable,  il  l'employait  au  soulage- 
ment des  malheureux,  donnant  larg-ement  tout  ce 
dont  il  pouvait  disposer.  Aussi,  dans  l'Orléanais,  Tap- 
pelait-on  le  père  des  pauvres.  Sa  charité  ne  se  bor- 
nait pas  à  prodiguer  son  argent  ;  elle  lui  faisait 
encore  exposer  sa  propre  vie,  pour  le  salut  de  ses 
semblables.  Durant  la  grande  inondation  de  1788,  il 
sauva,  au  péril  de  ses  jours,  une  famille  composée 
de  quatorze  personnes,  (|ue  les  eaux  allaient  englou- 
tir. A  une  grande  douceur  de  caractère  et  une  bien- 
veillante affabilité  envers  tous,  M.  de  Rastignac  joi- 
gnait une  volonté  ferme,  que  l'ien  ne  pouvait  ébran- 
ler. Quand  il  s'était  une  fois  convaincu  de  la  légitimité 
d'un  droit,  de  la  nécessité  d'une  revendication  ou  de 
la  réforme  d'un  abus,  il  Fentieprenait  aussitôt,  et 
aucune  difficulté  n'était  capable  de  le  détourner  de 
son  dessein.  C'est  ce  qui  expli(jue  les  nombreuses 
contestations  et  procès  qu'il  soutint,  et  aussi  ce  qui 
lui  suscita  d'ardentes  inimitiés.  Il  se  trompa  quel- 
quefois, et  vit  rejeler  plusieurs  de  ses  réclamations  ; 
mais  jamais  on  ne  put  mettre  en  doute  riionnètelé  de 
ses  intentions. 

Il  montra  tout  d'abord  cette  inflexibilité    de  cons- 
cience à  l'occasion  de  sa  nomination    à   l'abbaye  de 


=r:= 


■NAC 

Députe  du  Clerg^e  d  Orléans 


Portrait  de  l'abbé  Chapt  de  Rastignac. 


—  429  — 

Sairit-Mcsmin.  Son  oncle,  le  maréchal  de  Biron  l'avait 
sollicitée  pour  lui,  après  la  mort  de  Tabbé  de  Colbert, 
et  l'avait  obtenue,  à  son  insu.  Il  l'accepta;  mais  aus- 
sitôt il  se  liàta  de  résigner  un  prieuré  qu'il  possédait 
en  commende,  jugeant  illicite  ce  cumul  de  bénéfices. 

M.  de  Rastignac,  homme  d'ordre  et  de  grande 
régularité  dans  son  administration,  comme  dans  sa 
vie  privée,  fit  faire,  peu  après  son  arrivée  à  xMicy, 
l'inventaire  général  des  biens,  revenus  et  domaines 
de  son  abbaye,  tant  de  la  mense  abbatiale  que  de  la 
mense  conventuelle. 

L'examen  du  registre,  contenant  la  longue  énumé- 
ration  de  tout  cet  avoir,  révèle  exactement  la  situa- 
tion temporelle  du  monastère  à  la  fin  du  XVIII'' 
siècle  (1).  Sa  fortune  consistait  en  fermes  et  métai- 
ries, vignes  et  prés,  terres  labourables,  bois  et 
landes,  maisons  de  rapport  à  Orléans,  à  Saint-Mesmin 
et  ailleurs,  moulins  à  farine,  à  foulon,  à  tan  et  à 
papier  sur  le  Loiret,  rentes  censuelles  et  foncières, 
fondations,  droits  seigneuriaux,  d'églises,  et  rede- 
vances diverses  (2). 

A  première  vue,  il  semblerait  qu'un  patrimoine 
aussi  étendu  ait  produit  des  revenus  considérables. 
Cela  n'était  pas  (Cependant.  Il  présentait  {)lus  d'appa- 
rence que  de  profit  réel.  De  très  vastes  terres  atfer- 
mées  par  des  baux  à  long  terme,  rendaient  un  loyer 
très  minime.   Les  fermiers  et  locataires  se   tenaient 

(1)  Archives   du  Loiret,  anciens  fonds  de  Saint-Mesmin, 
casier  52. 

(2)  Pièce  justificative  XLV,  invenliiire  des  biens. 


-     430  - 

pour  ptiLi  engagés  vis-à-vis  des  religieux,  beaucoup  se 
trouvaient  constamment  en  arrière:  les  moines, 
débonnaires  et  peu  exigeants,  (juoi  (ju'on  en  ait  dit, 
faisaient  de  grandes  remises,  pour  recevoir  (pielques 
acomptes.  D'autres  [nouraient  insolvables,  et  les  reli- 
gieux renon(;aient  à  leur  créance,  plutôt  (jue  de  pour- 
suivre leurs  béritiers.  En  sorte  (jue,  bon  an  mal  an, 
tous  les  biens  du  monastère  réunis  ne  rapportaieni 
pas  plus  de  8,(100  livres.  De  celle  somme,  b'  lise 
royal  prenait  presque  le  tiers,  par  des  impositions 
exigées  sous  des  noms  divers.  Il  restait  donc  envii'on 
5,500  livres,  qui  devaient  suffire,  à  peu  près  par  moi- 
tié, à  la  mense  abbatiale  et  à  la  mense  conventuelle, 
avec  les  réparations  des  édifices,  et  l'acquit  des  fon- 
dations, en  surplus.  On  comprend  dès  lors  (jue  celle 
dernière  mense,  ainsi  réduite,  ne  pouvait  plus  nourrir 
qu'un  nombre  très  minime  de  religieux.  Ils  étaient 
buit  ou  neuf,  au  commencement  du  siècle,  et  des- 
cendirenl  à  cinq,  à  ré[)oquede  la  suppressionde  Tab- 
baye.  Malgré  la  bonne  administration  dont  ils  étaient 
l'objet,  on  ne  pouvait  pas  faire  donnei"  aux  biens  plus 
(ju'ils  n'étaient  capabb^s  de  rendre.  C/est  ce  (jui 
explique  l'amoindrissement  graduel  du  monastère, 
jusqu'à  sa  comj)lète  disparition. 

Des  droits  transmis  aux  moines  de  iMicy  })ar  le 
régime  féodal,  celui  de  justice  était  un  de  ceux  (jui 
avaient  le  mieux  conservé  Irui*  intégrité.  Le  siège  de 
son  exercice  avait  été  tiansporté,  de  la  maison  des 
Cbatelliers,  à  l'abbaye  même,  où  ses  officiers  jugeaient 
en  son  no  n.  C'est  là,  qu'en  1783,  le  bailli  du  monas- 


—  431  — 

tère  condamna,  à  6  livres  tl'amende  chacun,  plusieurs 
garçons  de  Saint-Mesmin.  Le  jour  de  Pâques^,  ils 
s'étaient  tenus  d'une  faron  inconvenante  à  la  porte  de 
l'église  conventuelle,  et  avaient  scandalisé  les  fidèles 
parleurs  mauvais  propos,  Le  procès-verbal  du  juge- 
ment est  signé  :  Robert  de  Massy,  bailli  (Ij. 

Le  18  janvier  1789,  après  une  grande  inondation, 
les  officiers  de  cette  justice  firent  afficher  en  plusieurs 
lieux  une  ordonnance  concernant  les  épaves,  bois, 
charniers  et  autres  effets,  eritraînés  par  les  eaux,  lors 
de  la  rupture  de  la  levée  de  la  Loire.  Elle  défendait 
à  tout  un  chacun  de  les  enlever,  sous  peine  d^amendc. 
Signé:  Dubois,  procureur  fiscal,  et  Robert  de  Massy, 
juge  civil  et  criminel  de  l'abbaye  (2). 

Avec  son  inflexible  sentiment  d'équité,  l'abbé  de 
Rastignac  poursuivait  impitoyablement  les  envahis- 
seurs des  biens  de  son  bénéfice.  Un  habitant  de 
La  Chapelle  Saint-Mesmin  s'était  approprié  cinq 
arpents  de  terrains  sableux  appartenant  aux  moines, 
sur  le  bord  de  la  Loire,  en  face  du  passage  du  bac.  Il 
le  cita  au  tribunal  du  bailli  d'Orléans,  et  obtint  la 
restitution  des  terres  usurpées  (3). 

Plusieurs  de  ses  prédécesseurs^  Gedoyn  et  de  (lol- 
bert,  avait  vainement  essayé  d'obtemr  l'annulation 
de  la  vente  des  biens  indûment  aliénés  par  l'abbé 
Rose,  en  1011,  sur  la  paroisse  (h;  Mézières.  M.  de 
Rastignac  reprit  cette    affaire  en   \1HÏ,    malgré  l'avis 

(1)  Archives  du  Loiret,  carton  'ri, 

(2)  Archives  ilu  Loiret,  carton  52. 

(3)  Arcliives  nationales,  E.,  Z.ô'lô,  n.  73. 


—  432  — 

contraire  de  Favocat  du  Clergé.  Plusieurs  mémoires 
furent  publiés  à  ce  sujet  de  part  et  d'autre.  L'abbé  de 
Micy  obtint  enfin  gain  de  cause  contre  Ciiristopbe 
Lenoir,  écuyer,  seigneur  de  Mézières,  délenteur  de 
ces  biens.  Les  justices,  dîmes  et  censives  établies  sur 
cette  paroisse,  ainsi  que  le  droit  de  présentation  à  la 
cure,  rentrèrent  alors  dans  le  patrimoine  de  Saint- 
Mesmin  (1). 

Il  obtint  encore  la  restitution  d'un  domaine  vendu, 
en  1689,  dans  des  conditions  irrégulières,  en  Solo- 
gne. 

Ses  revendications,  au  sujet  du  presbytère  de 
l'église  de  Saint-Paul,  eurent  un  résultat  moins 
heureux.  Sur  le  vu  d'un  ancien  plan,  il  crut  que  ce 
presbytère  était  situé  dans  la  mouvance  de  son 
abbaye,  et  intenta  un  procès  à  la  fabrique  de  cette 
paroisse,  pour  en  retirer  la  censive.  L'affaire  demeura 
pendante  durant  cinq  années,  1783  à  1788.  De  nom- 
breux mémoires  furent  encore  écrits  de  chaque  coté  ; 
de  nouveaux  plans  furent  dessinés  par  Champeau. 
arpenteur-juré,  et,  finalement  le  bailli  d'Orléans, 
appelé  à  juger  eii  dernier  ressort,  débouta  l'abbé  de 
ses  prétentions  [2), 

Il  reste  à  mentionner  une  dernière  consultation 
adressée  par  M.  de  Uastignac  au  directeur  du  bureau 
de  TAgence  générale  du  clergé  de  France,  au  sujet 
de  TAlleu  d'Orléans.  Il  se  plaisait  à  aller  de  temps  en 
temps  halriter  les  logis  de  cet  Alleu,  mis  à  sa  dispo- 

[h  Archives  nationales,  G^X,  2.610,  n.  228  et  441. 
(2)  .\rclnves  <lu  Loiret,  carton  25.  livre  19. 


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—  435  — 
sition  par  les  moines,  tandis  que  l'autre  partie  était 
louée  à  des  séculiers.  S'appuyant  sur  le  privilèg-e 
d^exemption  du  log-ement  des  gens  de  guerre,  dont 
jouissaient  les  établissements  religieux  et  leurs  dépen- 
dances, il  revendiqua  cette  faveur  pour  l'Alleu,  «  qui 
est,  dit-il,  libéré  de  toute  franchise,  coutume  et 
exaction  par  les  rois  de  France,  devient  le  refug-e  des 
religieux  aux  temps  d'invasions,  sert  de  demeure 
aux  novices  étudiant  à  l'Université  d'Orléans,  et 
forme  en  réalité  le  petit  monastère  de  Saint- 
Mesmin  ».  Il  lui  fut  répondu  que  l'Alleu  serait  exempt 
du  logement  des  soldats  pour  la  partie  occupée  effec- 
tivement par  l'abbé  et  les  moines  ;  quant  aux  logis 
loués  à  des  séculiers,  ils  devaient  demein-er  soumis 
au  droit  commun  (1). 

La  poursuite  de  ces  affaires  litigieuses  n'empêchait 
pas  M.  de  Rastignac  de  maintenir  son  abbaye  dans 
une  sitiiation  satisfaisante.  Sans  doute,  ce  n'était  plus 
cette  g-rande  institution  monastique,  qui,  au  moyen- 
àge,  voyait  les  relig"ieux  en  foule  se  presser  dans  ses 
cloîtres,  administrait  de  vastes  domaines  et  exerçait 
sur  des  provinces  entières  une  influence  puissante  et 
salutaire.  Les  guerres,  la  commende,  les  exigences 
fiscales,  l'irréligion  du  milieu  oii  elle  vivait  alors 
avaient  diminué  le  nombre  de  ses  moines,  appauvri  ses 
ressources  et  amoindri  son  action  sociale.  Néanmoins, 
«'lie  occupait  encore  dans  rh^gllse  de  France  une 
place  honorée,  et  n'avait  point  interrompu  sa  mission 
relip:ieuse.  Bien  dilférent  d'autres   monastères  (pic  le 

(1)  Archives  nationales,  Ct»-\-,  2474,  N.  '■^Vi. 


—   436  — 

Jansénisme  ou  le  relâchement  avaient  jetés  hors  de 
leur  voie,  celui  de  Saint-Mesmin,  depuis  son  entrée 
dans  rOrdre  des  Feuillants,  avait  conservé  la  pureté 
de  sa  foi,  avec  sa  bonne  réputation,  et  ne  donnait  au 
monde  que  des  exemples  édifiants. 

A  l'extérieur,  ses  fermes,  terres  et  mouhns  étaient 
loués  à  des  hommes  qui  y  gagnaient  leur  vie.  Son 
patrimoine,  fei  lilc  et  bien  cultivé,  révélait  l'ordre  du 
travail  régulier  et  du  gouvernement  sage  qui  prési- 
dait à  son  entretien.  Chaque  jour,  indépendamment 
des  grandes  aumônes  de  fondation,  on  distribuait  aux 
pauvres  et  aux  misérables  du  pain  et  des  secours 
abondants.  Quand  survenait  quelque  grande  calamité^ 
on  ne  faisait  jamais  en  vain  appel  à  la  charité  des 
religieux.  Les  bâtiments  étaient  presque  remis  à 
neuf,  grâce  à  d'habiles  réparations,  et  présentaient 
un  bel  aspect.  Les  abords  du  couvent  s'annont/aient 
par  de  longues  avenues,  plantées  d'ormes,  de  noyers 
et  d'arbres  fruitiers  ;  elles  faisaient  comme  une  cein- 
ture de  verdure  autour  des  édifices  claustraux. 
D'autres  plantations,  des  jardins  potagers  et  d'agré- 
ment complétaient  cet  ensemble  agréable  (1). 

Sauf  quehjues  adoucissements  apportés  à  certains 
points  de  la  discipline,  en  particulier  à  l'abstinence, 
si  rigoureuse  pour  les  premiers  Feuillants,  les  moines 
menaient  une  vie  pieuse^  austère  et  laborieuse, 
capable  d'édifier  et  de  désarmer  les  ennemis  les  plus 
acharnés  des  institutions  monastiques.  La  littérature, 

(1)  Biblioth.  nation.,  Carte  des  bords  du  Loiret,  par  M.  de 
Bkaur.mn,  géographe  du  roi,  1739.  —  \\  93. 


—   437  — 

les  sciences  sacrées  et  profanes  avaient  à  Micy  des 
amis  dévoués  qui  les  cultivaient  avec  soin.  Leur 
bibliothèque,  augmentée  des  ouvrages  célèbres  publiés 
à  cette  époque,  avait  pris  un  grand  développement. 
Les  derniers  religieux  étaient  de  véritables  savants, 
connus  et  estimés  de  leurs  contemporains. 

Un  feuillant  de  Saint-Mesmin,  dom  Gardon,  s'était 
spécialement  adonné  à  l'étude  des  sciences  mathé- 
matiques ;  il  possédait  de  bons  instruments  d'optique 
et  de  physique,  dont  quelques-uns  ont  été  déposés  au 
Collège  d'Orléans.  Il  aimait  à  tracer  des  cadrans 
solaires  sur  les  façades  des  châteaux  voisins  de  son 
couvent.  Il  établit  aussi  celui  qu'on  voit  encore  au- 
dessus  de  la  porte  du  transept  méridional  de  Sainte- 
Croix. 

Un  autre  religieux,  dom  Gascar  Jean  de  Saint- 
Jérôme  était  très  instruit  :  il  composa  une  histoire  de 
son  monastère,  et  conserva  plusieurs  manuscrits  des 
plus  précieux  de  la  Bibliothèque,  entre  autres  le 
fameux  cartulaire  d'Adam,  ouvrages  malheureuse- 
ment perdus  à  la  Révolution.  Ce  moine,  un  des 
derniers  de  Micy,  était  physiquement  d'une  taille  et 
d'une  grosseur  extraordinaires  :  un  appétit  piopor- 
tionné  à  sa  corpulence  lui  faisait  absorber  une  (juan- 
tité  considérable  d'aliments,  tout  en  ne  satisfaisant 
que  d'une  manière  modérée  le  besoin  de  son  esto- 
mac (Ij. 

Tout  respirait  la  paix,  la  piété  et  le  travail  régulier 


(1)  SouvcJîirs  des  vieillards. 

20 


—  438  - 

dans  la  petite  communauté  de  Saint-Mesmin.  Aussi 
ce  fut  une  douloureuse  surprise,  quand  les  premiers 
coups  de  l'orage  révolutionnaire  vinrent  troubler  cet 
heureux  état  de  choses.  Le  19  octobre  1790,  le  maire 
et  le  procureur  de  Saint- Nicolas- Saint-Mesmin  se 
présentèrent  à  l'abbaye,  au  nom  de  la  Nation,  pour 
faire  l'inventaire  de  ses  biens,  et  demandèrent  aux 
religieux  dans  (juelle  lelraile  ils  désiraient  se  retirer. 
Ceux-ci  répondirent  (jue  leur  désir  le  plus  ardent 
était  de  rester  à  Micy  et  d'y  mourir. 

Ils  étaierit  au  nombre  de  cincj  :  le  prieur,  dom  Jean- 
François  de  Saint-Simon,  nommé  dans  le  monde 
Garrié,  né  à  Lyon  en  1739,  et  religieux  depuis  1759; 
dom  Jean  de  Saint-Jérùme,  nommé  Gascar,  né  à 
Ghevreuse  en  1733,  religieux  depuis  174Î)  ;  dom  Louis 
de  Saint-Alexandre,  nommé  Maisonneuve,  né  à  Paris 
en  1750,  religieux  depuis  1773  ;  lous  trois  avaient 
prononcé  leurs  vœux  au  monastère  de  Sainl-Hernard, 
de  Paris;  dom  Mathieu  de  Saint-Jérôme,  nommé 
Gachet,  né  à  Lyon  eu  171)2.  i\\  sa  profession  en  178(), 
à  Tabbaye  dv  Feuillant  ;  dom  Pierre  de  Sainte- 
Marguerite,  nommé  llazuret,  né  à  Lyon  en  1726, 
fit  profession  en  l'église  des  Feuillants  de  Lyon, 
en  1756. 

Leur  désir  ne  devait  pas  éli'e  exaucé.  La  Révo- 
lution, (jui  avait  d'abord  commencé  son  (euvre  avec 
une  certîu'ne  modération ,  était  emportée  par  une 
force  irrésistible  vers  les  actes  les  plus  violents.  Rien 
ne  l'arrêta  [)lus  dans  son  travail  île  destruction,  une 
fois  qu'elle  se  fut  abandonnée  à  l'impulsion  des  partis 


—  439  — 

extrêmes.  Successivement,  l'Assemblée  nationale  abo- 
lit tous  les  droits  et  privilèges  des  établissements 
ecclésiastiques,  annula  les  vœux  monastiques,  sup- 
prima les  ordres  relig-ieux,  et  enfin  déclara  que  les 
biens  du  clergé  seraient  mis  à  la  disposition  de  la 
nation. 

En  ouvrant  de  force  tous  les  couvents,  elle  décréta 
qu'une  pension  viagère  serait  payée  aux  anciens 
religieux,  après  qu'ils  auraient  fait  publiquement 
déclaration  du  lieu  où  ils  avaient  l'intention  de  se 
retirer.  En  conséquence,  Bonin,  officier  municipal, 
et  Grange,  procureur  de  la  commune,  se  transpor- 
tèrent de  nouveau  à  l'abbaye,  à  Telfet  d'obtenir  des 
moines  la  déclaration  exigée  par  l'Assemblée. 

[)om  Jean  Carrié,  prieur,  exposa  que  «attendu  les 
inconvénients  et  difficultés  qu'il  prévoyait  dans  le 
nouveau  régime  religieux  inauguré  par  les  décrets 
de  l'Assemblée  nationale,  concernant  le  traitement  des 
religieux,  »  il  avait  l'intention  de  se  retirer  à  Lyon, 
à  la  fin  du  mois  de  mars,  pour  y  mener  une  vie 
privée  au  sein  de  sa  famille  et  y  être  payé  de  sa 
pension  alimentaire  par  le  receveur  du  district  de 
ladite  ville. 

Le  second,  doni  Jean  (Jascar,  déclara  que  son 
intention  était  de  rester  toute  sa  vie  daLis  une  maison 
religieuse  de  son  Ordre,  si  c'étail  possible,  et  d'y 
finir  ses  jours,  sinon,  «  il  se  rendra  dans  celle  qu'il 
plaira  à  la  plus  respectable  des  Assemblées  de  lui 
assi""ncr.   » 

Les   trois  auli-es,  doni    Louis   Maisonneuve,    doni 


—  440  — 

Mathieu  Gachet  et  dom  Pierre  Razuret  déclarèrent 
vouloir  rester  chez  les  Feuillants  ;  et,  si  cela  n'était 
pas  possible,  rentrer  dans  leur  famille  (1). 

Les  pronnesses  inscrites  dans  les  décrets  de  l'As- 
semblée ne  furent  pas  tenues.  Bientôt  la  persécution 
ouverte  succéda  à  l'apparente  modération  des  pre 
miers  jours.  La  pension  alimentaire  fut  supprimée, 
et  les  religieux  reçurent  l'ordre  de  quitter  leur  monas- 
tère. Ils  Tabandonnèrent  au  commencement  de  1791, 
pour  aller  vivre  dans  une  société  inconnue,  où  tout 
était  pour  eux  plein  de  menaces  et  de  périls.  Dom 
Jean  Gascar  mourut  peu  après,  croit-on,  de  misère 
et  de  faim.  Quant  aux  autrt\s,  ou  ig-nore  ce  qu'ils 
devinrent  après  leur  dispersion.  Mais  dans  cette  vie 
nouvelle  où  ils  se  vircFit  contraints  d'achever  leuis 
jours,  (jue  de  pleurs  amers  durent  couler  de  leurs 
yeux,  quand  ils  reportaient  leur  pensée  vers  l'abbaye 
où  ils  avaient  passé  tau!  d  heui'euses  années,  dans  le 
recueillement,  la  [)rière,  Tétude  et  la  prati(|ue  de  la 
charité,  maintenant  (juiltée  pour  toujours  et  livrée  à 
la  destruction  ! 

Le  sort  de  l'abbé  de  Rastig^nac  fut  aussi  douloureux 
que  celui  de  ses  religieux,  plus  tragique  sans  doute, 
mais  combien  plus  glorieux  ! 

Son  mérite  éminent,  ses  écrits  [)leins  de  doctrine 
et  de  raison,  lui  avaient  créé  une  haute  situation  dans 
le  diocèse  d'Oi'léans.  Il  s'occupait  de  toutes  les  graves 
questions   qui   agitaient  l'opinion,   à   la  veille  de  la 

(1)  Archives  du  Loiret,  fonds  révolutionnaire. 


—  441  -- 

Révolution.  Sa  maison  abbatiale  était  comme  un  lieu 
de  rendez  vous,  où  de  nombreuses  personnes  se  réu- 
nissaient pour  discuter  et  s'éclairer  mutuellement.  Il 
reste  encore  de  M.  de  Rastig-nac  un  billet  très  poli, 
daté  du  12  juillet  1788,  par  lequel  il  fait  savoir  à 
l'abbé  Dubois,  d'Orléans,  que  le  duc  de  Luxembourg, 
se  trouvant  dans  son  monastère  de  Micv,  désirait 
conférer  avec  lui  sur  les  découvertes  qu'il  avait  faites 
relativement  aux  Etats-Généraux,  et  qu'il  le  rece- 
vrait avec  plaisir  (1). 

Aussi,  quand  Louis  XYI  eut  convoqué  les  Etats- 
Généraux,  les  membres  du  clerg-é  Orléanais,  réunis 
dans  la  grande  salle  de  l'évèché,,  pour  choisir  leurs 
députés,  au  nombre  de  trois,  élurent  AI.  Cbapt  de 
Rastignac,  avec  le  chanoine  Moutiers  et  M.  Blandin, 
curé  de  Saint-Pierre-le-Puellier.  Dans  la  délibération 
relative  à  cette  élection,  l'abbé  de  Saint-Mesmin  se 
distingua  par  la  sagesse  de  ses  vues  et  la  fermeté  de 
ses  convictions.  Ces  Etats,  bientôt  transformés  en 
Assemblée  (Constituante,  ayant  bouleversé  toute  l'or- 
ganisation religieuse  de  l'ancienne  France,  il  com- 
battit énergiquement  ses  agissemeiits,  et  signa  la  pro- 
testation contre  ses  décrets  en  matière  ecclésiastique. 
Plus  tard  il  refusa  avec  non  moins  de  force  de  sous- 
crire à  la  Constitution  civile  du  clergé. 

Retiré  cliez  sa  nièce,  la  marquise  de  Fausso-Lendry, 
rue  de  Vaugirard,  à  Paris,  il  consacrait  les  loisirs  que 
lui  laissaient  les  travaux  de  l'Assemblée  à  compostjr 

(1)  Mémoire  inédit  de  l'abbô   Dubois,  sur  le  Siège  d'Or- 
léans, édité  par  M.  Çliarpentier,  1804. 


—  142  — 

de  savants  mémoires  où  il  réfutait  avec  autant  de 
science  que  de  logique  les  prétentions  des  législateurs^ 
en  affaires  religieuses.  Il  écrivit  d'abord  un  opuscule 
intitulé  :  Question  sur  la  propriété  des  hiens-fonds 
ecclésiastiques  en  France  (Paris  1789).  Il  le  dédia 
au  pape  Pie  Vï.  qui  en  félicita  l'auteur.  Un  second 
ouvrage  suivit  de  près;  c^était  une  dissertation  sur 
y  Accord  de  la  révélation  et  de  la  raison  contre  le 
divorce  (Paris  1790/  Mais  dt»  ses  œuvres,  celle  qui 
souleva  contre  lui  les  plus  furieuses  colères  des  Jaco- 
bins, alors  maîtres  du  pouvoir,  et  voua  sa  tète  au 
glaive  des  Septembriseurs,  ce  fut  la  traduction, 
accompagnée  de  notes,  de  la  Lettre  synodale  de 
Nicolas,  patriarche  de  Constantinople.  à  Alexui 
Commène,  sur  le  pouvoir  des  empereurs  quant  à 
Vèrection  des  métropoles  ecclésiastiques  (Paris  1790). 
[1  y  réfutait  victorieusement  les  sopliismes  donnés 
pour  base  à  la  Constitution  civile  du  clergé  par  les 
Jansénistes  et  les  Voltairiens  de  l'Assemblée,  réfor- 
mateurs de  l'Eglise  de  France  (1). 

Aussi  quand  on  eut  décrété  l'incarcération  des 
prêtres  insermentés,  l'abbé  de  Rastignac  fut  un  de* 
premiers  désignés  à  la  bainedes  ennemis  de  l'antique 
foi  religieuse.  Il  fut  arrêté  le  2r>  août  1792,  et  écrou6 
à  Tabbaye  de  Saint-Germain-des-Prés,  transformée 
en  prison.  Il  s'y  rencontra  avec  le  marécbalde  Som- 
breuil,  Cazotle,  de  Montmorin.  ancien  ministre  de 
Louis  XVI,  e(  plus  de  200  autres  compagnons  d'in- 
fortune, comme  lui  voués  d'avance  à  la  mort. 

(i)  GuiLLON,  Les  inarlyrs  de  la  foi,  t.  I\',  p.  409. 


—  443   — 

Sa  nièce,  madame  de  Fausse-Lendrv,  mit  tout  en 
œuvre  pour  le  sauver.  Elle  obtint  même  de  Manuel, 
procureur  de  la  Commune  de  Paris,  la  promesse  qu'il 
serait  épargné,  a  Soyez  tranquille,  lui  avait-il  dit,  il 
ne  lui  arrivera  rien.  »  Elle  voulut  alors  partager  sa 
captivité,  pour  lui  donner  ses  soins,  malg^ré  la  parole 
menaçante  que  lui  dit  Sergent  :  «  Vous  faites  une 
imprudence;  les  prisons  ne  sont  pas  sûres  »  (1).  Ses 
efforts  furent  inutiles. 

C'est  que  sa  mort  avait  été  jurée  par  les  adversaires 
de  la  religion.  Ne  pouvant  pas  répondre  à  l'irréfutable 
logique  de  ses  écrits,  ils  trouvaient  plus  commode 
d'imposer  à  l'auteur  le  silence  éternel  de  la  tombe. 
On  lit  la  preuve  de  ce  parti  pris  dans  la  sentence 
sommaire  rendue  contre  lui,  et  inscrite  sur  le  registre 
d'écrou  de  la  préfecture  de  police  :  «  Du  26  août  17î)2, 
le  sieur  abbé  Cbaptde  Rastignac  a  été  écroué,  en  vertu 
des  ordres  de  MM.  les  Administrateurs  de  police,  mem- 
bres du  comité  de  surveillance  et  de  salut  public.   » 

Pendant  son  court  séjour  à  l'Abbaye,  M.  de 
Rastio:nac,  prévoyant  bien  le  sort  qui  l'attendait, 
employait  son  temps  à  consoler  et  à  réconcilier  avec 
Dieu  ses  compagnons  de  captivité.  Son  cœur,  plein 
d'une  ardente  foi,  épancba  dans  quelques  vers  latins 
qu'il  écrivit  alors,  la  sainte  confiance  et  l'énergie  sur- 
naturelle dont  il  était  rempli.  Ces  vers  sont  trop 
beaux,  pour  (|ue  nous  n'en  donnions  pas  ici  la  tra- 
duction (2)  : 

(1)  Thiers,  Histoire  delà  Révolution,  livre  VIII. 

(1)  Pièce  justiGcative  XL VII.  —  Vers  de  M.  «lo  Ra.slignao. 


—    U4  — 

«  Jure  ou  meurs  ;  sans  hésiter,  je  choisis  la  mort. 
Richesses  périssables,  adieu  pour  toujours  ;  je  vous 
quitte  sans  regret.  Le  navire  chargé  d'or  a  peine  à 
atteindre  le  port  :  l'àme  détachée  des  biens  terrestres 
monte  plus  vite  au  ciel.  La  tempête  menaçante 
gronde  de  toutes  parts  autour  de  moi  ;  je  vois  sans 
effroi  ses  vagues  suspendues  sur  ma  lète.  Que  le  flot 
immense  se  précipite;  il  sera  impuissant  à  me  sub- 
merger; car  je  suis  porté  sur  la  barque  de  Pierre; 
jamais  cette  barque  ne  périra  »  (1). 

On  avait  enfermé  M.  de  Rastignac  dans  une  grande 
salle,  qui  avait  jadis  servi  de  chapelle,  avec  dix-huit 
autres  prisonniers.  Tous  couchaient  sur  des  lits  de 
camp,  rangés  au  long  des  murailles. 

Le  lundi,  3  septembre  1792,  vers  dix  heures  du 
malin,  il  entendit  les  cris  des  bourreaux,  commen- 
rant  leur  horrible  besogne  dans  les  chambres  voi- 
sines. 11  monta  aussitôt  dans  la  tribune  de  la  chapelle, 
avec  M.  de  Lenfant,  ancien  prédicateur  de  Louis  XV. 
t  Ils  nous  annoncèrent,  dit  un  compagnon  de  sa  cap- 
tivité, qui  eut  la  chance  inespérée  d'échapper  au 
massacre  (2),  que  notre  dernière  heure  approchait,  et 
nous  invitèrent  à  nous  recueillir,  pour  recevoir  leur 
bénédiction.  Un  mouvement  électrique,  qu'on  ne  peut 
définir,  nous  précipita  tous  à  genoux,  et,  les  mains 
jointes,  nous  la  re(;umes.  Ce  moment,  (juoique  conso- 

(1)  Ces  vers  font  suite  à  une  liste  anonyme  et  manuscrite 
des  prêtres  emprisonnés  à  IWbbaye,  par  l'un  d'eux. 

(2)  Mon  agonie  de  trenle-huit  heures,  par  .îourgniac  de 
Saint-Méard,  ancien  capitaine,  Paris  1792. 


—  443  — 

lant,  fut  un  des  plus  terribles  que  nous  ayons  éprou- 
vés. A  la  veille  de  paraître  devant  l'Être  suprême, 
ag"enouillés  devant  deux  de  ses  ministres,  nous  pré- 
sentions un  spectacle  indéfinissable  (1),  L'âge  de  ces 
deux  vieillards,  leur  position  au-dessus  de  nous,  la 
mort  planant  sur  nos  tètes  et  nous  environnant  de 
toutes  parts,  tout  répandait  sur  cette  cérémonie  une 
teinte  auguste  et  lugubre.  Elle  nous  rapprochait  de 
la  Divinité  ;  elle  nous  rendait  le  courage.   > 

«  Ensuite,  dit  un  autre  prisonnier,  je  vis  labbé  de 
Lenfant  s'asseoir  sur  une  chaise  et  confesser  l'autre 
prêtre  qui  allait  mourir  avec  lui  »  (2).  C'était  M.  de 
Rastignac.  Moins  d'une  demi-heure  après,  les  égor- 
geurs  arrivèrent  et  le  massacrèrent  à  coups  de  sabres 
et  de  piques  (3). 

Ils  dépouillèrent  le  cadavre,  criblé  de  blessures,  de 
l'ancien  abbé  de  Saint-Mesmin,  et  le  jetèrent  dans 
la  vaste  fosse  commune  où  furent  enterrées  plus  de 
trois  cents  victimes  de  ces  funestes  journées.  Sur  le 
livre  d'écrou.  on  écrivit  ces  mots  :  «  Du  4  au  o  sep- 
tembre, le  sieur  Chapt  de  Rastignac  a  été  jugé  par  le 
peuple,  et,  sur-le-champ,  mis  à  mort,  h  II  était  âgé 
de  soixante-six  ans. 

L'abbaye  de  Micy  eut  une  fin  digne  de  son  com- 
mencement. Ses  cinq  premiers  abbés  ont  été  inscrits 

(1)  Voir  la  gravure  ci-jointe,  contemporaine  de  celte 
scène. 

(2)  Mémoires  de  Mgr  de  Salainon. 

(3)  Fïcoi,  Mémoires  pour  servira  VHisloire  erclésiasti- 
que,  livre  IV. 


—  /i46  — 

par  rÉglise  au  livre  d'honneur  de  la  sainteté;  le 
dernier  aussi  fut  un  juste,  immolé  en  haine  de  la 
relig^ion.  Sa  vie  a  été  vertueuse  et  sa  mort  a  mis  sur 
sa  tête  la  couronne  des  martyrs. 

Dans  un  voyage  que  le  cardinal  Richard,  arche- 
vêque de  Paris,  fît  à  Rome  au  mois  de  janvier  1899, 
son  Eminence  s'occupa  spécialement  de  l'introduction 
de  la  cause  des  prêtres  massacrés  à  l'Abbaye,  en  sep- 
tembre 1792,  en  haine  de  la  foi.  Parmi  les  noms 
présentés  au  jugement  de  la  Sacrée  Congrégation,  on 
lit  ceux  de  dom  Clicvreux,  général  des  Bénédictins 
de  Saint-Maur,  de  plusieurs  prêtres  Orléanais  et  de 
M.  Chapt  de  Rastignac,  abbé  commendataire  deSaint- 
Mesmin. 

Espérons  qu'un  jour,  ce  dernier  nom  s'ajoutera  à 
la  liste  glorieuse  des  saints  de  Micy. 


M.  de  Rastignac  absodt  ses  compagnons  de  captivité, 
d'après  une  gravure  du  temps. 


-i49 


CHAPITRE  XX 

ÉPILOGUE.   VENTE  ET  DESTRUCTION  DE  l' ABBAYE.    —  DÉCOU- 

VEHTE   DE     LA    GROTTE    DU    DRAGON;    EIRECTION   DE    LA    CROîX 

COMMÉMORATIVE.      LKUR     BÉNÉDICTION     SOLENNELLE.     

DERNIER  GRAND   JOUR   DE   MICY. 

(1701-1858) 

L'histoire  de  l'abbaye  de  Saint-Mesniia  finit  au  jour 
où  ses  derniers  moines,  expulsés  au  nom  d'une  liberté 
trompeuse,  la  quittèrent  pour  toujours.  Comme  un 
corps  abandonné  de  son  àme,  principe  de  la  vie, 
reste  seulement  un  être  incrie  condamné  à  une 
décomposition  prochaine,  ainsi  cette  belle  Institution, 
jadis  animée  par  la  prière,  la  pénitence  et  le  travail^ 
n'apparaît  plus  que  comme  une  luine  lamentable;  la 
destruction  complète  ne  se  fera  pas  attendre  long-- 
temps. 

Tous  les  biens,  tons  les  édifices  du  monastère  de 
Micy  furent  nnsérabloment  pillés,  puis  vendus  au 
profit  de  la  nation-,  ou  plutôt  au  profit  de  ceux  qui 
les  acquirent  pour  quelques  poignées  d'assig-nals,  bien 
au-dessous  de  leur  valeur  réelle. 

Aussitôt  après  le  départ  des  relijrieux,  les  bâtiments 
conventuels,  la  maison  abbatiale,  l'ég-lise  et  toutes 
les  dépendances  fiiF-ent  frappées  du  scellé  national. 
Mais    la    faible    municipalité    de    Saint -Nicolas    fut 


—  450  — 

iiiipuissanle  à  les  garder  des  bandes  de  pillards  accou- 
rus de  tous  cotés,  de  Beaugency,  de  Meung  et  surtout 
d'Orléans,  qui  s'abattirent  sur  le  malbeureux  couvent, 
comme  des  vautours  sur  une  proie,  et  le  dévastèrent 
de  fond  en  comble.  On  dit  même  (jiie  plus  d'un  liabi- 
tant  du  pays  se  mêla  à  leurs  troupes  avides,  pour 
retirer  sa  part  de  ce  facile  butin.  Les  clocbes,  les 
vases  sacrés,  les  ornements  sacerdotaux  furent  d'abord 
envoyés  au  district  voisin  ;  puis  le  pillnge  suivit  celte 
première  spoliation.  Les  statues  des  saints  furent 
brisées,  les  tableaux  décbirés,  les  autels  renversés, 
l'orgue  mis  en  morceaux  et  1  élain  de  ses  tuyaux 
partagé  entre  les  pillards.  On  déli'uisit  les  tombeaux 
élevés  dans  les  nefs  ;  on  réduisit  en  poudre  les  beaux 
marbres  de  celui  (|ui  recouvrait  les  cendres  de  l'abbé 
Cbarles  de  Vassan. 

Après  que  l'impiété  ré\oIiilioiHiaire  se  fût  donné 
libre  carrière  contre  tout  objet  poilaiil  un  caractère 
religieux,  la  cupidité  des  envahisseurs  s  empara  de 
ce  qui  avait  une  valeur  quelconcjiie.  Les  archives,  la 
bibliothèque,  de  plus  de  'i.OIIO  volumes,  réunis  et 
conservés  avec  tant  de  soin  {)ar  les  Feuillants,  quel- 
ques manuscrits  précieux,  derniers  restes  d'une  riche 
collection,  furent  pris,  on  ne  sait  [)ar  qui,  et  dispa- 
rurent pour  toujours,  volés  ou  anéantis.  On  enleva 
les  meubles  des  appartements,  les  métaux  utiles,  le 
plomb  des  fenêtres,  les  ferrements  des  constructions, 
le  bois  des  charpentes,  et  juscju'aux  tuiles  des  cou- 
vertures. Bientôt,  il  n'y  eut  plus  rien  à  prendre;  en 
sorte  (|ue  (juand  un  décret  ordonna  la  mise  en  adju- 


—  451  — 

dicalion  de  l'abbaye,  il  restait  seulement  des  murailles 
nues,  des  logis  dépouillés,  ce  que  les  voleurs  n'avaient 
pas  pu  briser  ou  emporler. 

On  mit  d'abord  en  vente,  comme  propriété  natio- 
nale, les  bâtiments  de  TAlleu  d'Orléans,  évalués  à 
lo,000  livres;  puis  le  2  mai  1791,  son  église,  sur  la 
prisée  de  3,300  livres.  Ces  biens  furent  adjugés,  pour 
une  somme  plus  forte,  à  un  négociant,  afin  d'y  éta- 
blir ses  magasins.  Sa  famille  les  céda,  en  1839,  au 
prix  de  50,000  francs,  à  la  ville  d'Orléans  autorisée 
à  les  acquérir  pour  agrandir  son  Collège  sur  leur 
emplacement. 

Au  mois  de  novembre  suivant  fut  faite  l'adjudica- 
tion du  monastère  lui-même.  Un  premier  lot  compre- 
nait l'église,  les  logis  conventuels  cl  les  jardins  des 
moines.  Mis  en  vente  sur  le  prix  de  15,000  livres, 
il  monta  à  une  somme  beaucoup  plus  élevée.  On  en 
forma  un  second  de  la  maison  de  l'abbé,  de  la  métai- 
rie contiguë,  louée  1,500  livres,  des  pressoirs,  par- 
terres, verger,  garenne,  vignes,  terres  et  bois,  dépen- 
dant (le  la  mense  abbatiale.  Le  tout  fut  livré  pour 
68,000  livres  à  M.  Grou,  liommes  d'affaires  et  ancien 
régisseur  de  M.  Cbapt  de  Rastignac.  L'acquéreur  ne 
conserva  pas  longtemps  ces  biens;  ils  passèrent  suc- 
cessivement dans  les  mains  de  plusieurs  proprié- 
taires (1). 

Aussitôt  ces  ventes  elfectuées,  commença  l'œuvre 

(1)  Ce  furent  :  M.  Petit-Delafosse,  premier  président  de  la 
(lour  impériale  d'Orléans;  puis  MM.  Coniedecerf,  Gaudy, 
Danicourt  et  docteur  Bréchemier. 


—  452  — 

de  démolition.  On  s'attacjua  d'abord  à  r<^glise.  Les 
grandes  ruines  de  la  basilique  ogivale,  restées  debout 
depuis  les  guerres  anglaises  el  protestantes,  furent 
renversées,  les  belles  pierres  vendues  et  le  reste 
converti  en  moellons;  puis  Téglise  moderne  fut  atta- 
quée à  son  tour.  Les  liantes  murailles,  sapées  par  la 
base,  finirent  par  céder  sous  les  «:oups  répétés  des 
ouvriers.  Ce  temple  saint,  ofi  avaient  retenti  long- 
temps les  cbants  de  la  prière,  s'écroula  avec  un  hor- 
rible fracas,  couvrant  le  sol  de  ses  débris  (1797).  La 
spéculation  mercantile  en  tira  parti  ;  durant  plus  de 
vingt  ans,  ses  ruines  sacrées  furent  converties  en 
une  immense  carrière.  Après  Téglise,  ce  fut  le  tour 
du  logis  conventuel  ;  plus  tard,  celui  de  la  maison 
abbatiale  et  enlin  de  tous  les  édifices  (jui  formaient 
Tensemble  du  monastère. 

La  dernière  construction  à  lusage  des  moines  était, 
croit-on,  une  ancienne  salle  capilulaire,  convertie  en 
cellier,  avec  grerjier  au-dessus.  Les  fenêtres  du  rez- 
de-chaussée,  à  plein  cintre,  ouvraient  dans  des 
murailles  de  !'";)()  d'épaisseur:  au  premier  étage; 
elles  étaient  carrées,  avec  leur  voussure  légèrement 
cintrée.  La  corniche  de  ce  bàliment  était  supportée 
par  des  modilloiis  1res  variés,  ornés  de  sculptures  (1  ). 
Elles  présentaient  en  relief  une  hachette,  une  serpe, 
une  doloire.  de  la  même  forme  que  les  outils  encore 
employés  par  les  vignerons  des  environs  d'Orléans. 
Deux  piliers  à  demi  encastrés  dans  l'épaisse  muraille 

(1)  Ces  modillons,  ou  consoles,  sont  aujourd'hui  conservés 
au  Musée  historique  dOrléans. 


—  453   - 

portaient  chacun  une  sorte  de  chaise  ou  sièg-e  à  dos 
évidé,  où  les  moines,  préposés  à  la  surveillance  du 
cellier,  pouvaient  s'installer  et  suivre  de  Tœil  le  tra- 
vail de  leurs  vignerons.  Une  porte  latérale  de  ce 
cellier  subsistait  encore  tout  entière;  on  y  voyait 
comment  se  manœuvraient  les  lourdes  barres  de  clô- 
tures du  xn«  siècle,  par  un  ingénieux  système  de  rai- 
nures profondément  creusées  dans  les  montants.  Cette 
œuvre  antique  était  d'une  solidité  presque  indestruc- 
tible ;  il  fallut  employer  lamine  pour  l'ébranler;  elle 
fut  entièrement  rasée  en  1858. 

Ainsi,  rien  n'échappa  à  la  pioche  des  démolisseurs; 
en  moins  d'un  demi-siècle,  ces  nombreux  édifices, 
églises,  cloîtres,  dortoirs,  réfectoire,  hôtellerie  pour 
les  voyageurs  et  les  pauvres,  logis  de  toute  sorte, 
tant  de  fois  reconstruits  et  restaurés  par  la  persévé- 
rante activité  des  moines,  disparurent  pour  toujours. 
Les  fondations  même  furent  arrachées  des  entrailles 
de  la  terre.  Des  monceaux  de  pierre,  produits  par 
ces  démolitions,  les  unes  servirent  à  bâtir  la  plu- 
part des  maisons  de  la  contrée;  les  autres,  de  moindre 
valeur ,  furent  brûlées  dans  les  fours  à  chaux  des 
alentours.  Ils  ont  dévoré  3Ticy  tout  entier. 

Depuis  lors,  il  ne  reste  plus  absolument  ri<!n  de  ce 
(jui  fut  l'illustre  abbaye  de  Saint-Mesmin.  Ses  ruiiies 
mêmes  ont  péri.  Les  passions  irréligi«'u^'es.  Fingrali- 
tude,  l'ignorance  et  la  cupidité  ont  effacé  du  sol  cette 
Institution,  digne  de  tous  les  respects,  (pii  pendant 
treize  siècles  tint  une  si  grande  place  dans  Tbistoirc 

de  notre  pays,  et  fut  pour  ses  habitants  la  source  de 

30 


—  454  — 

si  nombreux  bienfaits.  Aujourd'lnii,  des  bouquets  de 
bois ,  des  champs  cultivés ,  un  parterre  orné  de 
plantes  variées,  une  ag-réable  maison  de  plaisance, 
encore  appelée  le  chciteau  des  Feuillaiits,  occupent 
les  lieux  sanctifiés  jadis  par  les  moines,  les  cloîtres 
où  ils  s'assemblaient,  l'église  où  ils  priaient,  et  les 
cénacles  témoins  de  leurs  austérités.  Là  où  reten- 
tirent si  longtemps  les  graves  mélodies  du  chant 
monacal,  règne  un  silence  presque  continuel,  troublé 
seulement  par  le  bruit  des  pas  du  jardinier,  cultivant 
ses  fleurs  sur  d'antiques  tombeaux. 

Cependant,  si  tout  ce  qui  s'élevait  sur  la  surface 
du  sol  de  Micy  a  entièrement  disparu,  deux  restes 
vénérables,  on  pourrait  dire  deux  sanctuaires,  où 
reposa  successivement  le  corps  de  Saint-Mesmin,  un 
de  chaque  côté  de  la  Loire,  ont  échappé  à  la  force 
destructive  du  temps  et  des  hommes.  Ils  sont  enfouis 
au  sein  de  la  terre.  C'est  ce  qui  les  a  sauvés,  en  les 
conservant  dans  un  état  de  parfaite  intégrité. 

Au-dessous  d'une  aile  de  la  maison  d'habitation 
élevée  sur  l'emplacement  de  l'abbaye,  là  où  était 
l'église,  on  voit  encore  une  salle  de  moyenne  gran- 
deur, dont  la  voûte  régulière  et  très  solide  retombe 
sur  un  large  pilier  carré  dressé  en  son  milieu.  Dans 
l'épaisseurde  ce  pilier,  on  montre  une  petite  niche  que 
HMUplissait  une  statue.  C'était  d'après  les  traditions 
locales,  la  chapelle  souterraine  autrefois  consacrée  à 
sainte  Mesme,  sœur  de  saint  Mesmin  le  Jeune  (1). 

(1)  L'abbé  Rocher,  Notice  f<ur  Saint- Hil aire,  p.  2'i.  Voir 
au  chapitre  II  de  cette  Histoire. 


4a 


oo 


Quand  les  Bénédictins  eurent  reconstruit  leur 
église  abbatiale  au  ix^  siècle,  ils  en  firent  la  crypte  de 
cette  ég^lise.  Ils  y  déposèrent  le  corps  de  leur  saint 
fondateur^  lorsque  Louis  le  Débonnaire  leur  eut  per- 
mis de  le  rapporter  d'Orléans,  le  27  mai  834.  Il  y 
demeura  plus  de  700  ans,  jusqu'au  jour  où  les  Hugue- 
nots l'en  ont  tiré,  pour  le  livrer  aux  flammes.  Pen- 
dant ces  longs  siècles,  d'innombrables  pèlerins  sont 
venus  prier  dans  ce  lieu  cher  à  leur  piété,  aujour- 
d'hui profondément  oublié. 

L'autre  sanctuaire,  non  moins  vénérable  que  le  pre- 
mier, a  été  rendu  à  la  lumière,  de  nos  jours^  après 
être  resté  300  ans  comme  perdu  et  complètement 
ignoré.  C'est  la  grotte  du  dragon,  où  reposa  le  corps 
de  saint  Mesmin,  depuis  sa  mort  (320),  jusqu'à  son 
transport  à  Orléans  par  l'évèque  Sigobert,  vers  673. 
Elle  avait  été  bouchée  et  entièrement  close  par  la 
muraille  construite  au  temps  de  Henri  lY,  pour  sou- 
tenir la  falaise  supportant  l'église  de  La  Chapelle- 
Saint-Mesmin  (1).  Dès  lors,  personne  ne  s'en  était 
plus  occupé.  Cependant  un  vague  souvenir,  prenant 
son  origine  dans  les  traditions  conservées  par  les 
vieillards  du  pays,  subsistait  toujours,  comme  ces 
échosalfaiblis  que  le  souffle  des  vents  emporte  parfois 
en  des  régions  éloignées.  Au  commencement  de  notre 
siècle,  on  parlait  encore,  aux  veillées  du  soir,  d'une 
cave  creusée  sous  l'église,  jadis  hantée  par  un  terrible 
dragon,  et  où  un  saint  avait  voulu  être  enterré,  après 
l'avoir  mis  à  mort. 

(1)  Voir  aux  chapitres  II  ot  XV  de^cetlo  Histoire. 


—  456  — 

Un  habitant  de  La  Chapelle,  M.  Ernest  Pillon, 
ancien  élève  de  TEcole  polytechnique,  et  archéologue 
distingué,  recueillit  ces  souvenirs  ;  il  étudia  les  livres 
de  Jiertold  et  de  Letald  ;  puis,  s'étant  formé  une  con- 
viction absolue,  il  entreprit  de  rechercher  et  de  trou- 
ver la  grotte  du  dragon. 

Les  premières  tentatives,  restées  iulVuctueuses,  ne 
lassèrent  pas  sa  patiente  ardeur.  Après  avoir  long- 
temps travaillé  avec  ses  ouvriers,  ;ui  milieu  de  diffi- 
cultés et  de  périls  parfois  forts  grands,  il  eut  cniin 
la  joie  de  voir  ses  elforts  couronnés  d'un  plein  succès. 
Lui-même  raconte  ainsi  cet  heureux  événement  : 

«  Le  lundi,  24  décembre  185'),  j»-  me  glissai  dans 
uu  trou  pratiqué  depuis  plusieurs  jours  à  la  base  du 
mur  de  Sully.  Une  étroite  ouverture  fnl  faite  dans  le 
fond  et  bientôt,  sous  Teffort  des  hniers,  une  fissure 
s'y  forma.  On  y  enfon<;a  une  longue  balise  qui  dispa- 
raissait tout  entière.  Je  fis  apporter  une  lumière  dans 
cette  ouverture  élroite  ;  elle  i)rrilait  :  on  pouvait  entrer. 
A  une  heure  précise,  une  violente  poussée  lit  rouler 
une  tmorme  pierre,  et  uu  ouvrier  sautait  dans  la 
cavité.  Ce  me  fut  im  bonheur  d'aEîtiijuaire  Irop  vio- 
lent ;  je  crus  que  j'allais  me  trouver  mal.  lùifin  j'en- 
trai à  mon  tour.  A  droite,  des  masses  confuses  de 
rochers  immenses  présentaient  une  voûte  de  71  pieds 
de  berceau.  Au  centre,  on  lencontrait  deux  gros  piliers 
massifs  de  maçonnerie,  (|ui  semblaient  bâtis  d'hier 
A  gaiiclie.  un  long  ninr  Av  [tierres  sèches  laissait 
découvrir  de  loin  en  loin  quehjues  (races  de  construc- 
tions mérovingiennes.  Onand  ou  enh^va  les  débris  (|ui 


—  459  — 

remplissaient  la  grotte,  sur  une  hauteur  de  plusieurs 
mètres,  il  en  sortit  des  tuiles  à  rebord,  des  fragments 
d'ardoise,  des  briques  romaines,  et  quelques  tessons 
de  poterie  grise  assez  fine.  Après  l'enlèvement  de  ces 
matériaux,  de  provenance  étrangère  à  la  grotte,  on 
vit  se  profiler  sur  chaque  pilier  un  chapiteau  immense 
et  primitif,  d'un  galbe  grandiose,  formant  leur  cou- 
ronnement, pour  supporter  la  voûte  épanouie  en 
arceau  magnifique.  x\.labase  des  parois,  on  dégagea  ce 
petit  banc  caractéristique,  taillé  dans  le  tuf,  et  qu'on 
retrouve  toujours  dans  l'enceinte  des  «rrottes  celtiques. 

Deux  autres  piliers  formaient  les  jambages  de  l'en- 
trée principale,  et  par  cette  large  baie,  ouverte  sur  la 
Loire,  on  apercevait  directement  le  monastère  bâti  par 
saint  Mesmin.  Car  le  pieux  fondateur  avait  voulu  que 
sa  dernière  demeure  fût  en  face  de  la  cellule  où  il 
avait  vécu,  et  saint  Ay  avait  aussi  suivi  cette  orien- 
tation dans  la  construction  [de  la  chapelle  élevée  au- 
dessus  de  son  tombeau  (1).  » 

La  grotte  du  dragon,  asile  vénéré  que  nos  pères 
gaulois  et  francs  appelaient  un  lieu  saint,  était  donc 
retrouvée.  Tous  les  hommes  de  science  et  de  foi 
applaudirent  h  cette  découverte;  car  elle  confirmait 
tout  ensemble  l'histoire  écrite  par  les  vieux  moines, 
Bertold  et  Letald,  la  tradition  conservée  d'âge  en 
âge,  et  la  légende  qui  l'embellissait.  Une  fois  de  plus, 
l'archéologie  venait  fournir  à  bidonnée  religieuse  son 
concours  et  ses  preuves. 

(1)  Bulletin  de  1(1  Société  archéologique  de  T Orléanais, 
t.  II,  p.  271. 


—  460  - 

11  fallait  compléter  ce  premier  succès,  eo  restaurant 
la  grotte^  pour  la  rendre  à  la  piété  des  lîdèles.  Ce  fut 
l'œuvre  de  M.  Collin.  inirénieur  en  chef  de  la  Loire. 
Pour  la  réaliser,  il  s'inspira  de  sa  foi  et  de  sa  science, 
unidé  par  les  conseils  de  Myr  Dupanloup,  alors 
évèque  d'Orléans,  qui  bénissait  ses  elForts  et  les  en- 
courageait avec  un  haut  intérêt.  L  habile  direck'ur 
des  travaux  de  notre  grand  lleuve  s'occupait  alors  à 
réparer  les  désastres  de  l'iriondation  de  ISoti,  et  d'en 
prévenir  le  retour.  11  sut.  dans  un  plan  savamment 
et  pieusement  combiné,  concilier  la  sécurité  de  la 
navigation  et  la  consolidation  de  la  levée  de  la  Loire, 
avec  riionneur  dû  au  tombeau  d'un  grand  saint. 

A[)rès  quebjues  mois  de  travaux,  la  grotte  apparut 
ti-ansformée,  rajeunie,  et  digtie  des  souvenirs  quelle 
renfermait. 

(In  enleva  d'abord  1  amas  informe  de  débris  que 
les  ravages  des  ISortlimans,  l'incendie  allumé  pai-  les 
Protestants,  dans  l'église  de  la  Cbapelle  et  l'cruvie 
de  réfection  faite  [)ar  Sully  avaient  <iccumulés  dansson 
enceinte.  L'entrée  [)rincipale  fut  rrconstituée  dans 
son  étal  primitif,  cl  icrniéc  par  une  porte  monumen- 
tale, où  se  lisent,  en  cliillVes  de  IV-r  ouvragé,  les  dt'ux 
dates  de  .")2(l  et  IS.'iT.  celle  de  la  sépulture  de  saint 
Mesmin,  et  celle  de  la  restauration  de  la  grotte  où  il 
reposa.  A  son  extrémité  orientale,  on  éleva  un  autel 
de  piorre  blanche,  devant  lequel  est  suspendue  une 
lampe  de  bronze,  de  forme  antique.  In  [)etit  reli- 
quaire de  cuivre  doré,  renfermant  quelques  fragments 
des  os  de    saint   Mesmin,   recueillis  dans   une  église 


—  461   - 

du  diocèse  de  Blois,  fut  scellé  devant  cet  autel  (1).  On 
rétablit  Pescalier  intérieur,  donnant  accès  de  la 
grotte  dans  l'église  supérieure.  Les  g-ros  piliers  furent 
consolidés,  leurs  pierres  rejointoyées,  et  tout  l'en- 
semble prit  de  nouveau  un  aspect  imposant  et  reli- 
gieux. Plusieurs  inscriptions,  gravées  en  creux  sur 
de  belles  tables  de  pierre,  rappelèrent  les  faits  dont  ce 
lieu  avait  été  témoin,  et  le  nom  des  restaurateurs  (2). 
Eufin  deux  escaliers,  d'un  caractère  antique,  complé- 
tèrent ces  travaux,  en  conduisant  lun  au  cbemin  de 
bàlage  supérieur,  au  dessus  de  la  g-rotte,  l'autre  sur 
le  cbemin  inférieur  et  sur  la  grève  de  la  Loire. 

Ainsi  les  deux  sa[ictuaires  où  avait  long-temps  reposé 
le  saint  fondateur  de  Micy,  la  grotte  du  dragon,  de 
520  à  675,  et  la  crypte  de  l'église  abbatiale,  de  834  à 
1562,  se  trouvaient  conservés  et  rétablis  parmi  les 
monuments  de  l'Orléanais.  Mais  du  monastère  lui- 
même,  pendant  treize  siècles  féconde  retraite  de  tant 
de  saints,  de  savauts  et  de  bienfaiteuis  de  notre  pays, 
il  ne  restait  plus  U;  moindre  souseuir".  Mgr  Dupati- 
lou[),  dont  Tàme  ardente  s'intéressait  si  vi\ement  à 
tout  ce  qu'il  y  a  de  pieux,  de  bi-au  et  de  grand,  courut 
la  pensée  d'en  ressusciter  la  mémoire,  par  la  consli'uc- 
tion  d'une  croix  commémoralive,  élevée  sur  le  terri- 
toire même  de  Tabljaye  disparue. 

Un  terrain  situé  sur  la  rive  gauche  de  la  Loire  fut 

(1)  Ce  reliquaire  a  été  dérobé,  en  1870,  par  des  soldats 
allemands,  protestants  sans  respect  pour  les  églises,  comme 
les  Huguenots  de  1562. 

(2)  Voir  la  gravure  de  l'intérieur  de  la  grotte  du  dragon. 


—   462  — 

acheté.  Avec  les  dernières  pierres  tirées  des  ruines 
de  Micy,  M.  Collin  éleva  une  croix  d'un  caractère 
grandiose,  sur  la  levée  de  la  Loiro,  dans  Taxe  d'une 
ligne  tirée  de  l'ouverture  de  la  grotte,  à  remplace- 
ment même  jadis  occupé  par  le  monastère.  Elle  est 
de  style  roman,  haute  de  10  mètres,  de  la  base  au 
sommet,  et  domine  de  G  mètres  le  niveau  de  la  chaus- 
sée. La  brique  se  mêle  à  la  pierre  dans  sa  construc- 
tion, et  lui  donne  un  cachet  d'antiquité  (1  ).  Huit 
écussons,  encastrés  dans  son  pourtour^  évoquent  les 
souvenirs  de  l'abbaye.  Le  plus  grand  reproduit  la 
liste  des  saints  sortis  de  Micy,  oii  leurs  noms  forment 
des  vers  latins,  attribués  à  Tempereur  Charles  le 
Chauve  (9).  Cette  croix  simple,  sévère,  élancée, 
s'aper(;oit  au  loin,  et  éclaire  le  fleuve  dans  un  rayon- 
nement de  foi  séculaire. 

Quand  la  restauration  de  la  grotte  du  dragon  et 
l'érection  de  la  croix  commémorative  furent  achevées, 
au  mois  de  mai  1858,  Mgr  Dupanloup  arrêta  que,  le 
13  juin  suivant,  il  les  bénirait  et  inaugurerait  solen- 
nellement. 

Ce  fut  une  imposante  et  mémorable  cérémonie.  Les 
autorités  religieuses,  civiles  et  militaires  d'Orléans 
en  rehaussèrent  Téclat  de  leur  présence.  Une  foule 
de  peuple,  (ju'on  ne  put  évaluer,  y  accourut  de  tous 
côtés,  pour  rendre  un  dernier  hommage  aux  humbles 
religieux  (jue  furent  les  moines  de  Micy.  On  eût  dit 
que  la  ville,  témoin  de  leurs  vertus  aux  siècles  passés, 

(t)  Voir  hi  gravure  représentant  la  Croix  de  Micy. 
(2)  Pièce  justiiicative  VL 


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:  465  — 

avait  déversé  la  multitude  de  ses  habitants  sur  les 
bords  de  la  Loire.  En  même  temps,  deux  longues 
processions  organisées  en  amont  et  en  aval  du  fleuve, 
s'avançaient  parallèlement  avec  leurs  théories  de 
jeunes  filles  en  blanc^  leurs  bannières  déployées  et 
leur  nombreux  clergé.  Les  chants  sacrés,  la  sonorité 
des  fanfares,  les  accents  vibrants  de  ÏHymne  à 
Micy  (1),  chantée  avec  une  verve  entraînante  par  les 
élèves  du  grand  et  du  petit  Séminaire  qu'accompa- 
gnait une  musique  militaire,  formaient  un  immense 
et  harmonieux  concert. 

Mais  011  l'enthousiasme  ne  connut  plus  de  bornes, 
ce  fut  quand  Tévêque  d'Orléans,  après  la  bénédiction 
liturgique  de  la  grotte,  parut  au  sommet  de  l'esca- 
lier qui  conduit  au  chemin  de  halage  supérieur.  Là, 
debout  dans  l'angle  formé  par  la  jonction  des  para- 
pets, tribune  naturelle  d'oii  il  domine  tout  le  fleuve, 
ses  deux  rives,  et  l'innombrable  auditoire,  il  prend 
la  parole  et  prononce  un  admirable  discours  à  la 
gloire  de  saint  Mesmin  et  de  ses  disciples.  Il  montre 
qu'elle  a  été  l'origine  de  l'abbaye  de  Micy,  ses 
luttes  et  ses  triomphes,  et  la  présente  connue  un 
foyer  où  brillèrent  pendant  treize  siècles  la  prière, 
le  travail  et  la  science.  «  La  prière  des  cœurs  purs, 
dit-il,  le  travail  des  mains  libres^  et  la  science  des 
intelligences  bénies  de  Dieu;  ces  trois  choses  (|ui 
ont  fait  la  civilisation  européenne,   et  par  lesquelles 

(1)  Pièce  justificative  XLVIII,  Hymyieà  Micy.  Cette  cantate, 
chantée  chaque  année  à  la  distribution  «les  prix  «lu  i>etit 
Séminaire,  a  été  composée  par  un  de  ses  professeurs. 


—  46C)  — 

la    France  a    marché    la   première,   reine  du  monde 
civilisé  (1).  r> 

La  voix  éclatante  du  prélat  retentissait  au  loin; 
(juelques-unes  de  ses  paroles,  portées  par  les  (lots, 
arrivaient  jusqu'à  la  foule,  massée  sur  les  deux  le- 
vées et  les  grèves  de  la  rive  opposée. 

C'était  un  spectacle  d'une  grandeur  incomparable, 
comme  seule  la  religion  peut  en  donner  aux  peuples. 
J'en  ai  été  témoin,  et,  quoique  je  fusse  bien  jeune  en- 
core, jamais  son  souvenir  ne  s'est  elfacé  de  mon  es- 
prit. La  procession  assemblée  au  pied  du  rocher  :  Té- 
vèque,  en  riclies  habits  pontificaux,  au-dessus  de  la 
scène  sans  bornes;  les  bannières  et  banderoUes  flot- 
tant au  vent;  les  croix  dorées  par  les  (hM-niers  feux 
d'un  soleil  radieux  ;  les  armes  étincelantes  d'une  com- 
pagnie des  grenadiers  de  la  garde  impériale  ;  les  po- 
pulations groupées  sur  les  rampes  et  les  crêtes  du 
coteau  ;  derrière,  l'anticjue  église  de  la  Chapelle, 
contemporaine  des  fondateurs  de  Micy  ;  sous  les 
pieds,  la  grotte  du  dragon,  restaurée  et  rajeunie:  en 
face,  .sur  l'autre  rive, la  croix  monumentale,  éblouis- 
sante de  blancheur  ;  à  l'horizon,  vers  l'Orient,  les 
tours  de  la  basili(jue  de  Sainte-Croix  ;  puis  les  co- 
teaux boisés  du  Loiret,  les  clochers  îles  églises  du 
Val  ;  et,  à  nos  pieds,  la  Loire,  notre  beau  fleuve  na- 
tional, sillonnée  de  mille  barcjues  (jui  l'animent  et 
semblent  lui  faii'e  [)artager  l'universelle  allég'resse. 

(1)  Discours  de  Mgr  Dupanloup,  à    la    bcnediclion  de  L<i 
Qrolte  et  de  la  Croix  de  Mici/,  13  juin  1858. 


—  467  — 

Quand  révoque  eut  cessé  de  parler,  il  traversa  la 
Loire  dans  une  embarcation  élégamment  ornée,  qu'es- 
cortait toute  une  flottille  richement  pavoisée  ;  il  ga- 
gna la  rive  gauche  où  l'attendaient  les  habitants  du 
Yal  et  de  la  Sologne,  groupés  sous  les  bannières  de 
leurs  paroisses.  11  bénit  alors  la  croix  de  Micv,  puis 
rejoignit  la  rive  droite,  où  la  fête  s'acheva  avec  le 
jour. 

Telle  a  été  cette  solennité  qui  laissa  dans  tous  les 
esprits  un  souvenir  inoubliable.  Tandis  que  la  foule 
se  retirait  par  les  routes  encombrées,  la  nuit  était 
déjà  venue.  La  grotte  et  la  croix  de  Micy,  brillam- 
ment illuminées,  dessinaient  leurs  lignes  ardentes  au 
milieu  des  ténèbres.  Elles  projetèrent  longtemps  sur 
les  eaux  du  fleuve  leur  lumière  symbolique,  rappe- 
lant Téclat  des  vertus  pratiquées  sur  cette  terre  par 
les  moines  de  Micy,  et  la  radieuse  auréole  qui  les 
couronne  au  ciel. 

Ce  fut  le  dernier  et  suprême  hommage  rendu  à 
l'abbaye  de  Saint-Mesmin  ;  hommage  bien  mérité, 
assurément.  Car,  pour  quelques  défaillances  passa- 
gères, dues  surtout  au  malheur  des  temps,  elle  eut  de 
longs  siècles  de  ferveur  et  de  pieuse  régularité.  Pen- 
dant les  treize  cents  ans  de  son  existence,  elle  a 
donné  de  nombreux  élus  au  ciel,  plus  de  trente  saints 
canonisés  à  l'Eglise,  et,  à  la  France,  des  milliers 
d'hommes  dignes  d'être  comptés  au  nombre  de  ses 
meilleurs  enfants. 


PIÈGES  JUSTIFICATIVES 


DiPLuMR  DE  Fondation' 

attribué  au   roi    Clovis    /er. 

(508) 

In  nomine  sanct^e  et  individutft  Trinitatis  Clodoveus.  Qui- 
cumque  regiœ  dignitatis  culmine  efferri  desiderat,  merito 
eum  pr9B  oculis  habere  débet,  cujus  gratia  effertur.  Noverit 
ergo  omnium  sanctce  Dei  ecclesiœ  fidelium  et  nostrorum 
tam  preesentium  quàm  futurorum  solertia,  quia  nos  res 
ecclesiasticas  plusquam  omnes  vita?  nostrœ  actus  tutari 
atque  augmentare  gaudemus.  Unde  cunctis  nostris  fidelibus 
omnibus,  videlicet  episcopis,  abbatibus,  comitibus,  missis, 
vice-missis,  vice-comitibus,  vicariis,  telonariis,  centenariis, 
viilicis,  seu  cunctis,  ut  diximus,  vero  corde  fidelibus  notum 
fieri  volumus,  quia  nos  Dei  providente  benignissima  sive 
annuente  clementia  beati^simos  viros  Euspicium,  ac  ejus 
nepotem  Maximinum,  religiono  monastica  comptosa  civitate 
Viridunis  adduximus  Aurelianis,  nosti'ique  fundum  juris 
concessimus,  nomine  Miciacu77i,  ut  ibidem  universorum 
Domino  tam  ipsi  quam  eis  pie  adhivrentes,  seu  per  annorum 
curricula  succedentes  doserviant  Deo  sub  ordine  monastico, 
noslrique  in  perpetuum  habeant  memoi-iale  coram  Deo. 
Adjecimus  etiam  Ctimbiacum  atque  Litiniacum,  ut  suai'um 
habeant  necessitatum  supplementum.  Lygeris  igitur  cur- 
sum  quantum  pni'dicti  terra  fundi  ex  utraque  lenet  ripa, 
cum  omni  libéra  piscationo,  et  de  singulis  salis  navibus  per 
aquam    eorum   transeuntibus  singulas   minas  jure   damus 

31 


—  470  — 

perpetuo.  Super  addinius  nostrorum  postulatione  fidelium, 
ut  quicumque  eis  aliquid  de  sui  juiis  beneficio  tribuere  vo- 
lueril  in  aliqua  qualicumque  re  beneûcium  liberam  habeat 
facultatem.  Nos  deinceps  nostne  largitalis  munere  piopter 
divinum  amorem  per  nostram  auclorilalem  piu'fatis  Dei 
servis  cum  sibi  vinculo  Ghri&ti  juuclis  suis  succedentibus  eis 
jam  diclum  tenere  concedimus  locuni,  ut  ab  hinc  eumdt'iii 
cuni  omnibus  supra  dictis  terris,  aquis,  et  eis  pertinentibus, 
sylvis,  servis  atque  ancillis,  vel  quteque  ad  eos  pertineant 
vel  pertinere  videbuntur,  absque  alicujus  impedimenlo 
priesenti  et  futuro  tempore  absque  ullo  telonio  aut  vicaria 
habeant,  Deo  annuente. 

Sigillo  nostro  subler  eum  jussimus  assignari. 

(Apud  La  Saussaye,  Annales  Ecclesiœ  Au7'e- 
lianensiSf  Liber  111,  num.  II,  p.  97.) 


U 

Diplôme  de  Fondation 

(Utriàué  au    roi    Clovis   /•'. 

(508) 

niodoveus  Prancorum  rex,  vir  illuster.  Tibi  venerabilis 
senex  Euspici,  tuoque  Maximino,  ut  possitis,  et  hi  qui  vobis 
in  sancto  proposito  succèdent,  pro  nostra  dilectivque  conju- 
gis  et  liliorum  sospitate,  divinam  misericordiam  precibus 
vestris  impetrare,  Miciacum  concedimus,  et  quidquid  est 
fisci  nostri  intra  fluminum  alveos,  per  sanctam  conferrea- 
tionem  et  annulum  inexceplionaliler  tradimus,  et  corpora- 
liter  possidendum  pnobemus,  absque  tributis,  naulo  et 
exactione  sive  infra  sive  extra  Ligerini  et  Ligeritum,  cum 
querceto  et  salicto,  et  utroque  molendino.  Tu  vero,  Eusebi, 
sanclie  religionis  calholicaî  episcope,  Eusebii  senectani  fove, 
Maximino  l'ave,  et  tam  eos  quam  possessiones  eorum  in 
tua  parochia,  ab  omni  calumnia  et  injuria  pra'sta  liberos  : 
neque  enim  nocendi  sunt  quos  regalis  alTectus   prosequitur. 


—  471  — 

Idem  agite,  o  vos  omnes  sanctct'  catholicœ  religionis  episcopi. 
Vos  ergo,  Euspici  et  Maximine,  desinite  in  1er  Francos  esse 
peregrini  ;  et  sint  vobis  loco  patriîe  in  perpetuum  posses- 
siones  quas  donamus  in  nomine  sanctîp,  individuai,  œqualis 
et  consubstantialis  Trinitatis.  Ita  fiât  ut  ego  Ciodovœus 
volui. 
f  Eusebius  confirmavi. 

(Apud   D.    Luc   d'Aghery,    Spicilegium,  in-4*, 
1661,  t.  IV,  p.  313.) 

III 

Description  de  la  Grotte  du  Dragon. 

La  grotte,  profonde  de  10  mètres,  sur  15  environ  de  lar- 
geur, se  termine  circulairement  ;  un  banc  taillé  dans  le  tuf 
existe  sur  une  partie  de  son  pourtour.  A  ce  caractère,  les 
archéologues  croient  reconnaître  une  ancienne  caverne  drui- 
dique. 

Au  centre,  s'élèvent  deux  piliers  massifs  en  maçonnerie, 
soutenant  la  voûte  que  forme  le  rocher  ;  au  sud,  deux  autres 
piliers  engagés  dans  un  mur  de  construction  relativement 
récente  ;  ils  forment  les  jambages  d'une  ouverture  qui  don- 
nait autrefois  sur  la  Loire.  On  découvrit  encore  quelques 
marches  d'un  escalier  qui,  dans  les  siècles  passés,  avait 
servi  de  communication  entre  la  Grotte  et  l'église  bâtie  au- 
dessus. 

L'appareil  des  piliers,  les  restes  de.s  chapiteaux  ou  cordon 
qui  les  couronnent,  dénotent  une  construction  contempo- 
raine de  l'église,  et  in<liquent  que  les  piliers  eux-mémea 
furent  construits  pour  soutenir  la  voûte  naturelle  sur  laquelle 
devaient  reposer  les  fondements  de  ceUe  église. 

Les  piliers  ou  jambages  de  l'ancienne  ouverture,  l'orne- 
n»entation  qui  se  manife.ste  dans  la  régularité  de  la  mar;on- 
nerie  et  dans  la  disposition  du  cordon  formant  chapiteau, 
l'escalier  qui  communique  avec  l'église,  démontre  que  la 
grotte  dans  laquelle  ces  ouvrages   furent  exécutés  était   un 


-    47-2  — 


lien  qu'on  s'appliqua  à  laisstM*  accessible  aux  visiteurs,  et 
qu'il  se  rattachait  à  l'église  supérieur^  dont  il  devint  une 
dépendance  :  c'était  donc  un  lieu  saint  et  vénéré. 

(P.  Mantellikr,  Bulletin  de  la  Société  archéo- 
logique de  l'Orléanais,  t.  II.) 


IV 
Description  du  Dragon. 

Il  y  avait  alors  (au  commencement  du  vi^  siècle),  sur  le 
bord  de  la  rivière  de  Loire,  une  grande  et  horrible  caverne 
qui  servait  de  repaire  aux  hiboux  et  autres  semblables  ani- 
maux. 

En  ce  lieu  plein  dinfeclion  s'engendra  un  terrible  dragon, 
lequel  se  nourrissant  des  chairs  puantes  et  corrompues  qu'on 
jetait  dedans,  parvint  à  une  si  excessive  et  prodigieuse  gros- 
seur que,  ne  pouvant  plus  tenir  daui^  la  caverne,  il  sortit 
dehors,  et,  par  son  souffle  envenimé  et  sa  puanteur  intolé- 
rable, il  gâta  toutes  les  terres  voisines  et  enchâssa  tous  les  hal)i- 
tants,  infectant  l'air  de  telle  sorte  que  les  oiseaux  qui  volaient 
là  autour  tombaient  morts  sur  la  place.  Bref,  la  désolation 
fut  si  grande  que  tout  le  pays  eût  demeuré  désert,  si  ladivine 
Providence  n'y  eût  bientôt  remédié. 

(Symphorien  Guyon,  Histoire  de  l'Eglise  d'Or- 
léans.) 


Noms  des  Saints  qui  détruisirent  des  Dragons^ 
avec   la   date  du  Jour  où    leur  mémoire  est  honorée. 

Saint  Amand,  abbé,  18  novembre. 

Saint  André,  évêque,  13  janvier. 

Saint  Arédius,  abbé,  13  août. 

Saint  Armel,  confesseur,  16  août. 


4/i 


Saint  Bertrand,  évêque, 
Saint  Bienbeuré,  abbé, 
Saint  Gaidoc,  confesseur, 
Saint  Clément,  évêque, 
Saint  Cyr,  martyr, 
Saint  Cyriaque,  prêtre, 
Saint  Derien, 
Saint  Didyme,  martyr, 
Saint  Dié,  abbé, 
Saint  Donat,  évêque, 
Saint  Donat,  ermite, 
Saint  Efflam,  confesseur. 
Saint  Florent,  prêtre, 
Saint  Front,  évêque, 
Saint  Georges,  martyr, 
Saint  Germain,  évêque. 
Saint  Gratus,  martyr, 
Saint  Hilarion,  solitaire, 
Saint  Jean,  prêtre, 
Saint  Jean,  anachorète, 
Saint  Jonin,  ermite,! 
Saint  Julien,  évêque, 
Saint  Léonard,  ermite. 
Saint  Liphard,  abbé, 
Saint  Marcel,  martyr, 
Saint  Martial,  évêque, 
Saint  Maximilien,  martyr. 
Saint  Méen,  abbé, 
Saint  Mesmin,  abbé. 
Saint  Michel,  archange. 
Saint  Nicaise,  archevêque. 
Saint  Pavaïr,  évoque, 
Saint  Philippe,  martyr, 
Saint  Fol,  évêque, 
Saint  Romain,  évêque. 
Saint  Samson,  évêque. 
Saint  Sylvestre,  pape. 
Saint  Théodore,  évêque, 


30  juin. 
9  mai. 

24  janvier. 

1  novembre. 
16  juin. 

6  mars. 

28  avril. 
18  janvier. 

30  avril. 

5  octobre. 

6  novembre. 
22  septembre. 

25  octobre. 

2  mars. 

31  juillet. 

5  décembre. 

21  octobre. 
31  juillet. 

22  septembre. 
1  juin. 

27  janvier. 
45  octobre. 

3  juin. 

4  septembre. 
31  juin. 

12  mars. 

21  juin. 

15  décembre. 

29  septembre. 
14  décembre. 
24  juillet. 

G  juin. 

12  mars. 

23  octobre. 

28  juiih't. 

31  décembre. 

13  janvier. 


474  — 


Saint  Tugdual  (Bretagne), 
Saint  Véran,  évêque, 
Saint  Vigor,  évêque, 
Sainte  Marj^uerite,  martyre. 
Sainte  Marthe,  vierge, 
Sainte  Radégonde,  veuve. 
Mabillon.  Bollandistes,  etc. 


30  novembre . 
11  novembre, 
1  novembre, 
20  juillet. 
29  juillet. 
13  août. 


VI 


Les  Saints  de  Micy 
Vers  attribués  à  Vempeveur  Charles  le  Cliauve. 

Sunt  numoro  Mariminus  prior,  atque  secundus, 
Euspicius,  Theodemirus,  simul  et  Leobinus, 
Dulcardua,  Lœttis  et  Agilus,  sit  Phaimbaldus, 
Additur  l'rbicius,  Senardus,  Avitus.  Amator, 
Carilesua,  sit  eisqiie  Pavacius,  atque  l'iator  ; 
Sunt  que  Leonardi  duo,  sit  Conslans-qxie-tianus, 
Sit  Higomarus  eis,  Launomarus  atque  Lif'ardus. 
Quos  omnes  sacra  Reliyio  probat,  atque  rependunt 
Mœniu  Ilegali  fabricata  munere  dudum. 

(D.  Mabillon,  Acta  sanctorum  Ordinis 
S.  fienedictij  sœc.  i,  p.  581) 


VJI 


Bourgs  et  villes  fotidcs  par  dfs  Moines  de  Micy. 


Dans  l'Orléanais  : 

Saint-Hilaire-Saint-Mesmin  (Micy),  canton  d'Olivet (Loiret). 
La  Chnpelle-Saint-Mesniin,  canton  d'Ingré  (LoiretK 
S:unt-.\y,  canton  de  Meung  (Loiret). 
Meung-Saint-Ijiphard,  canton  (Loiret'. 
Sp.int-Lyé,  canton  de  Neuville  'Loiret). 


—  475  — 

En  Solopne  : 
Saint- Viâtre    (autrefois   Tremblevie),    canton  de   Salbris 
(I.oir-et-Gher). 
Saint-Dyé-sur-Loire,  canton  de  Bracieux  (Loir-et-Cher). 
Selles-sur-Gher  (Gelle-Saint-Eusice).  canton  (Loir-et-Cher). 

Dans  le  Berry  : 
Doulchard,  canton  de  Mehun  (Cher). 

Dans  le  Limousin  : 
Saint-Léonard-de-Xoblac,  canton  (Haute- Vienne). 

En  Dunois  : 

Saint-Léonard-de-Dunois,  canton  de  Marchenoir  (Loir-et- 
Cher). 

Saint-Avit-lez-Châteaudan,  ou  Celle-Saint-Avit,  hameau 
du  canton  de  Châteaudun. 

Dans  le  pays  chartrain  : 
Bellomer,  canton  de  La  Loupe  (Eure-et-Loir). 
Saint-Avit-les-Guêpières,  canton  de  Brou  (Eure-et-Loir). 

Dans  le  Perche  : 

Saint-Avit-au-Perche,  canton  de  Mondoubleau  (Loir-et- 
Cher). 

Saint-Ulphace,  canton  de  Montmirail  (Sarthe). 

Saint-Bomert,  canton  d'Authon  (Eure-et-Loir). 

Pas-Saint-Lauraer,  canton  de  Rémalard  (Orne). 

Moutiers-Saint-Laumer  (Corbion)  maintenant  Moutiers-au- 
Perche,  canton  de  Rémalard  (Orne). 

Dans  le  Maine  : 

Saint-Calais,  chef  lieu  d'arrondissement  ^Sarthe). 

Saint-Léonard-des-Bois  (Vendœuvre),  canton  de  Fresnay 
(Sarthe). 

Saint  -  Fraimbault  -  de  -  Prières,  canton  de  Mayenne 
(Mayenne). 

Dans  le  Passais: 
Ernée,  canton  (Mayenne). 

Saint-Fraimbault-sur-Pisse,  canton  <le  Passais  (Orne). 
Saint-Front-de-Collières,  canton  de  Domfront  (Orne). 
Domfront,  chef- lieu  d'urrondissement  (Orne). 


—   47(3  — 

Saint-Brice,  canton  de  Domfront  (Orne). 
Saint-Gault,  canton  de  Château  Gonthier  (Mayenne). 
Saint-Bomer-les-Forges,  canton  de  Domfront  (Orne). 

yo?7is  des  lieuj-  habités  par  les  saints  de  Micy 
sa?is  avoir  conservé  leur  vocable. 

Mézières,  Ligny,  (  Ihaingy,  Mareau,  près  Orléans  . 

Bauzy,  en  Sologne  ; 

Gréez,  Yibraye,  Muntmirail,  dans  le  Perche; 

Brou,  (  Iharbonniére,  dans  la  Beauce  chartraine  ; 

Javron,  Lassay,  Saint-Georges-de-(!ouet,  dans  le  Maine; 

Céancé,  Lonlai,  dans  Te  Passais. 

(L'abbé    Th.    (Iochard,    Micy,   au    Vl»"  siècle, 
p.  132. 

VIII 

Charte  de  Louis  le  Débonnaire 

pour  la   concession   de   trois   baleau.r 

(815) 

In  nomine  Dei  et  Salvatoris  nostri  J.-C,  Ludovicus,  divina 
ordinante  Providenlin,  Imperator  Augustus,  omnibus  epis- 
copis  abbatil)us,  ducibus,  comitibus,  vel  vice-dominis,  vica- 
riis  et  oninibus  rempiiblicam  procurantibus,  pra^sentibus 
scilicet  et  futuris,  notum  sit  quia  Duerinsendus,  abbas 
sancti  Maximini,  et  omnis  ejus  congregatio,  petierunt  celsi- 
ludinem  nostram,  utlicentiam  haberent,  ad  eorum  suppien- 
das  npcessitatos,  très  naves  per  Ligerim,  Carum,  Vigennain, 
Sartham,  Medianam,  Lidum,  sive  per  caHera  flumina,  pro 
qiiibuslibet  pra/fati  monasterii  necessitatil)us  discurrunt, 
nec  lamen  et  de  cartis  summariis,  vel  in  villis,  deomni  com- 
mercio  undeque  Jiscus  teloneum  exigera  possel.  Cujus  pre- 
cibus,  ob  amorem  Dei  et  venerationem  ipsius  Sancli,  annuere, 
et  hoc  nostra)  anclhoritatis  pra?ceptum  firmitatis  gratia  erga 


—    4  /  /    — 

ipsum  monasterium,  pro  mercedis  nostne  augmente,  sicut 
petierunt,  concessimus.  Id  circo,  hoc  pra?ceptum  nostrum 
fieri  jussimus,  per  qiiod  jubemus  atque  prœcipimus.  Datum 
sexto  Idus  Januarii,  Ghristo  propitio,  anno  primo  imperii 
domini  Ludovic!  serenissimi  augusti,  indictione  VIII^.  Actum 
Aquis-Grani,  in  palatio  regio,  in  nomine  Dei,  féliciter. 
AiJien. 

{Ex  Cartulario  yiiciasensi,  Biblioth.  nationale, 
M.  S.  54-20.) 


IX 

Diplôme  de  Louis  le  Débonnaire 

donnant  confirmation  de  tous  les  biens  de  Micy, 
et  établissant  ses  privilèges. 

(836) 

In  nomine  Domini  Dei  omnipotentis  et  Salvatoris  nostri 
Jesu  Ghristi,  Ludovicus,  et  Lotharius  filius  ejus,  divina 
ordinante  Providentia,  imperatores  augusti.  Xotum  lîeri  vo- 
lumus,  imprimis  successoribus  nostris,  nec  non  et  omnibus 
ûdelibus,  quod  poitulavit  magnitudinem  nostram,  Jonas, 
fidelis  noster  Aurelianensis  prïesul  Ecclesia»,  utdivina^  servi- 
tutis  honorem  et  propter  monaslicum  veraciter  religioseque 
servandum  ordinem.  nostra^  aucthoritalis  privil<  gio  comniit- 
teremus  illi  quoddam  cœnobium  regue  poteslatis,  nomina- 
tum  Miciacum,  in  Aurelianensi  dioicesi,  fundatuiu  olim  in 
honore  Dei  et  gloriosi  protomarlyris  Stephani,  a  Clodovch'O  J, 
cliristianissimo  Francorum  rege,  et  posteroium  munificentia 
regum  amplissime  sublimatum.  Idem  autem  venerabilis 
pra'sul  Jonas,  prœfatum  Michicenscm  locum  speciali  amore 
diligens,  ol)  meritum  et  reverentiam  sanctissimorum  patrum 
Euspicii,  Maximini,  Avili  et  aliorum  quam  plurimorum,  qui 
in  eodem  cœnoljio,  cum  plurimo  fralrum  numéro  sub  monas- 
lico  ordine  probabiliter  Deo  vixisse,  et  placuisse  declarantur, 


—  478    - 

testimonio  evidentium  miraculorum,  non  ambitiosa  cupidi- 
tate  aut  fastu  superbiiv  expetiit,  sed  ut  regularis  ordo  monas- 
ticus  religiosissime  custodiendo  teneatur.  Nostra  ergo  pietas 
tali  ratione  committit  illi  prsefatum  locum  et  successoribus 
ejus,  ut  magis  per  eos  spiritali  et  temporali  augeatur  incre- 
uiento,  quiim  Hiinuatur,  et  neque  ullaiu  tyrannidis  domina- 
tioneni  super  nionachos,  t'ainiliuui,  niancipia,  serves  exer- 
ceant,  et  neque  ipse,  aut  aliquis  successorum  ejus,  a  jure  et 
potestate  priefati  Miciacensis  monasterii  aliquid  rerum 
suarum  mobiliuiu  vel  immobilium,  quas  nunc  Christo  pro- 
pitio  gubernatore,  possidet,  vel  in  futuro  acquiret,  aut  in 
doniinio  proprio  invadat,  aut  quoquo  modo  surripiat  vel 
subtrahat,  vel  alicui  tribuat. 

Ad  notitiaiii  auteni  futurorura,  placuit  nobis  in  hoc  prag- 
matico,  quod  in  priesentia  nostra  ipse  Jonas  episcopus,  cum 
convenientia  melropolitani  sui  Jeremia^dictando  coniposuit. 
et  scriptuin  nostne  excellentia'  corroborandum  obtulit,  anno- 
tari  possessiones  terrarum,  quœ  in  pra?ceptisregum  contine- 
bantur,  quorum  munificentia  pra^dicto  loco  largitie  sunt, 
quas  praisentialiter,  gratia  Dei,  secure  et  quiète  possidet. 

Priorest  fundus  Miciacencis,  cum  suis  appenditiis,  et  tlu- 
vius  Ligeris  et  Ligeriti  ;  continuatim  pertinet  aqua  ejusdem 
lluviiLigeris,adpra.'dictum  cœnobium.ex  utraque  ripa,abillo 
loco  ex  quo  incipit  terra  ejusdem  super  Capellam-Sancti  Maxi- 
mini, ab  Oriente,  donec  finiatur  tota  versus  Occidentem,  cum 
lluvio  Rolleno.  Tantum  vero  fluvii  Ligeris  pertinet  ad  pra?- 
dictum  monasterium,  quantum  liic  annotatur.  —  Incipit  enim 
possessio  Ligeriti  a  faiinario  cujusdam  Dromcdanni,  et  de- 
currit  per  rippam  sancti  Hilarii,  usque  dum  cujusdam  Mar- 
cassii  vicum  de  rodendo  Unes  Ligeris  alveo  non  modico  inve- 
hitur,  terminante  quadani  conclavi  terra'  alterius  rippa^  prne- 
dicti  monasterii  contra,  ubi  etiam  publica  via  est,  inlerquam 
et  altéra  m  terram  pra'dicti  co'nobii  paululum  extendit  se 
qua'dam  lerrula  sancta'  Crucis,  nec  non  et  lluviolus  Rolle- 
niiR,  qui  in  eodem  loco  ad  priusens  invehitur  Ligeri  ;  altéra 
vero  rippa  pra-dicti  lluvii  Ligeriti  semper  pra-dicli  cœnobii 
est  potestatis,  quantumvis  cnjuscn nique  terra  alterius  juris 
desuper  habeatiir.  —    Et    in    civitate  Aurelianensi  posside 


—  479  — 

priefatum  cœnobium  ^Nliciacense  claustrum,  quod  dicitur 
Capella-Sancti  Maximini,  et  terra  ipsius  Allodi  exit  ultra 
murum  ;  et  in  alio  loco  in  rivitate  habet  allodum  Montberrit, 
intersanctum  Stepbanum  et  sanctam  Mariam-Boni-Nuntii. 
Et  ultra  fluvium  Ligerib  habet  villam  Berarii,  qute  dicitur 
Gapella-Sancti  Maximini  ;  et  Cerisiacum  cum  villa  ;  et  Mon- 
tem-Pastoris  ;  et  Montem-Tedaldi  ;  et  villam  Marmanias  ; 
si  in  alio  loco  habet  Gambiacum  villam,  cum  ecclesia  et 
:)mnibus  sibi  pertinentibus  ;  et  in  alio  loco,  villam  qu?e  dici- 
tur Fontanas,  ubi  est  rivulus  aquse  ;  et  prope  eam  habet 
dllam  quœ  dicitur  Gasellas.  —  In  Secalaunia  vero,  pos- 
ïidet  curtem  Vennensem  cum  ecclesia,  mancipiis,  terris 
îultis  et  incultis,  silvam  quœ  dicitur  Tassiniaca  ;  curtem 
îtiam  Litiniacensem,  qu*  vulgo  dicitur  Monstreuranni, 
îum  servis,  silvis,  et  aliis  rébus  sibi  adjacentibus,  et 
V'illam-Dardi,  cum  omnibus  sibi  pertinentibus  ;  et  villam 
juœ  dicitur  Fontenellas,  cum  silva,  servis,  et  omnibus  sibi 
pertinentibus  ;  et  habet  «îcclesiam  sancti  Pétri  in  Gaudiaco  ; 
ît  ecclesiam  sancti  Hilarii  ultra  Ligeritum  ;  et  in  Marologio 
n  uno  loco,  possidet  in  allodo,  arpennos  de  pratis  XXIV  ; 
îtin  alio  loco  qui  dicitur  ad  Arenas,  in  allodo,  arpennos  IV  ; 
ît  in  prospectu  Aurelianis,  in  loco  qui  dicitur  ad  Portum, 
irpennos  de  vinea  VIII.  Ha'C  Clodovœus,  rex  Franco- 
•um,  Miciacensi  loco  jure  hereditariocondonavit.  —  Et  habet 
^rœfâtuslocus,  ante  sanctum  Anianum,  ecclesiam  Sancti  Maxi- 
lîini,  cum  burgo  et  sibi  pertinentibus  villulis,  in  Belsicâ,  Se- 
leliaco,  Gurgio,  Montemulio  ;  quam  ecclesiam  Sigobertus  epis- 
,'opus  in  agro  sui  juris  construens  praedicto  Miciacensi  loco 
ledit.  Et  in  pago  Bituricensi,  infra  castium  sancti  Gundulfi, 
labet  curtem  Pauliaci^m,  cum  ecclesia  et  aqua  Nostrusa,  et 
)mnibus  sibi  pertinentibus  ;  et  habet  alteram  curtem  ibi, 
luxta  prœdictum  Pauliacum,  (Ju a' dicitur  ad  sanctum  Marti- 
num,  cum  ecclesia  et  omnibus  sibi  pertinentibus.  Hu^cGlodo- 
Tiirus,  filius  senioris  Glodovœi  praîfato  loco  concessit.  — 
îabet  quoque  potestatem  qute  dicitur  Vienna,  cum  ecclesia, 
ît  silva,  et  omnibus  sil)i  jx^-tinentibus,  in  qua  est  Colla  ri- 
/ulus;  et  potestatem  quae  dicitur  Vill;i-Mari;i*,  cum  omnibus 
ùbi  pertinentibus  ;   et  silvam  qua*   dicitur  Torfollis,  tenen- 


—  480  — 

tem  duas  leugas.  Ha?c  Clotarius  rex  pnefato  loco  concessit. 
—  In  Belsica  vero,  habet  potestalem  Audœni-Putei,  ouni 
sibipertinentibus,  Bitriaco,  Monte-(luichet,  Piriaco,  Sanomo, 
Xocuuiento,  el  sibi  pertinentibus  servis.  —  Et  in  pago  Stam- 
pensi.  villas  «luas,  Cassellas  el  Gastaneum  villare.  Ista  rex 
Chilpericus  dédit.  —  Et  in  Belvacensi  pago,  habet  villam 
qua'  dicitur  ad  sanctum  Maximinum,  cumecclesia  in  honore 
ipsius  dicata,  quu'  vicina  est  Silvanectensi  parocchiœ  ;  et  in 
prospeetu  Aurelianis,  potestatem  Bruerias,  qua*  dicitur  ad 
sanctum  Dyonisium,  cum  ecclesia  in  ipsius  martyris  honore 
dicata,  cum  sibipertinentibus,  all)arias,  cavenlone,  asinarias, 
cum  servis,  terris,  pratis  ;  et  in  alio  loco  villam  Xemesum 
cum  aqua,  terris,  pratis,  et  omnibus  sibi  pertinentibus. 
Hîec  Dagobertus  rex  largitus  est.  —  Et  juxta  Silvam  Lon- 
gam,  habet  villam  qua'  dicitur  Villare-Magnum,  cum  eccle- 
sia sacratain  honore  sancti  Maximini  ;  et  in  pago  Dunensi, 
cellam  habet  in  loco  qui  dicitur  Monsîletardi  ;  cum  aqua 
(lonida.  molendinis,  silva,  pratis,  terri>  cultis  et  incultis,  et 
pascuis,  et  vineis,  et  mancipiis  et  servis.  Ha^c  Theodericus 
rex,  ex  hereditate  Lupi  pessimi  ducis,  pnedicto  loco  contulit. — 
Et  in  pago  Lemovicensi,  habet  villam  qua^  dicitur  Magniacus 
cum  ecclesia  et  aqua,  molendini^;,  leriis  cultis  et  incullis, 
vineis.  pratis,  silvis,  pascuis,  parvis  exitibus  et  regressibus, 
servis  et  mancipiis.  Hanc  curlem  genitor  nostci',  gloriosus 
Carolus  Magnus  imperalor,  contulit  Miciacensi  loco.  —  Et  in 
Pictaviensi  terrilorio,  in  portu  Vilraria\  in  pago  Habadilico, 
super  fluvium  Cannacuni.  habet  areas  salinar.im,  ad  one- 
randas  naves,  ad  suas  nécessitâtes  excluden(his.  Et  in  manso 
illo,  pra'dictas  possidet  areas,  cum  vineis,  terris,  pratis, 
silvis,  et  omnibus  sibi  pertinentibus,  ^qua'  Garatholenus  ex 
tisco  regio  habuit,  sed  a  nostro  avo  Pipino,  et  lilio  ejup.  ge- 
nitore  nostro  C.arolo,  regali  munificentia  collata  sunt  cœno- 
bio  Miciacensi.  —  Nos  vtro,  no  inferiores  videremurpiu'di'Mis 
ngiljus  btnelicio,  concessimus  pra-dicto  loco  [«er  depreca- 
tionem  Drucesindi,  abbatis  ipsius  loci,  et  privilegio  auclho- 
rilalis  nostne  corrobavimus  decursionem  trium  navium  p  ;r 
diversa  imperii  noslri  llumina,  scilicet  per  Ligerim,  Sequa- 
nam,    Maternam,  Caruni,    Vigenain,    Sartham,    Medianani, 


—  481   — 

Lidiim,  pro  quibuslibet  monasterii  necessitatibus,  ut  secure 
et  libère  et  redire  valeant,  et  non  reddant  ullum  telonium. 
vel  uUam  consuetudinem,  vel  aliquani  redhibitionem.  Et  ne 
quislibet  exactor  ôsci,  de  carris,  vel  carrelis,  vel  saginariis, 
vel  quocumque  véhicule,  sive  per  terram,  sive  per  aquam 
facto,  vel  de  quocumque  commercio  pertinente  ad  pra?dic- 
tum  locum  exigat,  vel  accipiat  ullam  consueludinem,  nec  de 
quibuslibet  negociis  factis,  vel  in  villis,  terris,  aquis,  silvis 
prœdicti  monasterii,  undecumque  judiciaria  potestas  aliquid 
exigere  pra?sumat  ;  aliquam  legem  vel  consuetudinem  acci- 
père,  vel  exigere,  vel  quamlibet  molestiam  inferre. 

Et  obeunte  abbate  ipsius  monasterii,  nolumus  ut  nulla  se 
occasione,  neque  episcopus,  neque  quilibet  regia'  potestatis 
minister  in  distribuendis  providendisque  acquisitis,  acqui- 
rendisve  rébus  ejusdem  monnsterii  permisceat  ;  abbatem 
vero  eidem  monasterio  non  alienum,  sed  quem  dignum  mori- 
bus  coiumuni  consensu  congregatio  tota,  absque  omni  mu- 
nere,  elegerit,  secunduni  Deum  ordinari  volumus  ;  et  orandi 
tantummodo  causa  accedendi  ad  pra'fatum  locum  episcopo 
licentiam  damus,  aut  si  forte  ad  peragenda  sacra  missarum 
fuerit  invitatus  ministeria.  Et  si  voluerit  pra'dicto  cœnobio 
aliquid  de  suoepiscopio  dare,  nostra  regali  et  sua  pontiûcali 
aucthoritate  peragat  ;  et  si  voluntas  et  facultas  denegaverit 
de  iis  qua^  collatte  sunt  rébus,  nihil  invadere  pra.'sumat. 
Porro  si  contigerit  aliquodinfortunium  cujuscumque  pertur- 
bationis  quod  ab  ipso  possit  minime  definiri,  vel  ipse  erga 
ipsum  locum  maie  agat,  jubemus  ut  nostrorum  successorum 
regum  auribus  declaretur,  ut  regali  judicio  quidquid  depra- 
vatum  fuerit,  corrigatur.  Ne  ergo  putent  pnt'sules  sedis 
Aurelianis,  propter  banc  commendationem  ad  adjutorium 
et  defensionem  Miciacensis  cœnobii  a  nobis  pie  et  misericor- 
diterfactam,  quau)  fideli  noslro  Jon;»' episcopo  committimu», 
80  quod  pricsentia  nostra  longe  sit  remota  ab  his  parlibus, 
res  prsefali  monasterii  qualihet  machinatione  alienare,  vel 
ipsum  locum  inquietare,  pr^sertim  et  quum  pra?fatus  locus 
benefîcio  regio  sit  fundatus,  et  res  ipsius  cœnobii  larga  re- 
gum munificentia  sint  largitfe. 

Itarpie  summopere  jiibendo  volumus  ut  monachi  priedicti 


—   48Î  — 

]oci  ad  divinuin  officiuiii  honorificentius  peragendum,  rébus 
superius  memoratis  dituti,  régula  ri  ter  otium  sancta^  quietis 
per  adjuloriuiii  episcopi,  et  per  hanc  nostram  aucthoritatem 
adepti,  in  iis  in  (juibus  se  Deo  devinxerunt  divina  juvante 
gratia  inviolabililer  permaneant  :  et  pro  hoc  bénéficie  a  nobis 
imparlito,  tlagitamiiaomnimodis  servis  pra'fati  loci  monachis 
ut,  pro  nobis  et  conjuge  nostra  Judith,  et  proie,  et  stabilitate 
iniperii  a  Deo  nobis  coUati,  et  per  cuncta  secula  per  succes- 
sores  nostros  sua  gratissinia  pietate  conservandi,  seniper 
omnipotenti  Deo  preces  fundant.  Hoc  autem  prœceptum 
factum  est  ut  pleniorem  in  oninipotentis  C.hristinomine  obti- 
neat  vigorem,  et  a  successoribus  nostris  credendo  conser- 
vetur,  noinine  nostro  et  eorum  optiniatuni  qui  présentes 
aderant,  titulari  voluimus  et  annuli  noslri  impressione  si- 
gnari  jussinius.  Datum  XIV  (  lalendas  Martii,  anno  Christo 
propilio  XXIV  iiuperii  domini  Ludovici  piissimi  augiisti,  in- 
dictione  XVI,  anno  ab  Incarnatione  Domini  D.  CGC.  XXXVI. 
Actum  Aquis-Grani,  palatio  regio.  In  Dei  nomine  féliciter. 
Amen.  Durandus  diaconus,  ad  vicem  Fridugici  cancellarii 
recognovit. 

{Ex  Cartulario  Miciacenfii,  Biblioth.  Nationale, 
M.  S.  5i-20.) 


Charte  de  Charles  le  Chauve 

confirmant  les  privilèges 
de    l'Alleu    de    Saitit-Mesmifi^   d   Orléans. 

(Sans  date) 

Carolus,  Dei  gratia  Francorum  rex,  imperator.  Inimici 
regni  nostri  dopredatores  et  pillardi,  qui  regnum  nostrum 
decnrrerunt.  eccl<^siam,  dnmuiu  et  abbaliain  Sancti-Maxi- 
mini  Mioiaccnsis  totaliteret  in  tantum  dcvastaverunt,  quod 
necessario  oportuit  illius  loci  religiosos  retrahere  in  villam 
Aurelianensem,  in  quadam  parva  ecclesia,  et  hospilio,  quam 


—  483  — 

ab  antiquo  et  longissimis  teniporibus,  ibidem  habebant,  et 
iiluc  pnefati  religiosi  de  pauloque  inferius  idem  imperator 
immunem  et  liberam  supi-adictam  capellam  de  Allodo  Aure- 
lianensi  ab  omni  jure  regio,  censu,  lisco  et  alla  qualicunique 
redliibitione,  confirmatque  pruedicto  conventui  justitiam 
omnem  quam  ab  antiquo  abbates  regulares  exercebant  in 
supra  dicta  domo  de  Allodo  Aurelianensi,  ut  latius  patet  in 
originali  et  antiquo  privilegio  quod  abbas  Sancti-Maximini 
in  suo  nunc  servat  abbatiae  thesauro. 

(Biblioth.  d'Orléans,    Dom  Vernicag.  M.  S.  394, 
fo  13.) 

XI 

Charte  de  Hugues  Gapet 
pour  les  droits   de  propriété,   et  de  pêche  dans  le  Loiret, 

(987) 

In  nomine  sanctae  et  individua;  Trinitatis,  amen.  Hugo, 
gratia  Dei  rex.  Quicumque  regise  dignitatis  culmine  eiïerri 
desiderat,  merito  eum  prae  oculis  habere  semper  débet  cujus 
gratia  profertur.  Igitur  noverit  omnium  sanct*  Dei  Eccle- 
sise  fidelium  et  nostrorum  tam  presentium  quam  futurorum 
solertia,  quia  nos  res  ecclesiarum  plus  quam  omnes  vita^ 
nostra'  aclus  tutare  atque  augmenlare  gandemus.  l'nde 
cunctis  noslris  fidelibus,  praesentibus  atque  futuris,  notum 
fleri  volumus  quia  venerabilis  abbas  a  monast^rio  Sancti- 
Maximini,  nomine  Amalricus,  nec  non  fratres  ejusdem  ca-- 
nobii,  innotuerunt  serenitati  nostru'  qualiter  Carolus  Augu8- 
tus  prœceptum  regiai  auctoritatis  eidem  loco  contulerit,  ex 
parte  tluvii  Ligeriti.  (Juœ  videlicet  pars  incipit  a  farinario 
Dromedanni,  et  decurrens  per  ripam  sancti  Hilarii,  in  flu- 
vium  Ligeris  incurrit.  Quod  videlicet  pra'ceptum  nostris 
obtutibus  ofiFerentes,  petierunt  idem  conlirmandum,  insuper 
obnixe  pettntes  ut  ex  ea  parte  pnedicti  lluminis,  quje  nobi^ 
ex  ratione  fisci,   videlicet  comilatu,   conlinge))at,   pro  reme- 


—  484  — 

dio  animai  nostra^  aliquid  superadderemus.  Quod  salutare, 
judicantes,  cum  consilio  optimatum  nostrorum  concessimus 
eis  unam,  per  singulas  liebdomadas,  dieni  et  noctem  per 
totam  aquam  nostri  juris,  ut  libère  eam  perlustrent,  quo- 
libet modo  piscationis  :  quatenus  lis  pro  nobis  nostraque 
sobole  et  statu  imperii  nostri  omnipotenti  Deo  supplicantibus 
et  merces  nobis  accrescat  :  et  illis  emolumentum  aliquod  ex 
nostra  liberalitale  proveniat,  absque  nllius  inquietudinis 
molestia. 

Et  ut  hoc  nostra^  pi\Tceptionis  et  confirmationis  auctoritas 
pleniorem,  in  Dei  nomine,  per  supervenientia  tempora  obti- 
neat  vigorem,  annuli  nostri  impressione  subter  eam  jus- 
simus  sigillari.  Data  VIII  KL.  septembris,  anno  primo 
régnante  Hiigone.  Actiim  Aureliani^  civitate,  in  Dei  noniino 
féliciter.  Amen. 

ir.iblioth.  d'Orléans,  n'^-^.IO'?,  p.  45.) 

XII 

Lettre  de  saint  Abbon 

rappela?it  les  rcrujieif.r  au  respect  de  leur  supérieur. 

(sans  date) 

Fratribus  Miciacensibus,  maxime  eorum  decano.  Profes- 
sionis  vestra'  memores,  vos  ad  vos  reducite.  Quid  coram 
Deo  et  sanctis  ejus  voveritis  mementote  ;  abbatem,  qnem 
cum  sua  ovicula  expulistis,  re;ulariter  vobis  pra*esse  |dési- 
derate.  Tandem  ad  te,  mi  quondam  familiaris,  Letalde, 
nunc  sermo  dirigitur,  cujus  alias  singularem  scienliam  mea 
parvitas  amplectilur.  et  summis  laudibus  extollere  nititur. 
Quid  tua  interfuit  unius  miseri  vitam  corrodere,  unius 
boniuncionis,  qua'  non  erant  nota,  vitia  denolare  ?  Ouam 
scriptum  sit  quod  sapiens  pdMiitenda  non  committit.  Hor- 
tor  et  obtestor,  carissime,  recordare  tuœ  infirmitatis  :  assu- 
me viscera  misericordia'  :  fralr.^s  t!io=;argue,  obsecra,  increpa 


—  485  — 

in  omni  patientia  et  doctrina.  ita  scilicet  ut  nec  increpatio 
ad  desperationem  pertrahat,  nec  patientia  vitiorum  fomiti 
succumbat.  Tu  enim  hujus  conspirationis  caput  diceris  ;  tu 
domini  Roberti,  abbatis  tui,  ofâcium,  quod  dictu  nefas  est, 
prœsumpsisti,  nec  delatoris  pœnam  exhorruisti  ;  quem  expe- 
ditum  omnibus  malis,  absque  ulla  rebellione,  restituât  omni  • 
potens  Deus. 

(Abbonis  Epistola  X.,  p.  110.) 

XIII 
Charte  du  roi  Robert 
portant  donation  à  Micy  du  domaine  d'Ondreville. 

(1022) 

In  Ghristi  nomine.  Rotbertus,  gratia  Dei  procurante  Fran- 
corum  rex  gloriosissimus  nec  non  et  fîlius  ejus,  itidem  rex, 
cum  eo  degens,  Hugo  nomine,  quoniam  examini  nostra? 
diligentia.'  occurrit  pra'  ceteris  subditorum  nobis  amminicula 
rerum  Christi  servorum  usibus  congrua  a^qualante  pietatis 
consulere,  noverit  fides  catholica  quod  nostram  munificam 
adierit  benignitatem  pi»  memoriîP  Albertus,  abbas  monas- 
terii  Miciacensis,  quod  eit  in  honore  Sancli  Stephani  prolo- 
martyris  et  Sancti  Maximini  confessons,  humiliter  expos- 
cens  ut  monastei'io  sibi  digne  cura  pastorali  dedito  liberam 
ab  omni  fiscali  cuilibel  debilo  quamdam  terrulam  ex  nostro 
jure  per  jjneceptum  nostri  honoris  perpetualiter  concedere- 
mus.  Quorum  petitioni  digne  faventes,  voluntariîp  concessio- 
nis  per  depiecationem  Reginic  mulieris  viduai  et  filii  ejus 
clerici  Tetdnini,  quorum  erat  beneficium  ;  hoc  autem  est  ut 
terrula  illa,  quam  ex  nostro  proprio  jure  supradicto  monas- 
terio  concedimus,  libéra  sit  per  regale  pnpceptum  ab  omni 
fiscali  reditu,  id  est  censu,  et  qua-cumque  juste  vel  injuste 
expeti  possunt,  pro  animœ  sainte  propria^  mei  scilicet 
Rotberti  régis,  et  uxoris  meai  Gonstantiae,  et  nostroruni  lilii 
Hugonis  régis.  Quod  ut  firmum  sit,  hoc  nostrum  regale  pra^- 

32 


—  A86  — 

ceptuni  ex  imle  fieri  volumUvS,  et  proprio  nostne  dignitatis 
tilulo  subtus  firmavimus,  coram  nostris  fidelibus  et  ipsis 
faventibus.  Est  autem  pars  una  ipsius  terrula}  in  comitatu 
Vuastinensi,  super  fluvium  Exone,  medietas  Undrevilhv  ex 
omnibus  rébus  ad  ipsam  pertinenlibus  tara  de  ecclesia  tt 
molendinis  quam  de  aliis  adjarentiis  ;  altéra  pars  supra- 
dictie  terrulae  est  in  pago  Stanipinse,  similiter  medietas 
Franconis  villa?,  quœ  ad  pra^dictam  villam  pertinet. 

Signum  Rotberti  régis.  Signum  Hugonis  régis,  lilii 
Rotberti  régis.  S.  Henrici,  filii  Rotberti  régis.  S.  Tetduini 
clerici,  ûlii  Regina*  mulieris,  cujus  erat  beneficium. 

Nomina  testium  : 

Leutericus,  archiepiscopus  Senonas.  Goslinus,  archiepi-s- 
copus  Bituricas.  Odolricus,  episcopus  Aurelianis.  Guarinus, 
episcopus  Belvagus.  Franco,  episcopus  Parisius.  Cornes 
Hivo  de  Bellomonte.  Ebo  miles.  Guarinus,  miles  Parisiu^. 
Amalricus,  miles  de  Monteforte.  Ego  Balduinus  cancellarius 
relegendo  subscripsi. 

Actum  Aurelianis  publice,  anno  Incarnationis  Domini 
millésime  XXII'"o,  regni  Rotberti  régis  XXVIII",  et  indictionis 
V*,'  quando  et  ha^retici  dampnati  sunt  Aureliis. 

^Bibliothèque   nationale,  M.   S.  français  ,15,.'»04, 
f^  10.) 

XIV 

Lettre  de  Vabbé  Albert  au  pape  Jean  XVII;  il  lui  e.rpose 

1(1  .situatio?i  de  Micy  et  le  prie  de  confirmer 

u?ie  donati07i, 

(1011) 

Domino  sancto  et  venerabili  papa'  Johanni,  Albertus, 
abbas  abbatiaî  sancti  protomartyris  Stephani  et  C4hristi 
confessons  Maximini,  et  omnis  congregatio  monachorum 
ejusdem  loci,  videlicet  Miciacensis,  salutem  in  Christo. 

Xoviniu.N  te.  paler  venorande,  conslitutum   in  terris  vica- 


—  487  — 

rium  uaiversalis  Ecclesise,  vice  beati  Pétri  apostoli,  ut  sus- 
tentes eos  qui  injuste  opprimantur,  et  opprimas  eos  aucto- 
ritate  beati  Pétri,  qui  se  nimium  erigunt.  Quapropter  ad 
tuam  confugimus  reverentiam,  per  hanc  epistolam,  ut  sub- 
venias  nobis,  etfacias  quod  precamur.  Locus  in  quo  inhabi- 
tamus  dicitur  Miciacus,  quem  sanctissimi  viri,  scilicet  B. 
Euspicius  et  nepos  ejus  venerabilis  Maximinus,  regio  nomine 
Glodovœi  primi  christiani  Francorum  régis,  fundaverunt  ; 
et  alii  deinde  quamplurimi  proprio  beneficio  construxerunt. 
Et  idem  prœfatus  locus  in  tantum  tloruit  olim  in  spirital 
et  temporali  bono,  ut  centum  quadraginta  monachi  ibidem 
congregati  Deo  assidue  famularentur  ;  in  tantum  postmo- 
dum  dissipatus  pervatione  malorum,  ut  nullus  vivere  potuerit 
monachus.  Gratia  autem  (Ihristi  juvante,  paulatim  nunc, 
quasi  redivivus  aiger  a  longa  œgritudine  convalescens,  ita 
idem  locus  a  vilitate  sua'  dejectionis  resurgere  aggreditur 
per  eleemosynas  bonorum  virorum  ac  mulierum  ;  ex  quibus 
h*c  bona  mulier  est,  domina  Regina  ;  qua?  multa  praedicto 
loco  pro  sainte  sua  et  pro  remedio  animarum  videlicet  sui 
mariti  et  filiorum  suorum  jam  defunctorum,  Deo  et  sanctis 
ibidem  veneratis  obtulit.  Timet  autem  ne,  post  obitum 
suum,  aliquis  suorum  vel  extraneorum  conetur  aliquid 
auferre  ex  bis  omnibus  quae  dédit  Deo.  Et  ob  hoc  suggeri- 
mus  vestra;  Sanctitati,  ut  duos  tomos,  quos  in  vestro 
nomine  scripsimus,  quorum  unus  proprietatem  largiti  bene- 
ticii  hnjus  femina.'  venerabilis  continet,  alter  autem  totius 
summam  substantiai  nostri  cœnobii,  corroborelis  vestra  auc- 
toritate,  cum  sigillatione  sigilli  vestri  nominis.  Et  nos  assi- 
due provobis,  vivo  et  mortuo,  Deum  deprecabimur.  Dignum 
est  enim,  venerande  pater,  ut  predecessorum  vestrorum 
morem  sequamini  et  monasteriis  novos  indiculorum  biblos 
corroboretis,  quibus  ipsa^  congregationes,  ab  omni  strepitu 
quieta?  Deo  servire  possint,  maxime  sub  epitimio  excom- 
municationis.  Vestrumapostolatum  Deus  custodiatin  alterna 
pace.  Vale  in  Ghristo,  béate  pater. 

{Annales  Ordinis  S.  Betied Ict i,  dom  Mabillon, 
tome  IV,  p.  2-21  ) 


—   i88  — 

XV 

Charte  de  l'évêque  Odolrig 

con/înnant  la  donatioti  d'une  partie  de  V église  Saint-Paul. 

(Vers  1030.) 

Ponliticalem  soUicitudinein  deditnni  esse  decet  continuo  ad 
regenda  opéra  qua^  C4hristi  expetit  voluntas,  et  qua?  minime 
sunt  peritura,  scilicet  gregem  Christi  augmentando  nutrire 
atque  sanum  reddere,  et  conventicula  imo  monasteria  tide- 
lium  protegere  atqiie  exaltaie  spirituali  videlicet  bono  et 
temporali.  Ego  igitur  Odolricus.  sancta'  Dei  ecclesia'  Aure- 
lian.  antistes,  hoc  ('hrisli  adminiciilo  desiderans  implere.  si 
secundum  velle  foiet  milii  posse,  sed  Christi  misericordia, 
cuni  ex  toto  nec  vacuus  ab  hoc  existam.  Quapropter  sit 
noliim  ciinctis  fidelibus  sanctîv  Dei  Ecclesia^  quia  dominas 
Ainulfus,  archi-episcopus  Turonensis,  humililer  posluhivit 
nostram  bonitatem,  ut  bénigne  concederem  quod  flagitabat, 
hoc  est  qua^dam  ecclesia  Beali  Pauli  apostoli,  in  burgo 
Dunensi,  juxta  civitatem  Aurelianis,  cujus  mediam  partem 
ecclesia»  idem  archipia^sul  in  beneficio  ex  mec  episcopio  et  ex 
me  possidebat,  quam  parlom  mediam  aiebat  se  velle  perpe- 
lualiler  largiri  Deo  et  sanclis  Stephano,  protomartyri  et 
Maximino,  egregio  confessori,  pro  remodioutriusque  anima*, 
mefe  scilicet  atque  su»,  nec  non  pro  remedio  animaî  patrie 
sui,  domini  Albertis  jam  dictorum  cœnobii  sanclorum  abba- 
tis.  Ego  favens  illius  petitionibus,  dignum  duxi  peragere, 
ea  ratione  ut  ipse  illud,  quod  ante  fuerat  snum  beneficium, 
mihi  redderet,  et  ego  perpetualilei*  loco  Miciacensi  concede- 
rem, pro  remedio  animarum,  mea?  videlicet  et  illius,  ac 
patris  sui,  et  successorum  meorum  ;    quod  et  factum   est 

ita Decrevi    ergo   quod    hoc   scriptum   inviolabile   et 

firmum  maneat.  Si  quis  vero  parenlum  illius  hoc  sibi  vindi- 
care,  vel  aliijuis  successorum  meorum  infringere  voluerit, 
frustrelur  omnimodis  ;  alque  si  prœterierit,  damnetur  auc- 


—  489  — 

thoritate  Patris  et  Filii,  et  Spiritus  Sancti,  et  nostra^  quse 
concessa  est  nobis  duobus  antistitibus  a  Ghristo  sub  pontifi- 
cal! cura  ligandi.  Addimiis  etiam  huic  scripto  ne  quis  abbas 
vel  aliqua  persona  loci  praedicti  monachorum  ratione  aliqua, 
vel  benefaciendo  vel  quoquo  modo  prsestando,  seu  quo- 
cumqueingenio,  audeat  ecclesisemedietatem  hujusmodialie- 
nare  de  dominio  fratram  Miciacensium,  post  mortera  illorum 
qui  ad  praesens  videntur  tenere,  tali  ratione  ut  nemo  paren- 
tum  illorum,  post  excessum  eorum,  valeat  particeps  esse 
hujus  beneûcii.  Hanc  autem  cartham  subterfirmavimus,  et 
nominibus  fidelium  testium  roborare  decrevimus. 

Signum  Odolrici,  episcopi  ;  Sig.  Arnulfi,  archi-episcopi 
Turonis  ;  Sig.  Archevaldi,  archidiaconi;  Sig.  Ervei,  de 
Sancto  Marcello;  Sig.  Alberici,  fratris  Theoderici  episcopi; 
Sig.  Erfridi,  abbatis  et  prœcantoris  ;  Sig.  Tedeluini,  archi- 
diaconi; Sig.  Theduini,  archid.  ;  Sig.  Helduini  et  fratris  ejus 
Odolrici.  Datum  III  Calendas  Novembris,  régnante  Rotberto 
rege,  anno...  XL.  Fr.  Walterius  levita,  ad  vicem  Ervsei  can- 
cellarji,  rogatus  ab  ipso,  scripsit. 

{Gallia  Christiania,   Eccl.   Aurel.  Instrumenta, 
t  Vin,  p.  493.) 


XVI 

Charte  de  l'Évéque  R.\inier 
confirmant  la  donation  de  Véglise  de  Saint  Marceau. 

(1082) 

Ex  omni  dono  sacrosanctis  locis  a  fidelibus  collato,  ut  res 
gestas  futura  stecula  cognoscant,  memorialem  conscribi 
oportet  notitiam.  Ego  igitur  Rainerius,  Dei  gratia  Aurelian. 
episcopus,  volo  notum  esse]  omnibus  iidelibus,  tam  pra^st-n- 
tibus  quam  fuluris,  quia  adiit  praeseniiam  nostram  quft)- 
dam  religiosa  femina,  nomine  Mausendis,  quœ  jure  succes- 
sionis,  a  prsedecessoribus  suis,  ex  bénéficie  Sanctae  Crucis 


—    U)0    - 

et  noslri,  ecclesiam  Sancti  Marcelli,  sitam  prope  Ligerim, 
in  suburbio  Aurelianensi  tenel)at  :  unde  nuper  in  capi- 
tulo  Sancla^  Cnicis,  in  audientia  metropolitani  Senonensi 
pl  nostra,  causani  tractaverat  contra  Burgulienses  monachos, 
qui  ipsam  ecclesiam  ad  tenipus  tenuerant,  quadani  inva- 
sione,  concordante  senlentia  judicio  omnium  nobilium  et 
legalium  virorum,  qui  ad  hoc  convenerant.  de  manu  illo- 
rum  retraxerat.  suppliciter  deprecans  ut  monachis  Sancti 
Maximini,  qui  antea  per  largitionem  suam  et  Alberici 
filii  sui  donum  illius  eccle^ia'  lial)uerant,  pro  redemptione 
animarum  suarum,  pra^decessorum,  et  iliius  Alberici  jam 
defuncti,  suoque  ipsius  dono  ejus  habendam,  jure  perpetuo 
concederem.  Cujus  ego  petitioni,  petente  Herveo,  filio  Albe- 
rici, adhuc  puerulo  et  donum  illud  concedente,  adstantibus 
omnibus  nostra^  ecclesia\  fidelibus,  tam  clericis  quam  laicis, 
assensum  prœbui.  Supradictis  itaque  monachis  Sancti 
Maximini  ecclesiam  concessi  et  tradidi.  Et  pro  testamenti 
cautione,  hoc  manu  mea  scribi,  et  sigillo  meo  subterfirmari 
postulavit.  Ut  autem  hoc  nostra^  concessionis  auct^ritas 
certius  lirmiusque  per  succedentia  tempora  maneat,  manu 
propria  roborare  curavi,  et  prelatorum  ecclesiam  Sanclœ 
Grucis  manibus  roborandam  adjudicavi.  Actum  Aureliis 
publiée,  régnante  Phiiippo  rege  anno  vicesimo  secundo. 

(Bibliothèque     nationale,    collection     Moheau, 
Baluze,  m.  s.  78.  fo  44.) 

XVII 

Charte  de  l'Évêquk  Jean  II 
confirmant  la  donation  de  Véqlisn  de  Vernou. 

(1133) 

Kgo  Johannes  Aurelianensis  ecclesi:v  indignus  episcopus, 
notum  esse  volo  fidelibus  sanctîx*  Kcclesia'  Dei,  tam  pra^sen- 
tibus  quam  futuris,  quod  Hugo,  venerabilis  abbas  Sancti 
Maximini  Miciacensis  monasterii,  cum  quibusdam  fratribus 


—  491    — 

ipsius  monasterii,  ad  nos  veniens  paternitatem  nostram 
suppliciter  exoravit,  ut  ei  concederemus  et  donaremus  quam- 
dam  ecclesiam  in  honore  Der  Genitricis  Mariœ  constitutam, 
in  temtorio  Secaloniœ,  in  villa  qua?  appellalur  Vernou, 
qua?,  jure  Sanctte  Matris  Ecclesise  Aurelian.,  ad  episcopum 
specialiter  spectare  videtur,  et  quam  quidam  miles,  Reginal- 
dus  nomine,  antecessorum  suorum  maie  sequendo  vestigia, 
injuste  tenuerat.  Tandem  pienitentia  ductus,  prsedictam 
curiam  beato  protomartyri  Stephano  et  pio  confessori 
Maximino  donavit  et  dimisit.  Et  quidquid  ad  ipsam  curiam- 
more  ecclesiastico  pertinere  videbatur,  scilicet  :  presbyte- 
rium,  oblationes  in  quinque  annuis  solemnitatibus,  et 
décimas  omnium  rerum  quas  in  eis  habere  videbatur,  et 
atrium  cum  cœmeterio,  et  quamdam  domunciam  dictse 
ecclesicie  contiguam  ;  adjungens  etiam  huic  donationi  de 
patrocinio  suo  quemdam  colibertum,  nomine  Garium,  quem 
avunculus  suus,  nomine  Rodulphus,  eis  donaverat,  et  quam- 
dam mansiunculam  terrée,  arabilis  ipsi  atiio  coherentem, 
et  partem  unius  prati  quse  dominio  videbatur  tenere,  et 
silvas  suas,  ad  usus  necessarias  monachorum,  in  illo  loco 
Deo  servientium.  Nos  vero  tam  justam  petitionem  priedicti 
abbatis  bénigne  suscipientes,  cum  consilio  clericorum  nos- 
Irorum  dicentium  :  a  Dignus  est  ut  hoc  illi  pra^stes  », 
curiam  Vernonensem,  cum  his  omnibus  qute  supra  singu- 
latim  memorata  sunt,  protomartyri  Stephano,  et  pio 
confessori  Maximino,  et  fratribus  in  eodem  monasterio 
Deo  dévote  servientibuSjdonavimus  et  concessimus  jure  per- 
petuo  obtinendam  ;  anno  Incarnationis  Verbi  MoC^  XXXIlIo. 
Illud  autem  silentio  prseterire  noluimus,  quod  islam  dona- 
tiouem  et  eleemosynam  Odo  Baderannus,  et  filii  ejus,  scilicet 
Hugo,  Rodulfus  et  Albericus,  in  pnesentia  nostra  consis- 
tentes,  laudaverunt,  deprecantes  ut  hujus  beneticii  et  eleemo- 
sine  con^anguinis  sui  Reginaldi  participes  esse   mererentur. 

(Biblioth.  d'Orléans,  dom  Verninac,  M.  S.  :304^ 
fo  64.) 


—   i92  — 

XVIII 

Privilège  du  koi  Robert 

//  énumère  et  confirme  la  possession  de  tous  les  biens 

de  Micy. 

(1022j 

In  nomine  sanctœ  et  individuiu  Trinitatis,  Rolbertus,  Dei 
gratia  Francorum  rex.  Ex  injuncto  nobis  vegUi^  dignitalis 
oflicio  teneniur  monasteriis  in  regno  uostro  constitulis  eo 
modo  providere  quo  universa  quje  ab  aliis  libère  ipsis 
collata  sunt,  et  quie  possidere  dignosciintur,  ne  in  posterum 
super  bis  valeant  aliqualenus  molestari,  liberaliler  conlir- 
memus. 

Noverint  igitur  universi  quod  constitutus  in  pnt'senlia 
nostra  venerabilis  Odolricus,  episcopus,  et  Albertus,  abbas 
Sancti  Maximini  Miciacensisloci,  cum  quibusdam  fratribus, 
humiliter  petierunt  Serenitatem  nostram  innovare  sibi  privi- 
légia quidam  a  priedecessoribus  nostris  regibus,  Glodovœo 
scilicel,  primo  Francorum  rege  christianissimo,  et  G:irolo 
Augusto,  regia  munilicentia  monasterio  Miciacensi  indulta, 
quorum  videlicet  privilegiorum  sigilla,  pra'  nimia  vetustate, 
nobis  videntur  fracta  penitus  et  consumpta.  Quorum  péti- 
tion! digne  faventes,  pro  animai  salute  mei,  scilicet  Rotberti 
régis,  et  uxoris  meio  Constantia',  et  nostrorum  filiorum 
Hugonis  régis,  et  Henrici,  Rotberti  quoque  et  Odonis,  ad 
tulelam  pra'dicti  monasterii  Miciacensis,  boc  nostra'  regia- 
dignitatis  pra'ceptum  edidimus,  ut  absque  uUo  incommodo 
fratribus  ibidem  Deo  servienlibus  emolumentum  proveniat 
salutare,  nostrumque  apud  illos  perpeUium  teneatur  memo- 
riale.  Pra-dictorum  igilur  privilegiorum  tenore  consideralo, 
ad  notitiam  futurorum,  placuit  nobis  in  hoc  pragmatico 
conliruiari  et  annolari  }tossessiones  qua'  in  pnvdiclis  et  in 
aliis  regum  privilegiis  continebantur,  quas  privsentialiter  et 
quiète  po>.sident. 

Prior  est   fundus    Miciacensis.   cum    appendiliis   tuis,  et 


—  493  — 

fluvius  Ligeris  et  Ligeriti  ;  et  in  civitate  Aurelianensi,  possi- 
dent  in  alodo  (Uaustrum  sancti  ^faximini,  abomni  exactione 
libei'um  et  consuetudine  :  et  Capeilam  in  honore  ejusdem 
confessons  sacratam  ;  et  pritibendam  Sanctie  Crucis  perpe- 
tualem  ;  et  in  burgo  Dunensi,  furnulum  unum  in  alodo  ;  et 
juxta  sanctum  Anianum,  abbatiam  sancti  Maximini  et 
burgum  ejus  ;  et  in  burgo  sancti  Aniani,  dimidium  furni- 
lium  in  manu  iirma,  qui  reddit  censum  denarios  IV,  et 
obolum  in  missa  Sanctœ  Crucis,  mense  Maii  ;  et  juxta 
sanctum  Donatianum,  alodium  unum;  extra  civitatem, 
contra  claustrum  Sancti  Maximini,  partem  alodiquye  pertinet 
ad  ipsum  claustrum  ;  et  prœbendam  sancti  Aniani. 

Possident  eliam  ecclesiara  sancti  Dyonisii  in  alodo,  cum 
omnibus  sibi  pertinentibus,  terris  cultis  et  incultis,  pratis, 
pascuis,  vineis,  servis  et  ancillis,  et  villis,  id  est  bruerias, 
caventonem,  alburias,  asinerias  ;  et  aliam  potestalem  quae 
dicitur  Nemesus,  Masuntium  et  Baschellum  in  manu  firma  ; 
et  curtem  Dreani  in  alodo,  quie  est  in  pago  Gastinensi  ;  et 
in  pago  Aurelianensi,  Ulmeri  villam  cum  omnibus  sibi  per- 
tinentibus ;  et  potestatem  Audoëni  putei,  Bitriacum,  Mon- 
lem-Guichet,  Pyracium,  Sarcinum,  Grangioli- Villam,  Vivi- 
niacum,  Haia-Gorbi,  et  Xocimentum.  Has  potestates  rex 
Clotarius,  filius   Glodovoîi  senioris,  praidicto  loco  concessit. 

Prieter  hctc  autem,  possident  Capeilam  Sancti  Maximini, 
super  Ligerim  positam,  ab  omni  consuetudine  et  polestate 
ministerialium  nostrorum  liberam  ;  et  vallem  Cerisiacum, 
cum  sibi  pertinente  terra,  et  silva,  et  omnia  quiead  eamdem 
villam  pertinent,  ettotas  spedas  ;  etMontiniacum,  Vacheriam 
quoque,  et  totuin  Ronedum,  siciit  partitur  terra  sancti 
Liphurdi,  et  Alenam,  et  Bonivillam,  et  Casnarium  unum  in 
Sumone  villa,  et  totam  silvestri  villam.  Has  possessiones 
Childebertus  rex  priedicto  loco  contulii. 

Habet  etiam,  in  pago  Carnotensi,  Fraxinulum,  et  Sauma- 
ricum,  et  Clessam  villam,  cum  omnibus  sibi  pertinentibus, 
et  terram  quamdam  in  villa  qua."  dicitur  Venas,  et  Maissiam 
et  Lincomisuni  ;  has  possessiones  Dagobertus  rex  dicte  Joco 
concessit. 

Et  in  pago  Dunensi,  habent  cellam,  in  loco  qui  dicitur 


—   494  — 

Mons-Letaldi,  cum  aqua  Coneda,  molendinis,  silva,  pratis, 
terris  cultis  et  inciiltis,  pascuis,  vineis,  mancipiis,  servis. 
Hanc  cellam  Theodericus  rex,  ex  hereditate  Lupi,  pessimi 
ducis,  Miciacensi  loco  contulit. 

flambiacum  quoque  possident,  ex  dono  Clodovœi  ret]:is 
senioris,  cum  ecclesia  et  omnibus  sibi  pertinentibus;  Prune- 
dum  etiam  et  Barellam,  Spinam,  Toscham-Rotundam,  Bru- 
lium  et  l)oscum  sancti  Agyli,  et  Brasias  quasdam,  juxta 
bilvam  nostram,  quie  dicitur  Forest,  ubi  metai  sunt  posiUe. 

llabent  insuper,  ex  dono  Pipini  régis,  Fontanas  et  Malve- 
rias,  qucO  sunt  in  alodo  et  in  manu  tirma,  et  Fauvanas,  et 
villam  Marcelli,  et  Ghandre,  cum  omnibus  sibi  pertinenti- 
bus, terris  cultis  et  incultis,  servis  etancillis. 

Et  ex  dono  Ludovici  imperatoris  et  Lotharii,  filii  ejus, 
habent  discursionem  trium  navium  per  diversa  imperii  tlu- 
mina,  scilicet,  per  Ligerim,  (larum,  Sequanam,  Maternam, 
Vigenam,  Sartham,  Meduanam,  Sidulum,  pro  quibuslil)et 
monasterii  necessitatibus ,  ut  secure  libère  ire  et  redire 
valeant,  et  non  reddant  teloneum  vel  uUam  consuetudinem, 
vel  aliquam  redhibitionem.  Et  ne  quislibet  exactor  tisci  de 
carris,  vel  carretis,  vel  saginariis,  vel  quocumque  vehicuio; 
sive  per  terram,  sive  per  aquam  facto,  vel  de  quocunique 
commercio  pertinenti  ad  pnF.dictum  locum  exigat,  vel  acci- 
piat  ullam  omnino  consuetudinom,  nec  de  quibuslibet  nego- 
tiis,  vel  in  villis,  vel  in  terris,  sive  in  silvis,  aut  in  aquis 
praedicti  monasterii  factis  undecumque  judiciaria  potestas 
aliquid^xigere  praisumat,  aliquam  logem,  vel  consuetudinem 
accipere,  vel  quamlibet  molestiam  inferre.  Ipsis  vero  mona- 
chis  consuetudines,  quas  volunt,  sive  in  terris,  sive  in  aquis 
suis,  ponere  liceat,  id  est,  telonium  salis  et  aliarum  rerum 
quîc  vehantur  sive  per  terram,  sive  per  aquam,  et  ceteras 
loges,  id  est,  sanguinem,  ra^itum,  homicidium,  incendium, 
et  alias  leges  qua?  soient  exsolvi,  in  terris  suis  accipiant. 

Possident  etiam,  ex  dono  Garoli  Calvi,  Gaudiacum,  cum 
ecclesia  et  omnibus  sibi  pertinentibus,  terris  cultis  et  incul- 
tis, f»nscuis,  servis  et  ancillis,  ot  quibusdam  villis,  scilicet 
Montom-Rellerii,  Patiacum,  Mauselanum,  ot  boscum  qui 
dicitur   Boscus-Regis,   et   boscum    Gilfredi,   boscum   etiam 


—  495  - 

5ancti-Marcelli  ;  et  brasias  quasdam  inter  Montem-Bellerii, 
;t  viam  publicam,  ubi  meta*  posita?  sunt. 

In  Secalonia  quoque,  habent  curtem  Vennensem,  cum 
îcclesia,  et  omnibus  sibi  pertinentibus  ;  et  Macherias,  et 
Viesum,  et  Bralum,  et  Gosdrenam  silvam,  cum  brasiis  adja- 
;entibu9  ;  et  in  Litiniaci  parochia  farinarium  petrosum.  Has 
)Ossessiones  habent  ex  dono  Lotharii,  filii  Ludoviei  impera- 
oris . 

Ex  dono  autem  Glodomiri  régis,  habent  Fontanellas  cum 
)mnibus  sibi  pertinentibus,  terris  cultis  et  incultis,  pascuis, 
ilva,  brasiis,  servis  et  ancillis  ;  hanc  etiam  communitatem 
labent  ex  dono  Alberici,  vicecomitis  Aurelianensis,  ut  per 
otam  silvam  qute  adjacet  Fontanelhe  supradictiv  potestati 
nonachorum,  ubi  inter  eorum  propriara  silvam  et  silvas 
)aronum  et  militum  nostrorum  meta^  positae  sint,  omni  tem- 
)ore  glandis  porcos  ducentos,  absque  ullo  passiatioo  vel 
liquo  servitio,  habere  sibi  liceat. 

Habet  prseterea  idem  cœnobium  multas  possessiones  quas, 
[uia  in  privilegiis  regum  pnecedentium  authenticis  et  pon- 
ificum  nominatim  expresse  continentur,  in  pra'senti  pragma- 
ico  noluimus  annotari.  Nos  vero,  ne  inferiores  videamur 
)r8edictis  regibus,  Ijenelicio  concedimus  pra^dicti  monasterii 
ratribus  duos  farinarios  censuales,  infra  Ligeritum,  super 
anctum  Hilarium,  cum  tota  aqua  illa  quam  dédit  eis  Hugo 
ailes,  solventes  in  censu  solidos  très,  in  missa  sanct?e  Gru- 
is,  mensis  Mail  ;  et  contra  dominum  Martinum  in  Ligerito, 
dolendinos  duos  ex  proprio  jure  nostro,  cum  aqua  sibi  per- 
inente,  eis  in  perpetuum  concedimus  et  confirmamus.  Gon- 
edimus  etiam  eis  ut  homines  nostri,  lil)eri  et  servi,  qui 
lanserint  vel  domos  habuerint  in  terris  eorum  ,  omnes 
enitus  consuetudines  et  ex  nomine  taliam,  quemadmodum 
roprii  homines  eorum,  perpetuo  reddant.  Et  sicut  piîe 
lemoriœ  genitor  noster,  Hugo  rex,  eis  concesserat  singulis 
ebdomadis  per  unam  diem  et  noctem,  quam  voluerint, 
bertatem  perlustrandi  aquam  nosti'i  juris  l.igerili  lluvii, 
uolibet  modo  piscationis,  eis  in  perpetuum  concedimus  (4 
onfirmamus. 

Et  quia  ministeriales   nostri   Aundianenses,  ot  milites,  et 


-  -496  — 

servientes  Landrici,  niilitis  Balgenciacensis,  et  quidam  alii, 
sicut  ad  aures  nostras  sit^pius  peivenit ,  terras  pra:^dicti 
iiionasterii  (juotidianis  vastant  rapinis,  et  hominibus  illic 
commoranlibus  multas  injurias  faciunt,  par  hoc  nostriL» 
regalis  auctoritatis  pra'ceptum,  id  omnimodis  amodo  fieri 
proliibemus,  Landrico,  milite  Balgeiu'iacense,  et  filiis  Lan- 
drico,  Johanne  et  Hervœo  idipsum  consentientibus,  et  coram 
nobis  et  iidelibus  nostris,  palam  confitentibus,  se  hue  usque 
nulium  omnino  jus,  aut  uHain  consuetudinem,  vel  servitu- 
tem  in  omnibus  terris  sancti  Maximini,  vel  houiinibus  de 
jure  habuisse,  vel  habere  debere.  Proliibemus  igitur,  et  auc- 
toritate  regia  pritcipimus  districte  ut  in  Miciaco  villa,  et  in 
poteslate  sancti  Dyonisii,  et  in  Gapella  sancti  Maximini 
trans  I.igerim,  et  in  Gambiaco,  et  in  Gaudioco,  Monte- 
Bellerii,  Malvariis,  Ganariis,  Fonlanis,  Villa  Marcelli,  Rosa- 
riis,  Asneriis  in  Meso,  et  in  omnibus  appenditiis,  qua*  ad 
has  villas  pertinere  noscuntur,  et  in  aliis  villis,  vel  terris, 
vel  hominibus  eorum;  ullus  omnino  ministeralium  nostro- 
rum,  neque  comes,  neque  missus,  neque  judex,  aut  villicus, 
aut  (juislibet  publica  potestate  pra'dilus ,  ullam  omnino 
legem,  vel  consuetudinem,  vel  servitium  aliquod  exignt,  vel 
ullam  inquietudinem ,  aut  contrarietatem  deinceps  facere 
prresumat  ;  aut  (juiilquam  subtrahere,  aut  aliquam  infesta- 
tionem  inlVri'c;  sed  li«*eat  pr:i'dictis  tValriljus  memoratas 
possessiones,  et  omnia  qu;e  regum  vel  principum,  seu  alio- 
rum  quorumlibet  lari,^itione  in  perpetuum  adepti  fuerinl, 
sub  nostra  plenissima  tuitione,  nostris  et  futuris,  Deo  «lis- 
ponente,  temporil)us,  (juiele  et  liljere  possidere. 

Ut  autem  lia'c  nostra  auctoritas  certius  credatur,  et  a 
Iidelibus,  Deo  annuente,  nostris  et  futuris  lempoiibus  melius 
conservetui",  sigilli  nostri  cliaracterc  sul)ter  eam  jussimus 
ro))orari. 

Signum  Rotl)erti  régis:  Sig.  Hugoni  régis,  lilii  Rol])erti: 
Sig.  Henrici,  Hlii  Rotlterti  régis;  Sig.  Rolberti,  lilii  Rolberti 
régis. 

Nomina  testium  :  Signum  Tetduini  clerici,  lilii  Reginu' 
mulieiis,  cujus  crat  ijcnelicium;  Sig.  Leutcrici,  arcliiepis- 
oopi  Senonas  ;  Sig.  Goslini,  archiep.  Bituricas;  Sig.  Odolrici, 


~  497  — 

episc.  Aurelianensis;  Sig.  Guarini,  episc.  Belvagi  ;  Sig. 
Franco,  episc.  Parisiiis;  Sig.  Ivonis,  comitis  de  Bello-Monte; 
Sig.  Ebonis,  niilitis;  Sig.  Giiarini,  militis  Parisius;  Sig. 
Amalrici,  militis  de  Monte-Forte.  Ego  Balduinus,  cancella- 
rius,  peiiegendo  subscripsi. 

Actura  Aurelianis  publice,  anno  Incarnationis  Domini 
millesimo  vigesimo  secundo,  regni  Rotberti  régis,  XXYII", 
et  indictione  Y-'',  quando  Stephanus  hseresiarches  et  com- 
plices ejus  damnati  siint  et  arsi  sunt  Aurelianis. 

{Ex  archivio  Miciacensi,  apud  Annales  Ordin. 
S.  Bened.  dom.  Mabillonis,  t.  IV,  p.  705.) 

XIX 

Lettre  de  l'abbé  (juillaume 

au  roi  Louis  le  Jeune,  pour  demander  protection 
contre  les  oppresseurs  de  son  monastère. 

(Sans  date) 

Ludovico,  Dei  gratia  Francorum  régi  excellentissimo, 
frater  G,  beati  Maximinj  abbas,  et  ca-teri  l'ratres  ejusdem 
ecclesiœ,  salutem,  cum  orationum  suffragiis.  Quoniam 
antecessores  vestros  reges  Ecclesia  nostra  semper  habuit 
protectores,  vos  etiam  nihilominus  tutorem  habuimus,  et 
hactenus  defensorem.  Idcirco  quotiens  ab  hostibus  moles- 
tamur,  ad  vestra^  celsiludinis  asylum  nscesse  est  recurramus. 
Nuper  igitur,  miles  quidam  Radulfi  de  Nidis,  Gaufredus 
scilicet,  filius  Fulconis,  quemdam  burgensem  nostrum 
indebite  cepit,  eumque  suum  esse  afiferens,  in  carcere 
tenet.  Nos  autem  eum  et  ejus  parentes  B.  Maximi  homines 
esse  per  centum  annos  vel  eo  amplius  cognoscentes,  pra^dic- 
tum  Radulfum  de  Xidis  et  ejus  militem  Gaufredum,  ut 
hominem  nostrum  redderent,  vel  ut,  pro  homine  placitaturi, 
curiam  nostram  adirent,  ex  parte  vestra  convenimus.  Quod 
quia  facere  noluerunt,  prœfectos  vestros  super  hoc  negocio 
adivimus.  Quibus  nihil  de  hoc  bene  operanti))ns,  I\[ajestati 


—  498  — 

legiîfc'  supplicamus  quatenus  hominem,  usque  ad  audien- 
tiani  vestram,  liberari  faciatis,  vel,  si  vobis  placueiit,  quid 
indefieridebeatpr?efectis  Aurelianensibus  rescribatis.  Valete. 

(Du   Chksne,  Rerum  friinciscarxim  tomus  IV 
p.  730.) 

XX 

Lettre  du  pape  Alexandre  111 

à  Louis  le  Jeune 
au  sujet  du  meurtre  de  Vabbé  Guillaume. 

(1163) 

Alexander  episcopus,  sei'vus  servorum  Dei,  carissimo  in 
Christo  lilio  Ludovico,  illustri  Francorum  régi,  salutem  et 
apostolicani  benedictionem.  Apostolicic  adiiiinistralionis 
cura  omnibus  sacris  locis  providere  conipellinuir,  et  praiser- 
tini  eis  quibus  nos  intendere  tua?  sublimitatis  excellentia 
exliortatur.  Hujus  igitur  considerationis  intuitu  provocati, 
nionaches  sancti  ^[axiniini,  quos  vita'  turpioris  conversatio, 
et  sui  'ilibatis  interomptio  (l),  infamabant,  per  di versa 
monasteria  dividimus,  et  ad  petitionem  tuam  instituere  ibi- 
dem alios,  Domino  auctore,  curavimus.  Quos  lua^  subliniitali 
duximus  commondandos,  rogantes  attentius  quatenus,  pro 
reverentia  B.  Pétri  ac  nostra,  manu  teneas,  diligas,  et 
honores,  et  eas  in  justitia  foveas,  protegas  et  defendas  ; 
et  A.,  prajpositum  de  Mello,  et  matrem  ejus,  et  sororem, 
districte  compellas  ut  frumentum  et  alla  ]^lura,  qna'  apud 
eos  Henricus  ejusdem  monaslerii  monachus  deposuit.  ei 
restituant,  aut  in  pnvsentia  tua  justitia»  .'omplementum 
exhibeant.  Datum  apud  Dolense  monasterium,  V  Idus  Julii 
(11  Juillet  1163). 

(Du  r4HESNE,  Rerum  franciscarum  tomua  IV, 
p.  627.) 

(t)  0»i<l:iiii  (iarcio,  <oniiivorilia  mniiachoriiiii,  ut  rrcditur,  orcidit  abbuteiii 
S.  Maxiiniiii  Aiurl.;  papa  Alcxaiidcr  ol  Liuldvicus  rox  cxpiileriint  iiido  oiunos  fcrc 
monat-lios  et  per  divcrsas  abbatias  disporscrunt  pI  fecenint  ibi  abbalcm  do  Majnri 
ninnastorio  (Tiironi*;.)  fiaiitcrius  orat  huir  nomcn  (Roberlus  «le  Monto,  ad  aiiniim  1 163). 


—  i99  — 

XXI 

Charte  de  l'évèque  Manassès 

confirmant  à  Micy  La  possession  de  la  moitié  de  Véglise 

de  Saint-Paul. 

(1167) 

Manassès,  Dei  gratia  Aurelianensis  ecclesiaj  episcopus, 
Gauterio  venerabili  abbati  monasterii  sancti  Maximini, 
salutem.  Rogavit  nos  dilectio  veslra,  ut  medietatem  ecclesise 
Sancti  Pauli  quœ  est  Aurelianis,  in  burgo  Dunensi,  quam 
in  tempore  nostro  pacifiée  possidetis,  quam  etiam  priedeces- 
sores  vestri  abbates  a  tempore  Odolrici  episcopi,  per  ipsius 
Odolrici  largitionem,  et  per  preces  Arnulfi  Turonum  archie- 
piscopi,  qui  hoc  ab  ipso  impetravit,  et  per  instantiam 
Alberti,  abbatis  monasterii  vestri,  patris  ipsius  Arnulfi, 
usque  ad  tempus  vestrum  pacifice  possiderunt,  vobis  ves- 
trisque  successoribus  conflrmaremus  ;  unde  quia  non  nisi 
quye  justa  sunt  postulatis,  jam  dictam  medietatem  ecclesise 
Sancti  Pauli  cum  beneficiis,  quam,  sicut  dictum  est  hactenus, 
habuistis  ;  ecclesiam  quoque  de  Galvo-Monte,  quse  est  in 
Secalonia,  quam  videlicet  mulier  qusedam,  Milesendis 
nomine,  pœnitentia  ducta,  in  manu  vestra  omnino  reliquit, 
quam  ad  vos  nunc  per  ipsius  Milesendis  precem,  et  per 
nostram  largitionem  habetis,  voljis  vestrisque  successoribus 
abbatibus  et  monachis  in  loco  Miciacensi,  cui  nunc  pra^si- 
detis,  Domino  nostro  sub  tutela  B.  protomartyris  Stephani, 
et  egregii  confessoris  Maximini  famulaturis,  prtwsentium 
litterarum  testimonio,  et  sigilli  nostri  munimine  confir- 
mamus. 

Actum  anno  Domini  M.  G.  LXVII.,  ordinatis  in  ecclesia 
Sanctœ  Crucis  majoril)us  personis,  Johanne  decano,  Guillelmo 
cantore,  Hugone  subdecano,  Manasse  capicerio. 

[Ex    Cnrtiilario    \iiciacensi,    apnd   Por-LUCHE, 
M.  S.  433's  b>  300.) 


—  500  — 

XXII 

Charte  du  roi  d'Angleterre 

en  faveur  du  prieuré  de  S.  Jean  de  la  Mothe. 

(1170) 

IL,  rti'X  Angloriini,  et  dux  Normanniiv  et  Aquitani:»',  et 
3omes  Andegavensis,  episcopo  C.enomensi,  et  baronibus,  et 
judicariis.  et  dapiferis,  et  baillivis,  et  omnibus  fidelibus  suis 
Cenomensibus,  Salutem.  Sciatis  quod  apud  Cenomanum 
in  curia  mea  coram  Josceleno  de  Tnronis,  et  coram 
Gaufrido  de  (Ueio,  et  Hugone  de  Cleio,  fratre  suo,  et 
coram  aliis  multis  recognitum  fuit  per  legitimos  milites 
meos,  et  per  servientes  meos  juratos,  quod  monachi  de 
sancto  Johanne  de  Motha,  qui  sunt  de  abbatia  sancti 
INIaximini  Aurelianensis,  debel)anl  lial^ere  bene.  et  in  pace, 
et  liljere,  et  intègre  nundinas  suas  ad  festum  sancti 
Johannis,  ita  quod  nec  homines  de  Maiet,  nec  alii 
aliqui  quietancias  aliquas  contra  eos  ibi  baberent,  et 
teneant  quiète  et  libère,  cum  omnibus  consuetudinibus  suis, 
ne  aliquis  consuetudines  suas  amodo  mutet,  vel  moveat 
contra  hoc  quod  ibi  recognitum  fuit.  Concodo  etiam  quod 
liabeant  decimam  de  pe(bigio  de  Pisio,  sicut  melius 
habebant  tempore  patris  mei  Gaufridi,  comitis  Andega- 
vorum.  Prgeterea  recipio  in  manu  et  protectione  mea 
obedientiani  illam  et  omnia  ad  illam  pertinentia.  Et 
pra^cipio  quod  monachi  ibidem  Deo  servientes  omnia  bona 
sua  bene,  et  in  pace,  et  libère,  et  honorifice  teneant.  Et 
prohibeo  ne  fîamelinus  de  Motha,  vel  ojus  hiieredes, 
aliquod  jus  in  terris  eorum  clament,  vel  habeant,  neque  in 
fure,  neque  in  rapto,  neque  in  incendio,  neque  in  bello, 
neque  in  custodia  belli,  neque  in  alia  aliqua  re.  Testes  : 
Joscelenus,  de  Turonis  :  et  Gaufredus  de  Gleriis  ;  et  Hugone 
fratre  suo  et  plurimis  aliis. 

(Bil>lioth.  nation.,  coll'^ction   Moreau,  B.M.rzK, 
08,  f'^  lOfi.) 


-   501    - 

XXIII 

Charte  de  l'évêque  Manassès 
en  faveur  de  la  tnaison  des  Chatelliers. 

(4179) 

Manassès,  Dei  gratia  Aurelianensis  episcopus,  omnibus 
qui  prœsentes  litteras  viderint,  salutem.  Universitati  vestnv, 
qui  présentes  litteras  estis  audituri,  notuin  fieri  volumus, 
quod  quum  Domum  leprosorum,  quœ  est  ultra   Ligeritum, 
in  parocchia  Sancti  Hilarii,   domui  leprosorum  Aurelianis, 
inconsulto  Andréa,  abbate  sancti  Maximini,  et  capitulo  suo, 
ad   quorum    tutelam   et   curam    ejusdem    domus    spectare 
videtur,    subdidissemus,   et  quum   abbas,    et   monachi,    et 
presbyteri,  et  burgenses  sancti  Maximini  sub  hoc  qu?estionem 
movissent,    et   nullo    modo    tali   facto    nostro    acquiescere 
vellent  ;  tandem  leprosi    Aurelianenses,  consilio  nostro  qui 
abbati,  monachis,  presbyteris,  et  bu:"gentii)us  suis  injuriam 
facere  nec  volumus  nec  debemus,  et  etiam  concilio  aliorum 
proborum  virorum,  prœdictam  domum  omnino  quittaverunt, 
et  ab  omni  jugo  et  dominio  suo  liberam  clamaverunt.  Nos 
autem,  ad  petitionem  prsedicti    abbalis  et  capituli  sui,   et 
presbyterorum  et  burgentium,  statuimus  et  prîesenti  scripte 
firmamus  ut  prœdicta  domus  ab  omni  dominio  tam  Aurolia- 
nensium     quam     aliorum     leprosorum     libéra     et     quitt 
permaneat,  et  nulli    unquam   sine   litteris   capituli    sancti 
Maximini  amodo  subdatur,  sed  sub  cura  et  protectione  tam 
pnfîsentis    abbatis    quam    successorum    suorum    abbatum 
consistât,    qui    leprosorum    ibi    manentium    et    corrigant 
excessus,    et    ministratorem,    seu    capellanum    provideant, 
salva     episcopi     omnimodo    justitia.     Quicumque     autem 
abbatem,  vel  presbyteros,  vel  monachos,  vel  burgenses  super 
hoc  molestare  et  contra  pra^sens  scriptum  ire  pra-sumpserit, 
noverit  se  auctoritate  nostra  anathematis   vinculo   innoda- 
tum,  et  in  extremo  examine  a  summo  judice  puniendum. 
Actum  publiée  Aurelianis, annoIncarnationisMoGoLXXIXo, 

33 


—  50 -2  — 

ordinatis  in  ecclesia  Sanctii'  Grucis  majoribus  personis, 
Hugone  decano,  Andra?a  cantore,  Lelaldo  subdecano,  Ma- 
nass^e  capicerio,  cancellario  nullo  datum  per  inanuui  Koberli. 
notarii  nostri. 

XXIV 

Bulle  du  Pape  Lucius 

ail  sujet  de  la  prébende  canoniale  de  Sai?it-Aignan . 

(1182) 

Lucius,  episcopus,  servus  servorum  |  Dei,  dilectis  liliis, 
ubbati  et  conventui  sancti  Maximini,  salutem  et  apostolicani 
benedictionem.  Ex  quo  a  fralribus  et  episcopis  noslris,  ex 
delegatione  apostolica  statuimus  utpia  debeant  firmiler  con- 
sibtere,  et,  ut  majorem  habeant  in  posteruQi  lirmitalem 
apostolici  scripti  munimine  roborari,  ea  propter  sententiam 
quam  venerabilis  frater  noster,  archiepiscopus  Senonensis, 
promulgavit,  ex  delegatione  nostra  in  ecclesia  Sancti  Aniani 
Aurelianensis,  integritateni  prebendo  vobis  et  successoribus 
vestris  adjudicavimus,  sicut  canonice  decet,  et  in  scripto 
aulhentico  continetur,  auctoritate  apostolica  confirmamus  et 
praisentis  scripti  testimonio  communiiuus.  Nulli  ergoomnino 
hominum  liceat  hanc  paginam  nostra;  conlirmationis  infrin- 
gere,  vel  ei  ausu  leiuerario  contra  ire.  Si  quis  autem  hoc 
obtemperare  non  privsunipserit,  indignationem  oniniito- 
tentis  Dei,  et  beatorum  Pétri  et  Pauli  se  noveritincursuruni. 
Datum  Velletri,  calendas  Junii.* 

(Bibliothèque  de  l'Arsenal  [Pans).  Ex  Cartulario 
Miciacemi,  M.  S.  lOUS,  f«  C>>1).) 

XXV 

Charte  de  l'Abbé  Laurent. 

pour  V affranchissement  d'un  clerc. 

(1184) 

Ego,  Laurentius,  Dei  gratia  beati  Maximini  monasterii 


—  503  — 

abbas,  et  totus  meus  conventus  ejusdem  ecclesise,  omnibus 
ad  quos  istiie  litterae  devenient,  notum  fieri  volumus  quod 
nos  Stephanum,  filium  Radulfi  Auterii,  hominis*  sancti 
Maximini,  'et  Agnetis,  ancillfe  Sanctae  Crucis,  communiter 
cum  Hugone  decano,  totoque  capitulo  Ecclesige  Aurelian. 
manumisimus,  ita  quod  in  clericatus  ordine  Dec  deserviat, 
sub  tali  etiam  conditione  quod  de  reliqua  proie  prsedictorum, 
Radulfi  scilicet  et  Agnetis.  inter  nos  et  ecclesiam  Sanctae 
Grucis  aequalis  fiât,  secundum  jus  terrilorii,  partitio  :  et  ne 
in  posterum  super  hoc  oriatur  dissentio,  decanus  et  capitu- 
lum  Sanctae  Grucis  présentes  litteras  habuerunt,  et  nos 
similiter  eorum  litteras  suscepimus,  praîdictam  pactionem 
continentes.  Actum  publiée,  anno  Incarnationis  dominica3, 
M.GXXXXIV. 

(Bibliothèque    de    l'Arsf^nal ,   Dom    Estiennot, 
M.  S.  1008.  fo  -280. 


XXVI 

Gharte  du  sire  Jehan  de  Beaugengy 

pour  le  règlement  d'un  combat  judiciaire. 

(ilOb) 

Ego,  Johannes,  doiuinus  Balgenciaci,  omnibus  tam  prae- 
senlibusquam  futuris,  quos  praesentem  paginam  videre  con- 
ligerit,  notum  fieri  voloquod,  quum  legitiuiorum  fauiulorum 
meorum  consilio  inductus,  Theobertum,  Petrum  (Irondin, 
Andreani  Solel,  Johanneni  Grison,  Godefredum  Grisou  et 
hœredes  eorum,  de  commendititia  appellassem,  et  illi  banc 
omnibus  modis  se  non  debere  viriliter  denegarent,  et  praefa- 
tusTheodebertus,  tam  se  quam  praescriptos  homines  et  eorum 
haeredes,  de  commendititia  illa  duello  defendere  vellet,  die 
statuta,  armatis,  ut  mos  est,  ex  utraque  parte  pugilibus, 
apud  sanctum  Maximinum  convenimus.  (  lumque  Theode- 
berlus  et  ille  qui  pro  me  pugnaturus  erat.  obî»idibus  datis,  et 
custodibus  hinc  inde  posith,  processissent  in   médium,  ego, 


—  504  — 

(lominus  Balgenciaci,  Johanne^:,  doniini  Luncelini,  venera- 
bilis  abbatis  sancti  Maximini,  et  aliortim  probabilioriim 
virorum  consilio,  si  quid  in  prsefalis  hominibus,  vel  eorum 
hferedibus,  comniendilitije,  vel  rediiibitionis  babere  debebam, 
totum  eis  condonavi,  et  tam  ego  quam  hceredes  inei  ipsos  et 
han-edes  eorum  ab  omni  penitus  commendititia,  yel  redhibi- 
tione  quittavinjiis.  Ne  autem  pra'fati  homines,  vel  eorum 
ba?redes,  ab  aliquibus  successorum  ineorum  possent  in  hoc 
molestari,  sigilli  mei  testinionio  pna'sentem  paginam  volui 
roborari.  Actum  publice,  anno  Incarnationis  Domini 
MoGoXGVIo. 

(Bibliothèque  d'Orléans,  Le  chanoine  Hubert, 
M.  S.  43(3^) 

XXVII 

Charte  de  l'Évkque  d'ori.éans 

concernant  un  emprunt  de  r<ibbé  de  Micy . 

(1192) 

Satis  intelligit  humana  ratio  quod  nuindus  interit,  et 
mundane  similiter  intereunt  actiones.  Sciant  ergo  présentes 
et  posteri  per  testimonium  littere,  quod  in  nostra  presencia 
constilutus  L.  Miciacensis  cenobii  dictus  abi)as,  cum  G.  de 
Magdunô,  cui  mille  libras  persolvere  tenebatur,  multis 
adstantibuset  vocatis  in  testimonium,  hujus  modiconvenit  : 
nostra  quidem  in  manu  posuit  talem  villam,  qu.T  solebat  ci 
per  singulos  annos  ad  minus  reddere  centum  libras;  alias 
autem  promisit  in  verbo  fidei  quod  de  ville  reditibus  nihil 
reciperet,  sed  per  manum  nostram  haberot  creditor,  et  sup- 
pleret  abas  de  suo  proprio  si  minus  exiret  ;  et  si  forte  super 
exiret,  quippiam  ad  abatis  manum  continuo  deferretur  ; 
fuit  hoc  insuper  in  paclo  posituiii.  (juod  moram  faceret  in 
nostris  manibns  aniodicta  villa,  quoadusque  pax  plena 
lieret  anledicto  de  debito  creditori.  Ut  esset  lirmior  bec  tota 
pnctio,  literarum  memorie  mandari  fecimus,  et  sigilli  nostri 


—  505  — 

munimine  confirmari.  Actum  publiée,  in  Aurelianensi  capi- 
tule, ordinatis  in  personis  majoribus,  H.  decano,  A.  can- 
tore,  C.  subdecano,  M.  capicerio.  Dato  per  manura  cancel- 
larii  nostri,  anno  incarnati  Verbi  M»  G^  XG*'  11°. 

Extrait  du  manuscrit  4,  de  la  Bibliothèque 
d'Agrn,  fo  51,  par  L.  Auvray.  —  {Mémoires 
de  la  Société  archéologique  de  l'Orléanais, 
tome  XXIII.) 

XXVIII 

Acte  de  Hugues  de  Meung 
confirmant  la  vente  d'un  serf  à  V abbaye  de  Micy. 

(1-207) 

Ego  Hugo  de  Magduno,  dominusFirmitatis-Abreni,  notum 
fieri  volo  tam  presentibus  quam  futuris  quod  Humbaudus 
Greemiche  quamdam  ancillam  suam,  Amelinam  nomine, 
uxorem  defuncti  Bertet,  et  duos  filios  ejus,  Matheum  et 
Arnulfum,  et  alium  quemdam  hominem  suum,  Messerii 
nomine,  quos  in  fœdum  ne  me  lenebat,  cum  consensu  et 
voluntate  mea,  abl)ati  et  ecclesiae  beati  Maximini  vendidit 
et  quitta  vit,  ita  quod  de  tali  servitio,  tam  ipsi  quam  lueredes 
eorum  in  perpetuum  servient  ecclesia'  de  quali  serviebant 
eidem  Humbaudo  et  antecessoribus  ejus,  videlicet  de  homi- 
nio  et  de  corpore.  Hoc  concessit  uxor  ejus  Hildesindis,  et 
filise  ejus  Agnes,  Florentia  et  Manuburgis.  Quod  ut  ratum 
sit,  ad  precos  ejusdem  Humbaudi,  pri^sentes  litteras  feci 
sigilli  mei  testinio:io  roborari.  Actum  anno  Verbi  incarnati 
M.GC.Vn. 

(Bibliotlièque  nationale,  M.  S.  54*20,  Ex  Polyp- 
lico  Mii-.iacensi,  charta  GXXIil.) 


—  oOO  — 

XXIX 

Décret  de  Reinald,  légat  du  pape, 

reconnaissa)ît  le  droit  de  Micy,  sur  la  moitié  de  la 
cure  de  Saint- Paul. 

(1238) 

Reinaldiis,  divina   niiseratione    Ostiensis   et   Velletrensis 
episcopus,  universis  Ghristi  fidelibus  présentes  litteras   ins- 
pecturis,  salutem  in  Domino.    Universitati  vestrne  presenti 
volumus  intimai!  rescripto  quod  cum  Johannes    presbyter 
ecclesiie  Sancti  Pauli  Aurelianensis  impetravit  litteras  apos- 
tolicas  in  hune  modum  :  Grejjforius,  episc,  servus  servoruni 
Dei,  dilecto  filio  decano  Aurelian.,  S.  et  A.  B.  Dilectus  filins 
magister  Johannes,   rector  ec«;lesi{e  Sancti   Pauli  Aurelian. 
in    nostra  proposuit   praesentia  constitutus,    quod   ecclesia 
ipsa  que  per  ununi  rectorem  idoneum  poterat  commode  gu- 
bernari,  per  qiiamdam  cunsuetudinem  abusivam  sibi  et  alio 
esse  collata,  cum  quo  idem  per  hpl)domadas  et  vices  suas  in 
ea  deservire  pervenerat.  Verum  quia  quum  servilio  bipartite 
duoriim  reclorum,  duni  unus  evellit  quod  aller  plantât,  ple- 
rumque  in  plèbe  scandalum  generatur,  et  periculum  incur- 
ritur  animarum,  a  nobis  humiliter  postulabat,  ut  cum  non 
deceat    in    uno    ecclesie    corpore   duo  capita   prefici,    quasi 
monstrum,  provideremus   misericorditer  in  hac  parte.  Nos 
igitur  de  prudentia  tua  plenam  fiduciam  obtinentes,  dictum 
negocium  tibi  duximus  commitlendum,  discretioni   tue  per 
scripta  apostolica   mandantes    quatinus,   pensatis  omnibus 
que  circa  curam  ecclesie  supradicte  siihibriter  fuerint  atten- 
denda,  illi  quem  vite  sciencie,  et  conversationis  honeste  po- 
Cioribus  meritis  videris  adjuvari,  curam  animarum  commit- 
tens  ;  alteri   proventus   ejusdem    ecclesie,    prout   percipere 
consuevit,  quamdiu  vixerit,  facias  exhil)»M'i%  contradictiones 
per  censuras  ecclesiaslicas  ai)pellatione   i)ostposila   compes- 
cendo.  Datum  Viterbis,  111  Nonas    Maii,  pontiticatus  nostri 
anno  XI. 


—  507  — 

Fuit  eisdem  litteris  per  Johannem  procuratorem.  Sancti 
Maximini  Aurelian.,  in  audientia  publica  contradictum  Su- 
per quo  cum  essemus  a  summo  Pontifice  auditor  partibus 
deputatus,  partes  super  litteris  ipsis  coram  nobis  diutius 
litigarunt.  Nos  itaque,  auditis  allegationibus  et  confessio- 
nibus  utriusque  partis,  evidenter  comperimus,  per  confes- 
sionem  presbiteri  memorati,  quod  in  eadem  ecclesia  duo 
sacerdotes  existunt,  quorum  alter  per  XX  annos  et  ultra  ab 
altero  patronorum,  scilicet  ab  abbate  Sancti  Maximini  Au- 
relian. presentatus  fuit,  et  a  diœcesano  episcopo  in  eadem 
ecclesia  canonice  institutus.  Quare  de  speciali  domini  Pape 
mandato,  predictas  litteras  cassavimus,  et  ipsas  mandaveri- 
mus  non  transire.  In  cujus  rei  testimonium  presens  scriptum 
fieri  fecimus  et  nostri  sigilli  munimine  roborari.  Auctori- 
tate  imperiali  scrinarius  predictas  litteras  de  mandato  vene- 
rabilis  patris  domini  Roinaldi,  Dei  gratia  Ostiensis  p.t 
Velletrensis  episcopi,  scripsi,  et  in  publicam  formam  redegi. 
Anno  Domini  M. GC. XXXVIII.,  pontificatus  domini  Gregorii 
pape  IX,  anno  XII*^,  mensis  Mail  die  XXY'%  indictione  XI*. 

{Ex   cartulario   Mlciacensi,  charta  220,    dans 
POLLUCHE,  M.  S.  433b,  fo  300.) 

XXX 

Charte  de  l'abbé  Francon, 

portant  affranchiaseyncnt  de  plusieurs  serfs, 
et  de  leur  famille. 

(1224) 

Universis  (  Ihristi  fidelibus,  Franco,  Dei  permissione,  beati 
Maximini  manasterii  dictus  abbas,  totusque  ejusdem  loci 
conventus,  salutem  in  perpetuum.  Xoverint  univers!  pré- 
sentes pariterque  futuri  quod  nos.  de  assen.«^u  et  voluntate 
carissimi  nostri  domini  Ludovici,  Francorum  régis  iilustris, 
quosdam  de  servis  nostris  et  ancillis  nostris  manumisimus, 
cum  lieredibus  suis,  qui  j;im  nati  sunt  et  ex  eis  sunt  amodo 


-    508  — 

nascituri,  salvis  tamen  taliis  nostris,  justitiis,  consuetudi- 
nibus,  redhibitionibus  quas  habenius  in  terris  nostris  et  quas 
nobis  «lebtMjl  homines  liberi  qui  manent,  vel  qui  domos  ha- 
bentin  terris  et  villis  nostris,  a  quibus  omnibus  supradictis 
se  vel  heredes  eorum  non  potorunt  excusare  occasione  eis 
corporalis  a  nobis  prestite  libertalis.  Ne  igitur  adversus  eos, 
vel  lieredes  eorum,  qui  hujus  manumissionis  benefioium 
sunt  adepti  iterum  occasione  aliqua  calumnia  servitutis  in- 
surgat,  vel  ne  quisquam  de  reliquis  servis  nostris  ex  liac 
manumissione  aliquid  juris  sibi  in  prejudicium  nostrum  ve- 
niret.  vel  usurpet,  omnium  manumissorum  nomina  sunt 
h?pc  :  Andréas  Grosse,  Guarinus  Grosse.  Theol)audus,  etc. 
Pra'terea,  Guillelmum,  majorem  nostrum  de  Roseriis,  et 
beredes  suos  tam  natos  quam  noscituros  man'imittimus  in 
perpetuum,  et  ab  omni  jugo servitutis  corporalis  liberamus. 
secundum  formam  superius  notatam,  salvo  tamen  eo  quod 
idem  major,  et  quicumque  ex  ejus  heredibus  leneat  majo- 
riam  pra.'dictam,  faciet  nobis  juramentum,  in  capitulo  nos- 
tro,  quod  jus,  commodum  et  bonorem  ecclesi;».'  nostra',  et 
nostrum,  pro  posse  suo  fideliter  conservabit.  Et  per  idem  ju. 
ramentum  tenetur  fideliter  facere  servitia  quae  pertinent  a<l 
Majoriam.  Quotiens  veio  Majoria  personam  majoris  muta- 
verit,  totiens  tenebilur  qui  major  erit  nobis  reddere  vacha- 
tum  quod  eadem  débet  majoria.  Ut  igitur  manumissio  pra'- 
dicta  perpétua  stabilitate  gaudeat  in  futurum,  pra'sentem 
paginam  scribi  et  sigilli  nostri  munimine  fecimus  roborari. 
Actum  in  Capitulo  nostro,  anno  dominicie  Incarnationis 
M.  CG.  5îX.  IV.,  quarto  mense  Martis. 

(Bibliotb.   nationale  ;    Collection    Moreau.   R.\- 
Li;zE,  78,  p.  14.J.) 


—  509  — 

XXXI 

Charte  portant  union  de  prières 
entre  les  monastères  de  Micy  et  de  Pont-Levoy. 

(1230) 

Ne  labantur  cuni  lapsu  temporis  gesta  mortalium,  peren- 
nari    soient  memoria  litterarum.  Hujus   siquidem  rationis 
intuitu,  annotandum  scripto  decernimus  Societatem  Sancti 
Maximini  Aurelian.  et  Ponti-Leviensis  occlesiarum,  ordinalam 
in  hune  modum.  —  Quod  si  abbas  alterius  ecclesiœ  ad  ulte- 
ram  venerit,  plenam  habeat   potestatem  culpas  corrigendi, 
et  ob  culpam  suam  regulari  discipline  subditos  absolvendi. 
In  obitu  vero  eorumdem  abbatum  faciet  P.  L.  ecclesia  pro 
abbate  S.  M.  quantum  pro  proprio  ;  et  similiter  ecclesia  S. 
M.  faciet  e  converso.  De  monachis  autem  ita  statutum  est, 
ut  com^iune  sit  eis  utriusque  ecclesie  capitulum,   et  hinc 
inde  suscipiantur,  non  tanquam  hospites,  sed  tanquam  pro- 
prii  monachi  et  professi.  Si  vero  quandoque  contigerit,  oc- 
casione  alicujus  scandali,  nionachos  alterius  ecclesia'  transire 
ad   alteram,   non   pro  fugilivis,    sed   tanquam   professis   et 
propriis  habeantur  ibidem  viventes  regulariter,  donec  eccle- 
sise  et  abbalis  sui  gratia  reparentur,  nisi  tam  enormis  eorum 
excessus  et  crimen  tam  notarium  et  manifestum  fuerit  prop- 
ter  quod  a  proprio  monasterio  debeant  expelli.  —  In   obitu 
autem  monachorum,  qiuim  eorum  obitus  ab  altéra  ecclesia 
alleri  fuerit  nuntiatus,  commune  fiai  servitium  in  conveniu, 
et  unusquisqae    sacerdolum    unam   missam    celebrabit,    et 
clerici,  qui  sacerdotes  non   fuerint,  quinquaginta   psalmos, 
laïci  quinquagies  pater  nosier.  Pru'terea  P.  L.  ecclesia  sin- 
gulis  annis  mittat  brève  apud  S.  M.  in   crastino   festivitatis 
beati  Maximini,  ubi  prius  fiât  in  conventu   solemne  servi- 
tium et  missarum  sulisequatur  triennale  ;  similiter  et  eccle- 
sia S.  M.  mitlet  brève  suum  apud  P.  L.  ecclesium  iu  crastino 
Assumptionis  bealœ  Mariœ  virginis.  De  instantibus  autem 
decretum  est  ut  cum  abbas  alterius  ecclesie  ad  alti-ram   ac- 


—  MO  — 

cessent,  licebit  ei  quemlibet  in  stallum  ponere,  si  viderit 
expedire.  Actum  anno  Domini  M»  GG^»  XXX»,  mense  Junio, 
ecclesie  S.  M.  tune  teiiiporis  abbate  Francone,  et  P.  L.  ec- 
clesie  Mattha'O. 

{GaUla  Christiana,  Ecoles.   Blesensis,  t.   VIII, 
Instrumenta,  p.  4'29.) 

XXXII 

Lettre  de  l'évêque  d'Orlkans 

Pour  le  prêt  d'un  chariot. 

(1240) 

Guillelmus,  divina  permissione  Aurelan.  episcopus,  omni- 
bus fidelibus  salutem  in  Domino.  Xoverint  universi  quod 
cum  doiiiinus  rex  de  exercitu  ^uo  nos  citasset.  dilectum  in 
Ghristo  filium  Euvrardum,  abbatem  S.  Maximini  dévote 
rogavimus  quatenus  in  tanto  novitatis  articulo  de  (piadriga 
una,  vel  de  summario  uno,  vel  de  lioc  quod  sibi  placeret 
nobis  succurrere  dignaretur  ;  ipse  vero  pro  mera  liberalitate 
sua,  non  pei*  hoc  quod  al)  hoc  nobis  in  ali<]uo  teneretur, 
quadrigam  unam  cuni  tribus  equis  nobis  libentissime  tradi- 
dit,  libertate  ecclesiœ  suae  in  hoc  protestans.  Ne  igitur  ali- 
quis  succe&soium  nostrorum,  pro  tali  servitio  nobis  a  dicto 
abbate  gratis  et  sine  aliqua  redhibitione  facto,  ecclesia^  S. 
Maximini  damnum  possit  in  posterum  vel  gravamen  inferre, 
vel  saisinam  vel  aliquam  consuetudinem  propter  hoc  recla- 
mare,  litteras  sigilli  nostri  charactere  eidem  ecclesia^  dedi- 
mus  in  testimonium  et  munimen.  Datum  anno  Domini 
M.  ce.  XL,  mense  septembri. 

{Ex  Carlulario  Miciacensi,  foliuni  V1I'\) 


1 


—  oll   — 

XXXIIl 

Charte  de  l'évêque  d'Orléans 

ratifiant  l'accord  conclu  entre  Vabhé  de  Micy 
et  le  curé  de  Mézières. 

(1247) 

Guillelmus,  divina  miseratione  Aurelian.  episcopus,  etc. 
Noverint  univers!  quod  cum  verteretur  contentio  coram  no- 
bis  inter  viros  religiosos  abbatem  et  conventum  S.  Maxi- 
mini, ex  una  parte,  et  Herveiim,  presbyterum  de  Messeriis, 
ex  altéra,  super  decimis  novalium  parrochie  de  ^Messeriis, 
et  etiam  super  minuta  décima  dicte  parrochie,  quod  ex  jure 
communi  ad  se  dicebat  pertinere  idem  presbiter,  dictis  ab- 
bate  ei  conventu  contrarium  asserentibus  et  dicentibus  pre- 
dicta  ad  se  pertinere,  ratione  cujusdam  privilegii  sibi  a  do- 
mino papa  concessi,  et  etiam  ratione  cujusdam  compositionis 
quondam  inite  inter  ipsos  et  predecessores  ipsius  Hervei, 
cujus  compositionis  ténor  talis  est:  —  t  Ego  Johannes,  Dei 
permissione  beati  Maximini  abbas  et  totus  mecum  ejusdem 
ecclesie  conventus,  omnibus  présentes  litteras  inspecturis, 
notum  facimus  quod,  nos  secundum  statutum  generalis 
concilii,  redditus  presbiterii  ecclesie  de  Messeriis  augmenta- 
vimns  in  hune  modum.  Cum  UII  modiis  sigali,  quos  in 
décima  <le  eadem  parrochia  parochi  ab  antiquo  habebant, 
dedimus  eis,  et  in  perpetuum  concessimus,  III  modios  et 
dimidium  in  eadem  décima,  et,  in  minuta  décima,  medieta- 
tem  videlicet  de  lanis  et  agnis  et  de  porcis  et  de  vitulis 
tantum  ;  dedimus  preterea  eidem  presbitero  terram  nostram 
domni  presbiterii  et  ecclesie  contiguam.  et  illam  que  fossato 
juncta  est,  ab  omni  censu  et  décima  tam  cannabis  quam 
Uni  et  etiam  omnis  bladi  omnino  liberam  ;  concessimus  in- 
super, tam  isti  presbiterio  Slephano  qiuim  omnibus  succes- 
soribus  suis  presbileris  quicquid  in  eadem  ecclesia  percipere 
solebamus,  nihil  penitus  in  ea  nobis  retinentes,  excepte 
dono  et  patronatu,  ita  quod  presbiteri  omnes  redditus  ejus- 


—  512   - 

dem  ecclesie  peioipient,  et  synodum,  et  circatani,  et  omnia, 
que  ecclesia  illa  débet,  perpétue  reddent,  et  neque  in  niaj^ma, 
neque  in  parva  décima,  neque  in  décima  novalium,  neque 
pro  augmentatione  aliquid  amodo  a  nobis  poterunt  exigera 
vel  reclamare.  Quod  ut  ratum  sit,  présentes  litleras  sub  chi 
rographo  partitas  sigilli  nostri  caractère  fecinuis  roborari. 
Actum  anno  Domini  Mo  CCo  XVIII".  »  —  Tandem  dicte 
partes  super  premissis  haut  et  bas  compromiserunt.  Nos 
vero  de  bonorum  virorum  consilio,  dictum  nostrum  pro- 
nuntiamus  in  hune  modum,  videlicet,  quod  dicte  partes 
dictam  compositionem  teneant  et  observent  in  futurum, 
prout  superius  est  expressum,  hoc  addito,  quod  abbas  et 
conventus  reddent  quoliljet  anno  dicto  presbitero,  et  ejus 
successoribus  XII  minas  sigilli,  cum  Vil  modiis  et  dimidio, 
quod  ex  tenore  dicte  couipositionis  antea  percipere  convenit. 
Actum  anno  Domini  Mo  GG'>  XLo  VIlo,  mense  seplembri. 

[Ex   Cartulario    Miciacensi,  apud  Polluche, 
M.  S.  'i.S'tS  fo  182.) 

XXXIV 

(4HARTE  DE  l'Evkque  d'Ouléans 

confirnKint  les  avrangements  com^cnus  entre  les  religieux 
cl  le  uKiire  de  Saint-Mesmin. 

il-?55) 

(iuillelmus  divina  misoratione  Aurelitm.  cpiscopus,  nni- 
versis,  etc.,  salutem  in  Domino.  Nolum  facimus  quod  cum 
esset  contentio  inter  abbatem  et  conventuni  S.  Maximini 
Miciacensis,  e\  uiia  parte,  et  Radulfum  de  (^.hereo,  majorem 
S.  Maximini,  ex  altéra,  coram  nobis  super  hoc  quod  pete- 
banl  dicti  abbas  ex  conventus  d.  Radulfum  privari  majoria 
dicte  ville,  qui  videlicet  pluries  requisitus  ex  parte  dictorum 
a.  et  c.  nolebat  facere  officia  ad  dictam  majoriam  pertinen- 
tia,  licet  defunctus  d.  Radulfi  avunculus  faciebat  d.  majo- 
riam sibi  sub  hoc  modo  vel  conditione  adjudicatam  a  nobis* 


—  513  — 

Item  peterent  cl.  abbas  et  conventus  ab  eodem  Radulfo 
redeventias  et  costumas,  videlicet  gallinam  et  corveiam  pro 
qualibet  masura  sive  domo  quas  idem  Radulfus  habebat  in 
d.  villa  S.  Maximini,  excepta  magna  domo,  sibi  reddi,  sicut 
et  alii  qui  masuras  habent  in  dicta  villa,  eas  reddebant 
eisdem.  Peterent  etiam  dapensas  et  damna  quœdam  ab 
eodem  Radulfo  sibi  resarciri.  Prseterea  cum  esset  contentio 
inter  d.  personas  ex  alla  parte  cor^m  officiali  nostro  super 
hoc  videlicet  quod  d.  abbas  et  conventus  petebant  a  d. 
Radulfo  octo  arpenta  vinearum,  sitaapud  Floriacum,  et  duo 
sita  apud  Bordas,  qu?e  et  defunctus  Gaufridus,  dicti  Rudulfi 
avunculus,  homo  de  S.  Maximini  ecclesia^  corpore,  acquisie- 
rat  et  sine  herede  decesserat.  Tandem  post  multas  alterca- 
tiones  de  d.  contentionibus  sive  queridis  inter  abbatem  et 
conventum  predictos.  supra  predictis,  ex  una  parle,  et  d. 
Radulfum,  ex  alla,  coram  nobis  extitit  compositum  in 
hune  modum.  Promisit  siquidem  d.  Radulfus  quod  ipse  et 
heredes  suique  successores  facient  per  se  vel  per  alium 
omnimodam  executionem  justitia'  temporalis  per  totam  ter- 
ram  abbatis  et  conventus  quam  habent  in  presentiarum,  et 
habituri  sint  in  futurum,  et  facient  plecti  et  puniri  male- 
factores  secundum  legem  et  consuetudinem  patriie.  Promisit 
etiam  d.  Radulfus  quod  ipse  et  heredes  sui  sive  successores 
redderent  redeventias  et  costumas,  videlicet  gallinam  et 
corveiam,  pro  qualibet  domo  sive  masura  quam  habet  in 
villa  S.  Maximini,  et  solvet  abbati  et  conventui  supra 
dictis,  anno  quoliljet,  très  solidos  paris.  ;  et  de  magna  domo 
que  quondam  fuit  prefati  deffuncti  GautTridi,  d.  Radulfi 
avunculi,  quinquc  solidos.  Ita  tamen  quod  d.  Radulfus  et 
heredes  ejus  sive  successores  et  dicta  domus  in  posterum 
remanel)unt  immunes  super  exactione  tallioe  quœ  ad  placitum 
in  villa  S.  Maximini  ab  abbate  et  conventu  supradictis 
recipi  consuevit.  De  vineis  autem  ita  compositum  est.  vide- 
licet quod  vinete  omnes  remanebunt  pênes  d.  Radulfum  et 
ejus  heredes  sive  successores  in  perpetuum  pleno  jure, 
exceptis  duobus  arpentis  et  dimidio,  qua;  sunt  in  censiva 
S.  Pétri  virorum,  et  dimidio  arpento  terra^  quie  ad  jus  et 
proprietatf'iii  monasterii  S.    ^faximini    pertin())unt,   nec   in 


—  514  — 

eis  poterunt  d.  Radulfus  vel  ejus  heredes  sive  successores 
aliquid  jnris  de  cetero  reclamare.  Gonsensum  est  autem  ab 
abbate  et  conventu  supradictis  quod  d.  majoria  ad  d.  Ra- 
diilfum  et  heredes  ejus  sive  successores.  de  quacumque 
linea  succédant,  in  perpetuum  deveniet  libéra.  Hoc  addito, 
quod  ille  qui  succedet  in  d.  majoria  tenebitur  solvere  abbati 
et  conventui,  pro  racheto  d.  niajorise,  tantummodo  centum 
solides;  turon,  et  jurabit  ille  qui  de  novo  succedet,  antequam 
investiatur  de  majoria  d..  abbati  et  conventui  lidelitatem  in 
ipsorum  capitulo,  nec  poterunt  abbas  et  conventus  d.  Ra- 
dulfum  vel  ejus  heredes  sive  successores  in  posterum  impe- 
tore  supra  servitute  vel  servili  condilione.  Imo  renuntiave- 
runt  abbas  et  conventus  omni  juri.  si  quod  eis  comp.tebat, 
contra  d.  Radulfum  ralione  servitutis  et  servilis  condilionis. 
Sciendum  insuper  quod  d.  Radulfus  et  heredes  ejus  sive 
successores  in  po»terum  teneljuntur  solvere  annualim  d. 
abbati  et  conventui  S.  Maximini  quatuor  solidos  et  dimi- 
dium  paris.,  pro  anniversario  defunctiOauffridi  pra'dicti,  d. 
Radulli  avunculi,  in  <lie  qua  celebrabiturejusanniversarium 
annuatim  in  hoc  monasterio  faciendum.  Per  hanc  autem 
compositionem  sopita»  sunt  inter  praedictas  partes  omnes 
quaîstiones  et  controversiœ,  quje  erant  inter  ipsas,  vel  esse 
poterant,  usque  ad  pra^sentem  diem,  et  renunciatum  est 
utrinque  omnibus  actis  et  instrumentis,  que  présent!  com- 
positione  poterunt  imposterum  prejudicium  generare.  De  iis 
autem  tenendis  et  lideliter  observandis,  predictus  Radulfus 
(idem  in  manu  nostra  pi*ae8titit  corporalem.  Margarita  vero, 
uxor  d.Radulij,  d.  compositionem  voluit  et  approbavit, 
dédit  etiam  lidem  in  manu  nostra.  quod,  ratione  dotis  sive 
dotalitii,  aut  alla  quacumque  causa,  nuUo  tempore  contra 
compositionem  veniet  supradictam.  Actum  in  capitulo 
monasterii  S.  Maximini  Miciacensis,  anno  Domini  MCCLV, 
die  Veneris,  in  crastino  Epifaniaj  Domini.] 

[Ev   Cavtulario   Miciarensi,   apud    Polluche, 
M.  S.  435»»  fo  3.>9.) 


—  515  - 

XXXV 

Charte  de  donation  de  cent  arpents  de  bruyères 

AUX  CHATELLIERS,  PAR  BeHTHIER,  ABBÉ  DE  MiGY. 

(1255) 

Universis  priesentes  litteras  inspecturis,  officialis  curiiv 
Odonis  decani  Aurelianensis,  salutem  in  Domino.  Noverint 
universi,  .nos,  anno  Domini  millesimo  ducentesimo  quin- 
quagesimo  quinto,  die  sabbati  post  Epiphaniam  Domini, 
litteras  inferius  annotatas,  non  cancellatas,  non  abolitas, 
nec  in  aliqua  sui  porte  vitiatas,  vidisse  et  diligenler  inspe- 
xisse,  in  hsec  verba  :  —  Omnibus  présentes  litteras  inspec- 
turis, Bertherus,  divina  miseratione  S.  Maximini  Aurelan. 
diœcesis  abbas,  totusque  ejusdem  loci  conventus,  salutem 
in  Domino.  Noverint  universi  quod  nos  tradidimus  et  con- 
cessimus  Magistro  et  Fratribus  sancti  Lazari  de  sancto 
Maximo,  centum  arpenta  bruciarum,  sita  apud  Ghateliers, 
tenenda  et  in  perpetuum  possidenda  ad  decimam,  et  nampi 
partem,  exceptis  quinque  arpentis,  in  quibus  facient  herba- 
gium  suum,  pro  quibus  quinque  arpentis  ipsi  tenentur 
annuatim  solvere  quinque  solidos  censualiter  in  festo  CAr- 
cumcisionis  Domini,  ita  quod  nisi  census  solvatur  ad  termi- 
num  supradictum,  ipsi  quinque  solidos  Parisienses  nobis 
tenentur  reddere  pro  emenda  ;  dicti  vero  Magister  et  Fratres 
totam  dictam  terram  infra  duodecim  annos  tenentur  facere 
redigere  ad  culturam  ;  et  nisi  tota  dicta  terra  infra  dictum 
erminum  ad  culturam  reducta  fuerit,  nos  de  terra  dicta, 
quai  remanebit  inculta,  nostram  poterimus  facere  potesta- 
tera  ;  dicti  siquidem  Magister  et  Fratres  pro  prsedicta 
adimplenda,  ut  dictum  est,  decimam  quam  percipie- 
bant  in  terra  nostra  de  Bralio  et  de  Mi<<o  nobis  quittaverunt 
et  omnino  dimiserunt.  Promisinius  etiani  dictis  magistro  et 
Fratribus  dictam  terram  garanlituros  contra  omnes,  salva 
omnimodo  justitia  nostra  in  Iota  dicta  terra  et  in  qualibet 
parte  terne,  et  propriis  quam  idem  fratres  facient  ibidem, 
exceptis  fratribus  in  (juibus  niliil  gentilia'  reclamamus.  Da^ 


—  516  -- 

tuiii   anno   Domini  millesimo  ducentesimo  quinquagesimo 
quinlo,  iiiense  Decembri^s. 

{E.r  Cartulario  Miciacensi,  aux  titres  des  ChA- 
telliers.) 

XXXVI 

Chaute  concernant  l'épreuve  judiciaire, 
A  l'Alleu-Saint-Mesmin. 

(1240) 

Omnibus  présentes  li Itéras  inspecturis,  ego  Petrus  Des- 
cautillis,  baillivus  domini  régis,  et  ego,  Adam  de  Monte- 
Re^ali,  l)nillivus  episcopi  Aurelianen.,  notuin  facimus  quod 
nos  ab  al)bate  et  convcntu  sancti  Maximini  impetravimus 
curiam  quamdam,  qna^  vocatur  Allaudius  sancli  ^^aximini, 
pro  tenere  duellum  vel  aqua,  vel  ferro,  aut  omni  modo,  de 
communi  assensu  nostro,  pro  conlenlione  qua'  erat  super 
hoc,  inter  dominum  regem,  et  dominum  episcopum  Aure- 
lian.,  et  etiam  pro  quodaiii  garcone  meurtrario  judicando  ; 
noc  in  dicta  curia  aliquod  jus.  nec  etiam  aliquam  justitiam 
propter  hoc  reclamamus.  Actum  anno  Domini  M.CG.XL.VI., 
in  crastina  die  festi  sancti  Johannis  Baptista\ 

(Bibliotli,  d'Orléans.  E,v  Cartul.  Miciac.  le  cha- 
noine Hubert,  M.  S.  436.) 

XXXVII 

Lettre  des  religieux  de  Micy 

denuindant  an  roi  Vautorhalioyi  d'élire  un  abbé. 

(1274) 

Excellontissimo  domino  et  illustrissimo  Philippo,  Dei 
gratia  Francorum  régi,  sui  semper  assidui  oratores,  prior 
et  conventus   sancti  Maximini    Miciacensis,  Aurelianensis 


—  517  — 

diœcesis,  subjectionem  cum  reverentia  tam  débita  quam 
devota,  excellentie  vestre  presentibus  litteris  duximus  inti- 
mandum  quod  A.,  bone  rnemorie,  olim  pastor  noster,  viam 
est  universe  carnis  ingressus  :  qiiare  cum  nostrum  monas- 
terium  sit  viduatum  pastore,  ne  diutius  remaneat  desolatum 
majestati  vestre  juxta  morem  etregni  consuetudinem  mortem 
ipsius  significantes,  preces  porrigimus  subjecturas  quatinus, 
ad  eligendiim  nobis  pastorem,  vestrum  benignum  assensum 
dignemini  imperliri ,  ut  de  bona  persona  et  idonea  ipsi 
monasterio,  de  vestra  licentia,  providere  possimus,  qui  tam 
in  honere  quam  in  lionore  recte  et  fideliter  possit  ecclesiam 
gubernare.  Valeat  excellentia  vestra  in  tempora  longiora. 
Datum  anno  Domini  M»  GO  LXX»  quarto,  die  Jovis  post 
Assumptionem  béate  Virginis  Marie. 

(Archives  nationales  (original  parchemin),  J.  344, 
no  44.) 

XXXVIII 

Formule  de  serment  prêté  par  les  abbés  de  Micy, 
AUX  ÉVÊQUES  d'Orléans,  après  leur  élection. 

Ego  Adam,  ecclesise  Sancti  Maximini  Aurelianensis  abbas 
ordinatus,  promitto  obedienliam,  reverentiam  et  subjec- 
tionem huic  sanctse  matri  mea3  Aurelian.  Ecclesiœ,  et  tibi, 
révérende  pater  Guillelme  episcope,  tuisque  successoribus 
canonice  substituendis,  et  propria  manu  super  hoc  altare 
firmo. 

(Extrait  d'un  ancien  Pontifical  manuscrit  gardé 
aux  Archives  de  l'Eglise  d'Orléans.) 

XXXIX 

Charte  de  l'abré  Adam 
minonr-ant  lu  composition  du  Cartulaire  de  Micy. 

(i-^r/) 

Adam,  divina  permissione,  l)eati  Maximini  Miciacencis 
minister  humilis,  omnibus  Ghrisli  fidelibus,  et  suis  succes- 

3'4 


—  518  — 

•oribus  in  dicto  monasterio,  salutem  et  sinceram  in  Domino 
caritatem.  Quia  grave  fore  perpendinms  nobis  et  successo- 
ribus  nostri  déferre  nobiscum  C^artas  monasterio  B.  Maximini 
concessas  tempt)ribiis  relroactis,  ne  forte  casu  fortuilo  dej^e- 
rirent,  quiv  magnis  siimptibus  a  nostris  predecessoribiis 
fuerimt  acquisita,  privilégia  et  cartas  pitedictas  transcribi, 
fecimus  de  verbo  ad  verbum,  anno  inoarnati  Verbi  Mo  GC» 
quinquagesimo  septimo,  régnante  christianissimo  rege  nostro 
Ludovico,  filio  Ludovici  filii  rogis  Philippi,  et  vivente  vene- 
rando  pâtre  nostro  Guillelmo,  episcopo  Aurelianense. 

(Bibliothèque    nationale,    collection    Moreau, 
Baluze,  78,  fo  9-2.) 

XL 

Bulle  d'Alexandre  IV, 
confirmant  tous  les  biens  et  privilèges  de  Vabbaye  de  Micy. 

(4258) 

Alexanderepiscopus,servus  servorum  Dei,  dilectis  filiis  ab- 
bati  sancti  Maximini  Miciacensis  ejusdemque  loci  fratribus, 
tam  pra^sentibns  qnam  fuluris,  regularem  vitam  perferenti- 
bus.  in  perpetuum.  Religiosam  vitam  eligentibus  aposlolicum 
convenit  adesse  praesidium,  ne  forte  cujuslibet  temeritatis 
incur,sus  aut  eos  a  proposito  revocet,  aut  robur,  quod  absit, 
sacra?  religionis  infringat.  Ea  propter,  dilecti  in  Christo 
filii,  veslris  justis  postulationil)us  libenler  annuimus,  et 
monasterium  S.  Maximini  Miciacensis,  Aurel.  diœcesis,  in 
quo  divino  estis  mancipali  obsequio,  sub  B.  Pétri  et  nostra 
protectione  suscipimus,  et  pnosentis  scripti  privilegio  com- 
munimus.  Imprimis  siquidem  statuentes  ut  ordo  monasticus 
qui  secundum  Deum  et  B.  Benedicli  regulam  in  eodem 
monasterio  in>>titulus  esse  dicilur,  perpeluis  ibidem  tempo- 
ribus  inviolaltiliter  observetur.  Pra?terea  quascumque  posses* 
siones,  quïecumque  bona  idem  monasterium  impresentiarum 
juste  ac  canonice  possidet,  aut  in  futurum  concessione 
pontificum,  largitione  regum  vel  principum,  oblatione  fide- 


—  519   - 

lium  seu  aliis  justis  modis,  pr?estante  Domino,  poterit 
adipisci,  firma  vobis  vestrisque  successoribus  et  illibata 
permaneant  ;  in  quibus  hsec  propiis  exprimenda  vocabulis  : 
—  Locum  ipsum  in  que  prefatum  monasterium  situm  est, 
cum  omnibus  suis  pertinanciis  ;  —  ecclesiam  S.  Dionysii 
cum  omnibus  pertinanciis  suis  :  —  S.  Hilarii  :  —  S.  Pétri  de 
Gaudiaco,  et  S.  Symphoriani  de  Cambiaco  ecclesias,  cum 
omnibus  pertinanciis  earumdem  ;  —  Capellam  sancti  Maxi- 
mini cum  omnibus  pertinanciis  suis  ;  —  S.  Eustachii, 
S.  Nicolai,  S.  Pétri,  S.  Pauli  in  burgo  Dunensi,  S.  Marcelli, 
S.  Maximini  in  Alodio,  S.  Maximini  in  burgo,  S.  Aniani, 
S.  Sigismundi,  S.  Agili,  S.  ^lartini  de  Vannis,  S.  Laurentii 
de  Firmitate-Xerberti,  S.  Michaelis  de  eadem  Firmitate, 
S.  Albini,  S.  Pétri  de  Ardon,  S.  Aviti  de  Maceriis,  S,  Andréa? 
de  Usello,  S.  S.  Gervasii  et  Protasii  de  Firmitate-Huberti, 
S.  Sulpicii  ejusdem  Firmitatis,  S.  Stephani  et  S.  Georgii  de 
Calvomonte,  B.  Mariie  de  Vernone,  S.  Martini  de  Ligniaco, 
et  S.  Maximini  juxta  castrum  sanctaj  Maunte,  ecclesias,  cum 
omnibus  pertinanciis  suis  :  —  ecclesiam  S.  Johannis  de 
Motha,  cum  capella  Achardi  et  omnibus  pertinanciis  earum- 
dem ;  —  S.  Pétri  de  Paligniaco,  —  et  S.  Andreœ,  juxta 
castellurn  quod  dicitur  Fixa,  capellas  cum  omnibus  perti- 
nanciis earum,  cum  terris,  pratis,  vineis,  nemoribus,  usagiis 
in  bosco  et  piano,  in  aquis  et  molendinis,  in  viis  et  seniitis 
et  in  omnibus  aliis  libertatibus  et  immunitatibus  suis.  Sane 
novalium  vestrorum,  quœ  propiis  manibus  aut  sumptibus 
colitis,  de  quibus  alifjuis  hactenus  non  percepit,  sive  de 
animalium  vestrorum  nutrimentis,  nullus  a  vobis  décimas 
exigere  vel  extorquere  pra'sumat.  Liceat  quoque  vobis 
clericos  vel  laicos,  liberos  et  absolutos  a  seculo  fugientes  ad 
conversionem  recipere,  et  eos  absque  contradictione  aliqua 
retinere.  Prohibemus  insuper  ut  nuUi  fratrum  vestrorum 
post  factam  in  monasterio  vestro  professionem  t'as  sit,  sine 
abbatis  sui  licentia,  de  eodem  loco  discedere,  nisi  arctioris 
religionis  obtentu  ;  discedentem  vero  absque  communium 
litterarum  vestranim  cautione  nullus  audeat  retinere.  Cum 
autem  générale  interdictum  terra;  fuerit,  liceat  vobis,  clausis 
januis,   exclusi»  excoiiiniunicatis  et  interdictis,  non  pulsatis 


—  520  — 

campanis,  suppressa  voce,  divina  officia  celebrare,  dummodo 
cau§aiii  non  dederilis  interdiclo.  Chrisma  vero,  oleum 
sanctum,  conseerationes  altarium  seu  basilicarum,  ordina- 
tiones  clericorum  qui  ad  ordines  fiierint  promovendi,  a 
diœoesano  suscipietis  episcopo,  si  quidem  catholicus  fuerit, 
et  graliani  et  communionem  sacrosancta?  Sedis  Romana^  ha- 
buerit,  et  ea  vobis  voliierit  sine  pravitate  aliqua  exhibere. 
Prohibemus  insuper  ut  infra  fines  parochia»  vestnç  nuUus 
sine  assensu  diœcesani  episcopi  et  vestro,  capellam  seu  ora- 
torium  de  novo  construere  audeat,  salvis  privilegiis  ponti- 
ficum  romanorum.  Ad  h;vc  novas  et  indebitas  exactiones  ab 
archiepiscopis,  episcopis,  archidiaconis  seu  decanis  alii^:que 
ecclesiasticis  omnibus  secularibusve  personis  a  vobis  omni- 
bus omnino  fieri  prohibemus.  Sepulturam  quoque  ipsius  loci 
liheram  esse  decernimus,  ut  eoruni  devotioni  et  extremaî 
voluntati  qui  se  illic  sepeliri  delibei  averint  nisi  forte  excom- 
municati,  vel  interdicti  fuerint,  aut  etiam  publice  usurarii, 
nullus  obsistat,  salva  tamen  justitia  illarum  ecclesiarum  a 
quibus  mortuorum  corpora  assumuntur.  Décimas  prîPterea 
et  possessiones  ad  jus  ecclesiarum  vestrarum  spectantes, 
qua'  a  laïcis  detinentur,  rediniendi  et  légitime  liberandi  de 
manibus  eorum,  et  ad  quos  pertinent  revocandi,  libéra  sit 
vobis,  de  nostra  auctoritate,  facultas.  Obeunte  vero  te,  nunc 
ejusdem  loci  abbate,  vel  tuorum  quolibet  successorum, 
nullus  ibi  quolibet  surropiionis  astutia  seu  violentia  pnv- 
ponatur,  nisi  quem  fralres  communi  consensu,  vel  fratrum 
major  pars  consilii  sanioris,  secundum  Deum  et  B.  Benedicti 
regulam  providerint  tdigendum.  Paci  quoque  et  tranquilli- 
tati  vesli*»  paterna  in  poslerum  solliciludine  providere 
volentes,  auctoritate  apostolica  prohibemus  ut,  infra  clau- 
suras  locorum  seu  granchiarum  vestrarum,  nullus  rapinam 
seu  furtum  facere,  ignem  apponere,  sanguinem  fundere, 
honiinem  lemere  capere  vel  interficere,  seu  violentiam 
audeat  exercere.  Prœterea  omnes  libertates  vestras  et  immu- 
nitates  a  predecessoribus  nostris  romanis  pontificibus  mo- 
nasierio  vestro  concessas,  nec  non  Libertates  et  exemptiones 
secularium  exactionum  a  regibus  et  principibus  vel  aliis 
fidelibus   rationaliter  vobis  indultas,  auctoritate  apostolica 


—  o21  — 

confirmamus,  et  pr^sentis  scripti  patrocinio  privilegioque 
communimus.  Decernimus  ergo  ut  nulU  hominum  omnino 
liceat  prefatum  monasteriiim  temere  perturbare,  aut  ejus 
possessiones  auferre,  vel  ablatas  retinere,  minuere,  sive 
quibuslibet  vexationibus  fatigare,  sed  omnia  conserventur 
intégra,  eorum  pro  quorum  gubernatione  et  sustentatione 
concessa  sunl  usibus  omnimodis  profutura,  salva  Sedis 
apostolicai  auctoritate,  et  diœcesani  episcopi canonica  justitia. 
Si  qua  igitur  in  futurum  ecclesiastica  secularisvepersonahanc 
nostrse  consti  tutionis  paginamsciens,  contra  eam  temere  venire 
tentaverit,  secundo,  tertioque  commonita,  nisi  reatum  suum 
congrua  satisfactione  correxerit,  potestatis  honorisque  sui 
careat  dignitate,  reamque  se  divino  judicio  existere  de  perpe- 
trata  iniquitate  cognoscat,  et  a  sacralissimo  corpore  et  san- 
guine Dei  et  L)omini  Redemptoris  nostri  Jesu-Gliristi  aliéna 
fiât,  atque  in  extremo  examine  districtœ  ullioni  subjaceat. 
Cunctis  aut-^m  eidem  loco  jura  sua  servantibus,  sit  pax 
Domini  nostri  Jesu-Ghristi,  quatenus  et  hic  fructum  bonœ 
actionis  percipiant,  et  apud  districtum  judicem  praimia 
seternae  pacis  inveniant.  Amen. 

Datum  Anagni»,  per  manum  magistri  Jordani,  sanctœ 
Romana'  ecclesia.'  notarii  et  vice-cancellarii,  pridie  nonas 
Martii,  indictione  secunda,  Incarnationis  dominiccie  anno 
MoGG'^LoYIlIo,  pontificatus  vero  domini  Alexandri  papa^  IV 
anno  sexto. 

•\-  Ego  Alexander,  catholicœ  fîdei  episcopus  ;  -f-  ego  fr. 
Johannes,  tituli  sancti  Laurentii  in  Lucina,  presbyter  cardi- 
nalis  ;  -f  ego  fr.  Hugo,  tituli  sancliu  Sabin^e,  presbyter  cardi- 
nalis:  -j-  ego  Odo,  Tusculanus  episcopus  ;  f  ego  Stephanus, 
Prenestinus  episcopus  ;  -J-  ego  Ricardus  Sancti  Angeli, 
diaconus  cardinalis  ;  f  ego  Octavianus,  sanctiié  Mariai  in 
Via  LalA,  diaconus  cardinalis;  -f-  ego  Johannes,  sancti 
Nicolai  in  Carcere  Tulliano,  diaconus  cardinalis  ;  f  ego 
Orrolimus,  sancti  Adriani,  diaconus  cardinalis. 

{Gallia    christlana ,    Eccl.    Aurelian.    t.    VIII, 
Instrumenta,  p.  536  ) 


—  5i'2  — 

XLI 

Liste  des  Eglises  et  Prieurés 

dépendant  de  Vabbaye   de  Micy , 

aux  xi«,  xir  et  xiii«  siècles. 

I.  Eglises  paroissiales. 

A  Orléans  : 

Saint-Mesmin,  de  l'Alleu  ; 
Notre-Dame,  de  Saint-Paul  : 
Saint-Mesmin.  au  bourg  de  Saint-Aignan  : 
Saint-Marceau,  du  Portereau. 

Da?is  le  Val  de  la  Loire  : 

Saint-Nicolas-Saint-Mesmin  ; 
Saint-Hilaire-Saint-Mesmin  ; 
Saint-L)enis-en-Val  ; 
Saint-Pieriv,  de  Jouy  ; 
Saint- André,  lez  Gléry  : 
Saint-Hippolyte,  de  Mareau  : 
Saint-Avit,  de  Mczières; 
Saint-Martin.  <le  Vannes. 

En  Sologne  : 

Saint-Pierre,  d'Ardon  ; 
Saint-Martin,  de  Ligny-le-Rii)ault  ; 
Notre-Dame,  de  Vernou  ; 
Saint-Laurent,  de  la  Ferté-Nerbert  ; 
Saint-Michel,  de  la  même  Ferté  : 
Saint-Aubin  ; 

Saint-Oervais  ot  Saint-Protais,  de  la  Forté-Huhert  : 
Saint-Ktienne    et    Saint-Georges,   de    Cliinumont-sur  Tha- 
ronne. 

Vers  la  Beauce  : 

lia  «  '.hapelle-Saint-Mesmin  : 


^  523  — 

Saint-Ay  ; 
Saint-Sigismond  ; 
Saint-Symphorien,  de  Chaingy  ; 
Saint-André,  de  Huisseaii  ; 
Saint-Jean,  de  la  Mothe. 

IL  Prieurés 

Saint-Marceau,  au  Portereau  ; 
'    Xotre-Dame-du-Bourg,  à  Châteauvieux,  près  Blois  ; 
Saint-Sulpice,  de  la  Ferté-Hubert  ; 
Saint-Aubin,  proche  la  Ferté-Nerbert  ; 
Saint-Denis-en-Yal,  lez  Orléans  ; 
Saint-Sigismond,  en  Beauce  ; 
MonL-Létard,  au  diocèse  de  (Chartres  ; 
Saint-Jean,  de  la  Mothe,  au  diocèse  du  Mans  ; 
Saint-Pierre-de-Poligny,  au  diocèse  du  Mans  ; 
Prieuré  de  la  Flèche,  au  diocèse  d'Angers  ; 
Saint-Mesmin,  à  Sainte  Maure,  près  Tours. 

(Extrait  des  bulles  des  papes  et  des  chartes  des 

évêques.) 

XLII 

Liste  des  fiefs  et  domaines 

appartenant  à  Vabbaye  de  Micy, 

(aux  xie,  xii<'  et  xiiie  siècles). 

1.  Le  fief  de  Micy  et  ses  dépendances  ; 

2.  Le  fief  de  l'Alleu-Saint-Mesmin,  à  Orléans,  avec  plu- 
sieurs chapelles,  terrains  et  fours,  dans  la  même  vIIIa,  ainsi 
que  les  prébendes  de  Sainte-('roix  et  de  Saint-Aignan  ; 

3.  Le  prieuré-flef  de  Saint-Marceau  et  ses  dépendances  ; 

4.  Le  lief  de  Saint-Denis-en-Val  et  7  villas  ou  fermes  ; 

5.  Le  fief  do  Dréau  et  celui  d'Ondreville,  en  Gàtinais, 
avec  2  villas  ; 

().  Le  fief  d'Ormes  et  9  villas  : 


-  524  — 

.  Le  fief  de  la  Chapelle-Saint-Mesmin  et  (>  villas 

8.  Au  pays  chartrain,  G  villas  : 

9.  Au  pays  dunois,  2  villas  ; 

10.  Le  fief  de  Chaingy  et  7  villas  ; 

11.  Le  fief  de  Fontaines  et  3  villas  ; 

12.  Le  fief  de  Jouy-le-Potier  et  0  villas  ; 

13.  Le  fief  de  Vannes  et  2  villas; 

14.  Le  fief  de  Méziéres  et  3  villas  ; 

15.  Le  fief  de  Ligny-le-Ribault  ; 
10.  Le  fief  de  Fontanelles  : 

17.  Le  fief  de  Rozières  ; 

18.  Le  prieuré-fief  de  Saint-Sigismond  ; 

19.  Les  eaux  de  la  Ivoire  et  du  Loiret  sur  une  certaine 
étendue  ; 

20.  Le  droit  de  lil)re  navigation  sur  plusieurs   fieuves  et 
rivières  ; 

21.  Divers  droits  de  pèche,  etc. 

(Extrait  des   diplômes  et  chartes   des  rois  de 
France). 

XLllI 

État  des  revenus 
produits  par  les  bénéfices  à  la  collation  de  l'abbé  de  Micy, 

(au  xvie  siècle;. 

Livres  * 

La  cure  de  Saint-Aubin  rapporte 180 

Cure  de  Saint-Sigismond 140 

Cure  de  Saint-Marceau U'à) 

Cure  Saint-Denis-en-Val 80 

Cure  de  l"Alleu,  à  Orléans (50 

Cure  de  Saint-Martin,  de  Vannes 100 

Cure  de  Saint-IIihiire-Saint-Mesniin 120 

Cure  de  Sainl-Xicolas-Saint-Mesniin U) 

Cure  de  Saint-André-lez-Cléry  et  sa  prébende 1.000 

A  reporter 1  î.>00 


—  525  — 

Report 1.900 

Cure  de  Saint-Paul,  à  Oïlf'ans 300 

Cure  de  la  Chapelle-Sairit-Mesmin 80 

Cure  de  Saint-Syniphorien,  de  Chaingy 00 

Cure  de  Sainl-Ay 120 

Cure  de  Saint-Avit.  de  Mézières 60 

Cure  de  Saint-Pierre,  de  Jouy 100 

Cure  de  Saint-Marlin,  de  Ligny -200 

Cure  de  Saint-Étienne,  de  Chaumont -^^O 

Cure  de  Saint-Michel,  de  la  Ferté-Xerbert 50 

Cure  de  Notre-Dame,  de  Vernou 200 

Cure  de  Saint-Jean,  de  la  Mothe 100 

Cure  de  Saint-Pierre,  de  Poligny 80 

Prieuré  de  Xotre-Dame-du-Bourg,  à  Châteauvieux.  1.-200 

Prieuré  de  la  Ferté-Nerbert -400 

Prieuré  de  Saint-Sigismond 120 

Prieuré  de  Saint-!Marceau GO 

Prieuré  de  Saint-Denis-en-Val 80 

Prieuré  de  Saint-Sulpice,  de  la  Ferté  Hubert 80 

Prieuré  de  Mont-Létard 180 

Prieuré  de  Saint-Jean,  de  la  Mothe 120 

Prieuré  de  Saint-Pierre,  de  Poligny 100 

Prieuré  de  la  Flèche 1 .  200 

Prieuré  de  Saint-Mesmin,  à  Sainte-Maure 600 

I^a  Chapelle-Saint-Étienne,  aux  Chatelliers.    50 

Revenu  au  chevecier 100 

—  au  prévôt 80 

—  à  l'aumônier 100 

Le  revenu  annuel,  total 7.940 


(Bibliothèque  d'Orléans,  Hubert,  Ms.  436 


—  526  — 
XLIV 

ONGORDAT  POUR  LES  HONNEURS  ET  PRÉSÉANCES 

qui  seront  rendus  au  sieur  abbé,  à  l'église  de  Micy. 

(1667) 

Entre  Nicolas  de  Gedoyn.  abbé  de  Saint-Mesmin,  d'une 
part,  et  les  religieux  Feuillants,  assemblés  au  Chapitre,